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Le slovène en Autriche
05-02-1998 http://www.uoc.es/euromosaic/web/document/eslove/fr/i2/i2.html Research Centre of Multilingualism |
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1. Informations générales sur le groupe linguistique
1.1 Description linguistique, géographique et économique
La Carinthie bilingue occupe les vallées de Jauntal, de Rosental et de Galital. Il s’agit cependant d’une définition trop limitée. La définition légale correspond aux régions désignées par l’Ordonnance de la langue des écoles de 1945 et à la région où l’éducation linguistique de niveau primaire a été organisée de 1945 à 1958. On revendique parfois cette zone comme territoire autochtone pour les Carinthiens slovènes. Elle comprend 41 municipalités et trois autres municipalités que la législation mentionne sans l’entériner.
Au milieu du 19e siècle, le sud de la Carinthie était une région slovénophone homogène incluant la ville de Klagenfurt, centre germanophone. En Carinthie, les deux tiers de la population parlaient allemand et l’autre tiers parlait slovène. En 1880, la partie nord de Klagenfurt était germanisée tandis que le reste du territoire était resté une région compacte de 85,000 slovénophones. À la fin de l’Empire des Habsbourg en 1918, de nombreux slovénophones de la ceinture industrielle ont renoncé à leur langue. La partie inférieure des vallées de Galital, de Rosental et de Jauntal a été morcelée en régions dans lesquelles les slovénophones étaient des minorités.
Un récent sondage téléphonique de 1,000 répondants révèle qu’il y a aujourd’hui 40,000 slovénophones en Carinthie. Sur ce nombre, 14,500 ont affirmé parler la langue de façon habituelle comme nous en informait le recensement de 1991. Le Parti politique slovène a obtenu 5,000 votes et le lectorat des plus importantes publications slovènes est de 4,000. Ces résultats montrent une diminution du niveau de participation, allant de la simple compétence linguistique à un haut niveau d’activité et d’engagement, se situant quelque part entre 5,000 et 8,000. Un autre sondage, fait à partir d’estimations données par les prêtres catholiques de la région, suggère qu’ils sont aussi nombreux que 50,000 à comprendre la langue mais que 33,000 la parlent de façon assez usuelle. Les slovénophones sont concentrés au sud-est de la ligne Klagenfurt-Vilach.
En 1910, 66,463 Carinthiens parlaient slovène; la moitié seulement le parlaient encore en 1923. Ce nombre était remonté à 43,179 en 1939, pour se maintenir jusqu’en 1951. Par la suite, cette population a décliné considérablement pour atteindre les 24,911 en 1961 et les 14,850 en 1991, principalement à cause de l’émigration et de l’impact d’une identité négative sur la reproduction. Ce processus de décroissance semble avoir ralenti ces dernières années.
Jusqu’à aussi récemment que 1950, les deux tiers de la population carinthienne travaillaient dans l’agriculture et se dirigeaient vers le mouvement coopératif. La restructuration subséquente de l’économie a donné les résultats suivants: un taux relativement élevé de chômage lequel varie de façon saisonnière, une importance accrue accordée au secteur des services, et les compagnies consistent à être de plus en plus des PME avec très peu de gros employeurs. En ce moment, il y a plus ou moins 7,000 entreprises en Carinthie qui emploient environ 200,000 travailleurs. Par conséquent, l’éclatement du marché du travail a un impact significatif sur le plan linguistique.
Environ 13% de la force ouvrière est employée dans le secteur manufacturier, moins de 1.5% en agriculture, en foresterie et en pêcherie; le marché de l’information, les services sociaux et les services de la santé, les commerçants de détail, les fournisseurs d’énergie et l’administration dans le secteur des services se partagent environ 50% de l’emploi. Le taux de chômage dans la région se maintient en ce moment à 7.9% comparé au taux de 4.2% pour toute la force ouvrière autrichienne. Ceci est en partie causé par la perte d’environ 1,000 emplois depuis les récents changements dans les relations politico-économiques avec la Slovénie. La Carinthie est la région qui souffre du second taux le plus bas de croissance économique en Autriche et qui accuse également un taux très élevé d’émigration, principalement de la main d'œuvre hautement qualifiée.
Le groupe linguistique slovène est plus vieillissant que ce à quoi on pourrait s’attendre dans un contexte normatif de production/reproduction. Ce phénomène illustre bien sûr à la fois les contextes vécus du passé et les difficultés présentes. On retrouve aussi une plus grande représentation du groupe slovène dans les domaines de l’agriculture et de la foresterie, et une représentation inverse dans les emplois reliés aux services d’information, si ce n’est de la forte représentation des femmes dans les services personnels et sociaux. À Klagenfurt, la situation slovénophone/germanophone est inversée. Dans le secteur tertiaire, on y emploie trois slovénophones masculins sur quatre comparé à moins de deux non-slovénophones sur trois. La différence se remarque aussi chez les femmes mais dans une plus faible mesure. Une analyse plus poussée suggère qu’elles se concentrent ici aussi dans les services personnels et sociaux. Ceci illustre la façon dont la langue segmente le marché du travail.
1.2 Histoire générale de la région et du groupe linguistique
Le Duché indépendant de Carinthie a été fondé au 6e siècle et demeure la source symbolique d’inspiration pour l’indépendance slovène. Il a été intégré à l’Empire franc en 828 dans un processus où l’hégémonie franc-bavaroise a remplacé le pouvoir slovène. À la fin du 9e siècle, l’autonomie initiale avait disparu et la Carinthie avait été absorbée par le système féodal franc. C’est à cette époque que les premiers textes ont été publiés en slovène. En 1335, l'Empire des Habsbourg a d’abord absorbé la Carinthie et ensuite les autres principautés occupées par les Slovènes. Le territoire a été constamment le théâtre de conflits entre les Habsbourg et les Turcs.
On publiait en 1550 la première publication religieuse en langue slave, un catéchisme. La Bible a été traduite en slovène en 1584. C’est une période pendant laquelle on a tenté de promouvoir la religion luthérienne sur le territoire. Cette tentative s’est soldée par un échec et le peuple slovène est demeuré attaché à la religion catholique. C’est aussi la période pendant laquelle on a commencé à jouer les Mystères de la Passion en Slovénie.
Le progrès du rationalisme, dans le cadre de l’émergence de l’état européen moderne au 18e siècle, a amené les Slovènes à s'intéresser à la promotion "scientifique" de la culture slovène, se concentrant principalement sur la littérature. Les mouvements nationalistes avoisinants, impliquant l’action de Mazzini en Italie et celle de Kossuth en Hongrie, ont suscité beaucoup d’intérêt chez les Slovènes et ont nourri un important mouvement d’indépendance réclamant l’émergence d’un état slovène indépendant. La langue a été codifiée et standardisée comme participant du lien nécessaire entre l’effort d’alphabétisation et le rationalisme du modernisme. La corrélation entre la langue et le peuple a mené à l’argument que les Slovènes de Carinthie appartenaient au peuple slave et qu’à ce titre ils faisaient partie de la grande famille du panslavisme. C’est aussi l’époque où le premier système d’éducation intermédiaire slovène a été mis sur pied, principalement sous les auspices de l’Église catholique qui a accueilli le nationalisme slovène. À certains égards, cette période est vue comme l’"âge d’or" pendant lequel Klagenfurt est devenue le centre de la culture pour tous les Slovènes. La fondation de la Confrérie de Saint-Hemagoras a été fondamentale à cet égard. Elle a joué, à partir du milieu du 19e siècle, un rôle important dans la publication en langue slovène. Le nationalisme s’est construit autour de la culture et toute une gamme de cercles culturels ont pris naissance, organisant des activités théâtrales, des danses et des chorales. Parallèlement, la rencontre de la démocratie et du nationalisme a donné naissance à l’idée d’une relation entre l’électeur rationnel et le gouvernement qu’il a élu, ceci étant la pierre angulaire pour la construction d’un état slovène.
Sous les Habsbourg, tous les Slovènes obéissaient au même système politique. Après la Première Guerre mondiale, le Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes, qui allait devenir la Yougoslavie, a été constitué, attribuant à l’Autriche une partie du territoire habité par les Slovènes, conséquence d’une soigneuse manipulation des puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale. Immédiatement après la guerre, la Carinthie a été le théâtre d’une série de confrontations et un mouvement carinthien pour l’autodéfense a été créé. En 1920, un plébiscite a été tenu en Carinthie pour déterminer si la région slovène devait appartenir ou non à l’Autriche ou au Royaume, conséquence de l’incapacité des puissances conquérantes à arriver à une entente à la Conférence de Paris sur l’emplacement de la frontière entre les deux entités politiques. La population carinthienne a manifesté à 59% son désir de demeurer sous l’hégémonie autrichienne. Cependant les droits dont jouissaient les Slovènes sous les Habsbourg ont été réduits ou abolis et les droits issus du traité de Saint-Germain les ont remplacés.
Le germanisme émergent et le nationalisme qui y était associé consacraient ces changements. On a supprimé les noms de lieu bilingues, on a prohibé les réunions en langue slovène, et les partisans de l’union avec le Royaume lors du plébiscite ont été maltraités ou même forcés d’émigrer. Cet état de fait a donné libre cours à l’organisation adversaire, le Kartner Heimatbund ou la Ligue patriotique carinthienne, qui a pris son essor en même temps que le nationalisme nazi. La période entre 1925 et 1930 a consisté en un remarquable débat au sujet de l’autonomie culturelle basée sur un gouvernement régional. En 1922, les autorités ont interdit la réouverture de deux écoles privées de langue slovène et les écoles bilingues établies sous les Habsbourg ont été fermées. Le slovène comme langue d’enseignement était déjà aboli en 1936 et les associations politiques et économiques étaient bannies. Cependant les activités culturelles sont restées et, en 1927, il y avait 46 associations culturelles slovènes en Carinthie de même que 36 cercles culturels, 26 chorales, 11 groupes musicaux utilisant des instruments traditionnels slovènes et 14 groupes-jeunesse slovènes. Le degré d’autonomie limité qu’on a autorisé aux Slovènes pendant cette période n’allait pas sans le fait d’avoir insisté sur l’inscription en règle de tous les membres du groupe linguistique.
En 1938, l’Autriche a été annexée au troisième Reich. Les garanties du traité de Saint-Germain ont été abolies et de nombreux Slovènes ont été persécutés. Le recensement des slovénophones entrepris en 1939 révélait une population plus nombreuse que celle recensée jusque là, et a été utilisé comme moyen d’identification des gens à persécuter. Lors de l’invasion de la Yougoslavie en 1941, toutes les organisations slovènes ont été prohibées et la déportation a commencé l’année suivante. La "ligne du sang" entre les Allemands et les Slaves a été tirée. Tout usage écrit du slovène a été condamné, toutes les écoles bilingues ont été fermées, même si les professeurs connaissaient peu de slovène, toute manifestation de la culture slovène a été interdite et 13 centres culturels ont été détruits. La germanisation est devenue le thème prédominant dans les écoles maternelles.
Il n’est guère surprenant que les Slovènes aient joué un rôle actif dans la Résistance. Ils se sont impliqués en même temps dans le mouvement partisan yougoslave et ont entériné les buts du socialisme. Après la Seconde Guerre mondiale, la "ligne du sang" entre les Allemands et les Slaves a été remplacée par une barrière s’élevant contre le communisme. Les forces d’occupation britanniques sont restées dans la région jusqu’en 1955. Pendant cette période, ils ont établi une politique de "défense de l’ouest" contre le communisme. C’était en effet une prise de position contre le mouvement de la Résistance, dont plusieurs membres étaient slovénophones et avaient combattu auprès des partisans yougoslaves. Comme les nationalistes slovènes, les conservateurs et les socialistes ne voyaient pas de contradiction à joindre les rangs du mouvement partisan, et le socialisme et le catholicisme ont été tous les deux introduits dans leurs écoles. En 1945, il n’y avait qu’une seule association slovène dans la région. En dépit de la position antistalinienne de la Yougoslavie, les forces d’occupation britanniques ont accordé plus d’importance au combat contre le communisme qu’à contrer la poussée du nationalisme nazi. À cette fin, les médias ont été utilisés pour faire de l’évidente propagande, par le biais des médias slovènes, télédiffusant en slovène et publiant un journal en slovène. On refusait cependant aux nationalistes slovènes de faire la même chose. On ne permettait pas aux membres du mouvement de la Résistance d’utiliser ces médias comme base de discussion pour les affaires régionales. En réponse, la Yougoslavie a reconnu cette barrière entre les deux camps et a explicitement statué qu’elle renoncerait à tout ascendant sur la Carinthie si l’Autriche accommodait le socialisme mais qu’elle continuerait de réclamer des comptes si l’Autriche n’agissait pas en ce sens. Les slovénophones de Carinthie devenaient une fois de plus un ballon de football politique entre des idéologies diamétralement opposées. L’engagement britannique était tel que l’éditeur britannique du journal slovénophone a été relevé de ses fonctions pour s’être trop impliqué dans les affaires régionales -- il avait épousé une slovénophone. Leur ingérence dans les affaires locales fut largement responsable du morcellement du mouvement slovène en camps polarisés. Malgré l’apparente volonté de présenter un référendum sur l’affiliation des états, les forces d’occupation n’avaient pas l’intention de permettre quelque changement que ce soit dans la frontière politique de l’avant-guerre. En même temps, sous la même poussée idéologique, des écoles bilingues ont été mises sur pied dans 62 régions autorisées, un changement qui a engendré une grande résistance chez plusieurs. Le débat voulant que la Carinthie fasse partie ou non de l’Autriche ou de la Yougoslavie était rouvert. Le but des forces d’occupation était de séparer la langue d’un engagement idéologique spécifique, qu’il soit nationaliste, socialiste ou les deux. Le résultat final a été le développement de deux factions distinctes de slovénophones issues d’un mouvement originalement unifié.
Il est clair que ces événements du 20e siècle ont laissé en héritage de forts courants d’opposition entre le germanisme et le slavisme. Il est vrai qu’on les représente rarement comme tels et qu’il y a d’autres éléments qui colorent le débat. Néanmoins, il est beaucoup trop simpliste de rejeter ces interventions du discours historique et les effets qu’elles ont sur la bataille actuelle de la normativité respective des langues et des groupes linguistiques.
1.3 Le statut légal et les politiques officielles
Le groupe linguistique slovène, comme les autres groupes "ethniques" en Autriche, est sujet à la loi constitutionnelle qui dérive du traité de Saint-Germain. Trois articles de ce traité sont des plus significatifs: l’article 66 qui évoquait l’égalité des droits et qui faisait référence à l’usage de la langue en contexte, l’article 67 qui garantissait l’égalité légale et le droit de mettre sur pied des écoles privées où on peut utiliser toute langue et prêcher toute religion, l’article 68 qui offrait l’éducation primaire publique dans la langue de la minorité. Le traité garantissait également aux minorités linguistiques et aux autres minorités représentant une importante proportion de la population régionale, leur part des fonds publics pour l’éducation, la religion et la charité.
En 1955, le traité de l’état d’Autriche a été mis en application. L’article 7 stipule que les Slovènes de Carinthie ont le droit d’avoir leurs propres organisations, leurs propres journaux et leurs propres réunions en slovène. Ils ont le droit également de recevoir en slovène leur éducation primaire et un minimum d’éducation secondaire et d’avoir leur propre corps d’inspecteurs de l’éducation. En principe, le slovène doit être traité comme une langue officielle en Carinthie, des panneaux routiers bilingues peuvent être érigés et la langue doit pouvoir jouer un rôle dans les systèmes culturel, administratif et judiciaire. Les organisations antislovènes sont devenues.
L’Acte des groupes ethniques de 1976 a établi les Conseils ethniques consultatifs qui agissent à titre d’autorités consultatives et peuvent soumettre des propositions au gouvernement fédéral aussi bien qu’au gouvernement régional. Ils agissent aussi à titre d’organismes subventionnaires auprès des groupes auxquels l’Acte fait référence. Ces Conseils consistent en une représentation de 50% formée de membres nommés par l’organisation représentative du groupe ethnique et l’autre 50% consiste en représentants appartenant respectivement aux partis politiques et à l’Église pourvu qu’ils soient membres du groupe ethnique concerné. Le Conseil consultatif de la Chancellerie fédérale par conséquent est constitué de représentants de l’Église catholique, des partis politiques d’état ayant des sièges au parlement régional et des deux groupes slovènes - le ZSO et le NSKS. Sa fonction est purement consultative. La Chancellerie fédérale subventionne les activités slovènes d’une coquette somme de trois quarts de million d'ECU, ce qui est la moitié seulement du niveau de support donné par le gouvernement slovène.
2. Présence et utilisation de la langue dans différents domaines
2.1 Éducation
À l’origine, l’éducation bilingue dans la région, du temps de l’Empire austro-hongrois, devait servir à faciliter l’enseignement aux enfants dans la langue de l’état. Avant la loi de 1869, qui permettait à la population de l’Empire d’utiliser leur propre langue en éducation, l’Église était le principal pourvoyeur d’éducation et dirigeait 28 écoles, principalement de langue slovène, seulement en Carinthie du sud. En 1891, les autorités carinthiennes ont établi les écoles "utraquistiques" dans lesquelles pendant les deux premières années on y enseignait en allemand et en slovène et où, en troisième année, on offrait trois heures de cours par semaine en slovène. L’apprentissage du slovène était facultatif. En 1920, on l’enseignait seulement comme langue seconde. Quand l’Autriche a été annexée au troisième Reich en 1938, tout enseignement des langues minoritaires a été aboli. En 1945, il a été réintroduit, étant obligatoire dans 107 écoles de la région slovène, toutes les matières à l’école primaire étaient enseignées simultanément en allemand et en slovène, et tous les enfants devaient apprendre les deux langues à l’école si nulle part ailleurs. Par la suite, l’allemand est devenu la seule langue de l’enseignement et le slovène y était enseigné seulement comme matière. En 1958, suite à des pressions venant des non-slovénophones, même cette concession limitée a été révoquée et par la suite les parents ont dû prendre sur leurs épaules l’enseignement du slovène au niveau primaire. Par conséquent, 10,000 des 12,700 enfants ont abandonné l’éducation bilingue, parmi lesquels plus de la moitié étaient des slovénophones de langue maternelle. Seulement 20% des enfants de la région ont fréquenté les classes bilingues des écoles primaires. Dernièrement ce chiffre avait augmenté à 25%.
L’état n’offre pas de services en slovène d’éducation préscolaire, qui est facultative, mais offre l’éducation préscolaire en allemand aux trois paliers de gouvernement. En Carinthie, il y a cinq maternelles bilingues, la première a être mise sur pied était privée, deux autres municipalités par la suite ont exprimé l’intention de fournir ce service. Deux d’entre elles sont à Klagenfurt et les trois autres dans une ou l’autre des municipalités environnantes. Elles sont subventionnées par des ressources gouvernementales spécialement consacrées aux minorités. Cependant, face à cet encadrement limité, certains ont tenté d’établir un service indépendant de ressources. Le personnel est entraîné au niveau secondaire avancé dans une structure qui inclut un programme optionnel de cours de langue slovène.
En 1988, on a voté un amendement à l’Acte de l’Éducation, qui permet que les classes bilingues et les classes monolingues soient séparées au niveau primaire, maintenant l’accès à l’éducation bilingue pour les non-slovénophones si les parents en font le choix. Si le nombre d’enfants nécessitant ces ressources est insuffisant pour justifier des classes séparées, une classe mixte sera organisée, avec un second professeur venant en classe de 10 à 14 heures par semaine. Ceci a eu un impact profond sur l’effet de l’éducation intermédiaire slovène pour la population de Carinthie. En somme, il y a 81 écoles primaires qui, à l’intérieur de la région bilingue, fournissent le service, avec les deux écoles supplémentaires de Klagenfurt (dont une est gérée par le privé). En 1996/1997, un total de 1,427 élèves ont fréquenté des classes bilingues dans 64 de ces écoles, comprenant 25% des élèves de la région. À Klagenfurt, les deux écoles ont pris en charge 102 autres élèves. De plus, il y a eu 156 enfants qui se sont inscrits pour apprendre le slovène comme matière sans évaluation formelle.
À partir de la troisième année, une langue étrangère moderne doit faire partie du programme scolaire. En général, c’est l’anglais. Cependant dans les écoles bilingues, le slovène fait partie du programme de base. Dans ces écoles, le reste du programme durant les trois premières années est censé être enseigné également en allemand et en slovène. En pratique, on tend à y utiliser moins le slovène que l’allemand, tout dépendant des capacités de l’enfant, de l’engagement des enseignants et de l’implication des parents. En quatrième année, l’allemand devient la seule langue d’enseignement et le slovène y est enseigné comme matière seulement.
La récente augmentation de la demande pour l’éducation bilingue au niveau primaire, compte tenu de la baisse du taux des naissances, signifie que la question de l’éducation par immersion se pose. Les manuels ont tendance à être produits sur la base d’une clientèle homogène parlant couramment la langue avant de commencer. Certains ont cherché à développer du nouveau matériel pédagogique avec plus ou moins de succès.
Au niveau secondaire, il y a des ressources possibles pour les enfants âgés de 10 à 19 ans. Ceci implique que la répartition des élèves par niveau se fasse entre l’école secondaire générale qui prend en charge environ 70% des inscriptions et l'école secondaire académique qui prend en charge le reste. Alors que le système légal offre la possibilité d’une éducation secondaire générale bilingue avec le slovène comme langue d’enseignement, on enseigne en fait le slovène à titre de matière seulement, ce qui est possible si on en fait la demande, mais il faudrait que ce soit en remplacement de l’anglais là où il est offert, ou bien pour le prendre à titre de sujet optionnel additionnel. Étant donné le faible taux de participation, la tendance est d’enseigner à toutes les catégories d’étudiants ensemble, ce qui va parfois jusqu’à mettre dans la même classe des élèves d’âges différents et de niveaux scolaires différents. Seulement 298 élèves ou 5.3 % du total fréquentent de telles classes. Le passage entre l’école primaire et l’école secondaire en est pour le moins inquiétant.
Dans la filière des écoles secondaires académiques, seulement une d’entre elles, fondée en 1957, et située à Klagenfurt, donne ses cours en slovène. Depuis sa fondation, 3,000 élèves ont fréquenté l’école. En 1996/1997, 459 élèves se sont inscrits, encadrés par un total de 50 enseignants. Dans d’autres écoles secondaires académiques, il est possible de choisir le slovène comme une des matières principales, et dans la même année, 101 élèves ont choisi cette option tandis que 235 autres élèves choisissaient le slovène comme matière optionnelle additionnelle.
Encore une fois à ce niveau, il y a pénurie de matériel pédagogique adéquat. En dépit de la responsabilité légale du gouvernement de subventionner le matériel scolaire, la situation est telle qu’on utilise souvent des livres en allemand. Les éditeurs et les auteurs hésitent quelquefois à s’investir dans un marché non lucratif. Quand des manuels en slovène sont disponibles, ils sont souvent désuets à cause du relativement faible niveau de consommation. Depuis 1990, il y a une certaine coopération avec la Slovénie, mais les différences dans les programmes constituent en général une pierre d’achoppement.
La formation professionnelle en slovène est restreint à l’agriculture et à l’économie locale, mais quelques-unes des entreprises utilisant le slovène comme langue de travail, participent aux projets d’apprentissage. En 1990, un collège secondaire supérieur bilingue de commerce a été fondé à Klagenfurt offrant un enseignement après la 14e année. L’allemand et le slovène y servent tous les deux de langue d’enseignement. En 1996/1997, 143 étudiants s’y sont inscrits. Il y a aussi une école de formation professionnelle privée et bilingue, administrée par l’Église à Saint-Peter, fournissant un entraînement professionnel pour le tourisme et autres matières semblables. En 1996/1997, 126 élèves s’y sont inscrits.
Aux niveaux supérieurs d’éducation, on peut étudier le slovène comme matière dans le cadre des cours de philologie slovène à Klagenfurt, Vienne et Graz, au niveau de la formation des enseignants, et dans les programmes d’interprétation et de traduction, ces deux derniers se donnant à Graz seulement. Dans le milieu de la formation des enseignants, on se plaint quelquefois que l’expérience et la connaissance des méthodes d’enseignement en immersion sont inadéquates. D’autre part, les enseignants travaillant dans les classes bilingues doivent passer un examen spécial et prouver leur connaissance de la langue, de la culture et de la littérature aussi bien que de la didactique et de la méthodologie de la langue slovène et de l’enseignement bilingue. L’entraînement pratique se fait sur une base volontaire.
L’éducation aux adultes est laissée au secteur bénévole. À cet égard, il y a d’énormes ressources sans compter les nombreuses agences bien établies dans ce domaine. Deux organisations culturelles organisent des cours et des activités menées en slovène. Ces derniers comprennent des cours de management et des cours qui ont pour but de promouvoir les activités d’entreprises locales et régionales. Ils incluent aussi des cours de slovène pour adultes.
Les ressources pour l’éducation en slovène posent un certain nombre de difficultés:
i. Choisir de participer ou de ne pas participer: En 1958, l’éducation bilingue obligatoire est passée à une situation où l’éducation bilingue slovène-allemand doit être réclamée.
ii. L’incapacité à servir d’agence de production: La limitation des fonds versés à l’éducation de niveau maternelle, et dans certains cas la capacité restreinte des enseignants à s’adapter aux méthodes d’immersion, impliquent un niveau de réussite forcément limité chez les enfants qui ne bénéficient pas de structures mettant à profit le support familial et communautaire. Ce problème prend une certaine ampleur quand on constate que parmi les nouveaux arrivants dans les écoles bilingues, 50% n’ont aucune connaissance du slovène, 20% n’en ont qu’une connaissance passive, et seulement 30% ont le slovène comme langue maternelle.
iii. L’inaccessibilité: La concentration à Klagenfurt de l’éducation slovène au-dessus du nouveau primaire veut dire qu’il n’est pas possible pour la plupart des slovénophones d’accéder aux ressources offertes autrement qu’en y pensionnant, ce qui coûte cher et isole aussi l’enfant de la famille pour une grande partie de l’année. Cela veut dire que les parents renoncent à leurs propres écoles locales pour amener leurs enfants très loin en pension pour la semaine. Par conséquent, le droit à l’éducation n’est disponible qu’au prix de véritables sacrifices de la part des parents.
iv. L’offre et la demande: L’argument voulant que la demande ne soit pas suffisante pour mettre sur pied un système de ressources plus accessible, est souvent utilisé. Ceci empêche non seulement la recherche de possibilités de financement alternatives, mais ignore aussi le fait que la demande soit structurée par les limites de l’offre. Les parents qui inscrivent leurs enfants dès le départ dans la perspective d’une carrière éducationnelle bilingue seront obligés de faire face aux difficultés que posera le choix du type d’éducation au niveau secondaire.
Le Synode diocésain de Carinthie a parrainé un colloque sur les relations entre les groupes linguistiques en 1972, colloque qui jusqu’à un certain point est devenu la base pour les politiques subséquentes. Un des résultats a été l’établissement de l’Institut catholique carinthien d’éducation aux adultes qui a tenté de développer des activités éducationnelles comme moyen de permettre au slovène d’entrer dans la vie publique. Des cours de langue slovène y sont offerts et les documents de travail ayant rapport à l’éducation aux adultes sont traduits en slovène. Il cherche aussi à assurer que le matériel et la publicité sont disponibles dans les deux langues.
2.2 Les autorités judiciaires
Les questions se rapportant aux droits et à la capacité de les faire respecter d’une part, et la légitimation et l’institutionnalisation d’autre part posent un problème majeur. L’implantation des exigences légales au niveau local est problématique. À plusieurs endroits, l’infrastructure permettant de faire face à l’implantation de ces droits n’est pas en place. Cela veut dire que le matériel doit être traduit, menant à des délais et des désagréments. Cela veut dire finalement qu’exercer son droit exige une très grande persévérance et confiance en soi, et une volonté à toute épreuve contre la tentation de prendre la route la plus facile, celle de choisir les services en allemand. Le recours à la traduction comme solution à la demande plutôt que d’assurer la disponibilité des ressources pour y répondre vient compliquer la situation, c’est-à-dire qu’on ne fait pas vraiment d’efforts pour s’assurer que des mesures soient prises pour faire respecter les droits. Un avocat entraîné, responsable de la protection des intérêts des slovénophones, est obligé d’avoir recours à la traduction pour s’assurer que ces droits sont protégés!
Il y a une procédure d’appel qui implique le Volksgruppen Buro, établi en 1972, qui peut offrir un support légal et qui peut faire pression sur l’institution en faute. En 1990, il a été réinstitué avec un statut plus important mais pas plus de pouvoir. Un appel à la Cour constitutionnelle veut dire que le demandeur doit employer un représentant légal. Si la plainte n’a pas rapport au texte de la loi mais à la façon dont on l’applique, le demandeur peut s’adresser à l’ombudsman qui peut réclamer une enquête, mais pas davantage. Les autorités en matière de protection des droits n’ont pas de pouvoir.
2.3 Les autorités publiques et les services
Conséquemment, la relation entre la légitimation et l’institutionnalisation est faible. La solution qu’on entrevoit consiste en ce que les groupes culturels informent leurs membres de leurs droits. Elles sont aussi nombreuses que 80 les institutions gouvernementales qui doivent respecter les droits linguistiques, mais elles publicisent rarement leurs obligations. Les institutions qui utilisent publiquement le slovène sont peu nombreuses. Cependant, au niveau local, la plupart des gens connaissent bien leurs voisins, et connaissent aussi leur degré de compétence linguistique, et c’est cette information qui guide la pratique. De plus, les journaux slovènes rapportent souvent le succès des slovénophones dans certains bureaux. C’est cette connaissance plutôt que la légitimation qui structure l’institutionnalisation. Là où l’objectif de la législation et de la légitimation est d’amener des changements, il ne faudra pas s’attendre à des résultats tant qu’elles n’impliqueront pas une procédure d’implantation qui mène à l’institutionnalisation. Il ne suffit pas de concéder des droits, il faut encore qu’une structure soit mise en place pour les faire respecter.
2.4 Les médias et la technologie de l’information
Le slovène est utilisé dans les trois types de médias: la radio, la télévision et la presse, bien que la radiodiffusion soit limitée à une émission quotidienne de 50 minutes et que la télédiffusion soit limitée à une émission de 30 minutes par semaine. À certains endroits, on peut avoir accès à des émissions provenant de la Slovénie, par le biais du câble, dans les régions de Klagenfurt et de Vilach. La société de radiotélédiffusion autrichienne et le gouvernement résistent tous deux à permettre ce service à une plus grande échelle. La radiotélédiffusion via un satellite de communications, privilégiée par la Slovénie, pourra desservir la Carinthie mais des décodeurs seront nécessaires. L’audience relativement réduite pour les émissions en langue slovène en Carinthie limite les possibilités commerciales au moins jusqu’à l’intégration avec la potentielle audience slovène de Slovénie. La déréglementation de la radiotélédiffusion a amené un groupe de diffusion bilingue à soumettre des projets mais on les lui a refusés sous prétexte qu’il n’était pas suffisamment représentatif. Cette décision a été renversée en appel mais a conduit à une forte protestation dans la presse germanophone. En ce moment, une des deux stations locales voudrait diffuser en slovène mais elle a besoin de 1.2 MECU pour commencer le service. Ils sont aussi nombreux que 50,000, les auditeurs potentiels pour la radio, plusieurs étant attirés par le contenu musical. Les émissions de radio diffusent de 15 à 20 minutes de nouvelles concernant pour la plupart la minorité dans son identité, soit des magazines culturels, des informations sur les institutions slovènes, des émissions pour enfants, de la musique de même que des informations d’intérêt personnel et local.
Une émission de télévision de 30 minutes est transmise au début de l’après-midi le dimanche, pour le bénéfice de 12,000 à 14,000 téléspectateurs, nombre comparativement limité, en partie dû au temps d’antenne peu populaire. Des essais ont lieu en ce moment pour modifier et allonger le temps d’antenne, mais les solutions les plus évidentes de sous-titrage et de doublage sont trop coûteuses. Le contenu de la programmation télévisée se rapporte principalement aux problèmes de la minorité, soit la politique locale (49%), les événements locaux (5%), le sport local (10%), les affaires européennes (11%), la musique et les films culturels locaux (23%), l’éducation (2%) et les nouvelles régionales (1%). La clientèle visée, c’est la famille et tous ceux qui se préoccupent de la façon dont ils sont représentés, ce qui conditionne la nature conservatrice de la programmation.
Depuis 1960, le contenu des journaux s’est modifié pour s’intéresser aux questions de la minorité avec autant que 75% des articles s’intéressant principalement aux événements et aux activités régionales, ainsi qu’aux individus. On en remarque trois en particulier -- le Nedelja qui a paru pour la première fois en 1926, le Slovenski Vestnik qui date de 1946, étant le porte-parole du Front de libération jusqu’en 1955, avant de devenir le principal porte-parole du ZSO et le Nas Tednik contrôlé par le Conseil national des Slovènes de Carinthie depuis 1949. Les deux derniers ont un tirage de 3,000 chacun tandis que l’hebdomadaire religieux Nedelja a un tirage de 3,500. Ce dernier a commencé par être une publication strictement religieuse pour devenir un organe laïc très populaire auprès des jeunes. La plupart des gens lisent les trois.
Les autres publications comprennent un magazine de loisirs -- le Druzina in dom -- qui paraît tous les mois avec un tirage d’environ 1,500 et un magazine trimestriel d’intérêts intellectuels divers -- le Celevoski zvon --, qui a un tirage de 1,200. Les deux sont publiés par la maison d’édition Hermagoras à Klagenfurt, dont les activités couvrent un collège étudiant, une école élémentaire privée, une librairie et d’autres initiatives culturelles.
On publie environ 60 livres en slovène chaque année en Carinthie, pour lesquels un montant estimé de 120,000 copies sont vendues. La moitié d’entre elles sont publiées par le Hermagoras Verlag, consistant principalement en livres d’écoles et en livres pour enfants. La maison d’édition a un magasin à Ljublijana pour lancer ses livres sur le marché et aussi un arrangement avec d’autres points de vente à Trieste. Elle tire parti de la popularité de la télévision autrichienne en Slovénie pour produire et vendre son matériel dans ce pays. Le financement pour plusieurs de ces activités vient du gouvernement autrichien ou du gouvernement slovène. Ce dernier finance trois ouvrages pour Hermagoras seulement, tandis que l’état autrichien prend en charge les livres scolaires. Par contre, ces derniers doivent durer 10 ans, ce qui veut dire qu’ils risquent de devenir désuets en regard des changements pédagogiques et des changements dans les programmes. On en imprime 300 annuellement pour le Volkschule et 50 par année pour le Gymnasium. Pour les livres plus généraux, le maximum des ventes est de l’ordre de 5,000 copies. Il y a une quantité limitée de production musicale au niveau commercial avec un espoir de ventes pour les CD de 2,000 copies chacun.
2.5 Les arts
Les activités culturelles s’alignent étroitement sur les activités politiques ou communautaires -- voir ci-dessous.
2.6 Le monde des affaires
Il y a, depuis 1872, un réseau étendu de banques et de coopératives de crédit et de produits jouant un rôle capital pour le groupe linguistique slovène. C’est la plus vieille institution coopérative de crédit en Autriche. Originellement, elle appartenait à la grande région slovène, mais après l’établissement de la frontière en 1920, elle s’est développée séparément quand la partie sud s’est modifiée en fonction des différents systèmes politiques qui ont émergé. Elle a maintenant 30 succursales dans le sud de la Carinthie, un actif de 6 milliards de schillings (c. 430 MECU), un fonds de roulement de 300 millions (c. 21 MECU). Elle opère à trois niveaux: au niveau local où les sept banques Posojilnika et leurs dix-sept succursales chevauchent avec les activités des coopératives et des magasins, au niveau régional avec le centre bancaire de Klagenfurt, la banque Zveza, et aux niveaux national et international par l’adhésion au Groupe Raiffeisen basé à Vienne. L’institution bancaire chapeaute sept coopératives de crédit et leurs 17 succursales, six coopératives de produits et leurs huit succursales et une coopérative d’élevage. L’institution bancaire elle-même a été fondée en 1921 après l’établissement de la nouvelle frontière. Elle a ses principales activités commerciales dans la région bilingue de Carinthie, en Slovénie, en Croatie et dans le nord de l’Italie.
Les marchés Zadruga, ou coopératives de produits, offrent un éventail de produits de grande qualité à leurs membres. Ils sont partis de la production agricole pour inclure des magasins à rayons offrant un large éventail de produits: ateliers techniques, ventes de machinerie agricole et produits agricoles locaux. La réorganisation du secteur slovène des produits a commencé en 1992 et s’est terminée en 1995. Le système bancaire offre maintenant des prêts aux entrepreneurs slovènes contre des garanties de la banque slovène. Dans certaines régions frontalières, l’affaiblissement de la frontière signifie que les Slovènes sont intégrés dans les coopératives locales. En tant qu’institutions slovénophones, elles sont avantagées par rapport à leurs compétiteurs.
La structure bancaire appartient au groupe linguistique et emploie ses membres. Le slovène est la langue de travail pour environ 300 employés tandis que la banque utilise la langue que ses clients veulent parler. Ses activités à plusieurs niveaux servent de puissante force d’intégration tout en ayant un effet multiplicateur au-delà des activités directes. Elle parraine les activités culturelles et sportives slovénophones et est extrêmement importante pour l’intégration du groupe dans l’activité économique, tout en garantissant la solvabilité et la sécurité économique aux membres qui l’utilisent. Comme nous l’expliquerons ci-dessous, c’est aussi important en ce qui a trait au prestige de la langue.
Le Slovenska Gospodarska Zveza, rattaché à cette structure bancaire, est une entreprise de développement communautaire établie en 1988. Il s’agit d’une organisation de 200 membres, non-politique et à but non lucratif. Elle représente plus de 70 compagnies qui emploient en tout 2,000 personnes. Tous les membres doivent être slovénophones mais les non-slovénophones peuvent aider l’entreprise et à leur tour offrir leurs services, peu importe la langue. Elle permet de promouvoir les compagnies du groupe slovénophone dans le milieu régional des affaires, aide ses membres à obtenir des subventions, développe la création d’entreprises par le biais de la langue slovène, offre un entraînement dans les affaires et dans le management en slovène, fournit de l’information sur les investissements et diffuse la documentation commerciale dans la langue. Elle aide aussi à mettre sur pied des compagnies et à mettre en réseau les compagnies existantes. À cet égard, elle veut servir d’intermédiaire entre la région et la Slovénie.
Le prestige de la langue est assez élevé en ce qui a trait au groupe linguistique. Cependant, on doit évaluer la situation en fonction de deux contextes. Le fait qu’il pourrait bien y avoir un excédent de 4,000 emplois demandant le slovène comme qualification est d’un impact considérable pour une population de 40,000 locuteurs parmi lesquels 16,000 pourraient être sans emploi. D’autre part, il s’agit d’un trop petit nombre pour avoir un effet significatif sur le fractionnement du marché régional de l’emploi au point où cela aurait un grand impact, positif ou négatif, sur les non-slovénophones. C’est une chose de discuter des marchés locaux du travail et de leur fractionnement, mais cela a beaucoup moins d’importance si des structures telles que celles de l’éducation qui supportent l’activité du marché du travail sont organisées au niveau régional. Peu importe ce prestige, si on tient compte de l’intégration économique relativement fermée du groupe, cela veut dire que la sécurité de l’individu et le potentiel de la mobilité sociale sont étroitement reliés à la langue.
2.7 La langue utilisée en contexte familial et social
On ne peut formuler des affirmations générales sur l’usage linguistique qu’à partir des témoignages disponibles. Il y a un contingent d’activistes qui maintiennent l’usage linguistique autour d’une structure tout à fait cohérente et institutionnalisée d’agences. Il y a aussi une masse de peut-être 35,000 locuteurs n’ayant pas le même engagement et chez qui le niveau de compétence varie considérablement. D’autre part, il est aussi évident que la préjudiciable identité négative prend du recul et que le prestige de la langue grandit et avec lui la reconnaissance de la valeur de la langue.
À l’intérieur du groupe central, le slovène reste la langue de la famille. Dans la communauté, il y a une grande différence d’un endroit à l’autre. La possibilité d’utiliser le slovène demeure mais Il y a une obligation décroissante pour les non-slovénophones d’apprendre la langue pour être intégrés dans les affaires de village, c’est-à-dire que la communauté perd de sa capacité de production. Néanmoins des institutions spécifiques restent alignées sur la langue et restent le point de ralliement de toute activité interactive communautaire.
Ceci indique que l’exogamie linguistique augmente à cause du haut taux d’émigration, du faible taux d’usage de la langue dans la famille associé avec l’identité négative du passé et de son effet sur la reproduction. L’immigration quant à elle semble provenir aussi de l’exogamie linguistique, impliquant des partenaires de l’extérieur, ce qui constitue la moitié des mariages dans la région. Dans certains cas, le partenaire slovénophone utilisera la langue dans le cadre familial alors que ce n’était pas le cas dans la génération précédente.
La distinction entre culture et politique est souvent embrouillée. Le Slowenischer Kulturverband (SPZ) est un mouvement culturel populaire qui a une représentation élue à l’office consultatif de la Chancellerie fédérale et qui tend à être perçu comme l’aile culturelle du Zentralverband slowenischer Organisationen in Kartnen (ZSO). Le Christlicher Kulturverband (KKZ) par contre tend à être associé avec le mouvement politique Rat der Kartner Slowenen (NSKS). La différence entre le SPZ et le KKZ vient du climat politique qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale. Le ZSO a été fondé sous les auspices du gouvernement communiste de Yougoslavie et avec son support, tandis que le NSKS est l’héritier de la très forte tradition catholique carinthienne. Ces dernières années, cette polarisation idéologique a diminué en partie parce que la question de savoir si l’Autriche fait partie ou non de la nation allemande a été mise en veilleuse. L’alliance entre l’Autriche et l’Allemagne immédiatement avant la Seconde Guerre mondiale a mené au renforcement de la perception des Slovènes comme déviants de la norme aryenne, ce qui mena à la déportation des Slovènes et à la prohibition de leurs institutions. Le ZSO s’est rapproché du Parti social démocrate autrichien mais a des membres qui ont des liens avec le Parti Vert. Le NSKS a supporté l’idée d’une voix autonome pour les Slovènes carinthiens, tout en établissant des liens avec des partis d’extrême droite du spectre politique. À cet égard, l’opposition dépend des différents nationalismes, un s’alignant avec le nationalisme d’état, et l’autre avec le nationalisme autonome.
Le SPZ et le KKZ supportent tous les deux les activités culturelles au niveau local. Le KKZ reconnaît le besoin de la communauté de jouer un rôle de reproduction à un moment où la famille joue de moins en moins ce rôle, tandis que le SPZ met l’emphase sur la représentation et la promotion politiques. Les deux font pression pour améliorer les services éducationnels pour la production et la reproduction de la langue et clament que, sans une structure spécifique de support au niveau de la communauté, la production devient une impossibilité. La polarisation décline mais elle tend à être institutionnalisée aux niveaux de la famille et de la communauté. Les deux encadrent des activités similaires au niveau du village -- le théâtre, les chorales, les spectacles de marionnettes, etc. Ces groupes locaux fonctionnent indépendamment du KKZ, lequel s’implique seulement s’il y est invité. Le KKZ organise des échanges avec la Slovénie, incluant les écoles d’été.
L’Association sportive slovène (SSZ) est une organisation qui chapeaute 21 différents clubs de sport: le plus important d’entre eux est l’équipe de soccer, qui connaît assez de succès -- le Slowenische Athletikklub situé à Klagenfurt, et les clubs de Zahomec, de Dob et de St. Janz.
Ceux qui militent en faveur d’une tribune politique uniforme au nom du groupe linguistique s’organisent dans le cadre de ce qu’on appelle la "Liste de l’unité" qui en 1991 a obtenu 50 sièges au niveau local avec un total de 5,074 votes. Ils tentent d’obtenir une représentation similaire par vote stratégique dans les chambres de commerce locales. Au niveau régional, ils ne sont pas assez nombreux pour espérer une représentation.
À plusieurs égards, on peut dire que le nationalisme slovène était une création de l’Église catholique. On estime qu’environ le quart de la population catholique de la Carinthie du sud (estimée à 95%) fréquente l’église hebdomadairement mais la laïcisation progresse. La Carinthie consiste en un seul diocèse avec les responsabilités pastorales qui lui incombent. En dehors de la Carinthie du sud, l’influence allemande se fait sentir fortement mais recule au profit de la langue slovène dans le sud, en partie à cause de l’importance de l’Église dans cette région, au point où la langue et la religion sont étroitement interreliées. D’autre part, dans le cadre de la hiérarchie ecclésiastique, l’accession aux positions de niveau supérieur a évincé les candidats slovénophones. À l’intérieur de la structure ecclésiastique générale, l’évêché jouit d’une certaine autonomie en ce qui concerne les slovénophones, y permettant une structure parallèle très libre. Alors qu’en surface l’Église prêche le thème de la ‘cohabitation pacifique’ entre les deux groupes linguistiques, il est évident qu’il y a un certain militantisme chez les deux groupes à l’intérieur de l’Église. Dans environ 80% des paroisses, l’allemand et le slovène cohabitent dans toutes les activités tandis que chez les autres 20%, on a tendance à séparer les deux langues. Il y a une hésitation à exclure le slovène de la pratique religieuse et on a tendance à aller vers le bilinguisme.
Le chant, avec ses chorales où les participants appartiennent à tous les groupes d’âge, est une activité de base organisée par l’Église. Les activités théâtrales sont aussi importantes. Ces activités de même que d’autres correspondent aussi à l'œuvre culturelle du SPZ. Les activités de ce dernier s’étendent à l’éducation formelle où ils assument la responsabilité de l’enseignement de la religion. Leur politique est d’insister sur le fait que les professeurs compétents doivent avoir une connaissance de l’histoire et des relations interculturelles et que tous les professeurs devraient être en mesure d’enseigner les prières et les chants en slovène. Pour les prêtres œuvrant dans le sud de la Carinthie, le slovène est plus qu’un phénomène régional et s’intègre au large contexte slovène en tant qu’aire culturelle qui a sa propre culture littéraire et sa propre tradition s’exprimant à travers la langue slovène. Les prêtres encouragent activement les liens avec le groupe slovénophone italien.
2.8 Les échanges transnationaux
Il y a un contact étroit entre la Slovénie et le peuple slovène de Carinthie, des liens qui se sont établis par le biais du bureau des relations étrangères situé à Ljubljana. Ces liens sont de plus en plus réorientés sur Vienne. Il y a en fait des liens culturels établis de longue date entre les deux populations et les activités culturelles continuent de converger dans le sens de la tradition.
Il y a une implication grandissante de ce qu’on appelle l’Alpe-Adria, une région qui comprend six états: l’Autriche, l’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Bavière et la Hongrie. On y inclut les Slovènes d’Italie qui ont des liens étroits basés sur des échanges culturels, surtout par le biais de l’Église, avec le groupe linguistique. Il y a des liens plus larges dans cette perspective, des liens qui, à certains moments, amènent les slovénophones de Carinthie aussi bien que les non-slovénophones ensemble dans une interaction transrégionale. Il y a aussi eu une considérable émigration de la région vers les États-Unis, dont la population slovène de Cleveland en Ohio. Ces relations tendent à être plutôt d’ordre informel et familial.
3. Conclusion
Les Slovènes d’Autriche sont un peuple relativement petit sur le plan numérique, bénéficiant d'une forte structure institutionnelle. Les membres du groupe interagissent dans le cadre de réseaux sociaux serrés, dont le haut degré de multiplexité est en rapport avec une structure institutionnelle et organisationnelle hautement pertinente, dans des contextes économiques et culturels offrant un haut prestige au groupe linguistique.
On remarque une tendance grandissante vers l’exogamie linguistique et le besoin de produire la langue plutôt que de la reproduire. En dépit de son niveau élevé, la légitimation n’est toutefois pas transférée à l’institutionnalisation. Elle n’opère pas non plus dans le sens d’une production garantie. En conséquence, le groupe est dans une position vulnérable. Il jouit d’une assez forte structure de support reliée au contexte de reproduction, mais il fait face à un contexte rapide de restructuration dérivant de l’identité négative rapidement renversée, et est incapable de générer les structures de support nécessaires pour assurer un processus de production efficace.
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