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Le finnois (de Tornedalen) en Suède
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1. Informations générales sur la communauté linguistique
1.1 Description linguistique, géographique et économique
La région bilingue de Tornedalen se situe dans la partie la plus septentrionale de la Suède, dans la province de Norrbotten (270,000 habitants). On parle le finnois de Tornedalen dans cinq communes situées dans la partie la plus au nord de cette province où l´on trouve approximativement 25,000 à 35,000 personnes, soit 35% de la population, qui le parlent. À Luleå, la capitale du comté, où vit un pourcentage élevé de Tornedaliens, de 10,000 à 15,000 personnes utilisent le finnois de Tornedalen ou bien le finnois standard dans leur vie quotidienne. De plus, on dénombre quelques 5,000 à 10,000 personnes qui parlent cette langue dans le reste de la Suède. Le finnois de Tornedalen est donc la langue quotidienne de 40,000 à 60,000 personnes. Ajoutons 10 à 25,000 personnes qui le comprennent. Depuis le recensement de 1930, on ne s´est livré à aucune sorte de dénombrement officiel des locuteurs des diverses langues que l´on parle en Suède. Les villes principales de cette région sont Haparanda, Övertornea, Kalix, Kiruna, Gällivare et Pajala.
Actuellement, on parle surtout le finnois de Tornedalen dans les petits villages. Cette zone linguistique ne cesse de diminuer, à l´exception des villages frontaliers où les mariages mixtes -- où l´un des deux époux vient de Finlande (il s´agit principalement de la femme) -- sont monnaie courante (à peu près le tiers des unions). La population majoritaire de moins de 30 à 35 ans présente une compétence linguistique faible du finnois de Tornedalen, tandis qu'il prédomine chez les personnes âgées. Il existe d´importantes différences entre les dialectes de l´Ouest et de l´Est alors que les dialectes du Nord et du Sud se ressemblent beaucoup. On note un léger écart entre le standard local parlé et écrit.
Mentionnons qu´entre 1900 et 1930, et plus tard dans les années 50 et 60, nombreux fennophones (environ 20%) ont changé légalement de patronyme pour des noms de famille suédois inventés. La raison officielle invoquée rendait compte de la difficulté que les suécophones éprouvaient à prononcer et à transcrire correctement les noms finnois. Cependant, selon des experts, les Tornedaliens tenaient à s´assimiler de façon délibérée à l´ensemble de la société suédoise et à s´identifier en tant que Suédois à part entière.
Généralement parlant, on note de grandes différences entre le nord de la Suède et la Finlande: alors qu´en Suède la population est dispersée, de l´autre côté de la frontière se trouvent de grands centres urbains comme Rovaniemi et Oulu, dotés d´universités et d´une vie culturelle dynamique et animée.
Le taux de chômage élevé à Tornedalen et dans la province de Norrbotten dans son ensemble (plus de 25%) ainsi que l´absence d´emplois réguliers laissent supposer que l´ascension sociale est liée à une maîtrise excellente du suédois ou à l´exil vers la Norvège (dont l´économie connaît une croissance rapide grâce à l´industrie pétrolifère). Luleå et Kiruna sont les deux seules villes où l´on embauche dans les usines. Les principaux employeurs sont dans le secteur public. L´industrie minière autour de Kiruna est également importante.
D´autres chiffres en rapport avec la situation socio-économique s´avèrent être pires, à la fois dans la province de Norrbotten et dans la région de Tornedalen, que ceux de la moyenne nationale: les dépenses publiques en matière de chômage, les congés de maladie, les pensions de préretraite, les allocations versées aux familles, le taux de criminalité et de violence, le taux de mortalité liée à l´abus d´alcool, le taux de maladies reliées à l'usage des drogues, l´espérance de vie, etc.
On peut affirmer que les régions de Tornedalen et de Norrbotten se situent à la périphérie du développement économique suédois et qu´elles dépendent fortement des subventions sociales de l'état. Les gens de Tornedalen même vivent une situation socioéconomique plus précaire que ceux qui habitent les localités avoisinantes de Norrbotten. Ils dépendent davantage que les autres du bien-être social. Dès les années 30, on notait une migration importante des jeunes femmes qui partaient de Tornedalen pour se rendre dans le centre et le sud de la Suède à la recherche d´un emploi (comme femmes de ménages, employées de maison, etc.)
L´émigration vers les régions méridionales de la Suède était et demeure toujours une pratique courante à Tornedalen. Vers la fin des années 60, près du tiers de la population de cette zone affirmait vouloir émigrer. Parmi la tranche d´âge des 15-29 ans, de ceux qui possédaient le mieux le suédois, 68% avaient l´intention de déménager, tandis que 53% de ceux qui possédaient le mieux le finnois voulaient faire la même chose. Jusqu´à la fin des années 70, cela correspondait au schéma dominant, mais aujourd´hui, à la fois les suécophones et les fennophones cherchent à émigrer vers les centres urbains du sud de la Suède. En outre, le niveau de scolarisation est en corrélation avec le désir de vouloir déménager: de nos jours, ce sont les gens qualifiés (hommes et femmes confondus) qui tendent à aller vers les régions méridionales de la Suède où ils sont plus souvent en mesure de trouver un emploi convenable qui corresponde à leur formation. Les gens moins qualifiés ont tendance à rester derrière. Par exemple, les communes de Pajala et d´Överkalix présentent le taux le plus élevé d´habitants à Norrbotten qui n´ont fréquenté que l´école primaire.
L´agriculture de Tornedalen (l´activité la plus répandue dans la région et ce même jusque dans les années 70, tout comme l´industrie minière et l'industrie forestière) a changé de façon radicale après la Seconde Guerre mondiale: les petites fermes ont laissé la place à de plus grandes où se concentrent les activités agricoles (20 à 40 têtes de bétail). Les dernières petites fermes ont disparu dans les années 70 à cause des emplois que l´industrie forestière offrait aux jeunes gens (bien que cela ne soit plus le cas). De plus, il existe des tensions entre les Samis et les Suédois/Finnois en ce qui concerne le droit à la terre, la chasse et la pêche.
On remarque une sorte d´économie "souterraine" étant donné que les salaires sont moins élevés que dans les autres régions et que le niveau de vie est plus élevé grâce à un système d´échange de services. Nombreux sont ceux qui éprouvent de la fierté à "être des escrocs". Dans une certaine mesure, on peut dire qu´il existe une pauvreté économique et non pas matérielle.
À Kiruna, un centre de recherche spatiale est actuellement en train d´étendre ses activités. Dans certaines localités, l´exploitation forestière est l'activité privée principale (avec l'exploitation agricole). Depuis quelques années, on assiste au développement de petites entreprises privées (l´informatique, la télématique, le tourisme), même si l´industrie touristique et l´entreprenariat en sont à leurs balbutiements comparativement aux autres régions.
1.2 Histoire générale de la région et de la langue
Les fennophones du nord de la Suède habitent la vallée du fleuve Torne depuis des siècles. Les Finnois qui venaient de l´ouest et de l´est de la Finlande ont colonisé cette région à compter des XIe et XIIe siècles. Jusqu´en 1809, le Tornedal constituait un système économique et culturel cohérent.
Au lendemain de la guerre russo-suédoise (1808-1809), un traité de paix a été signé à Hamina en 1809, instaurant la nouvelle frontière qui allait désormais séparer la Finlande (cédée maintenant à la Russie) de la Suède. Les Russes tenaient à ce que la frontière longe le fleuve Kalix tandis que les Suédois voulaient la situer plus à l´est. La délimitation que les Russes proposaient aurait préservé l´homogénéité de la zone tout en ayant pour conséquence de faire d'une partie des suécophones vivant dans la vallée du fleuve Kalix des citoyens de l'Empire russe. On est arrivé finalement à un compromis de façon à établir la nouvelle frontière le long du fleuve Torne, la moitié de la population (les fennophones) se retrouvant ainsi en territoire russe.
D´après le recensement de 1860, le nombre de Finnois de la région de Norrbotten était de 13,739 (ce qui représentait environ 90% de l´ensemble de la population finnoise de Suède). Le dernier recensement datant de 1930 faisait état de 32,736 Finnois.
Au cours du XXe siècle, et ce, jusque dans les années 60 et 70, la situation politique et économique a forcé les fennophones à quitter la région. Le développement économique de la Finlande, parallèlement à la crise économique suédoise, a établi un équilibre entre les deux pays pendant les années 80 et 90.
Les fennophones de Suède n´apprécient généralement pas le fait d´être considérés comme des Finnois parce que ces derniers étaient traditionnellement perçus en Suède comme des immigrants arriérés. De plus, les Tornedaliens pensent que leur langue (appelée meän kieli, "notre langue") ne s´apparente pas au "vrai" finnois. Les différences entre le finnois de Tornedalen et le finnois standard demeurent un sujet à controverse. Ceci est dû non seulement au prestige et à l´identité (beaucoup de locuteurs du finnois standard se considèrent avant tout Finnois, alors que les gens de Tornedalen se sentent Suédois), mais également aux luttes politiques et économiques. Une proposition récente d´un comité gouvernemental a proposé d'octroyer au finnois (y compris celui de Tornedalen) le statut de langue minoritaire officielle, ce qui a déclenché un vent de protestation puisque plusieurs Tornedaliens souhaitent que leur langue bénéficie d´un statut spécial.
Avant la Seconde Guerre mondiale, il existait des entreprises et des officiers fennophones dans l´armée suédoise. Depuis 1994-1995, on offre des cours de finnois à l´Académie militaire de Suède: 50% de ceux qui choisissent d´étudier le finnois viennent de Tornedalen.
1.3 Statut légal et politiques officielles
Au cours du XIXe siècle, la politique linguistique suédoise était dirigée contre le finnois de façon à éviter l´influence russe dans cette zone, dans la mesure où la Finlande faisait partie de l´Empire russe. Il existait une politique linguistique générale à l´intérieur de l´ensemble de la structure politique (l´idéologie latente de la pénétration du suédois dans tous les domaines). Cela a généré une attitude négative à l'égard des Finnois. On n´accordait pas au finnois un rôle significatif dans la société : il n´y avait aucun panneau en finnois dans les rues, aucun toponyme finnois, etc. Même si l´utilisation du finnois n'était pas encouragée officiellement ni interdite dans la conversation, en pratique, une certaine discrimination sévissait dans les écoles (à côté des noms de famille fennophones qui figuraient sur les listes de présences, on inscrivait un F; on infligeait des punitions à ceux qui parlaient finnois en classe ou dans la cour de récréation) jusqu´en 1957, date à laquelle le Ministère de l´Éducation suédois a retiré la réglementation locale non-officielle interdisant l'utilisation du finnois.
Dans les principes fondamentaux de la Constitution suédoise, on stipule que: "Des mesures devraient être prises pour promouvoir les occasions, pour les minorités ethniques, linguistiques et religieuses, de préserver et de développer leur propre vie culturelle et sociale". En conséquence, on a promu le finnois, c'est-à-dire qu'on l´enseigne à l´école par exemple; on a donc reconnu son existence. Cependant, le finnois n´a pas obtenu de statut officiel en Suède, si ce n´est celui d'une langue d´immigrants. Les fennophones ne peuvent pas s'adresser à l´administration dans leur langue.
Néanmoins, un comité gouvernemental s´est penché sur deux sections et a publié le 7 janvier 1998 un rapport dont les propositions concernant les possibilités de la Suède de ratifier la Convention du Conseil européen sur les langues régionales ou minoritaires ainsi que la Convention cadre du Conseil européen en matière de protection des minorités. Il semble y avoir une demande sociale en faveur de cette reconnaissance parmi les groupes linguistiques minoritaires. On propose que le finnois (y compris le finnois de Tornedalen) obtienne le statut officiel de langue minoritaire et que les Finnois de Suède et les Tornedaliens deviennent un groupe minoritaire officiel (au même titre que les Samis, les Romanis et les Juifs). Ceci n´est pas sans donner lieu à quelques conflits dans la vallée du Torne parce qu´on n´a pas octroyé au finnois de Tornedalen le statut de langue autre que le finnois standard. Le gouvernement suédois a déclaré que tous les changements dans la situation actuelle devraient représenter peu de dépenses; il est hors de question d´augmenter le budget général. Ces restrictions engendrent des polémiques, étant donné qu'elles laissent plusieurs revendications des organismes représentant les minorités sans soutien légal. Toutefois, il se pourrait que le Parlement rejette le rapport, même si cela n´est guère probable.
2. Présence et utilisation de la langue dans différents domaines
2.1 L'enseignement
Même si le finnois de Tornedalen et le Sami sont les langues premières de cette zone, on a interdit le finnois dans les écoles populaires et primaires à partir de la dernière décennie du XIXe siècle jusqu´aux années 70. En 1842, on a introduit la scolarité obligatoire dans chaque paroisse de la région. La première école a été établie à Tornedalen en 1854 où on n´y enseignait que le suédois, douze ans après la promulgation de la loi suédoise sur l'éducation primaire obligatoire. Plus tard, le système d'éducation suédois est devenu bilingue. Il n´existait aucune réglementation gouvernementale imposant l'usage exclusif du suédois comme langue dans l´enseignement; cela s'est fait plutôt par le biais de recommandations locales et régionales que les parents ont appuyé, pensant que le suédois était plus utile à l´ascension sociale. Par conséquent, peu de Tornedaliens ont été alphabétisés dans leur langue maternelle et la langue reste essentiellement une langue parlée.
En 1888, on a accepté la création d´écoles publiques soutenues par l´état à la condition que la langue d´enseignement soit le suédois. Même à Haparanda, la ville principale de la région, les écoles bilingues sont devenues monolingues. Une petite partie du clergé désirait poursuivre l´enseignement du finnois même si l´évêque de Luleå était un membre actif du comité de "suédisation" du système scolaire. Les pensionnats ont été un outil essentiel dans ce processus, d'autant plus que les élèves qui venaient des zones rurales (la plupart d´entre eux étaient fennophones), ne pouvaient pas, bien souvent, rentrer chez eux le week-end (en raison des conditions climatiques).
En 1921, on a publié un rapport officiel qui rendait compte de l´utilité de l'enseignement du finnois dans la région de Torneladen. Le ministre suédois de l´éducation, à la fin des années 20, était en faveur de l´enseignement du finnois, lequel a été rendu possible à l'aide de cours de finnois donnés une fois les matières obligatoires enseignées. Le nombre de personnes qui ont pris part à ces programmes a augmenté au fil des années 30, 40 et 50. À cette époque-là, les filles parlaient davantage (et plus souvent) le suédois que les garçons en dehors de la classe. Elles ont été les premières à changer de langue.
Pendant l´année scolaire 1969-1970, les cours de langue maternelle facultatifs (deux heures par semaine) ont débuté dans les écoles suédoises régulières. On a dû échanger ces deux heures aux dépens de deux heures d´autres matières. Dans les années 70, l´enseignement se faisait en finnois standard (quelques 700 élèves étaient inscrits dans ces cours). Dans les années 80, quand le finnois de Tornedalen a été introduit dans les classes, le nombre d´élèves qui étudiaient le finnois à l´école primaire a atteint le chiffre de 2000, alors qu´on percevait l´enseignement du finnois standard comme étranger et éloigné de la langue locale. Quelques problèmes ont surgi entre ceux qui défendaient l´emploi du finnois de Tornedalen à l´école et ceux qui préféraient qu´on introduise le finnois standard. On a résolu ces différends en respectant le choix de la majorité qui préférait utiliser le finnois local.
À Haparanda, on emploie le finnois comme langue d´enseignement dans une seule école primaire. C´est une matière obligatoire dans deux autres écoles primaires de une à trois heures par semaine. Toutes les autres écoles offrent le finnois seulement comme cours facultatif de "langue du foyer".
Si l´on s´en tient aux chiffres, environ 1,400 élèves de l´enseignement primaire (approximativement 35% de tous les élèves) ont des cours de finnois "langue du foyer" de une à deux heures par semaine. Il y a aussi quelques cours de finnois dans les collèges populaires résidentiels spéciaux qu'on appelle Folkhögskola.
On peut également apprendre le finnois de Tornedalen à l´école secondaire technique de Luleå, à l'aide de cours par correspondance ainsi qu´au département de finnois de l´Université de Stockholm.
La production de matériel pédagogique a commencé dans les années 80 dans le dialecte local (la majeure partie du texte étant en suédois, avec quelques passages en finnois standard et en finnois régional) de façon à fournir des idées didactiques aux enseignants. La langue utilisée dans ces textes est le dialecte central du finnois de Tornedalen, basé sur les ouvrages de William Snell (auteur de nouvelles et de romans). Le premier manuel scolaire Meänkieltä (comportant des textes finnois en provenance de Finlande et de Suède) a paru en 1986. Un prix littéraire a lancé l´entreprise (le premier prix a été publié séparément). Le développement de matériel scolaire s'est fait à partir d´entrevues de personnes âgées, du rassemblement d´anciens textes, de contes, etc. Des linguistes finnois de l´Université de Tampere ont approuvé et soutenu ce projet. On a donné des stages d'été de formation pour les enseignants de finnois à Luleå et à Rovaniemi, lesquels ont disparu aujourd´hui.
La publication de textes folkloriques finnois (à la fois en finnois de Tornedalen et en finnois standard) a constitué une autre initiative qui, par le biais de la radiodiffusion, avait pour but de faire connaître au grand public la situation locale.
2.2 Les autorités judiciaires
L´emploi du finnois fait figure d´absent dans les tribunaux. On met des services d´interprétariat à la disposition des immigrants finnois et des Nordiques qui ne possèdent pas la nationalité suédoise, mais pas aux Tornedaliens suédois (même si ces services sont disponibles pour les Tornedaliens finnois). Le Comité des langues minoritaires suggère que dans les cinq municipalités où on parle le finnois de Tornedalen, les locuteurs de cette langue devraient avoir le droit de l´utiliser oralement dans les tribunaux.
2.3 Les autorités et les services publics
Les autorités publiques n´emploient pas souvent le finnois. En ce qui concerne le gouvernement central, ce dernier l´utilise dans les services sociaux de quelques grandes villes et on publie des renseignements en finnois en guise d´aide aux immigrants arrivés depuis peu. Pour ce qui est du gouvernement local, il est important de mentionner qu´une motion du Conseil municipal de Haparanda, rédigée en finnois, propose que toutes les réunions du conseil municipal se fassent dans les deux langues, ce qui a causé quelques émois, puisque toutes les réunions des conseils municipaux de la région ont lieu en suédois, y compris dans les villes où le finnois de Tornedalen est fort répandu. Cependant, on utilise la langue lors des pauses et des conversations, jamais dans des situations formelles.
Les sitesWeb de quelques municipalités sont bilingues, bien qu´ils n´utilisent que le finnois standard et non pas celui de Tornedalen. Ce dernier est employé maintenant de manière plus ouverte par certains fonctionnaires, dans leurs contacts avec la population. Toutefois, il n´a jamais reçu officiellement le titre de langue officielle. Ni campagne d'information ni publication de documentation ne se font en finnois de Tornedalen, et très peu de renseignements existent en finnois standard.
Une bonne maîtrise du finnois n´est pas requise pour un poste d´enseignant ou celui d´un fonctionnaire dans la région, toutefois, on alloue une somme d´argent à celles et à ceux en poste dans la région de Tornedalen.
2.4 Les médias et la technologie de l'information
On publie deux hebdomadaires entièrement en finnois. Le Haparanda bladet /Haaparannanlehti est l´unique journal bilingue de la Suède (deux numéros par semaine, auparavant il y en avait trois), avec 4,000 à 5,000 lecteurs dans la région (la population de Haparanda est approximativement de 9,000 habitants). Environ le tiers du journal est rédigé en finnois standard et une moitié de page en finnois de Tornedalen. Les pages en finnois sont la traduction des nouvelles en suédois (lesquelles datent de deux à trois jours) alors que la page en finnois de Tornedalen présente le "coin du folklore". Le journal se consacre aux nouvelles de la région de Tornedalen.
Les immigrants finnois lisent surtout un journal de Finlande, disponible dans cette région, du nom de Pohjolan Sanomat, et qui traite de sujets finlandais.
Un magazine édité par le STR-T, le MET-aviisi ("met" signifiant "nous" en finnois local), publie quatre numéros par an, le tout principalement rédigé en finnois régional. On peut se le procurer en s´y abonnant ou bien en l´achetant dans un kiosque à journaux.
La radio d´état suédoise diffuse quelques heures par semaine en finnois de Tornedalen. Il n´existe aucune émission de télévision bien que les habitants de la région reçoivent la télévision finlandaise. Le soutien financier global de la part des autorités locales, régionales et nationales pour la promotion du Finnois de Tornedalen est d´environ 350,000 ECU par année, y compris les dépenses de la station de radio locale, sans toutefois inclure les dépenses reliées à l'enseignement de "la langue du foyer".
2.5 Les arts
En 1992, on a publié le premier dictionnaire finnois de Tornedalen / suédois de Finlande. Il ne prétend pas à une quelconque norme et se penche sur la phraséologie. Récemment, la première grammaire de finnois de Tornedalen a vu le jour. On a publié une trentaine de livres en finnois de Tornedalen, surtout de la poésie, des psaumes, quelques romans, des nouvelles et quelques livres pour enfants. Les évangiles selon Saint-Marc et selon Saint-Jean ont été traduits du suédois en finnois régional (les deux autres doivent paraître en 1998).
Le Conseil culturel de Norrbotten a prouvé son intérêt à la question linguistique en publiant des brochures bilingues (destinées aux Suédois et aux Finnois de Finlande) expliquant les objectifs et les initiatives des fennophones de la Suède. Ce genre d´attitude est plutôt inhabituel, bien que depuis les dernières années, elles aient été plus fréquentes : au début des années 80, un mouvement de reviviscence a vu le jour grâce à la fondation de l´Association suédoise de Tornedalen la STR-T (Svenska Tornedalingars Riksförbund-Tornionlaaksolaiset) qui a pour tâche la publication de livres, l´organisation d´activités se rapportant à la promotion de la langue ainsi que la mise sur pied de campagnes de conscientisation.
L´Académie Tornedaliensis (Meän Akateemi) est une autre organisation qui opère à la fois en tant qu´académie populaire et université d´été.
2.6 Le monde des affaires
On a rapporté que les personnes qui ont un accent finnois éprouvent des difficultés à se trouver un emploi (à la fois les Tornedaliens et les Finnois suédois) puisqu´on requiert la maîtrise parfaite du suédois en tout temps. Il semble que le statut socioéconomique des fennophones soit perçu comme sensiblement inférieur à celui des autres groupes de la classe ouvrière (même si l´écart diminue). À l´intérieur de la population fennophone, les Tornedaliens sont au bas de l´échelle. En affaires, ils utiliseront leur langue si tout le monde la parle, passant au suédois si quelqu´un ne la parle pas. Plus la situation est officielle, moins on parle le finnois de Tornedalen. Les employeurs de la région ne valorisent pas expressément la compétence du finnois, sauf dans l´industrie touristique et dans quelques magasins et entreprises le long de la frontière. Cependant, la langue est assez souvent utilisée, même si elle n´est pas appuyée officiellement et que les entreprises ne possèdent aucune politique linguistique. On peut donc entendre le finnois de Tornedalen, dépendant de chaque cas, dans les banques, les boutiques, les restaurants, etc., si les vendeurs le parlent et que les clients l´utilisent. On rencontre fréquemment ce genre de situation, étant donné qu´un grand nombre de personnes qui travaillent le long de la frontière le parlent.
2.7 L'utilisation de la langue dans un contexte familial et social
Tous les experts s´accordent pour dire qu´un grand écart sépare la compétence langagière de la vieille génération et de la plus jeune: les personnes âgées peuvent parler la langue sans pouvoir l´écrire tandis que les plus jeunes sont capables de la parler, de la lire, de l´écrire, même s´ils ne l´utilisent pas autant que le font les plus âgés.
Au cours des années 50 et 60, la transmission de la langue s'est détériorée: les parents étaient bilingues et leurs enfants sont devenus monolingues suédois. Cette baisse de la transmission et de l´utilisation du finnois dans Tornedalen incombe à la baisse de population et à l´influence des médias à travers le pays. L´église locale a joué un rôle d´une importance non négligeable dans la conservation de la langue: les sermons et les messes ont continué à se dire en finnois. Les membres du clergé suédois (les Suédois et les Finnois) étaient les seuls représentants officiels à parler le finnois. L´église suédoise et sa section fennophone ont toujours payé un certain montant aux ministres et employés bilingues qui officiaient dans la région de Tornedalen.
Dans les années 60, le suédois est devenu la langue de la plupart des jeunes foyers. Aujourd´hui, seulement une minorité de parents de la classe moyenne scolarisée (les enseignants, les journalistes et les travailleurs sociaux) parlent en finnois à leurs enfants. On n´utilise spontanément le finnois pour s´adresser aux étrangers que dans les petits villages. On l´emploie en famille, entre amis. Le bilinguisme n´est pas bien perçu (à la fois chez les Suédois et les Finnois).
Les Tornedaliens ont la ferme conviction d´être différents du reste des Finnois et des Suédois ; ils défendent ce qui leur est propre, même si cela les éloigne des autres cultures. En général, les Tornedaliens suédois n´aiment pas qu´on les associe aux Finnois, même pas aux Tornedaliens finnois, à cause des stigmates qui persistent concernant les Finnois de Suède : une attitude anti-finnoise vivace est enracinée chez certains Tornedaliens suédois. Pour ces derniers, la défense de leur identité passe donc par une affirmation de leur appartenance suédoise.
2.8 Les échanges transnationaux
Il existe une initiative intéressante de coopération trans-frontalière entre les villes de Haparanda et de Tornio (en Finlande) qui essaie de renforcer l´identité régionale à travers l´implantation d´une administration locale commune (les conseils municipaux associés pour régler les problèmes communs), même si l´on a pleinement conscience des frontières nationales (il semble que cela soit plus affirmé en Finlande étant donné le besoin qu´on y ressent de renforcer l´identité nationale, depuis l´indépendance).
Le discours officiel des autorités locales en ce qui concerne la coopération trans-frontalière (l´implantation d´infrastructures et d´institutions communes) est en forte contradiction avec la volonté des gens et ce, pour des raisons historiques et culturelles (surtout chez les jeunes). 25% de la population de Haparanda est finnoise, ce qui cause des conflits entre ces derniers et la population locale (même avec les fennophones).
3. Conclusion
On associe généralement le finnois à un statut peu élevé (culturellement, socialement et économiquement) tandis que le suédois bénéficie d´un certain prestige. De plus, environ la moitié de la population n´est pas en faveur du bilinguisme, l'associant à une histoire négative et alléguant que cela dessert les locuteurs.
Le principal problème pour la survie du finnois, c´est qu´il n´existe aucune harmonie entre l´environnement culturel et l´utilisation des langues. On ne trouve aucune raison pratique de l´apprendre, ni même de motivation. L´idée qui ressort est que seul le suédois est utile à l´obtention d´un emploi et aux études. Les plus jeunes envisagent leur avenir de façon plus globale, ainsi la plupart d´entre eux ne se montrent-ils aucunement intéressés à parler ou à étudier le finnois. En outre, il est communément admis parmi les Tornedaliens que leur langue (appelée meän kieli, "notre langue") n´est pas le "vrai finnois" en raison des différences qu´il présente par rapport au finnois standard (celui qu'on appelle le "finnois de Finlande").
Tous les experts s´entendent pour dire que la faible diminution du finnois s´accélérera dans les années à venir ; toutefois, ils demeurent confiants quant à la survie de la langue à cause du statut officiel qui lui sera conféré l´année prochaine ainsi qu´à cause de l´afflux constant de nouveaux immigrants fennophones en Suède.
©Euromosaic