L'allemand en Belgique
xx-xx-xxxx
http://www.uoc.es/euromosaic/web/document/alemany/fr/i1/i1.html
Research Centre of Multilingualism
English version
L'allemand en Belgique
  1. Introduction à la langue
  2. La langue dans le pays où elle est parlée
    1. Données générales sur la communauté linguistique
    2. Description géographique, démographique et linguistique
    3. Histoire générale de la région et de la langue
    4. Statut juridique et politique officielle
  3. Présence et usage de la langue par domaines
    1. Enseignement
    2. Autorités judiciaires
    3. Autorités et services publics
    4. Masse média et technologies de l'information
    5. Production et industries culturelles
    6. Le monde des affaires
    7. Usage familial et social de la langue
    8. Echanges transfrontaliers
  4. Conclusion


1. Introduction à la langue

Cette rubrique ne contient pas de données pour cette langue.

[Retour au sommaire]


2. La langue dans le pays où elle est parlée

Cette rubrique ne contient pas de données pour cette langue.

[Retour au sommaire]


2.1. Données générales sur la Communauté linguistique

Cette rubrique ne contient pas de données pour cette langue.

[Retour au sommaire]


2.2. Description géographique, démographique et linguistique

La région germanophone de Belgique se compose de territoires incorporés au pays après 1918, que nous qualifierons de "Nouvelle Belgique" (NB), et de territoires appartenant à la Belgique avant cette date, que nous qualifierons d'"Ancienne Belgique" (AB). Le territoire de la Communauté germanophone en NB couvre 854 km_ et se subdivise en deux parties : la région d'Eupen (communes de La Calamine, Lontzen, Raeren et Eupen &endash; "Nouvelle Belgique-Nord") et la région de Saint-Vith, au sud (communes de Butgenbach, Bullange, Amblève, Saint-Vith et Burg-Reuland &endash; "Nouvelle Belgique-Sud"). Quant à la région germanophone d'AB, elle comprend trois zones : le Pays de Montzen, également appelé "région de Welkenraedt" ("Ancienne Belgique-Nord »), la commune de Beho avec les villages de Deiffelt, Ourthe et Wathermal ("Ancienne Belgique-Centre") et la région d'Arlon à la frontière luxembourgeoise ("Ancienne Belgique-Sud"). En termes purement quantitatifs, l'allemand est donc parlé dans neuf des 589 communes belges. Comme ces communes font partie de la Région wallonne, la Communauté germanophone ne jouit d'aucune autonomie dans les matières régionales.

La Belgique est divisée en régions linguistiques, Communautés et Régions, subdivisions qui ne se recoupent pas toujours, comme le montre le bref résumé ci-dessous :

Régions linguistiques:

Communautés:

Les trois Communautés ont pratiquement les mêmes compétences en ce qui concerne les affaires culturelles, l'enseignement ainsi que la coopération nationale et internationale.

Régions :

Les régions sont compétentes pour l'aménagement du territoire, l'environnement, le logement, l'emploi, les pouvoirs subordonnés et certains aspects de la politique économique et énergétique. À la suite de la fédéralisation de la Belgique dans les années 70, bon nombre de compétences importantes attribuées jusqu'alors à l'État central ont été transférées aux Communautés et aux Régions.

L'allemand parlé en Belgique appartient à la famille des langues indo-européennes et au groupe des langues germaniques. Il se caractérise par deux grands dialectes : le bas-francique/limbourgeois au nord et le francique mosellan au sud.

Les germanophones de Belgique sont environ 100 000, soit 1 % de la population totale du pays. En examinant séparément la situation des deux parties du territoire germanophone, nous obtenons les chiffres suivants :

 NB:

40 278 dans la région d'Eupen (dont environ 1 % de francophones)

27 306 dans la région de Saint-Vith (dont environ 5 % de francophones)



67 584 (1990) &endash; 68 471 (1993)

 AB:

30 000 dans la région d'Arlon

12 000 dans la région de Montzen



42 000 (1979)

Sur le plan de l'évolution démographique, nous ne disposons de données fiables que pour l'AB : quelque 250 000 habitants en 1830, environ 50 000 en 1838, 34 060 en 1846, 36 344 en 1906, 77 394 en 1910, 42 060 en 1920 et 42 000 en 1979. Les écarts considérables entre les chiffres de 1830 et de 1838 s'expliquent par le nouveau tracé des frontières de 1839, qui a amputé le Royaume de Belgique d'une grande partie du territoire.

Sur les 68 471 habitants que compte la NB, 63 678 (env. 93 %) ont appris l'allemand comme première langue et 65 732 (env. 96 %) le parlent. Dans le canton de Malmedy, 3 294 habitants sur 16 470 (env. 20 %) ont appris l'allemand comme première langue et 8 235 (env. 50 %) savent le parler. Les données suivantes peuvent être avancées en ce qui concerne l'usage qualitatif de l'allemand:

Lieu

Langue officielle

Utilisation effective de la langue

Ancienne Belgique-Nord français

 français

français et dialectes bas-franciques/
limbourgeois

Ancienne Belgique-Centre

 français

français et dialectes franciques mosellans

Ancienne Belgique-Sud

 français

français et dialectes franciques mosellans

Nouvelle Belgique-Nord

 allemand

français, allemand, dialectes bas-franciques/
limbourgeois/ripuaires

Nouvelle Belgique-Sud

 allemand

français et dialectes franciques mosellans

Cette répartition qualitative implique la coexistence effective de deux, voire trois parlers différents malgré l'unilinguisme officiel.

Contrairement au reste de la Belgique, la région linguistique est relativement peu industrialisée dans son ensemble. C'est pourquoi elle se caractérise plutôt par des structures semi-urbaines. En NB, la région d'Eupen, au nord, reste plus industrialisée que celle de Saint-Vith, au sud, essentiellement agricole. Si l'industrie textile et l'extraction du calcaire étaient autrefois les principales sources de revenu de la région septentrionale, elles sont supplantées aujourd'hui par la métallurgie et la câblerie. Alors que l'agriculture a accusé un recul de 30 % durant les huit dernières années, la gastronomie et le tourisme sont devenus des secteurs économiques importants. Le taux de chômage de la région est largement inférieur à la moyenne nationale (1990 : 7,5 %). L'agriculture a aussi fortement régressé en AB.

[Retour au sommaire]


2.3. Histoire générale de la région et de la langue

L'"Ancienne Belgique"

La liberté de l'emploi des langues a été promulguée dès l'indépendance de la Belgique, en 1830: "Les citoyens, dans leurs rapports avec l'administration, sont autorisés à se servir indifféremment de la langue française, flamande ou allemande" (article 5 de l'arrêté du 16 novembre 1830).

Toutefois, ce texte légal n'était déjà plus appliqué après 1839 : le français était pratiquement la seule langue de l'administration et des tribunaux. En ce qui concerne l'enseignement primaire, il a été décidé en 1842 que les concepts de base devaient être inculqués dans les trois langues en fonction des besoins. En 1914, les autorités ont arrêté que l'enseignement devait être dispensé à tous les niveaux dans la langue maternelle des enfants. Cependant, la réalité était souvent très différente des dispositions légales et les écoles secondaires ont continué à donner les cours en français.

Les améliorations apportées au statut de la langue allemande par la politique linguistique de l'occupant allemand durant la Première Guerre mondiale ont été réduites à néant dès la fin de la guerre. À la suite de l'offensive hitlérienne de mai 1940, la région d'Eupen-Malmedy, les neuf communes de l'Ancienne Belgique et Beho (AB-Centre) ont été rattachés à l'Allemagne. De ce fait, seul l'usage de l'allemand a été autorisé dans les écoles, l'administration et les tribunaux jusque 1945. Après la restitution du territoire, non seulement cette mesure a été levée, mais l'allemand a aussi été abandonné dans bien des cas pour des raisons personnelles. La langue a disparu de l'administration, des écoles, des tribunaux et des églises et ne joue plus aucun rôle comme langue écrite et de culture. En AB, elle n'est plus aujourd'hui qu'une langue orale parlée en famille et dans le village.

Les observations suivantes peuvent être formulées à propos des activités actuelles d'organisations de défense de la langue allemande. Le comportement des élus politiques ne témoigne pas d'un souci de préserver la langue. Seul l'ALAS (Areler Land a Sprooch)se mobilise dans la région d'Arlon en faveur de la langue. Il n'existe aucune organisation de ce type dans la région de Montzen. La langue ne rencontre que peu de "succès" dans la société quoique des progrès ponctuels soient enregistrés dans le Sud, comme l'attestent les panneaux de localité en deux langues et l'ouverture d'un jardin d'enfants bilingue à Messancy (projet pilote). Des tendances contraires se font jour également. Leurs représentants témoignent d'une désaffection générale à l'égard de la langue dialectale et visent à introduire l'anglais à la place de l'allemand dans l'éducation plurilingue de la région d'Arlon. Certains tentent par ailleurs d'assurer l'autonomie des dialectes populaires en les dissociant de la langue allemande standard.

La "Nouvelle Belgique"

En 1920, le traité de Versailles a attribué le territoire d'Eupen-Malmedy et de Moresnet neutre à l'État belge. Comme dans d'autres zones moins étendues qui sont venues s'y ajouter par la suite, l'allemand et le français y sont devenus deux langues officielles au statut identique. Généralement, l'enseignement primaire était dispensé dans la langue maternelle des enfants, l'apprentissage du français commençant dès la 1e année, comme en AB. Seul le français était enseigné dans les écoles secondaires. Après la Seconde Guerre mondiale, le ministre de l'Intérieur a ordonné une "réassimilation aussi prompte que possible" des territoires récupérés, si bien que les cours ont été donnés exclusivement en français dans les deux cycles de l'enseignement secondaire.

Il a fallu attendre la fin des années 60 pour assister à un véritable changement politique inspiré essentiellement par les Flamands qui s'opposaient à l'État central dominé par les francophones. La fédéralisation des matières culturelles a été une bonne chose pour le groupe linguistique germanophone, qui a vu se créer une "région de langue allemande" aux frontières bien définies, où l'allemand est la langue officielle. La réforme de l'État a substitué des structures fédérales au pouvoir central et, depuis 1980, le Conseil de la Communauté germanophone jouit d'une compétence législative dans toutes les matières afférentes à la langue, à la culture et à l'enseignement. Le territoire de la "Nouvelle Belgique" est ainsi devenu une des trois Communautés qui constituent l'État fédéral belge.

L'événement marquant de ces dernières années sur le plan de la promotion de la langue est sans conteste le transfert à la Communauté germanophone des compétences en matière d'éducation dans le cadre de la réforme de l'État, qui s'est provisoirement achevée en 1993. Un symposium européen sur l'allemand comme langue usuelle et maternelle dans la Communauté européenne s'est par ailleurs déroulé à Eupen en mars 1987.

[Retour au sommaire]


2.4. Statut juridique et politique officielle

En NB, l'allemand est la langue officielle du territoire et de l'administration alors qu'en AB, la seule langue officielle est le français, avec une exception pour la région de Montzen, où certaines "facilités" sont accordées aux germanophones. Chaque commune peut demander à bénéficier de ces facilités, mais aucune ne l'a fait jusqu'ici.

Lors de la première grande réforme de l'État, entre 1968 et 1971, la Belgique a été divisée en quatre régions linguistiques et trois communautés culturelles (article 3 bis de la constitution). Dans le cadre de la seconde réforme (1980-1983), l'article 3 a été modifié et les communautés culturelles ont été remplacées par des communautés linguistiques. Depuis lors, la Communauté germanophone possède des compétences directes dans les matières culturelles et personnalisables et dispose de son propre Exécutif. En 1991, le texte allemand de la Constitution a été doté d'un caractère officiel identique à celui des versions française et néerlandaise.

Des témoins privilégiés nous ont fait les observations suivantes au sujet de la politique linguistique officielle de la Belgique. Dans la région officielle de langue allemande (NB), la population se sent largement soutenue par l'État et reconnue en tant que communauté linguistique. Les moyens mis en place pour l'enseignement de la langue sont appropriés et suffisants, même si l'intérêt porté à la recherche linguistique et aux programmes d'échanges semble assez mitigé (à titre de confirmation de cette politique linguistique volontariste, un témoin privilégié nous a transmis une annexe de onze pages sur la culture et la politique de langue allemande). Quoiqu'il en soit, on déplore le peu d'efforts accomplis par l'État pour améliorer la compréhension mutuelle entre les groupes linguistiques. Toutefois, il s'agit d'une problématique qui tient à l'ensemble du système belge, où les trois langues sont des langues nationales.

La politique officielle des gouvernements régionaux transparaît dans l'évocation occasionnelle du francique mosellan de la région d'Arlon depuis que le luxembourgeois est devenu la langue nationale du Grand-Duché de Luxembourg en 1984. La seule action officielle au niveau local est l'établissement de quelques panneaux routiers de signalisation dans les deux langues. En NB, les autorités s'efforcent d'imposer un bilinguisme français-allemand. Selon les témoins privilégiés, les contacts avec les administrations locales posent certains problèmes dans la mesure où celles-ci relèvent à la fois du gouvernement wallon et de la Communauté germanophone. Or, les ministères de la Région wallonne sont rarement conscients de la nécessité de formuler leurs demandes et de rédiger leurs formulaires en langue allemande à l'intention des communes germanophones. Malgré les énormes carences en la matière, il convient de préciser que la politique du gouvernement wallon a nettement évolué ces dernières années dans le sens d'une reconnaissance de l'allemand à l'intérieur de la Région wallonne.

[Retour au sommaire]


3. Présence et usage de la langue par domaine

3.1. Enseignement

Les lois linguistiques de 1963, mentionnées plus haut, constituent la base juridique du système scolaire actuel. Elles précisent les langues à enseigner dans les différentes parties du pays et les conditions de cet enseignement. Elles mentionnent également l'année d'études où les cours de langue doivent débuter ainsi que le nombre d'heures par semaine et le nombre d'années scolaires durant lesquelles ils seront organisés. En Belgique, le financement de l'enseignement est assuré par l'État, soit directement, soit sous la forme de subventions indépendantes du nombre d'élèves.

Le français est la langue de l'enseignement en AB et dans la région de Malmedy. Dans certaines conditions, la "langue maternelle ou usuelle de l'enfant" peut aussi être la langue d'enseignement à l'école maternelle ou primaire dans la commune de Montzen (articles 3 et 4 de la loi scolaire du 30 juillet 1963). Dans l'arrondissement d'Arlon, l'allemand peut être la seconde langue de l'enseignement primaire (article 10 de la loi scolaire du 30 juillet 1963).

En NB, l'allemand est la langue d'enseignement officielle (obligatoire) en vertu des lois linguistiques de 1963, exception faite des cinq écoles et sections francophones de la région. Le français est la première langue étrangère enseignée. Malgré la diversité des dialectes, le haut-allemand est employé prioritairement pendant les cours. Les lois linguistiques de 1963 ont également prévu des mesures d'exception très précises qui permettent de déroger au principe strict de territorialité. C'est ainsi que dans certaines communes, les enfants peuvent recevoir un enseignement dans une des autres langues nationales si 16 parents (8 couples de parents) en font la demande.

En 1987, 4 077 élèves sur 4 629 ont suivi l'enseignement primaire en allemand. 522 enfants germanophones (11,92 %) ont pour leur part fréquenté des écoles francophones.

Le tableau suivant présente un aperçu plus détaillé de l'enseignement de l'allemand dans l'enseignement primaire sur le territoire germanophone au cours de l'année scolaire 1986/87:

Région

Nombre d'écoles

Nombre d'élèves (approx.)

Allemand Obligatoire/ facultatif

Allemand - langue maternelle/ étrangère

Début de l'enseignement

Eupen/St-Vith
(officiellement germanophone)

75 5 000

obligatoire

langue maternelle

école maternelle

Malmedy
(officiellement francophone)

 -  -

obligatoire

langue étrangère

2e année

AB-Sud
(officiellement francophone)

44 1 180

facultative

langue étrangère

5e année

AB-Nord
(officiellement francophone)

12 500

obligatoire ou facultative

langue étrangère

1e, 3e ou 4e année


La plus grande partie du matériel didactique provient de République fédérale d'Allemagne. Seuls les outils pédagogiques pour les cours de langues étrangères et pour des matières se rapportant spécifiquement à la Belgique font exception à la règle.

En AB, l'allemand est une langue étrangère comme les autres et ne constitue la langue d'enseignement d'aucun établissement. En NB, par contre, c'est la langue principale de l'enseignement dans la plupart des écoles secondaires. En 1987, 3 864 élèves sur 4 402 ont fait leurs études secondaires en allemand dans 14 établissements tandis que 538 enfants, soit 12,2 % de l'ensemble de la population scolaire, ont été accueillis dans des sections francophones.

Un institut privé de l'AB, Pro Linguis, propose des cours d'allemand et de luxembourgeois à côté d'autres langues étrangères. Ces cours attirent un public nombreux en raison des possibilités d'emploi croissantes qu'offre le Luxembourg. En NB, diverses organisations de formation continue et de formation des adultes dispensent des cours en langue allemande.

Le chapitre IV, articles 13-16, de la loi du 30 juillet 1963 fixe les dispositions légales afférentes à la capacité linguistique du personnel enseignant. En principe, les instituteurs de Belgique doivent apporter la preuve de leur connaissance approfondie de la langue d'enseignement de l'établissement où ils enseignent ou uniquement celle de la section à laquelle ils sont affectés. La conséquence pratique de cette disposition est qu'en général, les instituteurs travaillent de préférence dans la région dont ils sont issus. Par le passé, cette situation a posé des problèmes car il n'existait d'écoles normales d'instituteurs ni en AB ni en NB. En 1987, deux établissements de ce type ont vu le jour en NB et 63 étudiants s'y sont inscrits à l'époque. Les enseignants du secondaire sont le plus souvent formés à l'extérieur du territoire germanophone, à Liège, à Louvain-la-Neuve ou à Aix-la-Chapelle.

Globalement, l'influence d'organisations extérieures sur l'enseignement de l'allemand est assez faible. Ces organisations semblent plus désireuses de soutenir l'ensemble du groupe linguistique que de se concentrer sur l'enseignement. En AB, le mouvement Areler Land a Sprooch milite en faveur d'un trilinguisme allemand-français-luxembourgeois, mais en mettant davantage l'accent sur le luxembourgeois que sur l'allemand standard. La Fondation J. B. Nothomb, institut à vocation politique qui poursuivait autrefois des objectifs similaires, se mobilise aujourd'hui pour le remplacement de l'allemand par l'anglais dans l'enseignement. Enfin, créé en 1990, le Conseil des langues régionales, organe consultatif de la Communauté française, représente les langues de la région dans leurs variétés dialectales. En NB, le mouvement de soutien au français &endash; seconde langue bénéficie d'une aide financière. Dans les années 80, la revue Der Wegweiser d'Eupen a défendu les intérêts de la culture allemande en Belgique mais ne s'est pas occupée des problèmes de l'enseignement de la langue maternelle.

Le peu de soutien apporté à la langue allemande par les parents tient au fait qu'ils ne tirent pas suffisamment parti des mesures d'exception citées plus haut (demande introduite par 16 parents), phénomène qui s'explique lui-même par le nombre relativement élevé de citoyens allemands vivant sur le territoire. Ces derniers préfèrent souvent inscrire leurs enfants dans des écoles francophones.

Un groupe de travail pédagogique pour l'éducation scolaire s'est créé en 1976 en vue d'améliorer l'enseignement. Il est scindé en deux sections, l'une pour l'enseignement primaire et l'autre pour l'enseignement secondaire. Dans l'enseignement primaire, il s'occupe des établissements de l'État et de la province ainsi que des écoles libres. De manière générale, il se mobilise également pour l'enseignement de l'allemand en tant que langue étrangère et, dans ce cadre, collabore étroitement avec l'Institut Goethe.

La langue administrative des écoles de l'État et des écoles libres est soit l'allemand, soit le français alors que celle des écoles communales est uniquement l'allemand. Le choix de l'allemand ou du français comme langue de communication entre les enseignants varie considérablement en fonction du contexte local.

[Retour au sommaire]


3.2. Autorités judiciaires

Comme l'allemand n'est pas une langue officielle en AB, il n'est pratiquement pas utilisé devant les pouvoirs judiciaires. À Malmedy, toute personne qui le souhaite peut demander à être entendue en allemand et le tribunal fait alors appel aux services d'un interprète. En NB, la langue des tribunaux est l'allemand. Par ailleurs, si un justiciable résidant en dehors du territoire germanophone demande une procédure en allemand, il sera renvoyé à l'arrondissement judiciaire d'Eupen. Généralement, des interprètes allemand-français ne sont pas nécessaires, quoique disponibles, car l'audience se déroule dans la langue choisie par les parties. Une loi entrée en vigueur en septembre 1988 a permis la création d'un arrondissement judiciaire à Eupen pour la région de langue allemande, si bien que l'allemand y est assimilé de fait au français et au néerlandais. La Cour de cassation est la seule instance devant laquelle une procédure ne peut pas être menée en allemand. Néanmoins, le texte du recours en cassation peut être rédigé dans les trois langues.

[Retour au sommaire]


3.3. Autorités et services publics

En AB, le français est utilisé à tous les niveaux de l'administration, ce qui s'explique par la législation mentionnée plus haut.

En NB, l'administration centrale emploie généralement le français, l'usage de l'allemand étant très marginal. Il en va de même pour l'administration régionale, qui dépend du pouvoir wallon, bien que la loi reconnaisse à chaque habitant le droit d'utiliser sa langue dans les rapports avec les pouvoirs publics.

Par contre, l'allemand est la langue de communication habituelle dans les administrations locales. Celles-ci s'efforcent néanmoins de fournir des renseignements en français aux non-germanophones. Les services locaux dont les activités intéressent une seule commune emploient uniquement l'allemand dans leurs contacts internes ainsi que dans leurs relations avec d'autres institutions de la même région linguistique et avec la capitale, Bruxelles. Toutefois, les documents en allemand peuvent être accompagnés, au besoin, d'une traduction. En NB, les annonces, communications et formulaires de ces administrations destinés au public sont rédigés en allemand et en français. Dans la correspondance avec les particuliers, seul l'allemand peut en principe être utilisé. C'est également le cas pour les documents concernant des personnes privées. Les attestations, déclarations et autorisations remises à celles-ci sont rédigées soit en allemand, soit en français, selon le souhait des intéressés.

Pour les factures d'électricité, de téléphone, etc., les usagers ont le choix entre l'allemand et le français. L'allemand est la langue dominante dans tous les organismes de services de NB, alors qu'il n'est que sporadiquement employé dans ceux de l'AB.

En matière de signalisation routière en NB, enfin, on constate que les panneaux sont bilingues dans le nord du territoire, l'utilisation du français comme deuxième langue étant facultative. La langue des panneaux officiels est uniquement le français. Dans la région d'Eupen, les panneaux de signalisation routière sont bilingues. En AB, la signalisation officielle est exclusivement en français.

[Retour au sommaire]


3.4. Mass médias et technologies de l'information

En NB, l'usage de la langue allemande dans les médias est légalement autorisé et fait l'objet de subventions de la part des pouvoirs publics.

Presse quotidienne
En NB, le quotidien Grenzecho, entièrement rédigé en allemand, tire à 13 500 exemplaires. Jusqu'à une époque récente, le journal allemand Aachener Volkszeitung publiait une page spéciale Ostbelgien.

L'AB compte quelques abonnés au Grenzecho, mais ne possède plus de journaux locaux en allemand depuis 1953.

Presse hebdomadaire
Les hebdomadaires en langue allemande publiés en Allemagne sont disponibles partout.

En NB, les hebdomadaires locaux suivants paraissent en allemand :

Radio
Les habitants de l'AB peuvent capter les émissions de la BRF (Radiotélévision belge de langue allemande) et ceux de la région de Montzen, les programmes de radios allemandes. Les stations libres Radio Beho et Radio Arlon diffusent des émissions dialectales.

La NB possède sa propre station, la BRF, dont les émissions peuvent être captées jusqu'en Rhénanie. Elle émet uniquement en allemand et touche environ un demi-million d'auditeurs.

Il existe également quelques stations de radio privées qui émettent dans un rayon de 10 à 15 kilomètres. Ce sont Radio Herrmann, Radio Aktivität, Radio Rewi, Radio International, Radio Metropole, Studio Kelmis et Radio Fantasy. La majorité des émetteurs privés ont vu le jour ces dernières années. Leur capacité de transmission est encore très limitée et le nombre d'auditeurs est peu élevé dans les zones rurales. Depuis un an, la chaîne publique (BRF) diffuse de la publicité en allemand.

Télévision
Voici quelques mois, la BRF a mis en place, à titre expérimental, une chaîne de langue allemande qui travaille en collaboration avec le Medienzentrum (Centre des médias) de la Communauté germanophone et qui diffuse l'émission Maskerade. Généralement, les programmes allemands sont captés sur le territoire et la population germanophone regarde les émissions des chaînes publiques allemandes telles qu'ARD, ZDF, SWF ou WDR ainsi que celles des chaînes privées telles que RTL Plus, SAT 1 ou PRO7.

Logiciel et matériel informatiques
Dans ce domaine, la Communauté germanophone peut exploiter les possibilités offertes par le marché allemand tout proche.

[Retour au sommaire]


3.5. Production et industries culturelles

Deux à trois nouveaux livres en allemand paraissent chaque année en Belgique germanophone. Ont été publiés jusqu'à présent:

Genre

Tirage

Manuels scolaires

500

Livres pour enfants

2 000

Poésie

1 000

Nouvelles

2 000

Romans

3 000

Livres sur la région

3 000

Dans le domaine musical, la musique populaire et le chant choral traditionnels sont très bien représentés, les variétés et le rock le sont moins.

Dans le domaine théâtral, l'allemand est surtout employé par les troupes semi-professionnelles. L'AGORA, théâtre de la Communauté germanophone de Belgique, présente chaque année un à deux spectacles en allemand et organise tous les deux ans un festival de théâtre international avec le soutien du Centre d'éducation populaire de Saint-Vith. On compte également une dizaine de troupes villageoises. Le premier festival culturel des cantons de l'Est a vu le jour en 1993.

En ce qui concerne la politique officielle, on constate que les pouvoirs locaux n'encouragent pas la culture de langue allemande en AB, alors qu'ils font tout pour la promouvoir en NB (par exemple, le Medienzentrum, la création d'un dépôt des archives de l'État à Eupen avec un directeur germanophone). Malmedy possède un centre de traduction officiel pour les décrets du Conseil de la

[Retour au sommaire]


3.6. Le monde des affaires

En NB, la connaissance de la langue est une condition implicite de recrutement pour la plupart des emplois. Pour les désignations et promotions dans les administrations locales de la Communauté germanophone, le principe qui prévaut est que personne ne peut être désigné ou promu à une fonction ou à un poste s'il ne connaît pas l'allemand. Les examens en vue d'un recrutement ou d'une promotion se déroulent en allemand.

Il y a peu de publicité visuelle en NB. Les messages publicitaires à la radio sont toujours présentés en allemand. Les firmes locales font leur publicité dans cette langue alors que les grandes sociétés internationales comme Marlboro, Coca-Cola, etc. optent souvent pour le français. En AB, la publicité en allemand n'existe pas.

En NB, les informations à l'usage des consommateurs sont presque toujours rédigées en allemand, ce qui est rarement le cas en AB.

[Retour au sommaire]


3.7. Usage familial et social de la langue

La plupart des parents parlent allemand avec leurs enfants, mais certains utilisent aussi le français. Depuis 1945, la proportion de personnes bilingues a considérablement augmenté.

Vers 1950, la tendance à la francisation était encore plus marquée et de nombreux parents considéraient que la pratique du français avec leurs enfants constituait une meilleure préparation à la vie future. Au cours des années 70, il était beaucoup plus fréquent de trouver un "solide bilinguisme" qu'aujourd'hui, où l'allemand domine presque partout. Bien des parents déplorent le recul du français qui en résulte.

Le groupe linguistique allemand se caractérise par un degré élevé d'endogamie. En cas de mariage avec un ou une francophone, la langue commune de la famille sera généralement le français. Les habitudes linguistiques sont pratiquement identiques pour les deux sexes.

En NB, tous les prêtres parlent allemand et presque tous les offices religieux se déroulent dans cette langue.

Selon les personnes interrogées, les jeunes qui se lancent dans des études d'allemand présentent souvent des carences linguistiques dont ils ne sont pas conscients. Toutefois, comme l'usage de l'allemand est beaucoup plus répandu depuis les années 70, il arrive fréquemment que les jeunes maîtrisent mieux la langue que leurs parents (ce que contestent les parents les plus cultivés).

[Retour au sommaire]


3.8. Echanges transfrontaliers

Les échanges transnationaux, officiels ou non, sont très intenses entre le territoire germanophone de Belgique et les régions voisines d'Allemagne, ce qui s'explique déjà par l'ouverture des frontières de l'Union européenne. Un relevé des contacts établis dépasserait le cadre de cette étude. Aussi nous bornerons-nous à dire que ces échanges couvrent tous les domaines cités.

[Retour au sommaire]


4. Conclusion

Étant donné le statut officiel et la grande vitalité de l'allemand en NB, l'existence de la langue n'est pas menacée dans cette région.

La situation est beaucoup plus précaire en AB, où la préservation de la langue allemande se heurte aux difficultés suivantes :

[Retour au sommaire]

©Euromosaic