L'asturien en Espagne
29-05-1998
http://www.uoc.es/euromosaic/web/document/asturia/fr/i1/i1.html
Institut de Sociolingüística Catalana
English version
L'asturien en Espagne

1. Informations générales sur la communauté linguistique

1.1 Description géographique, démographique et linguistique

Les Asturies forment une région située au nord de l’Espagne, et comptent 1,087,885 habitants (1997). Elles sont devenues autonomes en 1981, sous le nom de Principáu d’Asturies (Principauté des Asturies) dont la capitale est Uviéu, Oviedo en espagnol.

La région couvre une superficie de 10,564 km2. Au nord, s’étend la baie de Biscaye et au sud, la région de Castilla y León. Une frontière naturelle délimite ces deux régions, le long des crêtes des monts Cantabriques. La majeure partie de la zone habitée et les régions industrielles et agricoles se trouvent dans la plaine côtière.

Les Asturies possèdent leur propre variété linguistique, l’asturianu (également connu sous le nom de "bable", l’appellation officielle de cette langue d’après le Statut d’autonomie). L’asturianu appartient à la famille des langues romanes. Étant donné sa grande ressemblance avec l’espagnol, certains le considèrent comme dialecte (à la fois comme dialecte de l’espagnol ou comme langue comportant de nombreux dialectes sans pour autant offrir d’unité). L’asturien se parle principalement dans la Principauté des Asturies (exception faite de la région la plus à l’ouest où on parle le galicien-asturien), mais aussi dans le nord de Castilla y León. La langue comprend trois dialectes: l’asturien occidental, l’asturien central et l’asturien oriental, entre lesquels il y a un certain degré d’intercompréhension. L’asturien central regroupe le plus grand nombre de locuteurs et a servi de base à l’élaboration de l’asturien standard; la première grammaire de l’asturien va paraître bientôt et sera subventionnée par les institutions gouvernementales. Un dictionnaire normatif est également en cours de préparation.

Une recherche datant de 1983 estimait à 100,000 le nombre de locuteurs d’asturien. De plus, environ 250,000 personnes se déclaraient capables de comprendre la langue. Cependant, un sondage analogue effectué en 1991 présente des résultats plutôt différents. Alors qu’en 1983, seulement 12% de la population asturienne affirmait parler la langue, en 1991, le nombre de locuteurs au sein de la population était de 44% (environ 450,000 personnes). Environ 80,000 personnes se disent capables de lire l'asturien et 60,000 de l’écrire. En outre, 24% de la population des Asturies comprend la langue. En somme, 68% des gens comprennent au moins l’asturien (d’après Llera Ramo, F., Los Asturianos y la LlenguaAsturiana, Conseyería d’Educación, Uviéu, 1994).

Toutefois, on doit interpréter soigneusement ces données: la condition diglossique de l’asturien entraîne une diversité de situations difficiles à faire entrer dans un sondage. Parmi les 450,000 personnes qui déclarent parler l’asturien, il faut compter ceux qui emploient des structures espagnoles conjointement à un lexique asturien, ceux qui emploient des structures asturiennes avec un lexique espagnol, et les locuteurs de l’asturien qui ne peuvent éviter de fortes interférences de l’espagnol au niveau grammatical et lexical. De toute façon, même s’il est impossible de donner un chiffre exact, la proportion de la population asturienne qui utilise l’asturien en tant que langue quotidienne se rapproche davantage de 12% que de 44%.

En fin de compte, de 1983 à 1991, le pourcentage de personnes affirmant parler l’asturien a augmenté de 12 à 44%. Il ne fait aucun doute que les différences notées dans les réponses des personnes interrogées sont en relation avec le processus entamé au cours des dernières années: les gens se rendent de plus en plus compte de la situation linguistique. Au cours des récentes années, certains secteurs ont été témoins d’un mouvement de sensibilisation qui a permis de faire connaître la situation de l’asturien; alors que des siècles durant, la langue asturienne avait été absente de la vie publique, depuis les dernières décennies, on note un effort de réhabilitation. Par conséquent, étant donné aussi la ressemblance entre l’espagnol et l’asturien, certains ont appris à le parler ou du moins à le comprendre. La revalorisation de l’asturien a eu sans doute deux autres effets importants: d’une part, ceux qui n’admettaient pas parler l’asturien osent maintenant le faire, d’autre part, ceux qui n’avaient pas le sentiment d’être des locuteurs d’asturien (une situation plutôt commune: nombreux sont les gens qui pensaient et pensent encore qu’ils parlent un "mauvais espagnol" ou un "parler local"), sont désormais conscients de leur compétence linguistique. Cependant, le processus de revalorisation de l’asturien se fait parallèlement à son déclin: tandis que 51% des plus de soixante ans considèrent l’asturien comme la langue de leur enfance, 15% seulement des jeunes entre seize et dix-sept ans le font (1991).

Dans les années à venir, avec la disparition des personnes âgées, on parlera donc de moins en moins l’asturien. Le contexte socioéconomique a également sa part d’influence sur la situation linguistique: on parle l'asturien surtout dans les régions rurales (bien qu’il soit utilisé communément dans de nombreuses villes) et le développement des schémas de migration aura sans doute pour conséquence une perte accrue de locuteurs; la crise économique qui existe dans les Asturies (les difficultés de plus en plus grandes de l'agro-industrie, de l’industrie du fer et de l’acier et l’importance croissante du secteur des services) explique l’exode rural. Ce changement d’environnement, des zones rurales vers les concentrations urbaines, n’a pas favorisé les contextes linguistiques pour les locuteurs d’asturien, ce qui, depuis bon nombre d’années, a eu un profond impact sur la langue. Depuis les années soixante, les Asturies sont aux prises avec une importante crise socioéconomique. Pendant les années cinquante, à l’époque de la politique protectionniste de la dictature franquiste, les Asturies semblaient bénéficier d’une situation économique saine. Toutefois, dans les années soixante, l’économie espagnole s’est ouverte aux influences extérieures et, alors que la majeure partie de l’économie espagnole se développait rapidement, l’ouverture a suffi à l’effondrement de l’économie surprotégée des Asturies. Les bastions traditionnels de cette dernière (l’industrie du fer et de l’acier, l’industrie minière et l'agro-industrie) ont été incapables de faire face à la concurrence étrangère. Néanmoins, le gouvernement a contrôlé la situation en nationalisant quelques-unes des entreprises-clés. Ceci a eu pour effet d’atténuer l’impact de la crise sur la population mais, dans les années 1980, quand l’Espagne est entrée dans la Communauté européenne et a adopté une politique économique plus libérale, les Asturies n’étaient pas prêtes à faire face à cette nouvelle situation et une autre crise, plus aiguë celle-là, a été amorcée.

Les Asturies ne sont pas parvenues à diversifier leur économie et se voient maintenant confrontées à de sérieux problèmes socioéconomiques. Dans un tel contexte de récession --le taux de croissance de la population était de -0.6% entre 1991 et 1996--, la population a vieilli et la population active a diminué considérablement (42% de la population totale en 1994). Cela a empêché une forte croissance du chômage, bien que le taux de chômage soit très élevé (environ 20%). L’économie et les ressources de la population sont toujours largement subventionnées, et en dépit de l’importance croissante de l’industrie des services, l’économie ne s’est pas diversifiée et on ne s’attend pas à une amélioration considérable à court ou même à moyen terme.

1.2 Histoire générale de la région et de la langue

L’asturien est la langue locale des Asturies et d'une partie des provinces de León et de Zamora (en Espagne), et la région environnant la ville de Miranda do Douro (au Portugal). À l’instar d'autres langues romanes de la péninsule ibérique, l'asturien s’est développé à partir de la fragmentation du latin unifié au Moyen Âge. En termes historiques, l’asturien est devenu associé au royaume des Asturies (718-910) ainsi qu’au royaume des Asturies et de León (ou royaume de León) qui lui a succédé.

Les tribus Astures qui devaient plus tard parler l’asturien ont occupé les Asturies elles-mêmes et des parties des territoires adjacents (León, Zamora et Miranda). L’asturien a été influencé par la ou les langue(s) parlée(s) par les peuples de l’époque préromane habitant les Asturies, avant l'invasion du latin.

Le passage du latin à l’asturien a été lent et progressif, et les deux langues ont vécu une relation diglossique pendant une longue période de temps, dans le royaume des Asturies d’abord et dans celui des Asturies et de León plus tard. Aux XIIe et XIIIe siècles et en partie au XIVe, l’asturien était la langue utilisée dans les documents officiels du royaume. Nombreux sont les exemples d’accords, de donations, de testaments, de contrats commerciaux, etc., écrits dans la langue à compter de cette période. Bien qu’il n’existe pas d’œuvres littéraires rédigées en asturien datant de cette époque, onsait quecertains livres, tels que le Llibru d’Alexandre, provenaient de sources asturiennes.

L’introduction du castillan dans les documents a commencé au XIVe siècle, avec l’arrivée des administrateurs et des gouverneurs envoyés en Asturies par le pouvoir de Castille, pour occuper les charges politiques et ecclésiastiques. Ce phénomène s’est accéléré au lendemain de la défaite des nobles asturiens qui soutenaient le prétendant au trône, Alfonso Enríquez. On ne trouve aucune trace d’asturien au cours des deux siècles suivants, période où la langue ne servait qu’à la communication informelle.

Au XVIIe siècle, Antón de Marirreguera, le premier auteur moderne dont les ouvrages soient connus, a lancé une tradition littéraire qui, depuis lors, n’a jamais cessé de se perpétuer. Il existe d’autres grands auteurs tels que Francisco Bernaldo de Quiros,dont la seule œuvre conservée est le poème intitulé El caballu ("Le Cheval").

Au XVIIIe siècle, la Xeneración del Mediu Sieglu (la génération du milieu du siècle) s’en est tenue à une production principalement poétique. En même temps, les travaux de recherche des intellectuels tels que González Posada et Gaspar Melchor de Xovellanos, bien qu’inconnus à leur époque, ont tracé la voie de sorte que les générations futures puissent réfléchir au vieux problème de la langue asturienne.

Au XIXe siècle, cette double évolution s'est poursuivie: d’une part, on a produit de plus en plus d’écrits littéraires et, d’autre part, la réflexion sur l’asturien a attiré l’attention de plusieurs intellectuels. Au début du XXe siècle, on doit remarquer l'importance des écrivains Xosé García Pelaez et Fernán-Coronas, de même que la popularité que connaît le théâtre asturien. Durant cette période, le célèbre romaniste Menéndez Pidal s'est penché sur l’asturien, alors que paraissait le premier journal écrit en asturien (intitulé IXUXU) et qu’on assistait à la création de la première Académie asturienne.

Cependant, en dépit de la régularité de cette production artistique et intellectuelle, au commencement du XXe siècle, le statut de l’asturien avait commencé à décliner et n’était plus considéré que comme langue de deuxième ordre. Comme nous l’avons mentionné ci-dessus, l’espagnol était la langue dominante employée à des fins officielles depuis le XIVe siècle, jusqu’à ce que les autorités n’utilisent finalement plus du tout l’asturien. Des siècles durant, l’espagnol a été la langue du pouvoir et donc celle que la population a pris l’habitude d’utiliser (à commencer par l’aristrocratie régionale). À partir de la moitié du XIVe siècle, l’asturien est devenu dès lors une langue dépourvue de pouvoir. En outre, une fois que la scolarisation massive a débuté, c'est l'espagnol qui était enseigné dans les écoles. Progressivement, l’asturien a perdu du terrain et est devenu une langue minoritaire jusqu’à être considéré comme une langue de moindre importance et ce, même par ses propres locuteurs. Dès le début du XXe siècle, l’asturien portait déjà les stigmates d’une langue primitive, rurale et inutile.

Une fois la guerre civile espagnole terminée (1936-1939), la culture se résumait à une poésie folklorique, sentimentale ou festive, même si quelques écrivains ont commencé alors à œuvrer contre la minorisation croissante de l’asturien. L’affaiblissement et la libéralisation de la dictature espagnole ont mené à un soulèvement des régions et à la montée des revendications locales. On a assisté à l’affirmation des nationalismes autres qu’espagnols tandis que le gouvernement espagnol procédait à la décentralisation. Les locuteurs des diverses langues d’Espagne, autres que l’espagnol, ont fait campagne en vue de l’obtention d’un statut officiel. C’est dans ce contexte que la génération des écrivains et des linguistes asturiens née au lendemain de la guerre civile a commencé à marquer la scène asturienne: en 1974, le Conceyu Bable ("le Conseil de la langue asturienne") a été créé; il a insufflé une vision radicalement différente à la fois à la langue et à la littérature. Le contexte politique des années soixante-dix a permis de tracer la voie à la revendication linguistique moderne de la langue, qui aspirait à sa défense et à sa normalisation. Toutefois, le Conseil de la langue asturienne n'est pas parvenu à obtenir le statut officiel de la langue dans le cadre du Statut d’autonomie (1981) et ce, même si on a reconnu l'existence de la langue et malgré l'existence de l’Academia de la Llingua Asturiana que la Principauté des Asturies avait pourtant officiellement établie.

Jusqu’à présent, de considérables progrès, certes insuffisants, ont été réalisés dans tous les domaines de façon à enrayer leprocessus de minorisation de l’asturien. Il y a eu une prise de conscience chez lesAsturiens, qui attachent de plus en plus d'importance à la sauvegarde de leur langue. Depuis ces dernières années, la reconnaissance officielle de l’asturien est devenue une constante revendication populaire, bien que la stigmatisation persiste avec autant de force et que l’espagnol demeure la langue dominante.

1.3 Le statut légal et les politiques officielles

L'article 3 de la Constitution espagnole stipule que:

"Le castillan [l’espagnol] est la langue officielle de l’état (...) Les autres langues espagnoles seront également officielles dans leurs "Comunidades Autónomas" respectives [les régions autonomes] en accord avec leurs "estatutos de Autonomía" [statuts d’autonomie]".

Alors que dans certaines régions espagnoles, les statuts d’autonomie reconnaissent leurs langues officielles (ces dernières ont le même statut que l’espagnol), le Statut d’autonomie des Asturies ne reconnaît pas l’asturien comme langue officielle, c’est-à-dire que l’asturien est reconnu mais n'est pas considéré comme officiel.

Le Statut d’autonomie affirme néanmoins ce qui suit:

La protection du bable sera assurée. Son emploi et sa présence dans les médias et au sein du système scolaire seront encouragés, respectant dans chaque cas les variétés régionales et la volonté de l’apprendre" (Article 4).

et:

La Principauté des Asturies possède la pleine compétence en matière: (...)
de promotion de la recherche et de la culture, notamment en ce qui a trait aux manifestations régionales ainsi qu’à l’enseignement de la culture locale.
de promotion et de protection des différentes variétés de bable utilisées, en tant que "modalités linguistiques", sur le territoire de la Principauté des Asturies (Article 10).

D’un point de vue légal cependant, l’asturien est en situation irrégulière. On n’a pas respecté entièrement la Constitution espagnole en ce qui concerne la reconnaissance officielle des langues des communautés autonomes. En outre, ni la convention européenne ni les autres conventions internationales en matière de langues minoritaires n'ont été appliquées. L’ambiguïté du Statut d’autonomie, qui reconnaît l’existence de l’asturien sans toutefois le mettre à pied d’égalité avec l’espagnol, laisse ainsi la porte ouverte à l’absence de facto de protection pour l’asturien.

D’autre part, l’administration régionale a encouragé l’utilisation de l’asturien dans de nombreux domaines; elle soutient l’enseignement de l’asturien à l’école et à l’université et il y a eu plusieurs campagnes de promotion au nom de l’utilisation de la langue à des fins sociales et commerciales; on a dépensé, par exemple, la majeure partie du budget du Service des politiques linguistiques (1,300,000 ECU en 1998) pour le soutien aux productions culturelles asturiennes et à la recherche scientifique et pour la promotion de la langue dans les Asturies et dans le monde.

En guise d’appui à cette politique, en 1998, le Parlement asturien a passé une nouvelle loi qui développe l’article 4 du Statut d’autonomie. Cette loi stipule que l’administration régionale acceptera les documents rédigés en asturien et y répondra dans la même langue, que la toponymie se fera en asturien (sauf dans le cas des grandes villes, où la signalisation sera bilingue) et que l’asturien sera enseigné en tant que matière à moins que les parents de l’étudiant ne s’y opposent.

Pour l’instant, huit municipalités ont accordé à l’asturien la même importance que l’espagnol. Cette décision a provoqué une opposition immédiate et énergique: la Delegación del Gobierno (l’institution qui représente le gouvernement central espagnol dans les Asturies) a porté cette décision devant les tribunaux. Le tribunal a différé le règlement (une décision judiciaire plutôt inhabituelle) jusqu’à ce que soit prononcée la sentence finale.

Le Statut d’autonomie de Castilla y León ne fait aucune mention de l’existence de la langue; la conscience de l’unité linguistique parmi ses locuteurs a quasiment disparu. En revanche, dans la région de Miranda del Douru, le conseil municipal encourage la diffusion du mirandais. Bien que l’Academia de la Llingua Asturiana reconnaisse que l’asturien est également parlé dans les régions de Castilla y León et de Miranda del Douru, elle n’encourage l’essor de la langue que dans les Asturies.

2. Présence et utilisation de la langue dans différents domaines

2.1 Éducation

L’implantation de l’asturien dans les écoles a toujours été l’un des buts principaux que visait à atteindre le mouvement pour la reconquête de la langue dans les Asturies. Dans les années soixante-dix, lors d'une campagne, on a placardé les murs des Asturies d’affiches où figurait l’expression Bable nes escueles (Le bable dans les écoles). En 1983, pour la première fois, on a enseigné l’asturien dans une école. En 1985, dix écoles se sont jointes à la première, suivies de 20 autres écoles pilotes. Depuis lors, le nombre d’écoles dans lesquelles on enseigne l’asturien n’a cessé constamment de croître, essentiellement dans le secteur public (en 1997-98, une seule école privée proposait l’asturien comme matière). En 1997- 98, on a enseigné l’asturien à 14,791 élèves de l’école primaire dans 166 écoles, et à 956 élèves de l’école secondaire dans 14 écoles. En dépit de ces données, les défenseurs de l’asturien soulignent la lenteur et l’insuffisance du processus; par exemple, l’asturien n’est pas une matière obligatoire et ce sont des bénévoles qui l’enseignent et ce, seulement dans les écoles qui décident de l’offrir. Aujourd’hui, on enseigne l’asturien dans environ 70% des écoles publiques dans lesquelles 70% des élèves choisissent cette matière. Cependant, seulement 30% de l’effectif total des élèves apprennent la langue. On y donne deux leçons d’asturien par semaine.

Nombre d’écoles qui offrent l’asturien comme matière
et le nombre d’élèves qui ont choisi cette matière (1994-98)

 

ENSEIGNEMENT PRIMAIRE

ENSEIGNEMENT SECONDAIRE

Année scolaire

Nombre d'écoles

Nombre d'élèves

Nombre d'écoles

Nombre d'élèves

1984-1985

6

1,351

--

--

1985-1986

30

3,052

--

--

1986-1987

54

4,076

--

--

1987-1988

92

6,550

--

--

1988-1989

133

10,470

7

215

1989-1990

147

12,850

12

326

1990-1991

181

15,826

5

84

1991-1992

114

16,557

8

184

1992-1993

116

16,865

6

170

1993-1994

121

16,389

7

212

1994-1995

136

18,179

12

388

1995-1996

150

19,737

10

400

1996-1997

155

16,721

15

679

1997-1998

166

14,791

14

956

(Source: Consejería de Cultura del Gobierno de Asturias)

La formation des adultes

Les conseils locaux suivants offrent des cours d’asturien pour adultes en collaboration avec le Service d’enseignement linguistique du gouvernement régional : Ayer, Bimenes, Carreño, Castrillón, Corvera, Grau, Llanera, Llanes, Llangreo, Mieres, Samartín del Rei Aurelio, Siero, Valdés et Gijón (Xixón, en asturien). Depuis 1996, les conseils locaux de Corvera et de Valdés ont également mis sur pied des cours à l’attention de leurs fonctionnaires.

L’Academia de la Llingua Asturiana offre également des cours d’été chaque année ouverts aux enseignants et au grand public.

L’enseignement supérieur

Au terme d’une longue et épineuse entreprise, on peut finalement étudier l’asturien à l’université. L’Université d’Oviedo offre deux programmes spécialisés en asturien: la philologie asturienne à la faculté de philologie (ce cours s’adresse à ceux qui détiennent un diplôme de philologie) avec 56 crédits (560 heures) et la philologie asturienne au Collège universitaire de formation des professeurs (Escuela Universitaria de Maxisteriu) avec 42 crédits (420 heures) pour les étudiants qui se destinent à l’enseignement primaire.

2.2 Les autorités judiciaires

On n’utilise absolument pas l’asturien dans les tribunaux pour ce qui est des rapports judiciaires. Étant donné que l’espagnol est la seule langue officielle des Asturies, il doit être la langue de tous les rapports. Il n’existe aucune statistique quant au pourcentage du personnel des tribunaux capable de lire et d’écrire l’asturien.

2.3 Les autorités et les services publics

L'administration du gouvernement central des Asturies, quant à elle, s’en tient à la constitution; l’asturien ne bénéficiant d’aucun statut officiel, l’espagnol est donc la seule langue utilisée par l'administration du gouvernement central. Si on envoie une lettre à cette administration, celle-ci retourne la missive sans toutefois y répondre. L’administration du gouvernement central des Asturies ne se soucie apparemment pas de la langue locale.

L'administration autonome [régionale] poursuit une toute autre politique. Non seulement elle possède deux institutions importantes qui ont pour mandat de protéger et de promouvoir l’asturien (l’Academia de la Llingua et le Serviciode Enseñanza Lingüística), mais plus important encore, l’attitude qu’elle adopte à l’égard de l’asturien, même si dans certains secteurs ses défenseurs la considèrent insuffisante, en est une de respect pour la langue; par exemple, certaines institutions officielles ont employé l’asturien dans leurs campagnes et leurs communications, et l’administration asturienne accepte généralement les documents écrits dans la langue (même si jusqu’à présent les réponses sont rédigées en espagnol). En outre, les travailleurs de l’administration régionale sont originaires des Asturies et pour la plupart comprennent la langue; ils l'utilisent donc dans les situations de communication informelles. Toutefois, l’espagnol demeure la langue la plus utilisée au niveau de l’administration régionale, l’asturien n’apparaissant que dans des cas spécifiques.

Les politiques des conseils municipaux, quant à elles, ne sont pas uniformes; elles varient en fonction de chaque cas. Cependant, les conseils municipaux situés dans les zones où l’asturien est largement parlé sont évidemment enclins à le protéger davantage que dans d’autres villes ou villages où l’usage de l’asturien n’est pas aussi répandu. Digne de mention est l’exemple remarquable dont nous avons déjà rapporté le cas: huit conseils municipaux asturiens ont mis sur le même pied l’asturien et l’espagnol, une décision que le gouvernement central a amenée devant les tribunaux. Les politiques linguistiques des principales villes des Asturies varient également; tandis qu’à Uviéu, le conseil municipal se préoccupe très peu de l’asturien, en revanche, à Xixón, on protège la langue de diverses façons: on répond (bien que ce soit en espagnol) aux textes reçus en asturien, les campagnes officielles utilisent souvent la langue, on organise des cours d’asturien pour les adultes, on subventionne l’emploi de l’asturien dans les productions culturelles (musique, littérature, théâtre, festivals, etc.), 10% du contenu de la revue du conseil municipal (dont on tire 105,000 exemplaires gratuits) est en asturien, etc.

Aucun service public --le téléphone, le gaz, l’eau, etc-- n’est offert dans la langue asturienne. Toutefois, notons que ces dernières années, suite à des plaintes réclamant l'utilisation de la langue, certains services publics ont commencé à envisager son emploi. Par exemple, la RENFE (la société nationale des chemins de fer espagnols) met à la disposition des utilisateurs des plans bilingues pour le transport suburbain, et elle utilise également la langue dans d’autres cas (affiches, publicité). Telefónica (la principale compagnie de téléphone) s’est aussi mise à l’utilisation de la langue dans certains de ses services comme les modes d’emploi et les renseignements généraux. Néanmoins, l’emploi de l’asturien dans les services publics est très limité. La police, par exemple n’y a jamais recours. De même, la police locale (qui regroupe davantage d’employés asturiens que la police du gouvernement central) ne parlera asturien que lorsqu'elle répond, de façon informelle, aux questions du public.

Les autorités et les services publics ne prêtent aucune attention à l’asturien en général, ce qui fait que les citoyens ont tendance à utiliser l’espagnol quand ils ont affaire à ces derniers; alors que 42% de la population asturienne déclare utiliser la langue locale en contexte familial, seulement la moitié d'entre eux le parle en général lorsque des relations avec l'administration sont en jeu: 22% de la population parle asturien quand il faut contacter les conseils municipaux et seulement 14% l’emploie pour s'adresser à d’autres services publics.

En ce qui a trait aux affiches, aux panneaux de circulation et aux pancartes toponymiques, bien que ceux-ci soient pour la plupart en espagnol, depuis les dernières années on assiste à une lente évolution de la situation. Comme nous l’avons déjà souligné, le gouvernement régional et les conseils municipaux tentent de promouvoir l’asturien. D’ailleurs, quelques mesures visent à faire figurer des noms asturiens sur les panneaux et les pancartes toponymiques en plus des appellations espagnoles.

2.4 Les médias et la technologie de l'information

L’emploi de l’asturien dans les médias audiovisuels s’avère être plutôt pauvre et sporadique. Le Centre régional de la télévision espagnole télédiffusait certaines émissions en asturien, mais a interrompu leur diffusion par la suite. Certaines chaînes de télévision diffusent partiellement ou entièrement en asturien, comme la station de télévision locale Xixón-TLG (qui diffuse environ deux heures par semaine en asturien) et la station de télévision locale Uviéu-TLU (à peu près trois heures par semaine). Les nouvelles locales, les magazines et les reportages ethnographiques et culturels forment le gros de la programmation télévisée.

Environ 20% des émissions produites par la Productora de Programas del Principado (un service public mis en place par le gouvernement régional des Asturies pour produire des émissions à la fois pour la radio et la télévision) sont en asturien. Même si cela doit prendre du temps, on projette la création d’une télévision asturienne, soutenue financièrement par le Gouvernement autonome.

Pour ce qui est de la radiodiffusion, Radio Sele est une station de radio culturelle qui diffuse entièrement en langue asturienne; Radio Kras est une station de radio indépendante dont la plupart des émissions sont en asturien; Antena Norte propose également des émissions dans cette langue. Quant aux principales stations de radio espagnoles, la majeure partie d’entre elles diffusent en asturien (entre vingt minutes et une heure vingt par semaine).

On trouve également l’asturien sur Internet, par exemple Asturia (un site Web qui offre des renseignements sur les Asturies) et Asturnews (le premier quotidien électronique en asturien).

Certains journaux (La Voz de Asturias, La Nueva España et El Comercio) ont des sections et des suppléments en asturien. Enfin, un hebdomadaire (Les Noticies), fondé en août 1996, et qui tire à cinq mille exemplaires, est entièrement rédigé en asturien.

Le Gouvernement des Asturies subventionne toutes ces activités.

2.5 Les arts

La littérature écrite, populaire et littéraire, existe depuis le XVIIe siècle,: la poésie, les ballades traditionnelles et les romans chevaleresques de la tradition orale. Aujourd’hui, grâce à six maisons d’édition, on publie annuellement environ 60 livres en asturien. On organise régulièrement des concours littéraires, qu’il s’agisse de prose, de poésie, de non-fiction et de traduction.

Les publications les plus importantes, telles que Lliteratura, Cultures et Lletres Asturianes, sont l’œuvre de l'Academia de laLlingua Asturiana (l’Académie de la langue asturienne). Il y a d’autres publications culturelles qui se consacrent à la littérature: Sietestrellu et Zimbru. Mentionnons encore XyZ, (un magazine avant-gardiste pour les jeunes), Asturias (une revue ethnographique), El Gomeru, (une revue humoristique avec huit pages en asturien) et plusieurs autres revues et magazines qui utilisent la langue régulièrement.

Aucune troupe de théâtre professionnelle ne joue en asturien. Cependant, il y a deux troupes semi-professionnelles qui donnent généralement des représentations en asturien, pour lesquelles elles obtiennent beaucoup de succès.

On ne peut pas parler encore de cinéma asturien, bien qu'on ait produit deux courts-métrages qui sont sortis en 1997.

En ce qui touche la production musicale, neuf CD en asturien sont sortis en 1997, la plupart d'entre eux ayant été subventionnés. Les groupes asturiens font principalement de la musique folklorique, bien qu'il y ait également quelques groupes rock et un jeune groupe qui connaît beaucoup de succès. Il y a plusieurs festivals de musique celtique qui se tiennent dans les Asturies. La Nuechi Celta (La Nuit celtique) est un festival populaire qui a lieu chaque été dans au moins dix villes. Il y a aussi des spectacles de tonada (musique traditionnelle asturienne) chaque dimanche à Uviéu, six mois par année.

La Biblioteca d'Asturias (Bibliothèque des Asturies) contient tous les documents produits en asturien de même que tout ce qui a été écrit sur l'asturien.

La Xunta pola Defensa de la Llingua Asturiana (Office pour la défense de la langue asturienne) a poursuivi un certain nombre d'activités ces dernières années (publication de livres, campagnes de sensibilisation, traductions, rencontres, conférences, concerts, etc.) avec l'objectif d'obtenir un statut officiel pour l'asturien de même que sa normalisation sociale.

2.6 Le monde des affaires

Les moyennes et grandes entreprises n'utilisent pas l'asturien; si elles le font, c'est à titre exceptionnel. Parler asturien n'est pas quelque chose que les compagnies considèrent lorsqu'ils engagent de nouveaux éléments. La connaissance de l'asturien n'est pas perçue comme utile pour l'avancement professionnel et social; au contraire, on a plutôt remarqué que ceux qui parlent asturien ont tendance à l'abandonner lorsqu'ils montent dans l'échelle sociale et professionnelle.

Certaines petites entreprises, par contre, utilisent l'asturien, tout dépendant de la volonté du propriétaire. On peut trouver quelques réclames publicitaires, des enseignes de magasins, les menus de certains restaurants et d'autres services en asturien, bien que ce soit plutôt inhabituel et que, même dans les petites entreprises, l'espagnol prenne toute la place.

Pourtant, on peut facilement constater la présence de l'asturien dans le monde du commerce et des affaires; étant donné la parenté entre l'espagnol et l'asturien, une connaissance générale de la langue ou du moins sa compréhension va de soi pour la plupart des gens. Par conséquent, même si la compétence linguistique en asturien n'est pas considérée comme importante quand on embauche de nouveaux travailleurs, on prend pour acquis qu'ils seront capables de comprendre les clients qui parlent asturien. Au niveau de la communication informelle, l'asturien est donc parlé fréquemment, situation improbable aux niveaux plus officiels.

L'Empresarios y Profesionales EPA est une organisation qui travaille à la promotion de l'asturien dans le monde du commerce et des affaires. Ils ont fait campagne à plusieurs occasions et ont reçu des subventions.

2.7 Usage de la langue en contextes familial et social

Durant ces dernières décennies, on a assisté à un double phénomène évolutif. D'une part, l'espagnol a continué de miner la langue asturienne; aujourd'hui, un grand nombre de locuteurs asturiens considèrent leur langue comme une langue de second ordre. D'autre part, on a assisté à la montée de la conscience linguistique asturienne, phénomène qui coïncide avec la fin de la dictature espagnole et l'importance grandissante du pouvoir régional. Nous allons analyser ces deux phénomènes.

C'est en famille qu'on parle surtout asturien. L'asturien est la langue utilisée avec les parents, les amis et les voisins, tandis que son emploi décroît progressivement en milieu de travail, dans les banques, en politique, quand on va chez le médecin, aux études et dans les services publics. Plus le contexte est "important" et "officiel", moins l'asturien est utilisé. L'asturien est perçu, autant par ceux qui le parlent que ceux qui ne le parlent pas, comme une langue de seconde zone. Plusieurs études montrent qu'un grand nombre de locuteurs asturiens considèrent leur propre langue comme "un mauvais espagnol" ou "une façon incorrecte de parler". L'asturien n'est pas considéré, dans différents secteurs de la population, comme une vraie langue. Dans plusieurs cas, les mêmes locuteurs ne se rendent pas compte du fait qu'ils parlent une langue différente. D'un côté, il y a ces gens qui, une fois qu'ils ont quitté les Asturies, continuent de parler asturien et ne sont pas compris, ne se rendant pas compte qu'ils ne parlent pas l'espagnol; d'un autre côté, il y a ceux qui sont conscients de ne pas parler espagnol, mais ne savent pas trop bien où situer leur discours, mélangeant sans discernement l'asturien et l'espagnol. Ils ont conscience de ne pas parler l'espagnol, mais ne savent pas quand ils passent de l'un à l'autre. Ce mélange, qu'on appelle "amasteo", est considéré par certains auteurs comme une étape dans le processus d'assimilation de l'asturien par l'espagnol. La plupart des locuteurs asturiens se trouvent dans cette situation diglossique.

On peut en conclure qu'il y a un manque de conscience linguistique, plusieurs voyant l'asturien comme "la langue du village" ou "la langue parlée dans cette vallée"; on considère souvent les variations linguistiques de l'asturien comme insurmontables. Même parmi ceux qui sont conscients de parler une langue différente, l'asturien est stigmatisé et est perçu comme une langue de classe inférieure. Comme on l'a dit précédemment, l'emploi de l'asturien décroît quand on passe des relations familiales et affectives au domaine public (banques, politique, services publics, etc.). Cette vision restrictive de l'asturien a des conséquences pratiques sur la mobilité sociale: non seulement on ne parle pas asturien dans les classes moyennes et supérieures, mais on a remarqué une tendance à cesser d'utiliser l'asturien quand on monte dans l'échelle sociale. En ce sens, l'asturien est vu comme un capital culturel négatif, quelque chose qui soit une entrave à l'ascension sociale, perception qui est en corrélation avec l'absence susmentionnée de l'asturien dans le monde des affaires, aussi bien que dans les politiques des moyennes et grandes entreprises. L'asturien est une langue stigmatisée en ce sens qu'il est identifié à la fois à une langue incorrectement parlée et à une langue rurale (avec toutes les connotations négatives que cela comporte: langue primitive, inutile, non-scientifique, démodée, etc.). Ce processus de minorisation est confirmé par le fait que 51% des plus de 60 ans considèrent l'asturien comme leur première langue tandis que seulement 15% des 16 à 17 ans (en 1991) en font autant.

Cependant, depuis les dernières années de la dictature espagnole, les régions ont acquis plus de pouvoir, et on a assisté à un phénomène de valorisation des particularités régionales. En 1973, on a célébré la première Assemblée régionale du bable à Uviéu, qui a marqué le début de la mobilisation politique et sociale au nom de la langue asturienne. Par la suite, on a créé le Conceyu Bable (un regroupement d'universitaires) dans le but d'amener le débat sur l'usage de l'asturien dans des domaines où il était en pratique exclus (poésie, production scientifique, etc.). Le mouvement a pris de l'ampleur et a obtenu un soutien institutionnel; en 1981, l'Academia de la Llingua Asturiana était créée. Cet organisme joue un rôle-clé dans le processus de renforcement de la langue asturienne. En 1985, était créé le Servicio de Enseñanza Lingüística. Toutefois, la mobilisation sociale est toujours en avance sur son support institutionnel. Depuis le milieu des années 70, plusieurs initiatives surgies au sein de la société civile ont organisé des cours aux adultes et des concours littéraires, elle a commencé à publier des livres et des revues, à produire des disques, etc. en asturien et elle a fait campagne pour le droit au statut légal de la langue (obtenu en 1981). Elle a aussi proposé l'enseignement de l'asturien dans les écoles. Plusieurs de ces campagnes ont eu un important impact sur la population.

En résultat, durant les deux dernières décennies, on a accordé à l'asturien la reconnaissance sociale qui lui manquait auparavant. La conséquence la plus importante est qu'aujourd'hui, les locuteurs asturiens se reconnaissent de plus en plus comme tels. Il y a eu un éveil de la conscience linguistique, ce qui est en soi un véritable changement. Par conséquent, la demande de soutien financier officiel pour l'asturien s'est accrue et les requêtes pour qu'on accorde une plus grande place à l'asturien dans la vie quotidienne se sont multipliées. Comme on l'a mentionné précédemment, en 1983, seulement 12% de la population déclarait parler asturien; en 1991, le pourcentage avait atteint 44%. Indépendamment des différentes interprétations qu'on peut donner à ces chiffres, les résultats montrent sans aucun doute un changement dans les attitudes à l'égard de la langue. Aujourd'hui, 60% de la population asturienne voudrait qu'on enseigne l'asturien aux générations futures; alors qu'en 1983, 35% des gens déclaraient n'avoir aucun intérêt pour l'asturien, en 1991, seulement 19% déclaraient la même chose. Dans la population, on a commencé à suivre des cours d'asturien afin d'apprendre à l'écrire, à le lire ou à le parler; on enseigne l'asturien à l'école et il est devenu une discipline particulière à l'université. Des besoins se sont également manifestés en ce qui touche la culture et les médias, ce qui ne concorde pas avec les ressources encore insuffisantes. Les politiques officielles qui ont été mises sur pied ont été appuyées par la population.

Il ne faut cependant pas être trop optimiste: il n'a pas été possible d'amener l'asturien à un statut de langue officielle (au même titre que les autres langues en Espagne) et de plus, la langue est toujours fortement stigmatisée non seulement chez les hispanophones mais aussi chez les locuteurs asturiens eux-mêmes. De toute façon, malgré le fait que 70% de la population des Asturies voudrait voir le bilinguisme normalisé dans l'avenir, plusieurs observateurs soulignent que la plupart des Asturiens voient la polémique linguistique comme un phénomène politique qui ne les concerne pas vraiment. On perçoit la controverse comme artificielle et l'activisme linguistique ne s'est manifesté que dans des secteurs minoritaires, bien que son influence en dépasse les limites.

L'usage de l'asturien dans l'Église espagnole est rare; quelques baptêmes et mariages sont célébrés en asturien, mais c'est l'espagnol qui est utilisé dans les messes et dans la plupart des occasions. Les autorités ecclésiastiques ne semblent pas vouloir s'impliquer pour le moment dans le débat linguistique et ils font preuve de beaucoup de prudence. Néanmoins, il y a une édition prolifique de textes religieux en asturien qui a un certain succès, et qui est utilisée à titre privé.

2.8 Les échanges transnationaux

Il y a des contacts réguliers avec la ville de Miranda au Portugal. Quand on a établi les règles du mirandais écrit, on a consulté l'Academia de la Llingua asturienne. Les études concernant le mirandais atteignent toujours les Asturies. En ce moment, Miranda et les Asturies caressent l'idée de promouvoir l'unité de la langue mirandaise/asturienne.

La Communauté européenne soutient plusieurs projets reliés à la production de matériel didactique et à la promotion de la littérature asturienne.

3. Conclusion

La situation de l'asturien dans son ensemble est précaire. Étant donné que les plus âgés parlent l'asturien en plus grande proportion que les plus jeunes générations, on s'attend à une diminution du nombre de locuteurs asturiens dans les prochaines années. Cette situation risque de s'aggraver à cause de la crise économique, qui va éventuellement accélérer le processus d'exode des villages (où l'asturien est le plus parlé) vers les villes.

Dans ce contexte, il n'est pas évident que la récente revalorisation politique et sociale de l'asturien sera suffisante pour en diminuer l'impact. D'autre part, la langue est en train de surmonter à un certain degré l'image négative qui y est associée; l'asturien est maintenant davantage respecté par les locuteurs eux-mêmes et les hispanophones et dans le milieu politique. Par exemple, le Pauto por el Autogobierno de Asturies y la Oficialidá de la Llingua Asturiana (Pacte pour le Gouvernement autonome des Asturies et le statut officiel de la langue asturienne) rassemble à peu près cent organisations civiles et politiques, incluant des partis politiques de gauche et régionalistes et tous les syndicats.

D'autre part, les partis politiques espagnols principaux n'ont pas supporté ce mouvement de façon convaincante, et en fait entravent plutôt la marche de l'asturien. En outre, une partie importante de la population asturienne ne montre aucun intérêt pour la langue et pourrait montrer une certaine résistance si l'asturien venait à témoigner plus de puissance et de visibilité.

©Euromosaic