L'allemand en France
xx-xx-xxxx
http://www.uoc.es/euromosaic/web/document/alemany/fr/i3/i3.html
Research Centre of Multilingualism
English version
L'allemand en France
  1. Introduction à la langue
  2. La langue dans le pays où elle est parlée
    1. Données générales sur la communauté linguistique
    2. Description géographique, démographique et linguistique
    3. Histoire générale de la région et de la langue
    4. Statut juridique et politique officielle
  3. Présence et usage de la langue par domaines
    1. Enseignement
    2. Autorités judiciaires
    3. Autorités et services publics
    4. Masse média et technologies de l'information
    5. Production et industries culturelles
    6. Le monde des affaires
    7. Usage familial et social de la langue
    8. Echanges transfrontaliers
  4. Conclusion


1. Introduction à la langue

Cette rubrique ne contient pas de données pour cette langue.

[Retour au sommaire]


2. La langue dans le pays où elle est parlée

Cette rubrique ne contient pas de données pour cette langue.

[Retour au sommaire]


2.1. Données générales sur la Communauté linguistique

Cette rubrique ne contient pas de données pour cette langue.

[Retour au sommaire]


2.2. Description géographique, démographique et linguistique

Différentes variétés de l'allemand sont parlées en France dans les régions de l'Alsace et de la Lorraine thioise. On y fait référence à l'allemand standard sous les appellations "Ditsch" ou "Hochditsch" et aux variétés dialectales parlées en Alsace sous "alsacien" ou "Elsässisch" et dans la partie orientale du département de la Moselle sous celle de "Lothringer Platt".

Les variétés régionales de la langue allemande servent essentiellement à la communication orale, tandis que l'allemand standard est utilisé pour la communication écrite.

On retrouve des attestations de l'existence de populations germaniques dans la région depuis l'Empire romain jusqu'au Saint Empire romain germanique (du III jusqu'au XVIIe siècle). La publication de la première bible en allemand à Strasbourg remonte à1466.

Le territoire où sont parlés des variétés de langue allemande comprend en Alsace les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, à l'exception de certaines vallées vosgiennes, et en Lorraine thioise, le nord et le nord-est du Département de la Moselle.

L'allemand y est parlé aux côtés du français, en plus de quelques langues introduites par des immigrés de date récente, dont principalement l'arabe.

La population totale de ces régions atteint environ deux millions et demi d'habitants, dont environ la moitié se servirait encore de la langue allemande sous ses variétés régionales. En dehors de la France, l'allemand est la langue qui compte le plus de locuteurs en Europe, à savoir environ quatre-vingt-dix millions, en Allemagne, en Autriche, en Suisse, au Luxembourg, en plus des minorités de la Belgique, du Danemark et de plusieurs pays d'Europe de l'Est.

L'allemand est considéré en France comme une langue régionale, aucune des variétés dialectales n'étant reconnue officiellement. Dans certains textes ministériels, on définit la langue régionale en Alsace sous l'expression de "dialectes alsaciens dont l'expression écrite est l'allemand".

Sur le plan démographique, le Bas-Rhin compte 915 676 habitants, le Haut-Rhin 650 372 et la Moselle 1 007 189 (Born, 1989), après avoir connu une légère augmentation au cours des vingt dernières années. En 1982, 13,6% de la population originaire de la région avait quitté la région à la recherche d'emplois mieux rémunérés ou en raison du déplacement des fonctionnaires (enseignants, etc.), tandis que 15% de la population résidant sur le territoire y était immigrée récemment pour des raisons professionnelles. Ces nouveaux venus parlaient généralement le français. En Alsace, environ le quart de la population vit dans des villes, tout comme en Moselle.

Lors du dernier recensement linguistique qui a eu lieu en 1962, la proportion de personnes possédant la langue comme première langue apprise, et qui la parlaient encore quotidiennement s'élevait à 63,6% dans le Bas-Rhin, 59,2% dans le Haut-Rhin et 43% dans la Lorraine thioise (Born, 1989). Selon notre correspondant, qui se base sur des données de l'INSEE (1980), cette proportion serait de 75% en Alsace et d'environ 70% en Moselle.

Sur le plan économique, malgré la dégradation du marché du travail, l'Alsace présente le taux de chômage les plus faible de toutes les régions de la France. C'est la région que l'on quitte le moins et le taux d'immigration y demeure faible. Aussi bien en Alsace qu'en Moselle, près des deux tiers de la population active est employée dans les services (respectivement 58,3% et 62%), l'industrie et le bâtiment occupant respectivement 7% et 7,6% des travailleurs, et l'agriculture ne comptant plus que pour respectivement 2,7% et 2,4%. Dans l'ensemble, l'Alsace est l'une des régions les plus riches de la France, bien qu'elle soit la région la moins prospère des régions du Rhin supérieur d'Allemagne et de Suisse. La Moselle, par contre, connaît des problèmes de reconversion dans le secteur minier et le taux de chômage y atteint 12%.

[Retour au sommaire]


2.3. Histoire générale de la région et de la langue

Bien que l'Alsace ait été annexée plusieurs fois par la France au cours de l'histoire, cette région n'a eu aucun rapport direct avec l'Etat français pendant plusieurs siècles. Depuis l'Empire Romain (753 av. J.C. - 476 ap. J.C.) jusqu'au Saint Empire Romain Germanique (800 - 1806), l'Alsace faisait partie intégrante du monde germanique.

Les villes d'Alsace furent les premières à adopter l'allemand comme langue officielle en remplacement du latin pendant la Réforme luthérienne. C'est dans la ville de Strasbourg que l'allemand fut utilisée pour la première fois comme langue de la liturgie. C'est également à Strasbourg que fut publiée la première bible en allemand en 1466.

Depuis l'annexion de l'Alsace à la France au XVIIe siècle et la politique linguistique de la Révolution française jusqu'en 1870, la connaissance du français en Alsace a progressé considérablement. Avec les réformes de l'enseignement du milieu du XIXe siècle, les classes moyennes commençaient à bien parler et à écrire le français. Mais la langue française n'avait pas encore réussi à conquérir vraiment les masses populaires qui continuaient, dans leur immense majorité, à parler leurs dialectes allemands et à écrire en allemand (que l'on appellerait aujourd'hui standard).

De 1870 à 1918, dans l'Alsace annexée à l'Empire allemand sous la forme de terre d'Empire ou Reichsland, dont la langue officielle, notamment dans les écoles, redevint l'allemand (standard), le français a perdu du terrain au point que l'on ait évalué à 2% la partie de la population qui se servait alors couramment du français et à 8% celle qui en avait une connaissance relative (Maugue, 1970).

Après 1918, la langue d'enseignement, notamment dans les écoles primaires, devait devenir exclusivement la langue française. Après de longues polémiques et discussions ainsi que des mesures transitoires, fut publiée en 1927 une circulaire du recteur Pfister qui allait réglementer l'enseignement dans les écoles primaires jusqu'en 1939.

Après l'annexion nazie (1940-1945), où la seule langue utilisée dans l'enseignement fut l'allemand standard, et à la fin de la Seconde guerre mondiale, la réglementation de 1927 ne fut pas reprise et l'enseignement de l'allemand à l'école primaire fut suspendu par un arrêté rectoral, à titre provisoire, ce qui devait permettre au français de regagner du terrain perdu. Mais dès 1946, la question de l'enseignement de l'allemand fut reposée de toute part.

En 1951, la loi Deixonne relative à l'enseignement des langues et dialectes locaux prévoit dans son article 10 une application au breton, au basque, au catalan et à la langue occitane, mais pas au corse, au flamand, ni à l'allemand en Alsace et en Moselle.

Ce n'est que par un décret du 18 décembre 1952, complété par un arrêté du 19 décembre de la même année qu'un enseignement facultatif de la langue allemande fut institué dans les écoles élémentaires des communes dont la langue usuelle était le dialecte alsacien. En raison de nombreux refus d'instituteurs et de nombreuses pressions officielles ou officieuses, le décret fut appliqué de manière très peu rigoureuse.

En 1972, l'inspecteur général d'allemand, Georges Holderith obtint l'autorisation de réintroduire l'allemand dans 33 cours moyens, à titre expérimental. Cet enseignement de l'allemand, dénommé réforme Holderith, a ensuite pu être élargi et étendu à l'ensemble des deux dernières années d'école élémentaire. Cette réforme inspire encore largement l'enseignement de l'allemand à l'école élémentaire de nos jours.

Ce n'est que le 9 juin 1982, par une Circulaire sur la langue et la culture régionales en Alsace du recteur d'Académie Pierre Deyon que l'enseignement de l'allemand dans les écoles primaires d'Alsace a commencé à avoir un statut véritablement plus officiel. La Circulaire ministérielle du 21 juin 1982, dénommée Circulaire Savary, introduit le soutien financier des langues régionales dans les écoles et dans les universités durant trois ans. Mais cette circulaire fut appliquée de manière relavitement laxiste.

Plus récemment, en 1987, est parue une note de service au niveau national concernant l'enseignement précoce de l'allemand en France qui contient à l'article III des Instructions complémentaires pour l'enseignement de l'allemand en Alsace et en Moselle.

L'allemand est aussi la langue d'un pays que la France a très longtemps considéré comme un ennemi héréditaire. De plus, l'Alsace et la Lorraine ont été souvent une pomme de discorde entre la France et l'Allemagne. L'histoire a donc une incidence sur la situation actuelle en ce qui concerne la langue minoritaire.

[Retour au sommaire]


2.4. Statut juridique et politique officielle

En France, la primauté du français est absolue, ce qui a été confirmé dans l'article 2 de la nouvelle constitution du 22 juin 1992 suite aux modifications entreprises au moment de procéder à la ratification du traité de Maastricht. On y lit en effet que La langue de la République est le français. Les départements détiennent néanmoins les compétences nécessaires pour soutenir le bilinguisme à l'école (par exemple, le Conseil général de la Moselle), au moyen d'aides financières. Les communes peuvent, de leur côté, introduire le bilinguisme sur leur territoire, en installant des signalisations bilingues dans les endroits publics.

Bien que l'allemand soit considéré comme une langue régionale, aucune des variétés dialectales de cette langue n'est reconnue officiellement. Dans certains textes ministériels, on définit la langue régionale en Alsace par l'expression "dialectes alsaciens dont l'expression écrite est l'allemand". Il est par ailleurs interdit de poser des questions d'appartenance linguistique dans les recensements.

Depuis la Révolution de 1789, la France a tenté d'éradiquer les langues et dialectes minoritaires sur son territoire avec un succès variable selon les régions, utilisant pour cela de nombreux moyens : administration, école, médias. Actuellement, l'Etat doit composer avec la pression populaire régionale. Tout en acceptant d'agir, il tente de freiner certaines évolutions trop favorables aux langues et variétés régionales. L'Alsace et la Lorraine thioise jouissent d'un régime spécial en ce qui concerne certaines institutions administratives et judiciaires. Tout en reconnaissant le pouvoir législatif centralisé de l'Etat français, certaines lois ne sont pas appliquées dans cette région (par exemple, la loi de 1905 qui institue un régime de séparation entre l'Église et l'Etat).

L'administration régionale issue d'élections (les Conseils régionaux et généraux) n'utilise que le français. Elle n'en soutient pas moins par des moyens financiers l'enseignement de l'allemand standard en Alsace, avec, par exemple, la création d'un Office régional du bilinguisme d'Alsace (1993). La partie germanophone de la Moselle ne comprend pas de grand centre urbain ou administratif sur son territoire, d'où une administration régionale qui se sent moins concernée par les revendications linguistiques d'une partie de la population.

En principe, la politique linguistique actuelle est basée sur la Circulaire Savary et sur l'existence du Conseil National des Langues et Cultures régionales. Néanmoins, on doit constater que le gouvernement n'a jamais développé de politique de soutien pour les langues régionales. Ce Conseil, créé en 1986, par exemple, ne dispose pas de compétences réelles et ne sert pas au soutien des langues régionales.

D'après nos témoins privilégiés, les gens pensent qu'il est rare que la politique de la France favorise l'allemand. Ainsi, il est rare que la France reconnaisse l'allemand comme richesse culturelle. Les gens ne croient pas du tout que l'aire géographique de l'allemand est respectée dans le but d'assurer la promotion de cette langue; ils pensent que le gouvernement français facilite et encourage rarement l'usage de l'allemand écrit et parlé en public et en privé. Selon eux, il est rare que le gouvernement français favorise l'établissement de liens entre des groupes de locuteurs des pays voisins. Il est rare qu'il fournisse des moyens importants pour l'enseignement et l'étude de la langue allemande à tous les niveaux de connaissance. Néanmoins, les gens pensent que le gouvernement procure un peu de facilités aux non-germanophones d'Alsace pour qu'ils l'apprennent s'ils le désirent. Il est rare que le gouvernement favorise les études et les recherches sur l'allemand dans les universités.

[Retour au sommaire]


3. Présence et usage de l'allemand par domaine

3.1. Enseignement

Le français est la langue de l'enseignement. Bien que l'allemand ait été déclaré "langue régionale", on peut faire ses études jusqu'au baccalauréat sans apprendre cette langue et sans entendre parler de l'histoire et de la culture locales.

L'ensemble des dispositions légales concernant l'enseignement de l'allemand dans les écoles primaires d'Alsace est toujours défini, depuis 1918, au niveau central, c'est-à-dire par l'Assemblée Nationale pour les textes législatifs et par le Ministère de l'Education Nationale pour les décrets et autres textes réglementaires. Le responsable de l'ensemble de l'enseignement en Alsace est, comme dans toutes les autres régions de la France, le recteur de l'Académie, représentant le Ministère dans la région, donc fonctionnaire d'autorité. Il peut prendre des décisions ou procéder à des aménagements des textes, mais il ne peut le faire qu'avec l'aval de son ministre.

Seul l'enseignement de l'histoire et de la civilisation nationale est prévu dans le programme d'enseignement obligatoire. Il existe par contre une option facultative Langue et culture régionales.

En matière d'inspection scolaire, comme l'allemand est enseigné à titre facultatif, les conseils, d'où qu'ils proviennent, à l'exception de ceux donnés par les inspecteurs, peuvent être suivis ou non. Les Sous-commissions départementales d'Allemand-Langue et culture régionales garantissent une assistance aux enseignants de tous les niveaux. Ces sous-commissions sont formées par des inspecteurs, des maîtres-formateurs, des conseillers pédagogiques auprès des inspecteurs, des professeurs d'allemand de collège, de lycée et d'Ecole normale. Ils ont pour tâche, par exemple, de réfléchir sur les problèmes de pédagogie, ou d'élaborer des outils pédagogiques. Au niveau primaire, depuis 1982, on a nommé 4 conseillers pédagogiques et 5 instituteurs-animateurs déchargés de classe, dont l'une des tâches consiste à s'occuper de l'enseignement de l'allemand. Auprès des organismes, il existe par ailleurs l'Inspection académique du Haut-Rhin.

En dehors de l'Alsace et de la Lorraine thioise, l'allemand étant réputé difficile, son enseignement en France est réservé dans l'enseignement secondaire à une élite. Il y a en outre quelques expériences seulement de l'enseignement de l'allemand dans les écoles primaires.

Pour ce qui est des documents officiels portant sur l'enseignement de l'allemand sur le territoire, en plus de la loi Deixonne et de la circulaire Savary, le Département et l'Inspection académique du Haut-Rhin ont signé en 1992 un procès-verbal en vue de l'enseignement dans les écoles primaires. Au cours des dernières années, la plus grande avancée consiste en l'ouverture de plusieurs classes maternelles paritaires offrant 13 heures de français et 13 heures d'allemand par semaine. Ce projet de l'Association ABCM-Zweisprachigkeit initié en 1990 a amené l'Education publique à offrir ce type d'enseignement bilingue dans 23 écoles publiques et les instances départementales et régionales ont nommé des personnels qui s'occupent de bilinguisme.

A l'école maternelle, la langue est rarement utilisée, tandis qu'au niveau primaire, elle est enseignée quelques heures par semaine.

Dans l'éducation préscolaire, l'allemand est langue facultative dans quelques écoles. L'allemand est enseigné dans environ 125 classes et on constate aujourd'hui une lente augmentation dans l'usage de cette langue. Dans l'Education nationale, on utilise le terme maternelles bilingues pour désigner les écoles paritaires. L'association oeuvrant pour le bilinguisme des maternelles porte le nom de ABCM-Zweisprachigkeit. Il s'agit d'une organisation privée membre de la Fédération des langues régionales dans l'enseignement public (FLAREP), qui organise elle-même des écoles maternelles associatives et sert d'aiguillon pour inciter les autorités à créer des écoles bilingues.

La plupart des écoles publiques qui offrent un enseignement de l'allemand y dispensent officiellement 6 heures (mais dans la pratique l'enseignement est souvent négligé). Il n'existe que peu d'écoles publiques bilingues, c'est-à-dire ayant 13 heures d'allemand et 13 heures de français.

En ce qui concerne l'enseignement primaire, l'allemand est facultatif dans quelques écoles et son enseignement repose sur le volontariat du maître et est souvent escamoté dans la pratique. En 1986/1987, environ 76,5% des élèves, pour un total de 116 000, recevaient une partie de leur enseignement dans la langue allemande. La situation n'a pas réellement changé au cours des dernières années, puisque les proportions étaient pratiquement les mêmes de 1978/1979 à 1981/1982, bien qu'elles aient été légèrement plus faibles de 1982/1983 à 1984/1985 (aux alentours de 70%).

Jusqu'en 1983/1984, le seul dossier de travail destiné à l'éducation primaire en Alsace était celui élaboré par l'inspecteur général de l'Instruction publique, Georges Holderith. Dès 1984, on a amélioré cet ensemble qui ne répondait ni aux goûts des maîtres, ni à la situation des enfants. De plus, quelques manuels sont désormais disponibles pour l'allemand en histoire et en géographie.

L'enseignement de l'allemand est facultatif dans quelques écoles secondaires. Dans la pratique, l'allemand standard est traité en tant que langue vivante étrangère, sauf dans les établissements où l'on a séparé les élèves dialectophones des non-francophones (54% dans le Bas-Rhin, 26% dans le Haut-Rhin). Pour le Département de la Moselle, où il y avait 7 399 élèves au baccalauréat en 1990, l'enseignement de l'allemand a connu une nette progression au cours des dernières années, puisque le nombre d'élèves ayant choisi comme matière facultative le cours Langue et culture régionales est passé de 41 en 1988 à 1 263 en 1993.

Les élèves peuvent aussi choisir l'allemand comme première ou deuxième langue étrangère dans l'enseignement secondaire. Ainsi, en 1992/1993 dans le Département de la Moselle, 44,63% des élèves ont choisi l'allemand comme première langue étrangère, tandis que 37,2% l'ont choisi comme deuxième langue étrangère.

Depuis 1987, les élèves de sixième qui prennent l'allemand comme première langue étrangère peuvent aussi s'inscrire dans un cours d'allemand approfondi. A la fin de la troisième, ils peuvent passer l'examen du Certificat d'apprentissage approfondi de l'allemand.

Pour ce qui est de l'enseignement professionnel, l'allemand est offert comme langue facultative dans quelques écoles. Il y a une mention régionale d'allemand en formation professionnelle (MRAFP) pour les CAP et les BEP.

L'allemand est enseigné comme langue moderne dans les universités et il existe des ouvrages destinés à l'enseignement de l'allemand, langue étrangère. On constate pourtant une lente diminution de l'usage de la langue à l'université, où l'allemand n'a pas de place particulière. Il s'agit d'une langue vivante parmi d'autres. La formation des instituteurs en allemand ne représente qu'une petite partie de leur formation.

L'allemand est utilisé dans la formation des adultes. La formation continue est assurée par des universités populaires qui proposent des cours d'allemand mais qui n'atteignent pas tous les publics.

L'enseignement de la langue allemande dans le cadre de l'enseignement primaire public repose sur le volontariat des maîtres. L'enseignement en IUFM concernant sa langue et sa culture ne représente qu'une petite partie du programme et relève de l'option. La formation initiale et en particulier la formation continue relèvent du volontariat. L'organisme qui garantit la formation des enseignants dans la langue allemande est le Centre Transfrontalier. Ce centre offre des cours obligatoires pour les enseignants de l'enseignement primaire. Sur les 4 006 enseignants du Département de la Moselle en 1990/1991, 250 étaient inscrits à des cours d'allemand, comparativement à 150 en 1989/1990 et à 200 en 1990/1991.

[Retour au sommaire]


3.2. Autorités judiciaires

Depuis l'édit de Villers-Cotterêts de 1539, le français est la seule langue des tribunaux. Même les documents judiciaires privés doivent être écrits en français.

L'allemand n'est pas utilisé devant les tribunaux, mais comme l'accusé a droit à sa propre langue, on a recours au besoin à un interprète. D'ailleurs, des interprètes sont presque toujours disponibles dans les tribunaux. Une partie au litige peut utiliser l'allemand sans que cela n'entraîne de dépenses supplémentaires. de même, documents et témoignages peuvent être produits en allemand, un recours à la traduction ou aux interprètes étant assuré sans frais pour la personne concernée.

[Retour au sommaire]


3.3. Autorités et services publics

L'administration centrale utilise exclusivement le français.

Quant à l'administration régionale, celle-ci utilise le français, mais le fonctionnaire peut aussi utiliser le dialecte dans les contacts oraux. Lors des élections, certains programmes des candidats et certaines affiches sont bilingues, bien qu'officiellement ils soient censés être seulement en français. Les circulaires ("professions de foi") lors des élections peuvent être bilingues dans les départements d'Alsace et de la Moselle. En Lorraine thioise, les circulaires bilingues ne sont pas permises dans tous les cantons. Ainsi, le canton de Bouzonville est considéré comme unilingue, tandis que les cantons de Sierck, Cattenom, Metzervisse et Albestroff sont considérés comme bilingues (Legrand, 1993). Dans les rapports entre les citoyens et les autorités régionales, l'allemand n'est pas utilisé normalement, l'usage de cette langue étant activement découragé par les autorités. Le Département du Bas-Rhin a invité les fonctionnaires à utiliser la langue régionale avec les administrés, mais il n'y a pas obligation de connaître cette langue lors du recrutement.

La langue des autorités locales est aussi le français, mais le fonctionnaire peu utiliser le dialecte dans les contacts oraux. Par ailleurs, les bulletins municipaux contiennent quelquefois des résumés en allemand d'articles français. Bien que l'allemand ne soit pas utilisé normalement dans les rapports entre les citoyens et les autorités locales, l'usage de cette langue n'est ni encouragé, ni réprimé par les autorités locales.

De l'avis de notre correspondant et des témoins privilégiés, le gouvernement de la France n'a presque pas pris de mesures pour s'assurer que l'allemand soit utilisé dans les différentes fonctions communicationnelles de l'administration publique centrale. De même, l'utilisation de l'allemand demeure faible auprès des autorités régionales et locales.

Quant aux services publics et parapublics, ceux-ci sont fournis exclusivement en français, qu'il s'agisse de quittances et factures de téléphone, de bottins téléphonique, indications à l'hôpital, factures d'électricité, indications au bureau de poste et au commissariat de police. Dans les contacts personnels, on est servi occasionnellement en allemand à la compagnie de téléphone ou au bureau de poste local, mais rarement à la compagnie d'électricité ou au bureau des impôts. Au cours des dix dernières années, on constate une francisation en ce qui concerne les contacts oraux entre l'administration et les administrés, les fonctionnaires n'étant pas d'origine alsacienne.

Dans le domaine des noms propres, les autorités ont adopté en grande mesure l'usage officiel des toponymes sous leur forme traditionnelle et correcte en allemand. Il en est de même pour l'usage des noms de famille. Par contre, pour les prénoms, dans certaines communes, on fait encore pression sur les parents pour qu'ils n'utilisent pas de prénoms trop allemands.

L'affichage public et la signalisation routière se font généralement en français, que ce soient des indications sur la porte des conseils municipaux, des panneaux routiers indiquant les noms de villes et des environs, les panneaux indiquant les écoles et les piscines publiques, ou des enseignes commerciales. Au cours des dix dernières années, certaines communes ont installé des plaques de rues bilingues dans une partie de leur territoire, le plus souvent dans le centre historique des villes. Cette démarche a fait suite aux pressions populaires, à Strasbourg notamment, grâce à Action-Pirate

[Retour au sommaire]


3.4. Mass médias et technologies de l'information

En vertu de l'ordonnance No 45-113 de 1945 (article 11), 25% des textes de tous les périodiques bilingues publiés dans les départements d'Alsace et de la Moselle doivent être en français. En 1985, on a abrogé ces mesures, mais elles sont demeurées dans la pratique, spécialement dans les articles pour les jeunes, ceux sur les sports et ceux de nécrologie. De façon générale, les locuteurs comprennent l'allemand standard utilisé dans les médias, tant à l'oral qu'à l'écrit.

Presse quotidienne

Selon Born (1989) et selon notre correspondant, DNA (Les dernières nouvelles d'Alsace) publie à 65% en allemand avec environ 55 000 exemplaires et L'Alsace de Mulhouse publie à 50% en allemand avec environ 20 000 exemplaires.

Il existe en outre deux journaux hebdomadaires qui publient avec un contenu de 25% en allemand, à savoir L'Ami du peuple ou Der Volksfreund (40 000 exemplaires) et Le Messager évangélique.

Les quotidiens DNA et L'Alsace existent aussi en version française. Les éditions bilingues des journaux sont en recul au cours des dix dernières années. Les quotidiens et hebdomadaires n'obtiennent aucune aide des autorités.

Périodiques

Parmi les périodiques publiés en partie en allemand, il y a Rot und Wiss, un mensuel régionaliste publié à 8 000 exemplaires avec un contenu à 75% en allemand, et Land und Sproch, un trimestriel consacré à la promotion du bilinguisme et de la culture régionale avec un contenu à 75% en allemand. Ces périodiques n'obtiennent aucune aide financière gouvernementale.

Radio

Des émissions produites en dialecte sont diffusées sur ondes moyennes, mais pas sur FM. On compte également des stations de radio locales avec de nombreuses émissions en dialecte. Les stations de radio n'obtiennent pas de soutien financier, sauf FR Alsace pour ses émissions bilingues. Le nombre d'auditeurs pour les différentes stations n'est pas connu. La radio publique a réduit le nombre de ses émissions en allemand et les a reléguées sur OM/MW.

Radio France Alsace (RFA) diffuse sur ondes moyennes des informations en allemand standard une heure par jour et des informations en dialecte cinq heures par jour, qui sont en fait peu audibles et peu écoutées.

FR3 Alsace ne diffuse pas d'émission en allemand standard, mais il diffuse une émission en dialecte chaque jour, sauf le dimanche, d'une durée de 8 minutes présentée à 19 heures, et le samedi d'une durée de 40 minutes.

Chez les stations de radio privées les plus écoutées, il y a Radio-Télé Alsace (RTA), Radio des Alsaciens et Radio 67 (Fréquence Alsace), qui diffusent toutes environ 50% en allemand. Ces radios privées créées après 1981 utilisent beaucoup plus le dialecte, mais, selon notre correspondant, le niveau des émissions rebute beaucoup d'auditeurs.

Télévision

La chaîne publique émet environ une heure et demie par semaine en Alsacien. Les programmes de télévision en allemand en provenance d'Allemagne (Südwestfunk, ou ceux de la Saar), du Luxembourg et de la Suisse peuvent également être suivis dans le territoire.

La chaîne publique France 3 offre des émissions en dialecte, mais aucune en allemand. Il n'existe pas par ailleurs de télévision privée, ni en Alsace, ni en Moselle.

La nouvelle chaîne ARTE diffuse par ailleurs des émission culturelles dans les deux langues, c'est-à-dire en français et en allemand.

Informatique

En informatique, l'allemand peut être écrit sans problèmes avec les claviers et imprimantes. Il existe, en outre, des logiciels en allemand.

[Retour au sommaire]


3.5. Production et industries culturelles

Si quelques publications littéraires et des spectacles sont produits en allemand standard et en dialecte, la plus grande partie de la production culturelle se fait en français.

En ce qui concerne la production littéraire, des livres sont publiés en allemand standard ou en dialecte qu'il s'agisse de livres scolaires, de livres pour enfants, de poésies, de nouvelles, de romans, ou de livres religieux.

Dans le domaine de la musique traditionnelle, plusieurs formations se produisent, qu'il s'agisse de groupes municipaux, ou de groupes rattachés à des brasseries ou à des radios locales. Le pop et le rock ont par ailleurs connu une progression constante depuis 1972. On en retrouve d'ailleurs des enregistrements.

Pour ce qui est du théâtre professionnel, il y a des troupes du Théâtre Alsacien á Strasbourg, Mulhouse, Colmar, Haguenau et Schiltigheim, bien que les auteurs doivent mener une autre activité professionnelle pour survivre. Ils produisent chaque année 5 pièces de théâtre, dont 2 sont financées par le théâtre (Born, 1989). Dans le théâtre amateur, on trouve de nombreuses troupes dans les cercles paroissiaux et locaux. Celles-ci n'obtiennent aucune aide publique. Il existe une organisation moderne, le Jung Elsässer Buehn, qui organise chaque année une semaine de théâtre, la Theater Wuch dans le Kochersberg.

Dans le domaine du cinéma, on peut constater que l'allemand est presque inexistant dans les films en provenance de France, mais de nombreux films sont tournés en allemand à l'étranger.

S'il n'existe pas de festival régulier, en revanche, de nombreuses manifestations musicales et théâtrales sont organisées sans calendrier régulier. Celles-ci connaissent un succès grandissant d'années en années.

Des organisations se portent à la défense de la langue aussi bien en Alsace qu'en Lorraine thioise. En Alsace, on trouve le René-Schickele-Kreis (1965) qui publie la revue Land un Sproch, APCA (1975), EMA (1975), Unsri Gerachtigkeit (1981), Unsri Causa Nostra (1982). En Lorraine thioise, on trouve Hemechtslans a sprooch (1975) qui a publié une carte du Fränkeschland, Wéi laang nach (1979) qui origine de l'opposition aux centrales nucléaires, Bei uns daheim (1980), Gau un Griis (1986) et Lothringe in d'Schul (1989). Dans l'ensemble, ces organisations ont réussi à faire accepter par l'Education nationale l'allemand comme langue régionale. Elles ont réussi à convaincre certains parents que la connaissance de l'allemand peut représenter un atout pour leurs enfants sur le plan économique. Elles ont mis en place des classes maternelles bilingues. Elles ont mené des actions en direction des élus locaux pour qu'ils soutiennent leur action ou pour qu'ils prennent des initiatives telles que l'installation de plaques de noms de rues bilingues.

Selon notre correspondant et nos témoins privilégiés, le pouvoir central soutient rarement l'allemand dans le domaine culturel; de même, l'administration régionale et locale tend à confirmer la prépondérance du français.

[Retour au sommaire]


3.6. Le monde des affaires

Le commerce et les affaires font appel à l'utilisation du français, l'Etat étant enclin à imposer l'utilisation du français ou sa primauté dans le commerce. La législation linguistique impose d'ailleurs le français comme langue unique pour la rédaction des contrats de travail. Il est même interdit qu'ils contiennent des mots d'une autre langue. Néanmoins, l'allemand constitue une des conditions requises pour obtenir un emploi pour des postes qui sont au service du public.

On retrouve l'emploi de la langue allemande dans la publicité dans des campagnes publicitaires sur la rue, dans certaines radios locales et à la télévision (aussi avec des sous-titres français), bien qu'aucune initiative récente ne puisse être relevée en vue de développer l'usage de l'allemand dans la publicité. Au cours des dernières années, l'usage du dialecte dans la publicité a presque complètement disparu, sauf dans les radios locales.

Comme dans toutes les régions de France, tous les produits vendus en Alsace doivent porter des indications en français. Par contre, les produits destinés aux marchés allemands, suisses ou autrichiens peuvent comporter des indications en allemand. On ne relève aucune initiative en vue de développer un usage accru de l'allemand dans les étiquettes et modes d'emploi.

[Retour au sommaire]


3.7. Usage familial et social de la langue

Peu de parents s'adressent à leurs enfants en allemand. D'ailleurs, depuis 1950, on assiste à une dégradation générale de la situation et beaucoup de jeunes parents ignorent la langue régionale.

Les jeunes qui nouent des relations entre eux se servent du français à cette fin. On ne dispose pas de chiffres sur le degré d'endogamie. En général, les hommes utilisent davantage l'allemand que les femmes, en particulier parmi les jeunes. Il n'y a pas de différences par contre entre la langue utilisée par les parents pour s'adresser aux garçons et aux filles.

Pour ce qui est des pratiques religieuses, on ne dispose pas de chiffres sur le pourcentage des pratiquants. Parmi le clergé, environ 80% des membres protestants connaissent l'allemand, comparativement à 60% des membres catholiques. Environ la moitié des services religieux sont célébrés en allemand et on dispose de tous les ouvrages religieux en langue allemande. La famille peut choisir librement la langue aux mariages et enterrements, etc. Il faut distinguer entre les luthériens dont la langue d'église traditionnelle est l'allemand standard qui est beaucoup plus utilisé que chez les catholiques, et les catholiques qui sont beaucoup plus tournés vers la langue française. En 1992, André Weckmann a invoqué un service religieux par mois en dialecte et en allemand standard à Strasbourg, une initiative qui fut frappée d'interdiction au bout de deux mois par l'archevêque Brand (Land und Sproch, 1992).

Sur le plan des attitudes, on considère les locuteurs de l'allemand sous sa forme dialectale comme socialement inférieurs et rétrogrades. On constate toutefois de nos jours une tendance croissante dans les contacts entre les jeunes de Baden et ceux d'Alsace. Les gens considèrent l'allemand comme utile.

Beaucoup de locuteurs sont pessimistes pour l'avenir de l'allemand. Sa connaissance est perçue comme peu utile par ses locuteurs et comme inutile par les non germanophones. On considère par ailleurs la connaissance du dialecte comme un handicap pour la connaissance du français qui demeure la langue de la promotion sociale. En général, les gens pensent que les jeunes parlent l'allemand moins bien que leurs parents. On considère le dialecte des jeunes qualitativement et quantitativement inférieur à celui des générations précédentes. Quant aux jeunes non germanophones, les universités populaires offrent des cours d'alsacien, mais ceux-ci sont peu suivis.

[Retour au sommaire]


3.8. Echanges transfrontaliers

Des échanges scolaires existent de même que des partenariats entre des villes de la région avec des villes d'Allemagne. Le gouvernement français applique un peu les accords bilatéraux et multilatéraux qui le lient aux Etats germanophones afin de renforcer les contacts entre les usagers de la langue allemande en accord avec le sentiment d'amitié franco-allemande. Le gouvernement français promeut ou facilite rarement les coopérations transfrontalières, en particulier entre les autorités régionales ou locales où l'allemand est parlé. Selon notre correspondant, le gouvernement français utilise l'existence de la langue allemande en Alsace et en Lorraine germanophone pour inciter les Etats de langue allemande à apprendre plus le français.

[Retour au sommaire]


4. Conclusion

Bien qu'il soit difficile de traiter de l'Alsace et de la Lorraine thioise d'un seul trait et que deux études distinctes eurent été plus satisfaisantes, cet examen permet de conclure que la situation de la langue allemande en France se trouve affaiblie, en particulier en raison d'une politique nationale hostile aux langues régionales et minoritaires. Ceci, malgré que la langue allemande profite d'assises très solides dans le reste de l'Europe.

[Retour au sommaire]

©Euromosaic