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Le slovène en Italie
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1. Introduction à la langue
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2. La langue dans le pays où elle est parlée
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2.1. Données générales sur la Communauté linguistique
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2.2. Description géographique, démographique et linguistique
Le groupe linguistique slovène vit sur un territoire de 1 524 km2 situé le long de la frontière entre l'Italie et la Slovénie. Comme le tracé de la frontière a connu de multiples modifications au cours des cinquante dernières années, les 50 000 à 80 000 locuteurs de la langue slovène sont devenus majoritaires parmi les minorités de cette région, qui abrite notamment un groupe linguistique germanophone et frioulan.
La minorité slovène est établie dans le Frioul-Vénétie-Julienne, une des 20 régions italiennes. L'Italie a doté d'un statut particulier les régions frontalières du Val d'Aoste, du Trentin et du Frioul-Vénétie-Julienne afin d'y protéger les minorités. Le Frioul-Vénétie-Julienne, qui compte 393 058 habitants, réunit trois des 95 provinces italiennes : Trieste (261 825 habitants), Gorizia (89 686 habitants) et Udine (41 547 habitants). Selon l'avant-dernier recensement, réalisé en 1981, quelque 49 000 Slovènes (10-25 %) vivent dans la province de Trieste, environ 15 000 (10-25 %) dans la province de Gorizia et environ 21 000 (25-50 %) dans la province d'Udine. Dans la principale aire d'utilisation du slovène au sein de cette dernière province, à savoir les Préalpes Juliennes et le Val Canale, le groupe linguistique slovène est, avec le frioulan, le plus grand groupe non italien.
La langue slovène des trois provinces, appelée slovencina par ses locuteurs, appartient à la famille des langues slaves. Elle est connue en Italie sous la dénomination populaire de slavo et se subdivise en six dialectes : carinthien (korosko), dialecte du littoral (primorsko), dialecte de Rovte (rovstarsko), haut-carniolien (gorenjsko), bas-carniolien (dolenjsko), styrien (stajersko) et pannonien (panonsko).
La densité démographique du territoire est de 152 habitants par km2. L'ensemble de la population se répartit comme suit : 1,5 % dans les régions rurales, 20,5 % dans les zones semi-urbaines, 24,0 % dans les petites villes et 54 % dans les grandes villes. Entre 1910 et 1981, la population totale a diminué d'environ 8,7 % et le recul du groupe slovène a même atteint 40 %. Cette forte baisse s'explique surtout par l'émigration des provinces de Trieste et de Gorizia entre les deux guerres mondiales à la suite de la politique anti-slovène de l'Italie ainsi que par les départs de la province d'Udine entre 1950 et 1980 en raison du manque d'emplois. Actuellement, le principal secteur d'activités est le secteur tertiaire (77,2 % de la population active de la province de Trieste et 68 % de la province de Gorizia). Grâce à une aide massive de l'État, le niveau de vie s'est considérablement amélioré dans la région et il dépasse aujourd'hui le niveau italien sur la quasi-totalité du territoire, comme le prouvent les chiffres suivants pour 1991 :
Revenu/habitant (millions de lires):
Province de Trieste: 32,45 Province de Gorizia: 28,86 Province d'Udine: 24,98 Italie: 22,84
Dépôts bancaires/habitant (millions de lires):
Province de Trieste: 19,03 Province de Gorizia: 14,67 Province d'Udine: 16,31 Italie: 14,67
Chômeurs (en %):
Province de Trieste: 5,7 Province de Gorizia: 2,5 Province d'Udine: 5,4 Italie: 8,3
Cette évolution s'explique par les programmes spéciaux de création de villages destinés aux immigrants italiens d'Istrie et par la construction de routes, d'oléoducs, d'un parc industriel et d'un centre de recherche technologique à Padriciano. Ces mesures socioéconomiques ont eu deux effets marquants sur la langue slovène. D'une part, beaucoup de familles slovènes ont été expropriées d'office pour la mise en oeuvre de programmes d'industrialisation. À titre d'exemple, alors que 2 900 familles travaillaient sur 4 000 hectares de terre en 1951, 600 familles exerçaient une activité agricole à titre secondaire sur 1 300 hectares en 1984. Cette situation a également entraîné une diminution du nombre de villages slovènes originellement homogènes. D'autre part, les programmes de construction de maisons individuelles dans la banlieue de Trieste ont entraîné une modification de la structure ethnique dans la mesure où les immigrants d'Istrie ont largement supplanté les Slovènes.
2.3. Histoire générale de la région et de la langue
Les scientifiques sont partagés sur l'époque à laquelle les Slaves, ancêtres des Slovènes, se sont installés sur le territoire actuel, bien que l'année 600 soit généralement avancée. À cette époque, la Panonnie avait été abandonnée par les Lombards, ce qui a permis aux Slovènes, arrivés par les Alpes orientales, de s'implanter dans la région. Néanmoins, on est fondé à croire qu'au cours de la seconde moitié du Xe siècle, les patriarches d'Aquilée ont également repeuplé de paysans slovènes la région frioulane (pustote) dévastée par les barbares.
En 1420, la région de langue slovène fut annexée à la République de Venise à l'exclusion du comté de Gorizia. Toutefois, ce dernier perdit son indépendance en 1500. Le Frioul resta alors sous influence autrichienne jusqu'à la Première Guerre mondiale alors que Trieste restait sous la tutelle des Habsbourgs. Après plusieurs conflits territoriaux entre l'ex-Yougoslavie et l'Italie, le traité d'Osimo du 10 novembre 1975 a fixé de manière définitive le tracé des frontières de la zone linguistique slovène actuelle.
Il n'existe pour l'instant aucune organisation qui se consacre directement à la protection de la langue bien que plusieurs institutions, organisations et associations culturelles et économiques slovènes s'attachent à la défense de l'ensemble des intérêts des Slovènes. Quelques mesures ont malgré tout été prises pour promouvoir les relations entre Italiens et Slovènes, qui sont particulièrement menacées par le fait que la majorité italienne n'a pratiquement aucune connaissance de la langue slovène. Tel est le sens de l'action menée notamment par l'Association italienne pour la promotion de la connaissance de la langue et de la culture slovènes, dont le siège est à Trieste, ou du groupe Rencontre 82, créé en 1984, qui regroupe des responsables culturels au sens le plus large.
2.4. Statut juridique et politique officielle
Le statut juridique des Slovènes est défini à quatre niveaux : par la Constitution, par des traités internationaux, par des dispositions générales et par des lois spéciales.
La Constitution italienne du 27 décembre 1947
En vertu de l'article 3 de la Constitution, la République est non seulement tenue d'assurer l'égalité de traitement de tous les citoyens, mais aussi d'éliminer tout ce qui fait obstacle à cette égalité dans les faits. Aux termes de l'article 6, les minorités linguistiques sont protégées par des lois spéciales.
Traités internationaux
Le 10 novembre 1975, les frontières entre l'Italie et l'ex-Yougoslavie ont été définitivement fixées par le traité d'Osimo. Dans le paragraphe 4 du préambule aux neuf articles du traité, il est fait mention d'une loyauté aussi grande que possible à l'égard des groupes ethniques des deux États, qui respectent les principes de la Charte des Nations unies, de la Déclaration universelle des droits de l'homme, de la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale et de la Charte internationale des droits de l'homme. En ce qui concerne les minorités, le traité s'est fondé sur le protocole d'accord signé le 5 octobre 1954 à Londres par les gouvernements italien, américain, britannique et yougoslave. Comme ce traité ne prévoit aucune disposition territoriale, la répartition géographique des groupes ethniques a fait l'objet de vives controverses.
Dispositions générales
Les minorités en Italie font notamment l'objet des dispositions suivantes :
a) la loi n° 935 du 31 octobre 1966 : droit de donner des noms étrangers aux enfants
b) l'article 11 du décret n° 634 du Président de la République du 26 octobre 1972 sur le régime des droits d'enregistrement : droit d'inscrire des mentions en langue étrangère dans des documents officiels
Lois spéciales
En Italie, ces lois se rapportent toujours aux minorités. Dans le cas qui nous intéresse, signalons tout d'abord le statut de la région autonome du Frioul-Vénétie-Julienne, qui garantit les mêmes droits à tous les citoyens. Outre les lois mentionnées ailleurs dans ce chapitre, telle que celle consacrée à l'enseignement, il convient de citer la loi du 18 et du 24 janvier 1979 sur l'élection des représentants italiens au Parlement européen. Il y est prévu un régime spécial pour les candidats des listes des minorités lors de l'attribution des mandats.
Vu la diversité des textes légaux, on comprend aisément que le statut juridique de la langue slovène dépende aussi de la province où elle est parlée. Si la minorité slovène jouit des droits qui viennent d'être mentionnés dans les provinces de Gorizia et de Trieste, elle n'est absolument pas reconnue par les autorités officielles italiennes dans la province d'Udine, où elle ne possède que le statut de groupe linguistique, tout comme la minorité frioulane.
Malgré l'existence de ces dispositions légales, le gouvernement italien adopte à l'égard de la minorité slovène une attitude assez négative, qui est aussi celle des pouvoirs régionaux et locaux, désireux d'éviter les conflits avec l'État central.
3. Présence et usage du slovène par domaine
3.1. Enseignement
Il a fallu attendre l'adoption de la loi n° 1012 du 19 juillet 1961 pour que les écoles qui dispensent un enseignement en slovène, et qui avaient été fermées par le régime fasciste, soient dotées d'un statut légal. Cette loi a défini les bases légales de la création d'écoles slovènes dans les provinces de Gorizia et de Trieste, définitivement adoptées par la loi Belci-Skerk n° 932 du 22 décembre 1973.
De manière générale, la création d'écoles où la langue d'enseignement n'est pas l'italien est garantie par les articles 4 et 9 de la loi n° 477 du 30 juillet 1973. Une législation intérieure spéciale pour le Frioul-Vénétie-Julienne apporte à cette garantie générale des modifications en faveur du groupe slovène. Ainsi, la loi du 19 juillet 1973 et le décret du Président de la République du 31 mai 1974 garantissent l'usage du slovène et la représentation de la minorité slovène dans les écoles. Dans des lois plus récentes, telle que la loi n° 270 du 20 mai 1982 sur les enseignants contractuels, les intérêts spécifiques des écoles dont la langue d'enseignement n'est pas l'italien sont généralement pris en considération. En janvier 1985, l'ex-Yougoslavie et l'Italie ont conclu un accord culturel bilatéral portant sur la reconnaissance mutuelle des diplômes universitaires. Cet accord a été prorogé en 1994 par la République de Slovénie et l'Italie. Les écoles slovènes relèvent du ministère national de l'Éducation. Au niveau local, les inspections de Gorizia et de Trieste sont compétentes.
L'aide financière accordée par les pouvoirs régionaux des provinces de Gorizia et de Trieste se fonde sur les lois régionales n° 22 (construction scolaire) et n° 23 (activités pédagogiques, récréatives et sociales) de 1965 ainsi que sur la loi régionale n° 11 (organes scolaires collégiaux et organisations syndicales) de 1977. En ce qui concerne la construction scolaire, nous disposons des chiffres suivants pour 1985, exprimés en millions de lires (sans plus de précision) :
Province de Trieste : écoles maternelles 182, primaires 22,5, collèges 130, lycées 106,3
Province de Gorizia : écoles maternelles 62,5, primaires 672,5, collèges 348, lycées 0
Quant aux activités pédagogiques, récréatives et sociales, nous possédons les chiffres suivants en millions de lires (sans plus de précision):
| Gorizia | Trieste | Total | |
| 1983 | 15 | 60 | 75 |
| 1984 | 15 | 61 | 76 |
| 1985 | 15 | 64 | 79 |
| 45 | 185 | 230 |
Pour les organes scolaires collégiaux et les organisations syndicales des deux provinces, enfin, le montant de l'aide financière se présente comme suit en millions de lires (sans plus de précision):
| 1983 | 19,6 |
| 1984 | 20,3 |
| 1985 | 75 |
| 1986 | 75 |
| 189,9 |
L'augmentation importante des subventions en 1985 s'explique par l'adoption de la loi régionale n° 25, qui a autorisé des aides plus élevées.
Bien que le statut des écoles slovènes soit en principe identique à celui des écoles italiennes, le nombre d'établissements slovènes s'avère insuffisant depuis quelque temps, principalement dans le domaine de l'industrie, de la technique, des arts et de la musique. Ce déséquilibre est principalement dû à l'absence de nouveau matériel pédagogique dans les écoles de langue slovène.
À l'exception du cours d'italien, toutes les matières sont enseignées en slovène. Dans les provinces de Gorizia et de Trieste, il existe actuellement 109 écoles slovènes qui accueillent 4 570 élèves (année scolaire 1985/1986) et qui couvrent tous les niveaux depuis le jardin d'enfants jusqu'à la fin de l'enseignement secondaire.
Entre les années scolaires 1974/75 et 1985/86, on constate une hausse relative du nombre d'écoliers slovènes inscrits par rapport à la population scolaire totale (province de Trieste : 0,8 %, province de Gorizia : 1 %). Néanmoins, en termes absolus, le nombre d'élèves des écoles de langue slovène diminue. Les chiffres suivants permettent de se faire une idée de l'évolution du nombre total d'élèves:
Année scolaire 1986/87 4 340 Année scolaire 1987/88 4 190 Année scolaire 1988/89 4 075 Année scolaire 1989/90 3 887 Année scolaire 1990/91 3 745
Comme la langue slovène n'est pas une matière obligatoire dans les écoles italiennes, l'enseignement de la culture et de l'histoire slovènes n'est assurée que dans les écoles qui dispensent un enseignement dans cette langue. Dans les années 70 et 80, la minorité linguistique a entrepris des efforts particuliers pour introduire l'enseignement de la langue et de la culture slovènes dans le programme des cours des écoles italiennes. Elle s'est principalement attachée à faire adopter la Legge per la tutela globale delle minoranza slovena. Après le rejet catégorique de la proposition de loi par le gouvernement italien, elle a formulé, en 1993, d'autres propositions visant à introduire la langue slovène dans les écoles italiennes, mais sous une forme plus modérée.
À l'exception des instances de contrôle, tel le ministère de la Culture, qui sont aussi responsables des écoles italiennes, il n'existe pas d'organisme de tutelle spécifique pour les écoles de langue slovène. Généralement, ces instances constituent de petites unités plus particulièrement chargées de la situation de la minorité slovène. Ce fut le cas en avril 1982 lorsqu'un service psychologique spécial a été créé pour les enfants handicapés de langue slovène. L'Istituto regionale di ricerca, sperimentazione e aggiornamento educativo, qui a été mis sur pied en 1974 et qui remplit une fonction de conseil et de contrôle dans chaque région italienne, a été doté d'une section séparée pour la minorité de langue slovène.
Outre ces activités de soutien de la langue à l'école, deux établissements d'enseignement secondaire technique qui dispensent leurs cours en slovène ont été créés à Trieste en 1978 et 1979. Il s'agit de l'Istituto professionale di stato per l'industria e artigianato et de la Sezione per geometri. Cette innovation n'a été possible que grâce aux pressions exercées par l'organisation scolaire slovène Sindikat slovenske sole. Les mêmes démarches sont entreprises actuellement dans la province de Gorizia où cette même organisation tente depuis longtemps d'obtenir l'autonomie administrative des écoles des minorités. Dans la province d'Udine, certaines initiatives ont récemment vu le jour pour faire du slovène une langue d'enseignement (surtout à Benecia).
L'examen du statut de la langue slovène aux divers niveaux d'enseignement nous conduit aux constatations suivantes:
La province de Gorizia compte 12 écoles maternelles de langue slovène qui accueillent 252 élèves tandis que celle de Trieste compte 30 établissements de ce type avec 472 élèves. Dans l'enseignement primaire, la province de Gorizia possède 13 écoles de langue slovène (409 élèves) et celle de Trieste 38 écoles (982 élèves). On en arrive ainsi au chiffre global de 724 établissements de langue slovène et de 1 391 élèves pour l'année scolaire 1985/86. Pour 1993/94, les chiffres indiquent 727 élèves scolarisés en slovène sur un total de 7 483 dans la province de Trieste et 270 élèves sur 2 300 dans celle de Gorizia. Une étude réalisée en 1984/85 sur l'enseignement maternel a montré que plus d'un tiers des écoliers inscrits durant cette année dans les deux provinces venaient de familles plurilingues. Dès cette époque, de 3 à 11 % des enfants étaient déjà issus de familles exclusivement italiennes. Cette répartition est à l'origine de graves problèmes dans les niveaux d'enseignement supérieurs.
Les jardins d'enfants de langue slovène portent un nom spécifique : Drzavna vrtec s slovenskim ucnim jezikom (Scuola materna con lingua d'insegnamento slovena). Il en va de même pour les écoles primaires, qui sont appelées Drzavna sola s slovenskim ucnim jezikom (Scuola elementare statale con lingua d'insegnamento slovena). Le programme des écoles slovènes est identique à celui des écoles italiennes, hormis le fait que le slovène est la seule langue d'enseignement (sauf pour le cours d'italien). Un jardin d'enfants privé bilingue a vu le jour à San Pietro al Natisone l'année scolaire 1984/85.
La province de Gorizia possède un lycée classique, une école normale d'instituteurs (ainsi qu'une section pour les institutrices maternelles), une école de commerce et un programme d'enseignement en langue slovène à l'école technique supérieure d'industrie. Ces établissements totalisaient 321 élèves au cours de l'année scolaire 1985/86. Quant à la province de Trieste, elle compte un lycée de sciences et de langues modernes (avec une section classique), une école de commerce (avec une section de géomètres), une école technique supérieure d'industrie et d'artisanat et une école normale d'instituteurs (ainsi qu'une section pour les institutrices maternelles), dont la population totale s'élevait à 891 élèves en 1985/86. Pour les deux provinces, on atteint donc le chiffre de 1 212 élèves. Il convient à cet égard de mentionner une institution importante : l'Institut régional slovène de formation professionnelle, créé en 1979 en vertu de la loi n° 845 du 21 décembre 1978 (loi-cadre relative à l'enseignement professionnel) et de la loi régionale n° 42 de 1978. Le nombre d'inscrits n'a cessé d'augmenter entre 1979/80 (4 cours et 84 participants) et 1985/86 (14 cours et 5 246 participants). Durant l'année scolaire 1987/88, cet établissement privé a même accueilli 253 élèves répartis sur 16 cours. En ce qui concerne l'enseignement secondaire général, il se subdivise en un niveau inférieur (ESI) de trois ans et en un niveau supérieur (ESS). Dans les provinces de Trieste et de Gorizia, le slovène est la langue d'enseignement des établissements slovènes cités plus haut, ce qui n'est pas le cas dans la province d'Udine. Au cours de l'année scolaire 1993/94, les écoles de la province de Trieste comptaient 1 311 élèves (489 dans l'ESI et 829 dans l'ESS) et celles de la province de Gorizia 559 (176 dans l'ESI et 383 dans l'ESS). À ce niveau de formation également, le programme slovène est identique à celui des écoles italiennes. La seule différence réside dans l'existence d'un cours de langue et de culture slovènes dans les écoles slovènes. Le slovène n'y est pas non plus la langue d'enseignement pour la langue et la culture italiennes ni pour les autres langues étrangères. Des livres rédigés en slovène sont disponibles pour l'ensemble des matières.
Dans l'enseignement supérieur, il n'existe à notre connaissance aucun établissement dont les cours soient dispensés en slovène. Toutefois, cette langue est enseignée comme langue moderne étrangère. Durant l'année universitaire 1993/94, 180 étudiants ont appris la langue à l'aide de manuels provenant de la République de Slovénie. On a observé un léger regain d'intérêt pour la langue slovène au cours des dernières années. Jusque 1984, la reconnaissance par les universités italiennes des titres de qualification délivrés par des universités de la République de Slovénie posait certains problèmes. La plupart de ces titres sont désormais reconnus depuis 1994.
À part les initiatives mentionnées et deux séminaires pour la formation complémentaire des enseignants dans la province de Trieste, aucun établissement de ce type ne dispense ses cours en slovène.
Les enseignants, qu'ils soient de langue maternelle slovène ou non, fréquentent les cours des universités de Trieste, d'Udine et de Gorizia, dispensés en italien. Toutefois, les élèves qui souhaitent professer ultérieurement dans des écoles slovènes peuvent suivent un enseignement secondaire dans cette langue. Les provinces de Trieste et de Gorizia possèdent une institution à cet effet, le Liceo pedagogico con lingua d'insegnamento slovena. Comme nous l'avons indiqué, les diplômes délivrés par les universités de Slovénie sont reconnus en Italie. Seuls les cours des facultés de pédagogie ne l'étaient pas encore en 1994.
3.2. Autorités judiciaires
L'article 2 paragraphe 83 de la loi n° 108 du 3 avril 1974 sur la réforme du Code de procédure pénale garantit aux membres des minorités le droit d'être entendus dans leur langue maternelle ainsi que de voir leur affaire instruite et les procès-verbaux rédigés dans cette langue. La province de Trieste leur accorde également le droit d'être assignés devant les tribunaux et de se défendre dans leur propre langue.
Selon les informations des témoins privilégiés interrogés par le groupe de chercheurs d'Euromosaic, le slovène n'est utilisé facultativement que si le témoin est un usager de cette langue. Dans les autres cas, c'est l'italien qui prime. Les intéressés peuvent en principe faire appel à des traducteurs, quoique les avis des témoins privilégiés divergent à cet égard. Il est parfois difficile de faire admettre des documents en slovène.
3.3. Autorités et services publics
Bien que la Constitution italienne prévoie, comme nous l'avons dit, la protection des minorités dans ses articles 3 et 6, le statut de la langue slovène dans la vie publique des trois provinces reste extrêmement précaire. Si, dans la province de Trieste, le slovène est reconnu sans réserves sur le plan légal ainsi qu'il ressort notamment du système scolaire slovène décrit plus haut, la langue n'est toutefois pas utilisée en dehors des établissements publics purement slovénophones. Toutes les démarches entreprises pour introduire la langue slovène, ne serait-ce qu'à titre facultatif, dans les services italiens de l'administration centrale de l'État se sont heurtées à une fin de non-recevoir de la part des autorités régionales de Trieste. Les Slovènes ont uniquement le droit d'être assignés en justice et de se défendre dans leur propre langue. La situation de la province de Gorizia est comparable à celle de la province de Trieste. Quant à la province d'Udine, l'emploi du slovène devant les instances officielles y est tout simplement inexistant.
L'usage de la langue slovène dans les administrations régionales est identique à celui qui prévaut dans l'administration centrale. Le slovène n'y est pas employé, mais il n'est pas non plus formellement interdit.
Seuls les pouvoirs locaux reconnaissent l'existence du slovène et acceptent son utilisation, même si celle-ci reste marginale.
La faiblesse du slovène s'explique également par l'usage monolithique et généralisé de la langue italienne dans les services publics. Ainsi, les factures de téléphone et d'électricité ainsi que les panneaux des institutions publiques sont exclusivement rédigés en italien.
3.4. Mass médias et technologies de l'information
Pour l'attribution de subventions particulières, les films réalisés dans la langue maternelle de la minorité linguistique &endash; qui font l'objet d'une protection particulière &endash; sont expressément assimilés aux productions cinématographiques italiennes par l'article 35 de la loi n° 1213 du 4 novembre 1965.
Outre cette disposition générale, deux autres mesures légales s'appliquent aux minorités du Frioul-Vénétie-Julienne. Les articles 19 et 20 de la loi n° 103 du 14 avril 1975 relative aux nouvelles dispositions dans le domaine de la radio et de la télévision mentionnent notamment l'obligation des exploitants de stations de radio et de chaînes de télévision de diffuser des émissions en langue slovène. Par ailleurs, l'article 22 de la loi n° 416 du 5 août 1981 portant réforme du secteur de l'édition prévoit une augmentation spéciale des subventions pour l'achat de papier destiné aux quotidiens publiés entièrement ou partiellement en slovène. Cette disposition s'applique également aux journaux rédigés en français, en ladin et en allemand. Les trois maisons d'édition de langue slovène sont également un support important pour la langue. Il s'agit de la Goriska Mohorjeva druzba (Maison d'édition de la Confrérie Hermagoras), de la Zoloznistvo Mladica (Éditions Le germe) et de la Zaloznistvo trzaskega (Maison d'édition de presse de Trieste).
La situation par secteur se présente de la manière suivante:
Presse quotidienne
La minorité slovène dispose d'un quotidien (tirage mensuel : 10 000 exemplaires) dont la principale aire de diffusion est la côte. Le Primorski dnevnik paraît à Trieste, mais possède aussi des antennes de rédaction à Gorizia et à Cividale. En vertu de la loi régionale n° 23 de 1965, la région a accordé au journal une subvention d'environ 12,5 millions de lires en 1985 (1976 : environ 13 millions).
Presse hebdomadaire
Outre le quotidien indiqué, la minorité slovène dispose de trois hebdomadaires publiés dans sa langue. Gospodarstvo (L'économie) paraît à Trieste, où se trouve également le bureau de rédaction ; Katoliski glas (La voix catholique) est publié à Gorizia, mais possède des bureaux de rédaction à Gorizia et à Trieste ; Novi list (Le nouveau journal) paraît à Trieste, où se trouve son bureau de rédaction. Ces magazines bénéficient chaque année d'une subvention de quelque 14 millions de lires (1985) de la part des provinces de Gorizia et de Trieste en vertu de la loi régionale n° 23. En 1976, cette aide financière n'atteignait qu'environ 9 millions de lires.
Il convient également de mentionner les publications suivantes:
Les revues à vocation essentiellement culturelle sont:
Citons encore les revues pour la jeunesse Galeb (La mouette) et Pastircek (Le berger). En outre, la région autonome de Frioul-Vénétie-Julienne publie un bulletin en langue slovène intitulé Uradni vestnik Avtonomne dezele Furlanije-Julijske Benecije.
Radio
L'antenne slovène du studio régional de la RAI nationale (Radio TRST A = Radio Trieste A) a entamé ses émissions en 1945. Elle planifie ses activités en toute indépendance, sauf pour ce qui est des journalistes. Les heures d'émission sont les suivantes:
Jours ouvrables: de 7 h à 19 h 30
Jours fériés: de 8 h à 20 h 30
Toutes les émissions sont diffusées en langue slovène (version originale ou doublée).
Outre ce studio régional qui relève du secteur public, la commune de Trieste a une station de radio privée du nom d'Opcine (Opicina), créée en 1983. Elle diffuse 24 heures sur 24 des programmes presque exclusivement musicaux pour ses quelque 60 000 auditeurs de la région de Benecia.
Télévision
Jusqu'à présent, aucune chaîne publique ou privée ne propose un programme complet en slovène. L'Agence Alpes-Adriatique, qui a vu le jour en 1974 et qui réalise surtout des reportages en italien et en slovène sur la vie régionale, n'a rien changé à cette situation. Elle vend ses reportages à d'autres agences ou à des chaînes telles que TV Koper, RAI 3 ou la société de télévision de Ljubljana.
3.5. Production et industries culturelles
Deux organisations centrales orchestrent la vie associative slovène dans les domaines culturel et économique. La Svet slovenskih organizacij (Fédération centrale des organisations slovènes), en abrégé SSO, est plutôt à orientation catholique tandis que la Slovenska kulturno gosposdarska zveza (Association économique et culturelle slovène), en abrégé SKGZ, défend des idées plus laïques. La première est née en 1976 de la fusion de 15 associations et organisations slovènes alors que la seconde s'est constituée dès 1954. En outre, le groupe linguistique slovène reçoit un soutien scientifique important du Slovenski raziskovalni institut (Institut de recherche slovène), en abrégé SLORI, qui a été fondé à Trieste en 1974 et qui a étendu ses activités à Gorizia et au Val Canale en 1976 et 1983. Sa principale fonction est d'exposer, selon des critères scientifiques, la situation actuelle des groupes linguistiques slovènes dans les domaines suivants : enseignement, socioéconomie, démographie, élections, frontière linguistique, psychologie et statut légal. L'institut s'est également assigné la mission de traiter les problèmes empiriques et théoriques généraux afférents aux minorités.
Ci-dessous figure une liste non exhaustive d'associations et d'organisations slovènes classées par province et par orientation culturelle:
| Prov. Trieste | Prov. Gorizia | Prov. Udine | Total | ||
| 1. | Activités musicales | ||||
| Groupes de musique classique | 4 | 0 | 0 | 4 | |
| Orchestres de danse | 7 | 1 | 0 | 8 | |
| Groupes de musique des écoles | 8 | 6 | 4 | 18 | |
| Troupe de musique populaire moderne | 17 | 4 | 1 | 22 | |
| Chorales indépendantes | 23 | 8 | 1 | 32 | |
| Chorales des écoles | 17 | 22 | 5 | 44 | |
| Chorales paroissiales | 24 | 19 | 8 | 51 | |
| 2. | Théâtre | ||||
| Troupes indépendantes | 5 | 3 | 1 | 9 | |
| 3. | Mouvements de jeunesse | ||||
| Groupes paroissiaux | 5 | 4 | 0 | 9 | |
| Scouts | 20 | 12 | 0 | 32 | |
| 4. | Autres | ||||
| Musées ethnologiques slovènes | 2 | 2 | 1 | 5 | |
| Bibliothèques | 5 | 2 | 1 | 8 | |
| Organisations d'intérêt culturel général | 42 | 20 | 6 | 68 | |
| 179 | 103 | 28 | 310 |
De manière générale, les publications en slovène s'adressent directement aux membres de groupes et d'organisations. Dans un passé récent, la littérature slovène s'est surtout illustrée par les oeuvres de l'écrivain Vladimir Bartol (1903-1967), de Trieste.
Nous ne disposons malheureusement pas de chiffres précis concernant les publications actuelles. Toutefois, les quelque 80 000 ouvrages que renferme aujourd'hui la Bibliothèque nationale slovène, organisme public, donnent une idée de la quantité d'oeuvres produites par la littérature de langue slovène. Ce nombre est encore plus impressionnant quand on sait que la principale mission de cette institution consiste à recueillir des ouvrages publiés en dehors du territoire de l'État slovène.
Dans le domaine de la musique populaire et moderne, il convient de mentionner, en plus des groupes qui ont été cités, le Glasbena matica (Centre musical slovène). Cette institution, créée en 1900, se consacre à la diffusion de la musique slovène et initie les personnes qui le souhaitent. En 1988, elle a fondé une école supérieure de musique qui ne reçoit toutefois aucun soutien financier des pouvoirs publics. Au cours de l'année scolaire 1988/89, 665 étudiants ont fréquenté les 435 établissements de la province de Trieste, les 93 établissements de celle de Gorizia et les 137 établissements de celle d'Udine. En plus de ses missions pédagogiques, le Centre musical organise aussi des concerts.
En vertu des lois régionales n° 49 de 1983 (cours de musique) et n° 60 de 1965 (orchestres, chorales, groupes folks, etc.), ces groupes bénéficient de subventions de l'État italien (environ 43 millions de lires pour les provinces de Gorizia et de Trieste en 1985).
Le théâtre slovène le plus connu est le Slovensko stalno gledalisce (Théâtre slovène permanent) de Trieste, auquel a donné naissance en 1902 le Slovensko dramsko drustvo (Association dramatique slovène). Il existe également le Drustvo slovensko gledalisce (Association du théâtre slovène), placé sous la tutelle de la SKGZ. La première de ces associations a fondé le Théâtre slovène de Trieste en 1970.
En 1986, l'ensemble théâtral qui s'inscrit dans ce cadre a obtenu des subventions pour un montant de 970 millions de lires en vertu des lois régionales n° 23 de 1973 et n° 68 de 1981.
Il n'existe aucune production cinématographique en langue slovène, du moins sur le territoire italien de langue slovène.
Les activités culturelles du groupe slovène sont très diversifiées et sont autorisées par le gouvernement italien. Les principales manifestations culturelles traditionnelles sont Primo Rsrapoje et Pesem Mladim (chants pour enfants et adultes), Draga et Draga Mladim (rencontres socio-politico-culturelles), Tabor (semaines de la culture et du divertissement), Majnica (festival traditionnel de printemps), Kracka Omcet (rituel des Nozze Carsicme pendant une semaine) et DOSP (rencontres sportives et culturelles entre des écoles slovènes de Trieste et des régions voisines).
Selon l'avis des informateurs privilégiés, la politique culturelle mise en place par l'État italien pour promouvoir l'usage de la langue slovène se borne à très peu de choses. La situation est pratiquement identique au niveau régional. Certes, comme le montre l'adoption des lois précitées, la politique des autorités régionales peut être qualifiée de positive sur le plan de l'aide financière, du moins pour ce qui est de la tendance générale, mais cela ne prouve pas que les pouvoirs publics soient animés d'une réelle volonté de préserver et de promouvoir la langue slovène.
3.6. Le monde des affaires
La maîtrise de la langue slovène ne constitue pas un critère particulier pour l'obtention d'un emploi. Cette constatation doit cependant être relativisée en ce qui concerne les institutions slovènes, dont certaines ont déjà été évoquées. En plus de ces établissements semi-publics, on peut également mentionner l'existence de banques slovènes qui sont des employeurs potentiels. Il s'agit notamment de la Kmekca banka (Banque agricole de Gorizia), de la Kmekco delavasca posojilnica-Svodnje ob Soci (Caisse de crédit agricole de Savogna d'Isonzo), etc.
Mis à part quelques spots dans des émissions diffusées uniquement en slovène, les médias ne passent pratiquement aucune publicité dans cette langue.
Les informations en slovène à l'usage du consommateur n'existent qu'au niveau local. Nous ne nous étendrons pas sur celles-ci vu leur faible portée et le peu d'intérêt qu'elles présentent dès lors dans l'ensemble du contexte social.
3.7. Usage familial et social de la langue
Depuis 1950, presque tous les parents n'ont cessé d'inculquer la langue slovène à leurs enfants. Depuis cette époque, néanmoins, le nombre de personnes qui contractent des mariages endogames s'est réduit de 80 % à environ 60 % (informations fournies par les témoins privilégiés).
Selon ces témoins, on ne note aucune différence spécifique entre les sexes pour ce qui est de l'emploi de la langue. Les deux témoins privilégiés estiment par ailleurs qu'aucune connotation sociale particulière n'est attachée à l'emploi de la langue slovène.
D'après les témoins privilégiés, 40 à 50 % des Slovènes sont de religion catholique et sont encadrés par un clergé dont 80 % des membres maîtrisent la langue slovène.
Les fidèles peuvent choisir eux-mêmes la langue de la liturgie et des cérémonies religieuses telles que le baptême, le mariage ou les funérailles. Les curies archiépiscopales de Gorizia et de Trieste possèdent toutes deux un archidiacre en charge des fidèles de langue slovène.
Les avis formulés par la population slovène sur sa langue montrent qu'elle ne croit guère en l'avenir de celle-ci et qu'elle est convaincue que les enfants la parlent plus mal que la génération de leurs parents.
3.8. Echanges transfrontaliers
Les échanges transnationaux se font surtout avec la République de Slovénie. Ces échanges sont de nature amicale, familiale, mais aussi commerciale. Selon l'Institut international de sociologie de Gorizia, 10 des 14 communes dans lesquelles vivent des Slovènes sont jumelées avec des villes de Slovénie.
4. Conclusion
Selon les données les plus récentes, la minorité slovène est un groupe dynamique dont la langue n'est malheureusement pas suffisamment reconnue dans les milieux officiels. Ce constat s'applique aux provinces de Trieste et de Gorizia. Dans la province d'Udine, la situation du groupe linguistique est encore moins favorable puisqu'il n'existe tout simplement pas aux yeux des autorités officielles italiennes. Il n'est donc pas étonnant que ce soit précisément dans cette province que le nombre de locuteurs diminue rapidement. L'avenir du groupe slovène dans les deux autres provinces peut être envisagé avec un certain optimisme, en particulier en raison des échanges transnationaux avec la République de Slovénie.
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