Le franco-provençal en Italie
xx-xx-xxxx
http://www.uoc.es/euromosaic/web/document/francoprovencal/fr/i1/i1.html
Research Centre of Multilingualism
English version
Le franco-provençal en Italie
  1. Introduction à la langue
  2. La langue dans le pays où elle est parlée
    1. Données générales sur la communauté linguistique
    2. Description géographique, démographique et linguistique
    3. Histoire générale de la région et de la langue
    4. Statut juridique et politique officielle
  3. Présence et usage de la langue par domaines
    1. Enseignement
    2. Autorités judiciaires
    3. Autorités et services publics
    4. Masse média et technologies de l'information
    5. Production et industries culturelles
    6. Le monde des affaires
    7. Usage familial et social de la langue
    8. Echanges transfrontaliers
  4. Conclusion


1. Introduction à la langue

Cette rubrique ne contient pas de données pour cette langue.

[Retour au sommaire]


2. La langue dans le pays où elle est parlée

Cette rubrique ne contient pas de données pour cette langue.

[Retour au sommaire]


2.1. Données générales sur la Communauté linguistique

Cette rubrique ne contient pas de données pour cette langue.

[Retour au sommaire]


2.2. Description géographique, démographique et linguistique

Le franco-provençal est parlé dans trois régions d'Italie : dans le Val d'Aoste (3 260 km2), dans certaines vallées alpines de la province de Turin dans le Piémont (Val Sangone, Valle di Susa, Valle Cenischia, Valle di Viù; Valle di Ala, Val Grande, Valle di Locana, Valle di Piantonetto, Val Soana), et dans deux communes de la province de Foggia dans les Pouilles, à savoir Celle San Vito et Faeto. Selon des études effectuées à la suite du recensement de 1981, c'est dans le Val d'Aoste, que l'on retrouve le plus grand nombre de locuteurs, environ 68 000, et ensuite dans la province de Turin, environ 22 000. Selon son estimation la plus récente, il y aurait aujourd'hui environ 50 000 personnes qui possèderaient une connaissance de la langue, dont environ 20 000 qui l'emploieraient encore sur une base quotidienne. Enfin, dans les Pouilles, on retrouve environ 1 400 locuteurs du franco-provençal. C'est par ailleurs, dans le Val d'Aoste, où il est le plus parlé, que le franco-provençal jouit d'une certaine forme de support institutionnel, grâce au statut d'autonomie de la région. Le bilinguisme italien-français y est privilégié pour les fonctions administratives de la région, dans les médias et dans les écoles. La langue française y est parlée traditionnellement par environ un millier de personnes appartenant à la bourgeoisie.

[Retour au sommaire]


2.3. Histoire générale de la région et de la langue

Le franco-provençal, aussi appelé patois ou nosta moda, est une variété gallo-romaine du néolatin pour laquelle on retrouve des attestations aussi anciennes qu'au XIIIe siècle. Il y est parlé au côté d'autres langues, tel l'italien et le français en Val d'Aoste, en plus du parler alémanique de type suisse-valaisan (environ 1 000 locuteurs à Gressoney-La-Trinité, Gressoney-Saint-Jean et Issime), ou l'italien et le piémontais dans la province de Turin. On se concentrera dans cette fiche sur le franco-provençal parlé dans ces deux régions, sa situation dans les Pouilles ne pouvant être traitée ici de façon aussi systématique.

L'histoire linguistique commune aux deux régions remonte à l'époque de la romanisation de l'Italie celtique. A cette époque, la population celte parlait la même langue malgré la division administrative en diverses provinciae. Des évolutions linguistiques différentes sont apparues en relation avec le déplacement des frontières, comme par exemple dans les villages de Bardonèche et de Modane, le premier, qui est aujourd'hui italien, appartint à la France jusqu'en 1713 (Traité d'Utrecht), tandis que le second, qui est aujourd'hui français, appartint au Duché de Savoie jusqu'à sa passation à la France en 1861.

La région en entier comptait environ 187 799 habitants en 1971, répartis sur environ 127 communes, le Val d'Aoste comptant 108 892 citoyens et la province de Turin 78 907. La population active était de 71 461 personnes, dont 10 490 occupaient un emploi dans le secteur de l'agriculture, tandis que 60 971 personnes occupaient un emploi dans les secteurs de l'industrie et des services, c'est-à-dire six fois plus que dans l'agriculture. Le Val d'Aoste a connu une croissance de sa population de 94 890 en 1951 à environ 115 00 en 1991, pendant que la province de Turin connaissait au contraire un déclin de 86 531 à 78 907 pour la même période.

Dans la province de Turin, 16 des 53 communes ont une densité de la population inférieure à 25 habitants par kilomètre carré. Le nombre de communes comptant moins de 500 habitants a doublé au cours des dernières années, ce qui peut s'expliquer par la fermeture de plusieurs usines. La densité de la population a décru dans 38 des 53 communes, avec une baisse extrême à Ingria, où la population a décliné de 71,16%. En revanche, on observe une croissance constante de la population dans le Val d'Aoste, en particulier dans les villages avoisinant les centres industriels et commerciaux. Les villages au dessus de 1200 mètres doivent la croissance de leur population en grande partie au développement du tourisme. Environ 30% de la population du Val d'Aoste est née en dehors du territoire, une immigration qui est également due à la création d'industries nouvelles. La langue des nouveaux arrivés est généralement l'italien. Mais hormis ces explications démolinguistiques, liées entre autres aux mouvements de la population, les différences entre les deux régions est surtout attribuable au statut d'autonomie du Val d'Aoste. Si les locuteurs du franco-provençal forment une majorité dans le Val d'Aoste, il ne s'agit que de 30% de la population dans la province de Turin.

Les différents modes de développement des régions du Val d'Aoste et de la province de Turin s'expliquent par l'histoire récente : encore jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, ces deux régions ne se différenciaient que très peu l'une de l'autre, celles-ci étant alors soumises à des problèmes agricoles et économiques similaires. Après la Seconde Guerre mondiale, le Val d'Aoste obtint son autonomie et put, par conséquent, gérer lui-même la promotion du tourisme, du commerce et de l'industrie. Dans le Piémont, au contraire, les difficultés se maintinrent, ce qui se répercuta dans la pauvreté culturelle et économique.

L'éclatement de la communauté linguistique est à l'origine du dépérissement de la langue, tant en ce qui concerne son usage que ses fonctions. Toutefois, la communauté défend ses intérêts à l'aide de différents groupes non officiels fondés sur une base volontaire comme le "Centre d'études franco-provençales René Willien" ou l'Associazione di studi e di ricerche francoprovenzali. Certaines de ces initiatives contribuent efficacement à accroître la fierté des Valdotains, tel la création de plusieurs troupes de théâtre en dialecte, inspirées par le Charaban d'Aoste, ou l'établissement de plusieurs bibliothèques et la tenue annuelle du "Concours Cerlogne". L'ensemble de ces actions sont réalisées grâce à des initiatives privées, sans soutien de la part de l'Union européenne.

En ce qui concerne le français, cette langue existe sous des formes variées au Val d'Aoste et au Piémont dans les vallées de Germanasca, Chisone et Pellice, mais on la considère en recul. Au Piémont, il s'agit d'une variété apparentée au français helvétique, qui est marquée fortement par des traits archaïques et qui montre des particularités lexicales et phonétiques en raison de l'isolement géographique. Elle est influencée fortement par le dialecte local et par l'italien. La raison pour laquelle le français s'est maintenu dans ces régions est en partie de type religieuse : depuis le dix-septième siècle le français a servi de langue officielle dans l'église. C'est pourquoi ce sont surtout des personnes âgées qui connaissent encore le français aujourd'hui. Sur une population totale de 42 500 habitants, environ 10 à 12% connaissent le français.

Contrairement au franco-provençal, le statut du français est protégé dans le Val d'Aoste en particulier par les articles 38, 39 et 40 du Statut spécial. L'article 38 place le français et l'italien sur un pied d'égalité, excepté dans le domaine juridique. L'article 39 prévoit un partage des horaires pour l'enseignement bilingue en italien et en français, qui est spécifié à l'article 40. Conformément à cet article, l'enseignement en français doit être adapté aux besoins locaux. Comme il manque certaines précisions dans cette loi concernant la mise en place de l'enseignement bilingue, il en résulte que seulement quelques contenus sont donnés en français et que les heures prévues pour l'enseignement de la langue ne sont pas utilisées pour l'enseignement dans la langue.

[Retour au sommaire]


2.4. Statut juridique et politique officielle

Le franco-provençal est relativement protégé grâce au statut d'autonomie du Val d'Aoste de 1979, tandis qu'il ne jouit d'aucune protection dans la province de Turin.

La population est généralement de l'opinion que le gouvernement est conscient dans une certaine mesure que le franco-provençal contribue à la richesse culturelle du pays, mais qu'il n'exerce aucune influence, de façon intentionnelle par un soutien politique, ou par des accommodements techniques comme la division des unités administratives. En général, on considère que l'Etat ne fournit aucun soutien et ne propose pas non plus de mesures incitatives. Quant à l'administration régionale du Val d'Aoste, après une première période au cours de laquelle une orientation presque exclusive vers le français a dominé, l'administration régionale favorise aujourd'hui une certaine conscience envers l'individualité et les particularités linguistiques du franco-provençal.

Il a été question au cours des dernières années d'adopter une loi au Parlement italien visant à protéger les langues minoritaires, la Legge per la tutela delle minoranze linguistiche in Italia. Toutefois ce projet de loi a été abandonné en raison de la dissolution du Parlement.

[Retour au sommaire]


3. Présence et usage du franco-provençal par domaine

3.1. Enseignement

Dans le Val d'Aoste, le franco-provençal fait déjà partie de la formation scolaire, tandis que dans les autres vallées, on ne peut en dire autant. En ce qui concerne l'enseignement de la culture et de l'histoire de la langue, certains thèmes peuvent être abordés dans les écoles lorsque l'enseignant le désire, mais alors en complément aux programmes scolaires existants. Il n'existe par ailleurs aucun organisme d'inspection pour la langue franco-provençale.

Le franco-provençal est absent de l'éducation préscolaire. En revanche, il est offert en option dans centaines écoles primaires. A l'instar des autres dialectes, le franco-provençal n'est pas vraiment intégré dans les écoles primaires, sinon dans le cadre des recherches scolaires sur la tradition culturelle (la viticulture, la cuisine traditionnelle, la toponymie).

Dans l'enseignement secondaire, le franco-provençal n'apparaît aucunement et on peut constater un déclin dans son emploi dans les écoles.

Il n'existe pas d'universités dans l'aire linguistique franco-provençale.

Il n'existe pas de formation linguistique pour les adultes en franco-provençal.

Les enseignants ne connaissent la langue et la culture que dans la mesure où ils proviennent eux-mêmes de l'aire linguistique ou qu'ils s'y intéressent personnellement. Dans le Val d'Aoste, des stages sont offerts annuellement par l'Assessorato Regionale alla Cultura e all'Educazione.

[Retour au sommaire]


3.2. Autorités judiciaires

Une version des lois est disponible occasionnellement en franco-provençal. Devant la cour, le franco-provençal n'est jamais employé. Cependant, des traductions à l'aide d'interprètes sont parfois disponibles et les témoignages en franco-provençal sont autorisés à la condition d'être accompagnés d'une traduction.

[Retour au sommaire]


3.3. Autorités et services publics

Le franco-provençal n'est pas utilisé dans l'administration centrale. Il n'est pas utilisé non plus par l'administration régionale du Piémont. En revanche, on l'utilise au Val d'Aoste de façon non officielle dans les rapports entre les organes d'administration régionale et les citoyens. Quant aux organes de l'administration locale, on ne l'utilise que lors des conversations informelles.

L'administration n'est pas intéressée à instaurer l'usage du franco-provençal dans le domaine des services. Lorsque des citoyens formulent des demandes en franco-provençal, celles-ci demeurent souvent sans réponse. Par ailleurs, lorsque le franco-provençal est utilisé dans le domaine des services, cela donne souvent lieu à des malentendus. Notre correspondant considère que le soutien de l'administration à l'égard du franco-provençal est à toute fin pratique nul. Les documents et formulaires sont rarement émis en deux langues. De surcroît, ils sont souvent incompréhensibles même pour les italophones, du fait qu'ils sont rédigés en "bureaucratais".

On retrouve des indications bilingues dans les hôpitaux en italien et en français; par contre, dans tous les autres services, c'est l'unilinguisme italien qui domine, qu'il s'agisse du bottin de téléphone, de la facturation du téléphone ou de l'électricité, ou des indications au bureau de poste ou au commissariat de police.

Dans les services publics et para-publics, on a très peu recours au franco-provençal dans les communications entre les institutions et les citoyens. Ceci s'explique en partie par le grand nombre d'étrangers et de touristes, avec lesquels il n'est pas possible de se servir du franco-provençal. Si l'on peut utiliser cette langue dans le Val d'Aoste sans pour autant faire l'objet de dévalorisation, l'alternative la plus fréquente consiste tout de même à avoir recours au français. Dans le Piémont, au contraire, la dépendance envers le gouvernement italien ne laisse pas d'autre option possible que d'utiliser l'italien.

Les noms de lieux ne sont pas utilisés correctement dans les usages officiels. Quant aux noms de personnes, l'administration permet dans une certaine mesure l'utilisation de prénoms, bien que plus ou moins volontiers lorsqu'il s'agit de prénoms franco-provençaux.

En matière d'affichage et de signalisation, dans le Piémont on ne retrouve que l'italien, tandis que dans le Val d'Aoste, on trouve des indications bilingues italien-français, que ce soit dans les bureaux du conseil communal, sur les panneaux routiers, sur les affiches publiques ou dans les commerces à vocation touristique. Quant à l'étiquetage des produits, celui-ci se fait généralement en italien, bien que l'usage du franco-provençal ne soit pas interdit comme tel. Selon notre correspondant, le bilinguisme italien-français se développe aux dépends du franco-provençal. Les médias exercent une pression sur la population en opposant des valeurs étatiques par rapport aux valeurs locales et des valeurs modernes, tel le succès, la richesse ou l'individualisme par rapport aux valeurs plus traditionnelles.

[Retour au sommaire]


3.4. Mass médias et technologies de l'information

Le franco-provençal n'est pas autorisé dans les médias, hormis son usage à la radio et à la télévision.

Presse quotidienne

Il n'existe pas de quotidiens en langue franco-provençale.

Périodiques

Les principaux périodiques sont: Le peuple Valdôtain, La ville d'Aoste et Rassemblement valdôtain, qui appartiennent à des mouvements politiques locaux. Un périodique trimestriel intitulé La Vallado publie parfois des articles concernant le franco-provençal.

Radio

La station italienne RAI émet environ 15 minutes par jour, au demeurant dans une langue davantage française que franco-provençale. En général, des émissions en franco-provençal sont émises de façon sporadique sur les ondes publiques, les radios privées n'étant pas intéressées à en faire autant pour des raisons purement économiques, vu la faible audience.

Télévision

L'émetteur RAI 3 diffuse environ 15 minutes par jour, en demeurant dans une langue davantage française que franco-provençale. Il ne semble pas y avoir de tendance actuellement vers une plus grande intégration du franco-provençal. Les quinze minutes de diffusion en franco-provençal par la RAI 3 ne posent aucun problème de compréhension sur le plan linguistique.

Informatique

Le franco-provençal ne peut être utilisé sur ordinateur, car les variétés locales des phonèmes ne correspondent pas aux claviers disponibles.

[Retour au sommaire]


3.5. Production et industries culturelles

Le Centre d'études franco-provençales a publié quelques douzaines de recueils de poésie en franco-provençal, en plus de quelques oeuvres en prose faisant suite aux recherches en milieu scolaire. Il existe également une grammaire et un dictionnaire : la Première grammaire des patois valdôtains de Cerlogne parue en 1907, tout comme son Dictionnaire de J.B.C., en plus du grand Vocabulaire des patois valdôtains de Chenal et Vautherin de 1962-1982 et leur Vocabulaire bilingue français-patois de 1984.

Il n'existe pas de groupes franco-provençaux pour ce qui est de la musique populaire ou moderne. De même, on ne peut pas répertorier de productions cinématographiques que l'on puisse qualifier de franco-provençales. Par contre, il existe un nombre de plus en plus grand de troupes de théâtre qui se produisent en franco-provençal, dont le plus connu est le Charaban d'Aoste.

Dans le Val d'Aoste, le Concours Cerlogne est considéré comme un événement culturel. Il s'agit d'une forme de compétition scolaire organisée dans la région une fois par an. Il inclut une exposition des travaux des élèves, élaborés tout au long de l'année, des projets de recherche scolaires dans les domaines de l'environnement, de la technique et de la culture locale. D'autres activités sont coordonnées, par ailleurs, par le Centre d'études franco-provençales, qui a été fondé il y a plus d'une vingtaine d'années et dont le siège se trouve à Saint-Nicholas et à Aoste. En général, l'intérêt de la population pour de telles activités culturelles prend de l'ampleur et l'emploi du patois tend à s'accroître sensiblement en relation avec la participation à ces événements. Les fêtes du patron du village représentent des occasions de se rencontrer entre patoisants.

Dans les autres vallées, la situation est tout à fait différente. Les quelques enquêtes sur la culture et les locuteurs résultent de l'engagement personnel, mais elles demeurent sans grand succès faute de soutien scientifique et technique. Comme l'administration des zones gallo-romaines coïncide souvent avec les zones linguistiques du piémontais, la sensibilité pour les différences linguistiques et culturelles est atténuée.

Concernant la politique culturelle, le fait qu'il existe peu de personnes au sein du gouvernement qui connaissent les traditions et les coutumes ancestrales, les événements culturels n'obtiennent que très peu de soutien.

Dans la région du Val d'Aoste, le gouvernement régional est actif en matière de recherche dans la mesure où il a pris en charge la création et la direction du "Bureau régional pour la linguistique et l'ethnographie". Dans la région du Piémont, mentionnons le financement des recherches scientifiques entourant l'Atlante linguistico ed etnografico del Piemonte Occidentale (ALEPO).

[Retour au sommaire]


3.6. Le monde des affaires

Il n'est pas nécessaire de connaître le franco-provençal pour obtenir un emploi. Dans le domaine de la publicité, il n'est pas utilisé. Dans le domaine du tourisme, on associe le franco-provençal avec l'authenticité et le caractère typique.

[Retour au sommaire]


3.7. Usage familial et social de la langue

Le franco-provençal n'est pas du tout utilisé entre les parents et leurs enfants, alors qu'il l'était encore dans les années cinquante dans les zones rurales. A la fin des années quarante, on enseignait encore le patois au sein de la famille; entre les années quarante et soixante celui-ci était remplacé par le piémontais ou gallo-italique, et depuis les années soixante, c'est l'italien seulement qui les remplaça.

Les jeunes qui nouent des relations entre eux se servent de l'italien à cette fin. Quant aux mariages mixtes, ceux-ci représentent une proportion d'environ 50%.

Il ne semble pas exister aujourd'hui de différences entre les sexes dans l'emploi du franco-provençal. Dans le passé par contre, plus précisément dans les années cinquante, les jeunes femmes avaient tendance à utiliser le patois, tandis que les jeunes hommes se servaient davantage du piémontais en raison de leurs activités professionnelles.

Les attitudes envers les locuteurs du franco-provençal sont toujours empreintes de dévalorisation et ceux-ci sont souvent considérés comme rétrogrades.

Environ 25% des locuteurs de franco-provençal fréquentent l'église sur une base régulière. Cependant, il n'y a qu'environ 1% des prêtres qui sont en mesure de parler le franco-provençal et il est extrêmement rare qu'une messe soit chantée en franco-provençal. Il n'existe par ailleurs aucun ouvrage religieux en traduction franco-provençale.

La plupart des locuteurs considèrent que leur langue sera pratiquement disparue d'ici une génération. La connaissance de leur langue leur semble peu utile pour l'avenir, un jugement qui vaut aussi bien pour ceux qui parlent la langue que pour ceux qui ne la connaissent pas. La conscience linguistique est si peu développée dans certains cas, que certains locuteurs du franco-provençal croient utiliser le piémontais.

Quant aux jeunes gens, ceux-ci l'utilisent très peu, car ils se trouvent en minorité face aux langues les plus en vogue. Par contre, dans quelques régions rurales, les jeunes de 15 à 20 ans ont appris la langue en tant que code d'initiés.

[Retour au sommaire]


3.8. Echanges transfrontaliers

Une occasion de se rencontrer existe pour ceux qui parlent le franco-provençal lors des "Fêtes du patois" en Savoie et en Suisse. Des activités de l'état en matière d'échanges linguistiques ne donnent lieu à aucune décision consensuelle. De telles décisions proviennent davantage des administrations locales que de la part du gouvernement.

[Retour au sommaire]


4. Conclusion

Le franco-provençal ne jouit pas d'un statut assurant sa protection en Italie. Il faut d'abord établir une distinction entre sa situation au Piémont où les institutions relèvent du gouvernement central et où la langue franco-provençale est à toutes fins pratiques ignorée, et sa situation dans le Val d'Aoste, où des institutions régionales disposent de pouvoirs spéciaux servant à assurer la protection de la minorité linguistique. Paradoxalement, le Statut spécial du Val d'Aoste qui permet le bilinguisme italien-français, en privilégiant la variété standard du français, ne laisse au franco-provençal que la place congrue des usages non officiels, et des initiatives informelles. Si le bilinguisme italien-français y a augmenté quelque peu, cela s'est produit aux dépends de la diglossie avec le franco-provençal.

[Retour au sommaire]

©Euromosaic