Le Catalan en France
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Institut de Sociolingüística Catalana
Versió catalana
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Le Catalan en France
  1. Introduction à la langue
  2. La langue dans le pays où elle est parlée
    1. Données générales sur la communauté linguistique
    2. Description géographique, démographique et linguistique
    3. Histoire générale de la région et de la langue
    4. Statut juridique et politique officielle
  3. Présence et usage de la langue par domaines
    1. Enseignement
    2. Autorités judiciaires
    3. Autorités et services publics
    4. Masse média et technologies de l'information
    5. Production et industries culturelles
    6. Le monde des affaires
    7. Usage familial et social de la langue
    8. Echanges transfrontaliers
  4. Conclusion


1. Introduction à la langue

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2. La langue dans le pays où elle est parlée

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2.1. Données générales sur la Communauté linguistique

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2.2. Description géographique, démographique et linguistique

La variante géographique du catalan parlée en France a été traditionnellement connue sous le nom de catalan septentrional ou roussillonnais. Le domaine linguistique du catalan en France (connu sous le nom de Catalunya Nord), correspond au département des Pyrénées Orientales -excepté le canton occitanophone de la Fenolleda- qui comprend sept zones géographiques: la Cerdanya, le Capcir, le Conflent, les Aspres, les Corberes, le Vallespir et le Rosselló. Sur le plan géographique, le territoire présente trois zones distinctes: la plaine qui s'étend du nord au sud (des Corbières aux Alberes), la plaine du Roussillon qui s'étend du littoral méditerranéen au massif du Canigou (en catalan, Canigó); et les vallées et bassins de la haute montagne.

La Catalogne Nord (363.793 habitants en 1990) présente de nombreux déséquilibres quant à la distribution de la population sur le territoire. En effet, 80% de la population et 95% de l'activité agricole se concentrent sur moins de 30% du territoire (la plaine du Roussillon). La capitale de la région, Perpignan (en catalan, Perpinyà) a 108.049 habitants et concentre la plupart des activités économiques. Excepté la capitale, il n'existe aucun centre urbain de plus de 10.000 habitants: les petites villes entre 2.000 et 10.000 habitants concentrent près de 42% des habitants de la Catalogne Nord.

L'expansion démographique de Perpignan commença dans les années cinquante et s'accéléra par la suite en raison de l'exode rural vers la capitale, le rapatriement des Pieds-Noirs d'Algérie (15.000 personnes entre 1962 et 1968) et l'affluence de retraités provenant du nord de la France. Parallèllement, il existe un fort mouvement de déplacement des jeunes vers le nord du pays (environ 50%) et une certaine diminution du nombre d'immigrés (principalement Algériens, Marocains et Portugais).

Sur le plan économique, à la fin des années quatre-vingt près de 13% de la population active travaillait dans le secteur agricole (contre 8% pour la moyenne de la France), où prédomine la petite propriété à exploitation directe consacrée aux fruits et légumes, à la production viticole et, dans une moindre mesure, à l'élevage. En revanche, le secteur industriel est actuellement très mal en point, de même que ceux du bâtiment et des travaux publics. Le secteur secondaire occupe environ 23% de la population (30% pour la moyenne française). Le secteur tertiaire est le plus développé, vu qu'il occupe 65% de la population suite à l'expansion des activités touristiques, des besoins en services, commerces et fonctionnaires spécifiques pour les retraités et des secteurs d'appui à l'agriculture (recherche technologique, assurances, transports, etc.)

Le taux de chômage dans la région (qui touche surtout les jeunes et les femmes) est néanmoins considérable et continue à augmenter: 14% en 1984, 16% en 1989 et 18% début 1991 (alors que la moyenne française était de 10%). Cette situation est aggravée par le fait que le PIB de la région Languedoc-Roussillon est le plus bas de la France continentale.

Les données fournies par une enquête récente font état que 49% des personnes interrogées (environ 140.000 personnes) déclarent savoir parler le catalan, bien que 16% de celles-ci disent éprouver des difficultés dans l'expression à cause de leur manque de maîtrise. La compétence linguistique augmente de pair avec l'âge: 16% des 18-24 ans parlent bien le catalan, contre 73% chez les plus de 65 ans. Dans les communes de moins de 1.000 habitants, 70% des gens savent parler le catalan, alors qu'ils ne sont que 39% à Perpignan. L'usage du catalan est beaucoup plus répandu parmi les agriculteurs (72%) et les retraités (63%) que dans les autres secteurs sociaux.

En ce qui concerne l'usage, 66% des catalanophones déclarent parler le catalan souvent, 23% occasionnellement, 7% rarement et 3 % ne le parlent jamais. L'usage du catalan est plus fréquent au sein de la famille ou avec les amis (66%) qu'avec les personnes âgées (37%) ou lors des échanges courants (37%). En outre, 61% de catalanophones considèrent que leur pratique langagière est stable; 21% pensent qu'elle régresse et 19% pensent qu'elle augmente. A l'exception des 18-24 ans, plus on est jeune, et plus on pense que la pratique augmente. Quelque 55.000 personnes déclarent savoir lire le catalan sans difficulté, tandis que les agriculteurs et les étudiants sont les plus nombreux à savoir l'écrire (25%).

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2.3. Histoire générale de la région et de la langue

Le Traité des Pyrénées (1659) établit l'annexion par le royaume de France des comtés catalans septentrionaux. Les rébellions se succédèrent à partir de 1662, mais sans succès à cause de la forte répression des nouvelles autorités. Dans ce contexte, la défense du catalan constituait un des piliers de la résistance à l'annexion. Jusqu'aux dernières années du XVIle siècle, l'usage du français dans la région n'était qu'exceptionnel dans la mesure où le catalan était encore la langue prépondérante dans tous les documents officiels. Dès 1682, cependant, la francisation commença dans le domaine scolaire à Perpignan, et s'étendit par la suite dans les différents domaines de la vie publique, et même de la vie privée. Le seul usage du français dans l'administration à partir de 1700 allait saper progressivement la base écrite du catalan, bien que celui-ci continua de survivre dans les usages oraux des paysans, du bas-clergé et des écoles rurales religieuses.

Le processus de francisation peut être décomposé en trois étapes: (1) une francisation horizontale et sélective qui permit à certains groupes sociaux de maintenir leur position hégémonique, sans que ne soient mises en place des politiques répressives générales; (2) par la suite, la francisation s'étendit spontanément vers le bas étant donné que les classes moyennes tentèrent de se franciser à l'instar des classes dominantes; (3) la francisation devint de plus en plus coercitive dans la mesure où le processus d'imitation se faisait trop lentement au goût des autorités. L'appareil éducatif assuma, pour l'essentiel, cette mission, surtout à partir des lois scolaires de Jules Ferry. Finalement, l'intégration au marché national et la participation aux deux guerres mondiales consolidèrent ce processus de substitution.

Il existe de nombreuses organisations de promotion visant principalement l'introduction et l'usage du catalan dans le secteur éducatif, comme par exemple la Federació per a la Defensa de la Llengua i de la Cultura Catalanes (qui regroupe en son sein une cinquantaine de petites organisations) qui a mis en place de nombreuses campagnes de "catalanisation". En 1968 fut fondé l'Institut Rossellonès d'Estudis Catalans (IREC), tandis que le GREC créait l'Universitat Catalana d'Estiu à Prades (en catalan, Prada) en 1969. D'autres organisations dignes d'intérêt aujourd'hui sont: Ómnium Cultural Catalunya-Nord (qui collabore activement aux initiatives réalisées par ses partenaires de la Catalogne) et la Federaciô Sardanista (qui réunit chaque week-end entre 200 et 300 personnes, dont près de la moitié sont catalanophones). Les actions et les revendications réalisées dans le secteur de l'enseignement par les associations des écoles catalanes La Bressola (fondée en 1976) et Arrels (fondée en 1980) se sont étendues à tous les domaines de la vie quotidienne. Un exemple très signfficatif a été la mise en place de Ràdio Arrels, qui émet entièrement en catalan. Finalement, l'association APLEC rassemble tous les secteurs consacrés à l'enseignement du catalan.

Certaines associations ont reçu au cours de ces dernières années une aide de la CE sous forme de subventions visant à mettre en place des activités de développement de la culture catalane, des éditions en catalan, la création d'oeuvres littéraires et artistiques, l'établissement d'échanges culturels entre les deux Catalognes, l'application de projets de promotion de la langue à l'école primaire, actions dans le secteur culturel, etc.

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2.4. Statut juridique et politique officielle

Bien que le catalan soit considéré comme une des langues régionales de France, elle ne jouit d'aucun statut juridique spécifique. Cependant, la Région Languedoc-Roussillon a créé un organisme officiel ayant pour mission la promotion de la langue et culture catalane et occitane. Il existe également un Intergroupe Langues et Cultures Régionales au sein du Conseil Régional.

 Sur le plan local, la municipalité de Perpignan a promu la langue et la culture catalanes au moyen de différentes actions, comme la création en 1978 du Centre de Documentació i Animació de la Cultura Catalana (CEDACC), qui se compose d'une bibliothèque, d'un service de documentation et d'une salle d'expositions. Le CEDACC a récemment augmenté ses activités suite à la création d'un service de catalan et de consultation linguistique, l'organisation de cours de catalan pour les fonctionnaires municipaux et de cours d'adultes, ainsi que des cours de catalan au niveau préscolaire et dans les écoles primaires. (1.000 élèves en 1993-1994). Depuis 1981 il décerne des prix annuels de littérature et audiovisuels.

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3. Présence et usage du catalan par domaine

3.1. Enseignement

La Loi Deixonne (1951) permit l'introduction du catalan comme matière facultative dans les études secondaires (une heure hebdomadaire), bien que cette matière n'eusse aucune valeur pour l'obtention du Bac. Un certificat d'études supérieures de catalan était délivré à Montpellier, mais seulement aux effets de l'obtention d'une licence libre. En 1962, suite à des négociations entre le Ministère de l'Education Nationale et les représentants du DPLF, il fut approuvé que l'épreuve de langue régionale serait prise en compte dans le Baccalauréat. La circulaire ministérielle de 1982 (circulaire Savary) augmenta les possibilités offertes par la Loi Deixonne en permettant l'enseignement de la langue catalane pendant trois heures hebdomadaires au primaire et au secondaire, ainsi que l'enseignement de quelques matières en catalan. Son successeur supprima le tiers-temps où étaient inclues les matières comme le catalan.

Dans l'enseignement public maternel et primaire (3-11 ans), il existe un cours d'initiation à la langue et à la culture catalanes (une heure et demie par semaine), qui est actuellement suivi par 28% des élèves (environ 10.000 enfants). L'enseignement bilingue est une filière officielle mise en place à Perpignan en 1994. Bien que seuls les élèves de deux classes de maternelle aient un enseignement bilingue, il est prévu que la filière s'étende à l'enseignement primaire. La municipalité de Perpignan collabore à l'enseignement du catalan au niveau pré-scolaire (3-5 ans) et primaire (6- 1 1 ans), où l'enseignement dépend également du choix du professeur. A partir du mois de janvier 1994, la municipalité de Perpignan a également contribué au financement d'un milier d'heures de cours de catalan, ce qui a permis à quelque quatre-cent élèves des écoles maternelles et primaires de la ville de pouvoir suivre deux heures hebdomadaires de cours de catalan.

L'enseignement entièrement bilingue catalan-français est offert par les réseaux d'écoles catalanes La Bressola et Arrels, du maternel jusqu'au secondaire (dans ce dernier cas, l'enseignement bilingue se limite à quelques classes vu qu'il s'agit d'un phénomène encore très récent). Ces cours ont été suivis en 1993-1994 par 250 élèves dans quatre écoles. Une commission formée par différents professeurs et spécialistes européens et désignée par rinspection Académique de Perpignan, se charge de l'évaluation des cours de La Bressola. Les résultats démontrent une très bonne capacité des élèves pour apprendre non seulement le catalan, mais aussi d'autres langues étrangères, ce qui semble se devoir à la bonne organisation du bilinguisme institutionnel.

Dans le premier cycle du secondaire (11-15 ans), 12% des élèves suivent des cours d'une heure hebdomadaire de catalan (seulement durant les deux premières années). L'enseignement de la langue et de la culture catalanes (trois heures par semaine) est également disponible dans l'enseignement secondaire général (13-15 ans et 15-18 ans). Ces cours sont suivis par 4% des élèves. Finalement, les centres d'enseignement professionnel (14-18 ans) offrent des cours facultatifs de catalan (d'une à trois heures hebdomadaires). Le Conseil Régional du Languedoc-Roussillon finance la moitié de l'horaire des cours. Mais étant donné que renseignement de la langue catalane au niveau secondaire n'a pas le statut de première langue étrangère (matière obligatoire) -ce qui aurait permis de renforcer rintérêt des élèves- les cours de catalan sont suivis par un nombre restreint d'élèves.

L'Université de Perpignan offre depuis 1982 un DEUG de langue catalane, une Licence de Maîtrise (depuis 1984) et un DEA (également depuis 1984). L'évaluation réalisée en 1993 par la Commission de l'enseignement du catalan dans les universités situées hors du territoire de la Catalogne donne le chiffre de 940 étudiants universitaires de catalan pour la France. Le Département de Catalan de l'Université de Perpignan, appellé actuellement "Institut Franco-Català" (IFC) comptait en 1993 avec 6 enseignants titulaires et 230 étudiants. Il offre des études multidisciplinaires en catalan (histoire, littérature, langue, art, économie, droit, etc. de tout le territoire de langue catalane). Les diplômés de catalan de Perpignan (ce qui représente chaque année une moyenne de 15 à 20 diplômes de premier cycle, 8 licences, 3 ou 4 maîtrises, 2 ou 3 diplômes d'études supérieures et 1 doctorat) ont trouvé un débouché à leurs études dans le secteur des médias, dans le commerce, l'administration publique et l'enseignement, secteur où, après avoir connu une situation précaire, le Certificat d'Aptitude pour l'Enseignement Secondaire du catalan (CAPES), créé en 1992, a ouvert de nouvelles perspectives. Depuis 1987, des jeunes issus d'autres universités catalanes (Université de Barcelona, Université Autonome de Barcelona, Université des Iles Baléares, et Université de València) participent aux cours de l'université de Perpignan grâce au programme ERASMUS.

En ce qui concerne la formation des adultes et la formation permanente, des initiatives ont été mises en place par le GREC, l'Associació Politècnica, l'Escola Catalana, le Centre Cultural Català et le Centre de Documentació i d'Animació de la Cultura Catalana (CEDACC) de la Ville de Perpignan; la filiale d'Òmnium Cultural (Òmnium Cultural Catalunya-Nord); et le Servei de Llengua de lInstitut Franco-Català (IFC) de l'Université de Perpignan.

Quant à la formation des enseignants, le Département de Catalan de l'Université de Perpignan offre une formation continue en langue catalane. À l'Institut de Formation des Professeurs, un professeur donne des cours de langue et culture catalanes. Aux niveaux maternel et primaire, cet institut limite la présence du catalan dans la formation des enseignants à tout au plus 35 heures au cours des deux années de la formation. Le recyclage annuel des professeurs de secondaire touche la moitié des 50 enseignants qui donnent des cours de catalan, tandis que seulement 7% des professeurs de primaire suivent ces cours. Pour compléter leur formation, de nombreux enseignants participent régulièrement aux cours de formation mutuelle d'enseignants de tous les territoires de langue catalane, organisés dans le cadre de l'Universitat Catalana d'Estiuqui se célèbre chaque année à Prada de Conflent. De plus, le SEDEC de la Generalitat deCatalunya a collaboré avec diverses associations de la Catalogne Nord pour offrir son expérience en matière de normalisation linguistique dans l'enseignement. Au cours des deux dernières années, quelques spécialistes ont fourni leur assistance technique aux professeurs du cycle de 12 à 16 ans. Par ailleurs, des relations se sont établies depuis 1989 entre les spécialistes du SEDEC et les professeurs de niveau primaire des écoles catalanes La Bressola et Arrels.

En ce qui concerne les organismes d'inspection, la responsabilité administrative de renseignement de la langue catalane dans les écoles publiques est prise en charge par le Rectorat de l'Académie (Montpellier) et à l'lnspection Académique de Perpignan (pour le primaire), tandis que l'IFC de l'Université de Perpignan est chargé de l'inspection pour le secondaire.

En dehors du territoire, il y a des cours de catalan offerts par quelques universités françaises: Aix-en-Provence, Lyon, Grenoble, Paris, Rennes, Toulouse, Clermont-Ferrand, Marseille et Valence, et, il y a quelques années, par des chambres de commerce, où beaucoup d'élèves se préparèrent pour le Certificat Internacional de Català qu'offre la Generalitat deCatalunya.

Finalement, une enquête récente révèle que 83% de la population est favorable à la possibilité que tous les enfants apprennent le catalan à l'école, et que 57% souhaitent que leurs enfants l'apprennent.

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3.2. Autorités judiciaires

Il semble que le catalan n'a aucune reconnaissance officielle dans ce domaine. Seulement dans des cas très exceptionnels des interprètes sont disponibles (dont les frais sont pris en charge par les intéressés).

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3.3. Autorités et services publics

Le catalan n'est jamais utilisé dans les rapports entre l'administration de l'Etat et l'administration régionale avec les citoyens. Sur le plan local, le catalan est présent dans la vie publique depuis l'intervention dans le débat politique, dans les années 1970, d'organisations utilisant le catalan comme langue d!usage habituelle. Par la suite, le développement croissant des relations administratives avec des entités de la Catalogne (Generalitat deCatalunya, autorités provinciales, municipalités) a largement contribué à réintroduire la langue catalane dans un domaine dont elle était absente depuis plus de deux siècles, ce qui a créé un impact important sur les attitudes langagières de la population, même si ces pratiques demeurent généralement limitées aux seules initiatives transfrontalières. Il semblerait que la municipalité de Perpignan soit actuellement en mesure de recevoir en catalan les citoyens qui en font la demande.

Par contre, dans les services publics, seul le français est utilisé (quittances et factures de téléphone, annuaire téléphonique, indications à l'hôpital, factures d'électricité, indications au bureau de poste, affiches et avis au commissariat de police). Quant à la toponymie, il existe des panneaux de signalisation bilingues à l'entrée de la plupart des agglomérations, bien que souvent le nom catalan soit réduit à un usage quelque peu folldorique. En 1993, le Conseil Municipal de Perpignan décida d'installer des plaques de rues en catalan sur l'ensemble des voies communales et de signaler progressivement en catalan les entrées et sorties de la ville. Il semble que près de 70% de la population consultée soit favorable à l'affichage bilingue. Il n'existe pas d'obstacle majeur pour que les citoyens puissent adopter et utiliser officiellement les formes catalanes des noms et prénoms.

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3.4. Mass médias et technologies de l'information

Il semble qu'il n'existe pas une politique officielle de soutien aux industries de l'information qui utilisent le catalan, hormis quelques aides ponctuelles, comme c'est le cas pour Ràdio Arrels. De plus, lorsque l'hebdomadaire El Punt Catalunya Nord ne se publiait qu'en catalan, la Préfecture des Pyrénées Orientales empêcha la publication d'annonces officielles sous le pretexte que l'utilisation du catalan était incompatible avec des annonces de la sorte, bien que la revue respectât les dispositions légales en vigueur.

Le journal l'Indépendant jouit d'une situation prépondérante en Catalogne Nord, et présente un taux de pénétration des plus élevés de France: son tirage est d'environ 50.000 exemplaires par jour (pour une population de 360.000 personnes). Le catalan n'y figure que tous les deux ou trois jours dans de petits articles culturels.

El Punt Catalunya-Nord était un hebdomadaire d'information locale créé en 1987, comme magazine autonome de la société de presse El Punt (Catalogne), qui avait son siège à Perpignan. En 1993, le magazine commença à introduire l'usage du français, mais suite à son passage à la couleur sous le nom de Punt Magazine, il a cessé de paraître depuis début 1994.

Il existe quelques périodiques de diffusion restreinte (environ une centaine d'exemplaires): L'Alba (culturel), El Fiçó (satyrique) et Terra Nostra (revue culturelle trimestrelle bilingue). A Perpignan, il était autrefois possible de se procurer des journaux et des magazines édités à Barcelone ou à Valence, mais le manque de rentabilité a fait interrompre leur diffusion depuis mai 1994.

En ce qui concerne la radio, les émissions en catalan qui ont le plus d'audience sont celles de Radio FranceRoussillon (46% de l'audience), qui maintient une évolution très positive tout au long de ces dernières années. Ensuite viennent les émissions de Ràdio Arrels, qui a une audience de 25%. Celle-ci émet sur quatre fréquences F.M., 24 heures sur 24 en catalan (50 heures de programmes sont produites par la propre station). A Perpignan, il est possible de recevoir les émissions des stations de radio de la Catalogne (Catalunya Ràdio, Catalunya Mùsica, etc.) Une enquête a revelé que 36% des personnes interrogées déclare écouter occasionnellement ou régulièrement des émissions en catalan.

Les programmes de télévision de TV et Canal 33 (Chaînes de télévision du gouvernement régional de la Catalogne - Espagne) sont reçues pratiquement sur tout le territoire. Les relais qui permettent accéder aux émissions de la télévision catalane sont financés par les autorités régionales et locales du Languedoc-Roussillon, ainsi que par quelques aides de la CE. Près de la moitié de la population regarde les émissions de la télévision catalane et l'audience générale se répartit comme suit: France 3 (56%), TV3 (43%), TVE (Chaîne publique espagnole qui émet 37 heures hebdomadaires en catalan - 13% du temps d'émission).(14%) et Canal 33(1 1%).

Néanmoins, le rapport annuel réalisé par le Conseil Supérieur de l'audiovisuel de France présente une baisse du nombre d'heures d'émission en langue catalane dans les mass-médias français de 27%, entre 1991 et 1992. En outre, les téléspectateurs rousillonnais de TV3 déclarent qu'üs ne saississent pas toujours clairement le sens des mots vu que les émissions utilisent le catalan standard du sud et traitent la plupart des fois de sujets qu'ils considèrent trop spécifiques (de Barcelone ou de l'Espagne).

Finalement, l'association Arrels est en train de mettre en place, avec la collaboration de la Generalitat et l'aide technique de l'entreprise roussillonnaise Tecsol, un service télématique d'informations sur l'actualité catalane.

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3.5. Production et industries culturelles

La production littéraire en catalan en Catalogne Nord a traditionnellement été très riche et singulière, bien que l'expansion du monolinguisme français et les effets des deux guerres mondiales aient accentué le recul du catalan dans ce domaine.

Dans les années 50, surgirent de nouveaux mouvements littéraires en catalan, suite aux nombreux contacts avec les intellectuels exilés de Catalogne, qui entreprirent la publication de nouveaux livres et collections (les éditions Proa, la collection Tramuntana). Un groupe d'intellectuels forma le Grup Rossellonès d'Estudis Catalans (GREC) et la revue SANT Joan î Barres. La volonté de promotion de la littérature catalane et la prise de conscience s'accentuèrent en mai 1968, et en 1969, l'Universitat Catalana d'Estiu fut inaugurée à Prada. Parallèlement, surgirent de nouveaux dramaturges (ce qui augmenta le nombre de pièce mises en scène) et chanteurs de la Nova Cançó Catalana. L'apogée de la prose eut lieu aux alentours des années 70 et 80. La poésie nord-catalane est dignement représentée par des auteurs dont le prestige arrive à toute l'aire catalane. Actuellement, l'ensemble de la vie culturelle en Catalogne Nord semble jouir d'une certaine normalité, qui s'est traduite par exemple par la création du prix littéraire Vila de Perpinyà Modest Sabaté, l'apparition des éditions El Trabucaire et la création de la librairie catalane. Néanmoins, le nombre de livres publiés en catalan dans la région est encore très limité.

En ce qui concerne les activités théâtrales, le théâtre populaire connait depuis les années 70 un regain de faveur. Très localiste, il s'adresse en priorité à une communauté villageoise dont sont issus auteurs et acteurs: troupes de Ceret, Sureda, Sant Llorenç de Cerdans, Millars, etc. Deux troupes de comédiens (Ultrera et Fontfreda) jouent exclusivement en catalan, alors que le groupe Tururut-Màgic Utòpic, joue en français et en catalan.

La région Languedoc-Roussillon et la municipalité de Perpignan ont entrepris quelques actions de soutien à l'usage du catalan dans le monde du théâtre.

Quant à la recherche terminologique, celle-ci fait partie du programme de tous les étudiants de licence de catalan de Perpignan, et plusieurs maîtrises ont porté sur des vocabulaires spécialisés. Tous ces travaux sont régulièrement transmis au TERMCAT (Centre de recherche terminologique de la Catalogne - Espagne) et aux services de terminologie des universités catalanes d'Espagne.

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3.6. Le monde des affaires

Le catalan n'est généralement une condition requise que pour accéder à certains emplois d'attention au public. Dernièrement (juin 1994), une campagne publicitaire par affiches a été réalisée en catalan. Cependant, l'usage de la langue dans la publicité à la télévision est inexistant, et seules quelques rares associations de chefs d'entreprise ont realisé des campagnes de promotion en catalan. Les grands surfaces de Perpignan font leur publicité en catalan pour le "tourisme commercial" provenant de la Catalogne, ce qui a eu pour effet de développer le bilinguisme français-catalan dans les grands supermarchés de la région. Il est également de plus en plus fréquent d'utiliser le catalan dans les rapports informels qui ont lieu dans les petits commerces.

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3.7. Usage familial et social de la langue

Bien que seule une minorité culturelle très cultivée s'adresse à ses enfants en catalan, c'est principalement le réseau familial (bien que le nombre de mariages endogames ait baissé très fort au cours de ces dernières années) et le cercle d'amis qui prend en charge la transmission et l'apprentissage du catalan. Ainsi, la grande majorité des gens (près de 90%) n'ont jamais décidé d'apprendre le catalan: ils l'on fait "naturellement". Néanmois, les locuteurs signalent que le fait de parler catalan continue a avoir des connotation négatives sur le plan du statut social.

En ce qui concerne la religion, la langue majoritaire est le français, sauf demande expresse dans le cas des mariages et des enterrements. Sur le plan linguistique et culturel, l'église a traditionnellement joué un rôle ambigu: elle a longtemps conservé la langue catalane (sermons, choeurs, etc.), et à contribué au maintient ou à la récupération des manifestations religieuses en catalan, tout en participant activement au processus d'acculturation à travers les écoles religieuses et les cours de catéchisme. Malgré tout, le Conseil Municipal de Perpignan vient d'accepter l'officialité des mariages civils en catalan.

Quant à la vitalité linguistique, l'opinion générale de la population est plutôt pessimiste: une proportion élévée de personnes considère que l'usage du catalan est en régression constante, bien que 50% des gens se disent très attachés à leur langue. De plus, très peu de jeunes non autochtones montrent quelque intérêt à apprendre le catalan.

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3.8. Echanges transfrontaliers

Au cours de ces dix dernières années, de nombreux accords de collaboration ont été signés avec la Generalitat deCatalunya par bon nombre d'institutions de la région: le Conseil Municipal de Perpignan (pour la promotion de la diffusion de la langue catalane); le Conseil Général des Pyrénées-Orientales (en matière linguistique); la Chambre de Commerce et de l'Industrie de Perpignan (pour la réalisation des épreuves du certificat international de catalan); et l'Université de Perpignan (en matière linguistique). Par ailleurs, la Generalitat a collaboré dans les cours de catalan organisés par Òmnium Cultural de Catalunya Nord et dans d'autres secteurs: échanges de professeurs, assistance technique, recherche sociolinguistique, terminologie, élaboration de matériaux didactiques pour renseignement du catalan, activités de recyclage, avec la participation de professeurs de la Catalogne Nord dans les cours organisés par la Generalitat, etc.; formation permanente d'adultes, études sur les procédures d'évaluation, etc. Il existe aussi une convention entre les petites universités de tous les pays de langue catalane, dont celle de Perpignan, afin de décerner des diplômes communs de 3e cycle, ainsi que d'autres accords de collaboration technique et économique avec les écoles associatives.

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4. Conclusion

La situation économique marginale du Département des Pyrénées orientales au sein de la France pourrait s'améliorer à l'aide du développement de l'Eurorégion, qui inclu le Midi-Pyrénées et la Catalogne (Espagne). La prise en compte des réalités sud-pyrénéennes conduit à une sensibilisation linguistique parallèlle et l'importance de Perpignan comme capitale de l'Eurorégion entraine une promotion des échanges politiques, culturels et économiques avec Barcelone et, par conséquent, une promotion du catalan.

L'évolution récente du catalan en Catalogne Nord a été conditionnée par une francisation continue dirigée par les autorités françaises, qui s'est étendue des grandes villes aux villages, ainsi que par les vagues successives de retraités provenant d'autres régions de France. Ces facteurs ont contribué, en grande partie, à l'érosion de l'identité catalane et à la rupture de la transmission intergénérationnelle du catalan.

Les jeunes font preuve d'un regain d'intérêt envers l'apprentissage du catalan. Dans ce sens, le rôle de l'Université de Perpignan, avec sa propre planification d'études linguistiques du/en catalan et la création du CAPES de catalan, renforce cette conjoncture favorable à l'expansion de l'usage du catalan, bien que le développement de l'enseignement du/en catalan ne soit pas encore suffisant, malgré la bonne volonté démontrée par les écoles publiques et le travail réalisé par les écoles privées catalanes. En outre, bien que jusqu'à il y a peu la transmission du catalan s'était concentrée dans les petits villages, de nos jours c'est dans les villes de plus de 5. 000 habitants où se trouvent les attitudes les plus favorables envers le catalan.

Finalement, il faut souligner le développement du catalan à la radio et l'acceptation majoritaire des émissions de TV3, bien que la faible incidence publique de la presse écrite en catalan soit à regretter.

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