L'allemand en Italie
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Research Centre of Multilingualism
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L'allemand en Italie
  1. Introduction à la langue
  2. La langue dans le pays où elle est parlée
    1. Données générales sur la communauté linguistique
    2. Description géographique, démographique et linguistique
    3. Histoire générale de la région et de la langue
    4. Statut juridique et politique officielle
  3. Présence et usage de la langue par domaines
    1. Enseignement
    2. Autorités judiciaires
    3. Autorités et services publics
    4. Masse média et technologies de l'information
    5. Production et industries culturelles
    6. Le monde des affaires
    7. Usage familial et social de la langue
    8. Echanges transfrontaliers
  4. Conclusion


1. Introduction à la langue

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2. La langue dans le pays où elle est parlée

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2.1. Données générales sur la Communauté linguistique

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2.2. Description géographique, démographique et linguistique

La minorité de langue allemande en Italie se concentre sur le territoire du Trentin/Haut Adige, plus précisement au Tyrol du Sud annexé par l'Italie en 1919, qui s'étend aujourd'hui sur une superficie de 7 400 km2. L'allemand y est parlé dans les provinces de Bolzano/Bozen et de Trentin. La population totale du territoire était de 440 508 citoyens en 1991, étant passée de 414 041 en 1971 à 430 568 en 1981, ce qui équivaut à une croissance de 3,92% pour la décennie de 1971 à 1981 et de 2,28% pour celle de 1981 à 1991 (ASTAT/Statistisches Jahrbuch 1993, 73).

L'allemand y est parlé aux côtés de l'italien et du ladin. Ses usagers comptent pour environ les deux tiers de la population du territoire, par un total d'environ 290 000 locuteurs, tandis que le nombre d'italophones s'élève à environ 116 000 et celui des ladinophones à 18 000. Un nombre additionnel d'environ 5 500 ressortissants italiens de langue allemande vivent à l'extérieur de ce territoire. L'allemand y jouit d'une situation relativement avantageuse si l'on considère que cette langue est parlée dans les pays voisins par environ 95 millions d'Européens et qu'elle sert de langue officielle et de travail dans les institutions communautaires.

Les mouvements de population que la région a connus dans le passé sont étroitement liés au marché de l'emploi, le point culminant se situant dans la période entre 1952 et 1960, au cours de laquelle de 20 000 à 30 000 familles ont quitté la région en raison d'une crise économique. La présence de 116 000 italophones s'explique par ailleurs par l'immigration italienne qui a fait suite à l'annexion du Tyrol du Sud par l'Italie en 1919. Le gouvernement italien a mené une politique d'italianisation de 1923 à 1943, qui eut pour conséquence d'une part, l'immigration d'italophones, et, d'autre part, l'émigration de germanophones, en particulier au cours de la période de 1933 à 1939, de même qu'à la suite de l'Option prévoyant le transfert de populations germanophones vers l'Allemagne de 1939 à 1943. Une autre période d'émigration eut lieu de 1949 à 1956.

La population se retrouve aujourd'hui essentiellement dans des zones semi-urbaines (58,4%), les zones rurales ne comptant que 2% de la population, tandis que les petites villes en comptent 17,2% et les grandes villes 22,4% (Bolzano) (ASTAT 1992a).

A vocation essentiellement rurale jusque dans les années 1930, le Tyrol du Sud a d'abord accueilli l'industrie primaire suite à son annexion par l'Italie, pour ensuite développer une vocation principalement touristique aujourd'hui. Ainsi, les services occupaient 61,2% de la main d'oeuvre en 1992, par rapport à l'industrie qui en occupait 25,3% et l'agriculture 13,5% (ASTAT 1993, p. 173). Le Tyrol du Sud jouit d'un taux de chômage très faible, à savoir 2%, comparativement à celui de l'Italie qui s'élève à 11,5% (ASTAT 1993, p. 173); la santé de son économie se mesure également par un taux de croissance du PIB légèrement supérieur au taux national, puisqu'il se situe à 7,0% dans la région par rapport à 6,4% pour l'ensemble de l'Italie (ASTAT 1992, p. 234).

Le nombre de personnes qui possèdent l'allemand comme première langue s'élève à 287 503 (ASTAT 1993), soit environ 68% de la population (ASTAT, Interethnische Beziehungen 1992). La proportion de personnes qui la parlent sur une base quotidienne s'élève au moins à 70%, selon la déclaration de l'appartenance à un groupe linguistique de 1991. Au cours de la dernière décennie, le nombre de locuteurs de la langue allemande s'est légèrement accru, passant de 66,4% en 1981 à 67,9% en 1991.

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2.3. Histoire générale de la région et de la langue

Les Romains conquirent cette région en l'an 15 av. J-C et la latinisèrent; par la suite, vers la fin du Ve siècle, les Bavarois qui se déplacèrent vers le sud l'occupèrent, y introduisant l'allemand. Seule une partie de la population romanisée conserva sa propre langue: le ladin d'aujourd'hui.

Bien que du point de vue linguistique, le Haut-Adige soit allemand (à l'exception des vallées de langue ladine), il fut annexé à l'Italie à la fin de la première Guerre Mondiale par le Traité de Versailles en 1919. Après l'annexion et particulièrement pendant la période fasciste, une politique d'italianisation du territoire fut mise en oeuvre; cette politique, qui força un nombre considérable de germanophones à quitter le Tyrol (profitant d'une telle Option), alla jusqu'à l'italianisation forcée des toponymes et des noms des individus.

Le nombre des expatriés augmenta après les accords Mussolini-Hitler (1939), lorsque de nombreux habitants du Haut-Adige choisirent d'émigrer en Allemagne. A la fin de la seconde Guerre Mondiale, environ 12 000 d'entre eux retournèrent en Italie.

Outre la politique d'italianisation pratiquée entre les deux guerres, la croissance du groupe linguistique italophone a également été favorisée par l'immigration massive qui a marqué la période après la deuxième Guerre Mondiale. La population immigrée s'est concentrée principalement dans les villes, dans les vallées et dans la zone industrielle de Bolzano/Bozen. Aujourd'hui bien que minoritaire dans la province, le groupe italophone a, en fait, largement imposé l'italien en raison de sa connaissance réduite ou inexistante de l'allemand.

L'histoire linguistique du Haut-Adige a été fortement influencée par la position géographique de cette région qui est une terre de frontière entre le monde latin et le monde germanique. Dans le Haut-Adige/Tyrol du Sud, on parle une variété de type austro-bavarois, qui est connue sous le nom tyrolien. Il existe à l'intérieur du tyrolien plusieurs subdivisions dont la plus importante est celle qui sépare la partie orientale du Haut-Adige de la partie occidentale, la partie orientale (la vallée du Puster) présentant des caractéristiques nettement plus proches des dialectes alémaniques. Les zones centrales ont, par ailleurs, conservé des caractéristiques linguistiques archaïques alors que les zones plus périphériques ont subi une plus forte évolution.

Le fait marquant des dernières années consiste en l'instauration du nouveau Statut d'Autonomie en 1972 et à la fin des négociations au sujet de ce Statut en 1993. Mais, l'importance que l'allemand a conservée jusqu'à aujourd'hui, peut aussi s'expliquer par un certain nombre de facteurs liés soit à la langue elle-même, soit à son histoire : le fait que la langue allemande soit considérée comme porteuse de culture; l'annexion du Tyrol du Sud contre la volonté du peuple; l'interdiction de l'allemand durant la période fasciste. Les dernières années ont néanmoins été marquées par des conflits entourant la déclaration des groupes linguistiques, la résolution sur la représentation proportionnelle dans la fonction publique (le proporz), le test sur le bilinguisme, l'utilisation de la langue devant la cour, la langue comme deuxième langue à l'école maternelle, l'inscription dans les écoles de langue allemande ou italienne, le choix des toponymes ou les modèles d'immersion à l'école.

Plusieurs organisations apportent leur soutien à la langue allemande, dans les domaines de la formation des adultes (Katholisches Bildungswerk, Verband der Volkshochschulen Südtirols), de la culture (Südtiroler Kulturinstitut), des organisations professionnelles (Arbeitskreis Südtiroler Mittelschullehrer, Südtiroler Hochschülerschaft), ou de la religion (Katholische Jugend Südtirols), ou d'autres types (Südtiroler Schützenbund). D'autres organisations ont aussi influencé la politique officielle et le développement de la langue dans la société, dont le Movimento Sociale Italiano d'allégeance néo-fasciste (MSI) qui souligne fortement que ce sont les italophones qui constituent le groupe minoritaire au Tyrol et qui critique l'obligation au bilinguisme dans la vie publique et le proporz.

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2.4. Statut juridique et politique officielle

La structure administrative de l'Etat italien comporte trois niveaux sub-étatiques, à savoir les régions, au nombre de 20, les provinces, au nombre de 95, et les communes, au nombre de 8 073. Parmi les 20 régions, trois d'entre elles considérées comme des régions frontalières, le Trentin/Haut Adige, le Val d'Aoste et le Frioul/Vénitie Julienne, font l'objet d'un statut spécial (Statuto speciale) visant à protéger les minorités linguistiques. Ainsi, le Trentin/Haut Adige constitue le foyer de la minorité germanique, où deux provinces sont formées d'une population de langue allemande, à savoir la Province autonome de Bolzano et celle du Haut-Adige/Tyrol du Sud.

L'allemand ne possède aucun statut juridique dans les institutions centrales de l'Etat italien. Par contre, conformément à l'article 99 du Statut d'autonomie du Trentin/Haut-Adige de 1948, l'allemand et l'italien sont considérés comme étant de statut égal dans cette région. Par conséquent, l'allemand sert de médium d'instruction dans les écoles de langue allemande, en plus de constituer une matière obligatoire dans les écoles de langue italienne. Par ailleurs, les domaines des mass-médias, du commerce et des affaires, de même que les activités culturelles sont caractérisés par le bilinguisme allemand-italien.

Les principales lois qui régissent l'utilisation de la langue allemande dans le Haut-Adige/Tyrol du Sud sont fondées sur l'Accord De Gasperi-Gruber, signé à Paris le 5 septembre 1946. Celui-ci reconnaissait aux Allemands de cette zone, contrairement aux Ladins, le droit à l'enseignement de leur langue à tous les niveaux scolaires; il garantissait la parité des deux langues au sein de l'administration publique, l'accessibilité aux postes dans l'administration publique pour les membres des deux groupes, de même que l'autonomie législative et administrative de la zone. Cet accord a servi de base pour le Statut spécial de 1948, par lequel la Province autonome de Bolzano/Bozen (située au sein de la Région autonome du Trentin/Haut Adige) se vit reconnaître la possibilité de promulguer des lois dans différents domaines.

En vertu de l'article 99 du Statut d'autonomie, l'allemand et l'italien sont à égalité dans la région. Le Statut d'autonomie traite des compétences à l'article 8, de l'école à l'article 19, de la jurisprudence à l'article 55, du monde du travail à l'article 89 et de l'emploi des langues allemande et ladine dans les articles 99 à 102.

A la suite de diverses tensions politiques relatives aux modalités d'application du Statut (il y eut notamment protestation de l'Autriche auprès des Nations-Unies), on parvint en 1972 à la formulation d'un nouveau statut qui porte le nom de Paket. Ce dernier prévoit que des pouvoirs plus amples soient conférés à la Province et à la Région; par ailleurs, il décidait la pleine parité de l'allemand et de l'italien au sein de la Province, le transfert d'une quinzaine de communes de la Province de Trentin à celle de Bolzano/Bozen, la reconnaissance de la communauté ladine de Val Gardena et de Val Badia, la représentation des trois groupes (italien, ladin et allemand) au sein des organismes du gouvernement local, la création d'une règle de bilinguisme obligatoire (italien-allemand) pour les fonctionnaires publics dans la zone germanophone et de trilinguisme (italien-allemand-ladin) pour les fonctionnaires de la zone ladinophone. Dans le cadre du Paket, une place particulièrement importante est reconnue à l'établissement d'un bilinguisme effectif, à l'école et dans l'éducation, par la création d'organes (l'Intendance scolaire) chargés de la coordination des activités éducatives.

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3. Présence et usage de l'allemand par domaine

3.1. Enseignement

Le cadre juridique qui régit l'enseignement dans la langue allemande relève de l'article 19 du Statut d'autonomie, en plus d'un accord bilatéral sur l'enseignement avec l'Autriche. Conformément à l'article 19 du Statut spécial de la région autonome du Trentin/Haut-Adige, les enfants ont le droit à l'enseignement dans leur langue maternelle et chaque groupe linguistique possède son propre système d'enseignement. Dans les écoles de langue allemande, l'allemand sert de moyen d'instruction et l'italien est introduit comme seconde langue à partir de la IIe élémentaire; inversement, dans les écoles de langue italienne, l'italien sert de médium d'instruction avec l'allemand comme langue seconde également introduite à partir de la IIe élémentaire. Enfin, les écoles réservées aux enfants du groupe ladinophone sont trilingues (ladin, allemand, italien). Quant aux enseignants, ceux-ci sont recrutés parmi les locuteurs natifs dans le millieu de l'éducation, de façon à assurer un niveau de bilinguisme adéquat. En dehors de ce territoire, l'allemand est peu enseigné comme langue étrangère, bien que le gouvernement italien en permette l'enseignement à tous les niveaux.

Pour ce qui est de l'enseignement de la culture et de l'histoire de la langue, le gouvernement italien a pris beaucoup de mesures pour l'assurer en allemand et les manuels dans ce domaine sont produits, soit dans la région, soit en Autriche.

Trois organismes d'inspection ont été établis par l'Italie : Abteilung III der Südtiroler Landesregierung: Öffentlicher Unterricht und Kultur in deutscher Sprache, Schulamt für die deutsche Sprache et Pädagogisches Landesinstitut für die Schule mit deutscher Unterrichtssprache.

Dans l'éducation préscolaire et primaire, la plupart des enfants reçoivent leur éducation en langue allemande, à savoir 20 540 sur un total de 25 942 (ASTAT 1993) et la présence de la langue allemande semble stable.

Il en est de même dans les écoles secondaires de langue allemande, fréquentées par 11 486 des 16 883 élèves (ASTAT 1993), où la presque totalité des manuels scolaires pour l'ensemble des matières est disponible en allemand. L'allemand constitue par ailleurs la principale langue d'enseignement dans les écoles techniques et professionnelles, où à peu près tous les enfants reçoivent leur éducation dans cette langue, et où la situation est également stable.

Quant à l'enseignement supérieur, il existe une seule institution de niveau universitaire au Tyrol, la Theologisch-Philosophische Hochschule à Brixen, où les cours sont offerts en allemand et en italien, en plus des cours de langue et de culture ladine offerts comme matières supplémentaires. Les diplômes qui y sont décernés sont reconnus en Autriche et en Italie. Bien que cette institution ne compte pas beaucoup d'étudiants, l'université bilingue revêt une importance symbolique du point de vue de la politique linguistique.

Dans le domaine de la formation des adultes et de la formation continue, le gouvernement italien prend des dispositions pour assurer entièrement ou en grande partie des cours de formation pour adultes en langue allemande, en plus de considérer l'allemand comme une discipline dans leur formation continue.

La formation des enseignants des écoles primaires est garantie en langue allemande et dans la région. Celle des enseignants du secondaire se fait dans la région italophone ou germanophone. Plusieurs cours de formation de base supplémentaire sont offerts par ailleurs par le Pädagogisches Landesinstitut für die Schule mit deutscher Unterrichtssprache. Le gouvernement a en outre pris quelques dispositions afin de donner une formation de base supplémentaire aux enseignants en vue de l'application des politiques d'éducation. En outre, d'autres dispositions existent au niveau régional compte tenu de la répartition des compétences entre l'Etat et les provinces.

Parmi les débats qui ont eu lieu au cours des dernières années dans le domaine de l'enseignement, mentionnons que depuis 1972, c'est-à-dire depuis l'existence du Statut d'autonomie, le groupe germanophone s'est montré plus ouvert face aux revendications du groupe italophone, sauf en ce qui concerne l'établissement d'une école maternelle bilingue et de programmes d'immersion.

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3.2. Autorités judiciaires

Dans les tribunaux du territoire, la langue des parties constitue la langue de procédure. L'allemand est toujours utilisé quand la personne qui s'adresse au tribunal ne peut s'exprimer correctement dans la langue de l'Etat. Lorsque les parties parlent des langues différentes et qu'elles insistent sur l'utilisation de leur propre langue, la procédure est menée dans les deux langues, et l'on a recours à la traduction si nécessaire. Les interprètes sont disponibles devant les tribunaux. La langue des juges et des avocats n'a aucune influence sur le choix des langues. Notons cependant que peu de juges savent parler l'allemand. Le droit de l'accusé d'utiliser sa langue est garanti. Par contre, si les témoignages ne sont pas formulés dans la langue choisie au début du procès, ceux-ci ne sont pas admis. Une partie au litige peut utiliser l'allemand sans que cela n'entraîne de dépenses supplémentaires. Les documents et les témoignages peuvent être produits en allemand, au besoin avec l'aide d'interprètes et de traducteurs sans frais supplémentaires pour la personne concernée. Ces critères s'appliquent de façon égale aux procès criminels, civils et administratifs.

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3.3. Autorités et services publics

L'italien est la langue d'administration en Italie, bien que chaque citoyen ait le droit de communiquer avec l'administration dans sa langue. L'usage de l'allemand est permis dans les rapports entre les citoyens et l'administration du gouvernement italien à l'intérieur du territoire. L'allemand est par ailleurs la principale langue utilisée entre les citoyens et les autorités régionales et les conseils régionaux, de même qu'avec les autorités locales. Cette langue est aussi souvent utilisée avec les services de communication et d'énergie. En somme, le gouvernement italien reconnaît l'existence de l'allemand et tolère, voire accepte son usage. Quant aux autorités locales, celles-ci considèrent cette langue comme un élément fondamental du patrimoine historique du territoire, et elles lui fournissent un important soutien.

Les citoyens ont également le droit de communiquer dans leur langue avec l'administration régionale. L'administration de la région est complètement bilingue, comme le sont les documents importants. Dans l'administration, l'allemand ou l'italien sont utilisés et les procès-verbaux sont rédigés dans l'une ou l'autre de ces deux langues. L'allemand est relativement moins utilisé dans la commune de Bolzano/Bozen.

Des efforts sont accomplis à différents niveaux par le gouvernement italien en vue de faire de l'allemand une langue de l'administration au niveau régional. Il en est de même de la part des administrations régionales et locales.

En ce qui concerne les services au public, tels que les services téléphoniques, de santé, d'électricité, de poste et de police, le bilinguisme allemand-italien est généralement de rigueur. Il est également possible de se faire servir en allemand au bureau des impôts, mais dans une moindre mesure. De façon générale la situation semble s'être améliorée au cours des dernières années, grâce en partie aux pressions populaires et aux plaintes des citoyens.

En matière de toponymie et d'onomastique, les autorités nationales utilisent et adoptent les noms de lieux dans leur forme allemande correcte et traditionnelle et tous les prénoms peuvent être utilisés en allemand, de même que les noms de famille.

L'affichage se fait dans les deux langues dans les bureaux des conseils municipaux, sur les panneaux routiers indiquant les noms de villes et des environs, de même que sur les panneaux indiquant les écoles publiques locales et les piscines publiques, tandis que l'affichage commercial se fait dans la plupart des cas, soit dans une langue, soit dans l'autre. Si le bilinguisme a été presque complètement établi au cours des 10 à 15 dernières années dans la vie publique, plus récemment, on a commencé à donner la préséance aux expressions allemandes par rapport à celles de langue italienne. Enfin, on utilise les noms ladins des vallées ladines dans l'administration régionale.

Les travaux de traduction et de recherche terminologique sont menés par le Amt für Sprachangelegenheiten du gouvernement régional du Tyrol du Sud, qui s'occupe en premier lieu de la traduction des lois, des décrets, des publications administratives du gouvernement régional et des textes destinés au public. La Terminologiekommission (DPR 574 de l'année 1988) élabore une terminologie obligatoire en allemand établie par le gouvernement régional et le commissariat du gouvernement. En outre, il existe à l'Académie européenne de Bolzano (Europäische Akademie Bozen), un département de langue et droit (Fachbereich I Sprache und Recht), qui s'occupe de la comparaison des systèmes de la langue et du droit. Cette Académie établit en outre une banque de données sur le vocabulaire de l'administration et du secteur juridique en allemand et en italien.

D'après les témoins privilégiés, le gouvernement italien assure dans une grande mesure l'usage de l'allemand dans ses services administratifs. Et il en est de même du gouvernement régional, tant pour les communications orales qu'écrites, ou, par exemple, pour le recrutement ou la formation des fonctionnaires.

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3.4. Mass médias et technologies de l'information

L'usage de l'allemand est légalement autorisé dans les mass-médias, conformément à l'article 8.4 du Statut d'autonomie et des lois d'application, en plus d'être officiellement encouragé par des aides financières. Sur le plan linguistique, les programmes diffusés en allemand par les mass-médias audio-visuels sont compris sans difficultés par l'ensemble de la population qui parle allemand.

Presse quotidienne

Dans le domaine des médias écrits, un quotidien tiré à 40 000 exemplaires paraît entièrement en langue allemande (le Dolomiten), tandis que deux autres quotidiens comprennent une section en langue allemande, respectivement de trois et d'une page (le Mattino et le Alto Adige/Südtirol). En outre, plusieurs journaux des pays germanophones avoisinants sont disponibles dans la région et bénéficient comme les autres journaux produits en Italie d'une aide financière.

Périodiques

Des périodiques culturels, religieux ou d'actualité sont également produits entièrement ou presque en langue allemande, tels Zelt (30 000 exemplaires), Katholisches Sonntagsblatt (25 000), FF (8 000), Schlern (2 000), ou Südtiroler Profil. Contrairement aux quotidiens, les périodiques ne bénéficient d'aucune aide financière. Par ailleurs, on peut acheter tous les périodiques des pays germanophones, pour lesquels la demande a connu une forte croissance en raison du tourisme.

Radio

Dans le domaine audio-visuel, un poste de radio public, ORF 1/2/3, diffuse entièrement en allemand, tandis que la RAI Sender Bozen diffuse une centaine d'heures en allemand de 6 h 30 à22 h 00 en semaine et de 8 h 00 à 22 h 00 le week-end et les jours fériés. Par contre, la RAI 1 et la RAI 2 ne diffusent pas en allemand. Il existe en outre plusieurs radios privées qui proposent une diffusion en allemand, en italien, ou bilingue. De création récente, les radios privées ne bénéficient d'aucune aide financière. Il existe de plus une station d'émission officielle (RAS) pour les programmes de radio en provenance de l'Autriche.

Télévision

Pour ce qui est de la télévision publique, les chaînes RAI 1, RAI 2 et RAI 3 diffusent uniquement en italien. En revanche, la RAI Sender Bozen diffuse des émissions en allemand chaque jour de 20 h 00 à 20 h 30, les lundi, mardi et samedi de 17 h 00 à 18 h 00, et les lundi et vendredi de 20 h 00 à 23 h 00. La télévision privée, telle RETE 4 et CANALE 5, diffusent en italien. Cependant, il est possible de recevoir des chaînes germanophones via satellite et il existe aujourd'hui une station d'émission officielle pour les programmes de télévision ORF 1, ORF 2, ZDF et SRG.

Informatique

Finalement, dans le domaine de l'informatique personnelle et de bureau, l'allemand peut être écrit sans problème avec un clavier informatique, de même qu'il peut être reproduit sans problème sur des imprimantes, bien qu'il est parfois difficile de les obtenir. Autant les systèmes d'exploitation, les traitements de texte, les correcteurs orthographiques, que les tableurs, sont disponibles en allemand, même dans la région.

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3.5. Production et industries culturelles

SLa production littéraire en langue allemande dans la région s'élève à 150-200 livres par an, comprenant surtout des guides touristiques et des livres culturels. Plusieurs groupes de musique traditionnelle, du genre Stubenmusik sont actifs, tels que Kastelruther Spatzen, Sepp Windschnur, Tisner Buam, Südtiroler Spitzbuam, ou Südtiroler Sängerbund. Les enregistrements de musique rock et pop ont par ailleurs connus de gros tirages au cours des cinq dernières années.

Dans le secteur du théâtre, il n'existe pas de troupe professionnelle, mais le théâtre amateur de langue allemande est très actif, étant regroupé dans le Bund Südtiroler Volksbühnen, qui compte environ 2 500 amateurs jouant dans 170 théâtres traditionnels. Ceux-ci obtiennent une aide publique du gouvernement régional du Tyrol du Sud. En revanche, la production cinématographique est inexistante.

Quelques festivals basés sur la culture allemande sont organisés, comme le Rittner Sommerspiele, ou encore en plusieurs endroits des Freilichtspiele et des Popmusiktreffen, au cours desquels le bilinguisme allemand-italien est répandu. Il existe en outre plusieurs orchestres et choeurs formés de germanophones, qui sont organisés par les églises.

La politique culturelle relève du gouvernement régional. Le secteur privé, de même que le Tyrol du Sud et son administration locale offrent un soutien aux bibliothèques, vidéothèques, centres culturels, musées, archives, académies, théâtres, et à la production cinématographique et littéraire. De plus, le gouvernement italien contribue en grande mesure aux équipements appropriés à de telles activités culturelles.

D'après les témoins privilégiés, les gens trouvent en général que le gouvernement italien a assez bien encouragé l'usage de l'allemand dans les activités, les événements et les équipements culturels.

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3.6. Le monde des affaires

La discrimination qui avait été exercée à l'encontre de la minorité germanophone à partir de 1923 a été compensée par la Proporzbestimmung de 1976 (articles 15, 61 et 89, et Durchführungsbestimmung DPR No 752 du 26 juillet). Par conséquent, les offres d'emploi dans le secteur public s'adressent désormais en premier lieu aux germanophones. Cette réglementation vise à ce que le nombre d'emplois pour les locuteurs des différents groupes linguistiques dans le secteur public reflète le nombre de locuteurs de ces groupes.

La publicité commerciale dans la rue se fait, soit au moyen de l'allemand, soit au moyen de l'italien. Dans les médias italiens et allemands, elle se fait dans la langue correspondante. Quant à l'étiquetage des produits, la langue sur les étiquettes et modes d'emploi dépend du pays d'origine. Ainsi, les produits en provenance de pays germanophones sont étiquetés en allemand.

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3.7. Usage familial et social de la langue

La transmission intergénérationnelle de la langue semble se faire de façon efficace, puisque presque tous les parents utilisent l'allemand pour parler avec leurs enfants et qu'il ne semble pas y avoir de changement à cet égard depuis 1950. Par ailleurs, les jeunes nouent des relations entre eux toujours au moyen de cette langue. De même, 90% des germanophones contractent un mariage endogame, pourcentage qui diminue toutefois dans les régions bilingues. Ainsi, depuis 1950, la proportion de mariages mixtes aurait augmenté.

Il n'y a pas de différences dans l'usage de l'allemand en fonction des sexes, pas plus qu'il n'en existe dans la langue utilisée par les parents pour s'adresser aux garçons et aux filles. Il n'existe pas non plus de connotation négative au fait de parler allemand.

Les locuteurs allemands fréquentent l'église dans une proportion d'environ 60%, tandis que la totalité des membres du clergé parlent l'allemand et que les services religieux sont célébrés aussi bien en allemand qu'en italien. La famille peut choisir librement la langue utilisée lors des mariages, des enterrements, etc. Des versions de l'Ancien testament, du Nouveau Testament et des livres de prières existent en allemand.

La vitalité de l'allemand en Italie semble optimale, si l'on considère que les locuteurs de cette langue perçoivent avec un grand optimisme l'avenir de cette langue en tant que moyen de communication et qu'ils considèrent la connaissance de cette langue comme extrêmement utile. D'ailleurs, les gens pensent que les jeunes parlent mieux l'allemand que la génération de leurs parents. En outre, les jeunes qui ne parlent pas allemand, apprennent cette langue comme matière obligatoire à l'école.

Le tyrolien est utilisé par les habitants du Haut-Adige dans presque tous les cadres de la vie sociale; la forme standard de l'allemand est utilisée uniquement dans les situations véritablement formelles (école, églises). Cette diglossie du groupe allemand fait par ailleurs obstacle à la diffusion du bilinguisme parmi les italophones du Haut-Adige, car les intérêts de ces derniers les portent plutôt vers la forme standard de la langue allemande.

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3.8. Echanges transfrontaliers

Des accords existent avec l'Autriche dans le domaine de l'éducation, tel que mentionné plus haut, de même que dans celui du commerce (Accordino). Il existe en outre un accord dans le secteur médical avec l'hôpital d'Innsbruck en Autriche. Et il y a des assemblées régionales communes avec la région du Tyrol autrichien.

Plusieurs accords bilatéraux et multilatéraux lient par ailleurs l'Italie avec des pays de langue allemande, bien que peu de renforcements ne soient offerts pour entretenir les contacts entre les usagers de l'allemand.

Selon les témoins privilégiés, le gouvernement italien applique dans une grande mesure les accords bilatéraux et multilatéraux existants et il facilite quelque peu les contacts transfrontaliers.

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4. Conclusion

Le statut de l'allemand en Italie a été consolidé depuis l'accord De Gasperi-Gruber de 1946 grâce au Statut d'Autonomie de 1948 et à sa nouvelle version de 1972, suite à laquelle des négociations ont été menées jusqu'en 1993. L'usage de l'allemand est différencié selon que l'on se trouve en milieu urbain, plus italianisé, ou en milieu rural. Le développement du tourisme semble avoir favorisé la diffusion de la langue allemande. De même, l'accès aux médias est aujourd'hui facilité par les nouvelles technologies, ainsi que par la demande croissante occasionnée par l'activité touristique. Profitant d'une masse de locuteurs de très grande importance en Europe, en plus de compter parmi les langues officielles de travail de l'Union européenne, plusieurs indicateurs font croire que l'allemand, en tant que langue minoritaire en Italie, se trouve aujourd'hui dans une position relativement favorable.

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