L'albanais en italie
xx-xx-xxxx
http://www.uoc.es/euromosaic/web/document/albanes/fr/i1/i1.html
Institut de Sociolingüística Catalana
English version
L'albanais en Italie
  1. Introduction à la langue
  2. La langue dans le pays où elle est parlée
    1. Données générales sur la communauté linguistique
    2. Description géographique, démographique et linguistique
    3. Histoire générale de la région et de la langue
    4. Statut juridique et politique officielle
  3. Présence et usage de la langue par domaines
    1. Enseignement
    2. Autorités judiciaires
    3. Autorités et services publics
    4. Masse média et technologies de l'information
    5. Production et industries culturelles
    6. Le monde des affaires
    7. Usage familial et social de la langue
    8. Echanges transfrontaliers
  4. Conclusion


1. Introduction à la langue

Cette rubrique ne contient pas de données pour cette langue.

[Retour au sommaire]


2. La langue dans le pays où elle est parlée

Cette rubrique ne contient pas de données pour cette langue.

[Retour au sommaire]


2.1. Données générales sur la Communauté linguistique

Cette rubrique ne contient pas de données pour cette langue.

[Retour au sommaire]


2.2. Description géographique, démographique et linguistique

L'albanais d'Italie (langue qui garde peu de relation avec la langue standard de l'Albanie, appellée Shqip) est parlé sur un vaste territoire constitué par 49 villes et villages qui forment un véritable archipel linguistique qui s'étend des Abruzzes jusqu'au sud de l'Italie et à la Sicile, principalement dans les régions montagneuses ou semi-montagneuses. Ces communautés sont dispersées sur sept régions (Abruzzes, Molise, Pouilles, Campanie, Basilicata, Calabre et Sicile) et neuf provinces (Pescara, Campobasso, Avellino, Foggia, Taranto, Potenza, Cosenza, Catanzaro et Palerme). Différentes sources estiment à quelque 100,000 personnes le nombre de locuteurs d'albanais en Italie, bien que depuis 1921 il ne soit plus possible d'avoir des données fiables vu que les recensements italiens ne traîtent plus les minorités linguistiques. En outre, les sources les plus fiables signalent qu'entre 10 et 20% des Albanais d'Italie ne parleraient plus la langue, ce qui ramènerait le chiffre entre 80,000 et 90,000. De plus, il existe une forte dégradation -non quantifiable- de l'usage social de l'albanais entre les jeunes, qui utilisent chaque fois plus l'italien ou les dialectes romans des différentes régions où ils habitent. Les communautés albanaises, principalement établies dans les régions semi-rurales et rurales du sud de l'Italie, connaissent le même phénomène de dépeuplement que les communautés italianophones et hellénophones de la région. L'émigration massive vers les centres industriels de l'Italie et de l'Europe occidentale se doit au manque d'embauche et à l'abandon progressif et de plus en plus rapide des activités économiques traditionnelles (agriculture, artisanat et élevage). Le processus d'émigration a été particulièrement intense dans les années cinquante et soixante. Par exemple, les calculs effectués durant cette période signalent que les régions peuplées d'Albanais auraient perdu près de 20% de leur population totale pendant cette période. De plus, tout le Mezzogiorno est en constante chute démographique, malgré le grand nombre de retraîtés qui s'y installent chaque année. La population qui est restée sur place est surtout employée dans le secteur commercial et tertiaire (surtout l'enseignement), tandis que les employés dans l'agriculture, l'artisanat et l'élevage tendent à disparaître progressivement. Il est à noter que le niveau de vie de toute cette région est nettement plus bas que le reste du pays (certaines sources affirment que le niveau de vie des régions méridionales est près de 50% inférieur à la moyenne nationale).

[Retour au sommaire]


2.3. Histoire générale de la région et de la langue

L'albanais d'Italie (appellé également arbërisht, aljbrisht, arbresh, ou encore arbëresh) trouve ses origines dans les mouvements migratoires successifs d'Albanais vers l'Italie qui eurent lieu de la moitié du XVe jusqu'à la moitié du XVIIe siècle, bien que certains s'y étaient déjà établis dès les XIIIe et XIVe siècles. Le mouvement migratoire le plus fort eut lieu pendant la seconde moitié du XVe siècle (après la prise de Constantinople en 1453 et la défaite en 1468 de la résistance de Skanderberg). Ces communautés albanaises étaient intégrées principalement par des guerriers et des paysans qui bénéficièrent longtemps d'une pleine autonomie administrative. Il leur fut également concédé le droit de repeupler les villages abandonnés par leurs habitants. Cependant, dès le XVIIe siècle de nombreux Albanais (principalement de Molise et des Pouilles) se virent forcés à abandonner leur religion orthodoxe du fait de la répression religieuse qui visait la suppression de l'élément orthodoxe en Italie méridionale. Malgré tout, la conscience d'appartenir à une même communauté culturelle parvint à survivre chez les Albanais, ce qui permit leur développement culturel au cours du XVIe siècle grâce à de nombreuses traductions de textes classiques et à l'apparition d'auteurs importants qui écrivaient en albanais. Au cours du XIXe siècle, le dynamisme des collèges grec-albanais de Calabre et de Sicile permit l'intense développement culturel des communautés albanaises du sud de l'Italie. Ainsi, de nombreux intellectuels albanais participèrent activement à la renaissance culturelle des régions méridionales de l'Italie et au mouvement politique du Risorgimento italien. La seconde moitié du XIXe vit la création de journaux et revues en langue albanaise. La fin des années cinquante marque le point de départ d'un certain renouveau culturel de l'albanais grâce à la création de l'Associazione Italiana per i Rapporti Culturali Italo-Albanesi qui publia la revue Rassegna di Studi Albanesi entre 1961 et 1963. D'autres actions culturelles en faveur de l'albanais furent: les revues Zgjimi (disparue à la fin des années soixante) et Shêjzat (qui parut entre 1957 et 1974), la création en 1969 de l'Unione delle Comunità Italo-Albanesi et de la Lega Italiana di Difesa della Minoranza Albanese fondée à Cosenza en 1981, la célébration des Settimane della Cultura Albanese (1977, 1978, 1979 et 1981) et de la 1ª Settimana della Cultura del Cossovo in Italia (1980). De nos jours, cependant, l'albanais d'Italie revêt toutes les caractéristiques de langue subalterne dans une situation de diglossie. Il n'existe point de mouvement culturel albanais organisé -hormis l'AIADI (Associazione degli Insegnanti Albanesi d'Italia)- sur l'ensemble des territoires habités par les communautés albanaises: les initiatives culturelles et linguistiques surgissent toujours à partir de propositions individuelles qui sont soutenues par la suite par quelques défenseurs de la langue et certains pouvoirs publics locaux, tels les cours d'alphabétisation et de culture albanaise organisés en 1987 dans quelques villages par le Bureau Educatif 19 de Castrovillari, avec le soutien de la CE.

[Retour au sommaire]


2.4. Statut juridique et politique officielle

La langue albanaise d'Italie n'est pas incluse dans le groupe de langues minoritaires dont la tutelle est assurée par l'Etat en vertu de l'article 6 de la Constitution italienne. Sur le plan régional, cependant, l'albanais jouit d'une certaine reconnaissance officielle dans les statuts d'autonomie de la Calabre, de la Basilicata et de Molise. Dans le cas de la Calabre, la région prévoit "la reconnaissance du patrimoine historico-culturel et artistique des populations d'origine albanaise et grecque; et favorise l'enseignement des deux langues dans les endroits où celles-ci sont parlées". L'article 5 du Statut d'autonomie de la Basilicata prévoit que les autorités régionales "favorisent la revalorisation de l'originalité du patrimoine linguistique et culturel propres aux communautés locales". Finalement, le Statut d'autonomie de la région de Molise signale que la région "a la tutelle du patrimoine linguistique et historique, et des traditions populaires des communautés ethniques existant sur son territoire et, d'accord avec les municipalités intéressées, favorise leur revalorisation". Dans certaines communes, les pouvoirs locaux soutiennent les activités culturelles et linguistiques promues par les communautés albanaises, et acceptent la mise en place de panneaux de signalisation bilingues.

[Retour au sommaire]


3. Présence et usage de l'albanais par domaine

3.1. Enseignement

Il n'existe pas d'enseignement officiel de l'albanais dans les niveaux pré-scolaire et primaire du système éducatif italien, seulement quelques cours en-dehors des heures obligatoires et sans guère de continuité, malgré le fait que bon nombre d'albanophones souhaiteraient des cours d'albanais obligatoires à l'école primaire. Pour l'enseignement secondaire, il n'existe qu'un seul cours facultatif régulier au Lycée classique de San Demetrio Corone, alors que quelques centres scolaires d'autres villages offrent sporadiquement des cours facultatifs d'albanais. Les quelque 50 élèves qui suivent ces cours éprouvent de graves problèmes à trouver des livres de texte en Albanais. En ce qui concerne l'enseignement technique et professionnel, l'absence de l'albanais est totale, ce qui vaut également pour l'enseignement d'adultes. Quant à la formation des enseignants, l'albanais est enseigné aux futurs professeurs de secondaire qui le désirent lors de leur formation universitaire (aux universités de Rome, Naples, Bari, Cosenza et Palerme), mais étant donné qu'il n'y a qu'une seule place officielle et régulière de professeur d'albanais (celle de San Demetrio Corone), ceux-ci doivent se consacrer à l'enseignement d'une autre langue moderne, vu que les possibilités réelles de pouvoir accéder à une place de professeur de langue albanaise dans un autre lycée sont pratiquement réduites à néant. Deux cours de recyclage pour les professeurs albanophones des écoles primaires furent organisés par l'AIADI en 1965 et 1975, grâce au soutien de l'Etat.

[Retour au sommaire]


3.2. Autorités judiciaires

L'albanais n'est jamais utilisé dans les tribunaux.

[Retour au sommaire]


3.3. Autorités et services publics

Il est quelquefois possible d'utiliser l'albanais dans les bureaux de poste de certains villages à forte majorité albanaise. De plus, dans certaines communautés albanaises, les noms de rues et de places publiques sont correctement rédigés en albanais et, à la fois, les autorités locales permettent l'adoption de prénoms sous leur forme albanaise. En ce qui concerne les panneaux de signalisation, et bien que ceux des édifices publics tels que la mairie soient rédigés exclusivement en italien, les panneaux de signalisation routière placés à l'entrée de certains villages, ainsi que les indications d'écoles et autres services municipaux sont rédigés en albanais et italien.

[Retour au sommaire]


3.4. Mass médias et technologies de l'information

La Constitution italienne garantit la liberté d'expression dans les médias bien que les autorités nationales, régionales et locales n'y encouragent pas l'utilisation des langues minoritaires. La presse quotidienne n'existe pas en albanais, mais il existe quelques publications périodiques qui reçoivent une petite aide des autorités locales de Calabre: a) Zjarri, d'apparition irrégulière, périodique scientifique-linguistique, dont le contenu est à 30% en albanais; b) Katundi Ynë, trimestriel, magazine populaire, dont le contenu est à 20-30% environ en albanais; c) Kalendari i Arbëreshvet, annuel, dont le contenu est à 80-90% en albanais. Il faut aussi signaler l'existence de la revue Zëri i Arbëreshvet et de la présence de quelques articles en albanais dans le journal italien Rinascita Sud. Néanmoins, il faut signaler la diminution du nombre de périodiques albanais au cours de ces dernières années, bien que le journal La Gazzetta del Mezzogiorno publie un supplément écrit à moitié en albanais adressé aux lecteurs d'Albanie et qui parvient aux différentes communautés albanaises du sud de l'Italie. En ce qui concerne les médias audio-visuels, seules les radios privées Radio Libera Skanderberg et Radio Shpresa Europa émettent quelques programmes en albanais, avec le soutien sporadique de certaines autorités locales. Cependant, le fait qu'aucune des revues et des radio citées ci-avant ne couvre la totalité des territoires où se trouvent les communautés albanaises, ainsi que la grande fragmentation dialectale de la langue rendent parfois difficile la compréhension des articles et émissions.

[Retour au sommaire]


3.5. Production et industries culturelles

Certains ouvrages en albanais ont été publiés au cours de ces dernières années (poésie, nouvelles brèves et ouvrages religieux), bien que nous ne puissions pas donner les chiffres de tirage. Il existe un groupe de musique populaire et traditionnelle Moti i Parë, de Lungro, et un groupe rock Peppa Marriti Band, de Santa Sofia d'Epiro, ainsi que le chanteur pop Pino Cacozza. D'entre ceux-ci seuls Pino Cacozza et le groupe Moti i Parë ont édité quelques musicassettes. Il existe en outre un festival annuel de la chanson arbëreshe, dont le succès semble s'estomper au fil des années. Finalement, l'albanais semble n'être jamais utilisé dans les pièces de théâtre ou au cinéma.

[Retour au sommaire]


3.6. Le monde des affaires

L'albanais est totalement absent des activités socio-économiques.

[Retour au sommaire]


3.7. Usage familial et social de la langue

La situation diglossique des différentes communautés albanaises entraîne que l'usage familial de la langue soit assez restreint. En effet, si jusque dans les années cinquante presque tous les parents transmettaient l'albanais à leurs enfants, depuis lors (et à un rythme croissant) ceux-ci délaissent de plus en plus la langue au profit de l'italien et des dialectes romans de la région où ils habitent. Cette situation se voit renforcée par le fait qu'il n'existe pas une langue véritablement commune (à cause des différentes dialectales) pour toutes les communautés albanaises d'Italie, ce qui entraîne que bien souvent la langue utilisée dans les relations entre celles-ci soit l'italien. Les principaux facteurs qui exercent leur influence sur le déclin progressif de l'albanais en Italie sont: a) la discontinuité territoriale qui favorise la pénétration de l'italien (ce qui entraîne un appauvrissement progressif des dialectes albanais); b) l'influence du système éducatif qui crée un conflit entre la langue parlée au foyer et la langue enseignée à l'école qui à son tour crée une confusion chez l'enfant entre deux modèles culturels et linguistiques. En général, ce conflit se résoud au bénéfice de l'italien; c) l'influence des medias de communication sociale qui favorisent la pénétration dans le domaine albanais du modèle linguistique italien; et d) l'émigration massive des albanais -due à la situation économique précaire de tout le sud de l'Italie- qui produit un fort dépeuplement de leurs villages. Dans cette situation de diglossie caractérisée par le plurilinguisme social, la communication sociale intra-communautaire se fait en italien, dialectes locaux et albanais, où l'italien fait office de langue de prestige ou code élaboré (relations officielles, école, médias, etc.) et l'albanais celui de langue basse ou code restreint (langue du foyer et des rapports interpersonnels privés).

[Retour au sommaire]


3.8. Echanges transfrontaliers

En principe, nous ne disposons d'aucune donnée qui nous permette affirmer qu'il existe des relations régulières de quelque ordre que ce soit entre les différentes communautés albanaises dispersées à travers l'Italie et l'Albanie.

[Retour au sommaire]


4. Conclusion

Etant donné que tant les albanophones que ceux qui ne parlent pas l'albanais ne le considèrent pas très utile et que la compétence linguistique des premiers est chaque fois moindre, tant les spécialistes comme les propres locuteurs d'albanais voient le futur de leur langue sous un angle plutôt négatif dans la mesure où ils considèrent que le déclin progressif de la langue ne pourra être enrayé à moins que les pouvoirs publics ne lui donnent plus de soutien (surtout dans le domaine de l'éducation).

[Retour au sommaire]

©Euromosaic