L'irlandais au Royaume-Uni
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Research Centre of Wales
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L'irlandais au Royaume-Uni

1. Informations générales sur le groupe linguistique

1.1 Description linguistique, géographique et économique

L'Irlande du Nord est formée de six comtés du nord de l'Irlande, une des deux grandes îles de l'archipel britannique. Ces six comtés appartiennent au Royaume-Uni. Pour des raisons que nous expliquerons plus tard dans ce rapport, l'Irlande du Nord est en butte à différentes revendications politiques et cette situation litigieuse affecte énormément la question linguistique irlandaise.

1.2 Histoire générale de la région et du groupe linguistique

On pense généralement que les premiers à parler la langue celtique dans l'archipel étaient des nomades venus de l'est qui ont occupé les îles Britanniques à la fin de l'âge du bronze, à peu près à la même époque que les Celtes sont arrivés dans la péninsule ibérique, environ à la fin du IIe millénaire av. J.-C. Ils auraient remplacé les artisans des monuments mégalithiques qu'on trouve le long de la côte atlantique. On croit que de telles migrations se seraient poursuivies jusqu'à l'occupation romaine. Il n'y a aucun témoignage qui établisse un lien entre les vestiges culturels et la langue.

L'influence des Romains sur l'île a été limitée. Le christianisme a atteint l'Irlande au Ve siècle et des documents historiques sont disponibles pour cette période. Les grands monastères irlandais, qui étaient des centres d'apprentissage et de culture, ont joué un rôle fondamental. Après 800 de notre ère, les Vikings et les Normands ont envahi l'Irlande, mais le système politique du pays n'a pas subi de réforme --le royaume d'Angleterre a été établi-- jusqu'à ce que la monarchie des Tudor commence à mener sa campagne d'anglicanisation au XVIe siècle et au début du XVIIe.

L'histoire de la langue en Irlande est étroitement liée à l'interaction politique, sociale et économique entre l'Île et l'Angleterre. Jusqu'au XVIe siècle, l'irlandais était la seule ou la principale langue parlée en Irlande, la monarchie anglaise n'ayant encore mis qu'un pied timide dans l'Est. Les changements politiques imposés au XVIe siècle par les Tudor ont eu des effets profonds et durables sur la distribution spatiale et sociale des deux langues. Après l'expropriation de l'aristocratie irlandaise, un grand nombre d'Anglais et d'Écossais, à qui souvent on donnait des terres, ont formé une nouvelle classe de propriétaires. Des colonies de plantation (dont les plus grandes ont été fondées à Derry en 1608) ont été établies, et la population autochtone est devenue la classe prolétaire.

Lors de la révolte des Irlandais, pour venger le massacre des colons anglais, l'Angleterre sous le règne d'Oliver Cromwell a envahi l'Île et a redistribué les terres à de nouveaux colons. En a résulté la guerre entre les autochtones catholiques et les colons protestants. Cette division religieuse a consolidé et nourri la division culturelle entre la petite minorité anglo-protestante et la majorité autochtone irlandaise. L'hégémonie anglaise sur l'Irlande a été constamment menacée entre 1642 et 1801.

Des lois pénales au XVIIIe siècle ont empêché les catholiques de participer aux affaires politiques ou économiques. La formation de la classe supérieure a fortement miné la langue irlandaise, comme cela s'est produit dans les villes, principaux lieux d'influence de l'armée et de l'administration britanniques. Pendant le même siècle, l'anglais s'est répandu dans le réseau urbain, pour gagner vers l'ouest, plus lentement mais sûrement, l'arrière-pays rural. Le recensement de la population de 1851, contenant une question sur la langue, a révélé qu'environ 45% de la population de l'Irlande parlait irlandais dans le dernier quart du XVIIIe siècle, alors que moins de 30% des habitants le parlaient encore au milieu du XIXe siècle.

La majorité catholique de l'Irlande a graduellement pris au XIXe siècle la forme d'une force politique luttant d'abord pour l'émancipation catholique; en 1829, tous les désavantages légaux imposés aux catholiques étaient pratiquement supprimés.

La grande famine des années 1840, plus sévère encore dans l'Ouest, régions gaéliques plus pauvres, a entraîné la mort et l'émigration d'une très grande partie de la population. Cette émigration massive a été la cause d'un fort recul du gaélique devant l'anglais.

Dans les années 1880, un mouvement politique à grande échelle s'est développé, préconisant l'autonomie (le Home Rule) et impliquant un jeune mouvement nationaliste irlandais.

Parallèlement à la montée de l'anglais, un mouvement pour la préservation de l'irlandais est apparu. La Ligue gaélique (1893) avait pour objectif de rétablir la langue vernaculaire plutôt que de seulement la préserver, ouvrant 950 filiales en quinze ans. Au début du XXe siècle, le mouvement linguistique a été absorbé dans la grande bataille politique pour l'indépendance.

En 1916, on a tenté un soulèvement qui a échoué, mais la rébellion a continué, et la guerre d'Indépendance (1919-21) a mené au traité anglo-irlandais de 1921 qui concédait le statut d'état libre à 26 comtés sur 32 en Irlande. Les six autres comtés d'Irlande du Nord ont voté pour rester rattachés au Royaume-Uni. Pendant la guerre anglo-irlandaise, le gouvernement provisoire a établi un Département de la langue nationale et a mis sur pied une stratégie pour rétablir l'irlandais comme langue nationale. Les six comtés se sont tenus en dehors de ces développements.

Pendant la seconde moitié du XIXe siècle, l'Irlande du Nord était la région la plus désavantagée de l'archipel britannique. Les catholiques, enfermés dans une division sociale marquée du travail (qui a persisté jusqu'à récemment), étaient exclus des emplois les plus lucratifs. Cette discrimination a été grandement responsable des conflits entre les groupes religieux et de l'absence relative de procédures d'élection plus démocratiques. Ce serait une erreur cependant de penser seulement en termes de groupes religieux. Les deux nationalismes sont associés aux nationalismes politiques: un nationalisme irlandais et un nationalisme britannique. De plusieurs manières pourtant, les protestants manifestent une forte affinité irlandaise, et leur nationalisme est différent du nationalisme anglais.

En fait, les protestants ont vu la menace d'une intervention anglaise à certains moments comme une menace à leur hégémonie en Irlande. Plusieurs protestants ont été aussi très actifs dans le mouvement linguistique irlandais. Depuis l'Indépendance irlandaise cependant, il y a en politique une polarisation entre catholiques et protestants et certains croient que tous ceux qui supportent l'irlandais dans le Nord veulent une Irlande unifiée.

Dans le recensement de 1991 en Irlande du Nord, 142,003 personnes (9% de la population) se disaient de langue irlandaise: 79,012 affirmaient pouvoir parler, lire et écrire la langue et 45,338 disaient pouvoir la parler seulement. Ces autoévaluations ne faisant pas l'objet d'une mesure objective de la compétence linguistique, un sondage sur la mosaïque linguistique européenne a été réalisé. On a interrogé 300 témoins distribués proportionnellement par comté et représentatifs des locuteurs irlandais en fonction de l'âge, du sexe et de la classe sociale. En dépit de son étendue limitée, ce sondage est la meilleure source d'information sur l'usage de l'irlandais en Irlande du Nord.

Presque tous ceux qui se sont déclarés de langue irlandaise sont catholiques; sur 3/4 de million de protestants, seulement 5,000 environ ont déclaré parler irlandais alors qu'à peu près le quart des catholiques ont déclaré la même chose. Étant donné que les deux groupes religieux ne sont pas dispersés dans la région de façon aléatoire, il y a des variations géographiques chez les locuteurs.

La distribution linguistique par classe sociale --qu'elle soit estimée par le biais du système d'éducation ou du marché du travail-- est assez uniforme, bien que la connaissance de l'irlandais soit légèrement plus élevée dans la classe professionnelle.

1.3 Statut légal et politiques officielles

L'irlandais n'a pas de statut légal en Irlande du Nord, tandis que l'anglais jouit dans les faits du statut de la langue de toute pratique normative. La politique est déterminée par le gouvernement britannique au pouvoir et peut varier considérablement. En 1995, le gouvernement a déclaré que sa politique était: "... de reconnaître et de respecter les identités culturelles et les traditions de tous les groupes de la communauté. Politiques et appui à la langue irlandaise constituent la meilleure façon de nuire à l'intérêt pour la langue et à sa connaissance". Le gouvernement a statué qu'il "... encouragerait l'intérêt pour la langue irlandaise et son appréciation [...] et qu'il s'assurerait que le développement de la langue [...] se détache de la manipulation politique". La langue était donc perçue comme une source potentielle de division. La position légale se situe par rapport à une restriction plutôt qu'à une permission étant donné "qu'il n'y a généralement pas de restrictions pour qui que ce soit en Irlande du Nord [...] qui parle, écrit ou publie en irlandais". Les gens ont le droit d'utiliser un nom irlandais et d'écrire en irlandais aux départements gouvernementaux où "... les lettres en irlandais seront traduites" bien que ce soit pour le bénéfice de l'état; on ne mentionne aucune traduction se faisant de l'anglais à l'irlandais. Bien que "les noms irlandais puissent être utilisés dans les registres de naissance, de décès et de mariage [...], les procédures d'inscription, les actes juridiques et tous les autres documents formels et légaux doivent être rédigés en anglais" et "sous la législation actuelle, seulement l'anglais peut être utilisé pour les noms de rue mais le gouvernement assure que les noms de rue dans les deux langues [...] seront permis en temps voulu".

2. Présence et usage de la langue dans différents domaines

2.1 Éducation

Avant que la République irlandaise soit fondée en 1921, l'irlandais était une matière scolaire dans le Nord, et on l'enseignait comme élément de "celtique" au troisième niveau. On a essayé de retirer l'irlandais du programme dans les années 1930.

C'est le Département d'éducation, relevant du Ministère d'état d'Irlande du Nord qui est responsable de l'éducation pour l'Irlande du Nord (DENI). Au niveau local, les ressources pour l'éducation sont gérées par les Offices de l'éducation et de la bibliothèque (fondés par le DENI) qui administrent certaines écoles et en subventionnent d'autres. Ils offrent aussi des stages de formation pour les enseignants. Les dix-huit écoles indépendantes de la région ne reçoivent aucune aide de l'état; certaines d'entre elles sont des écoles de langue irlandaise. Certaines reçoivent de l'aide du Programme de la Communauté européenne pour la réconciliation et la paix. Les écoles irlandaises subventionnées par l'état sont toutes des écoles bénévolement maintenues. Une de ces écoles et la section irlandaise d'une autre école, toutes deux dans le secteur catholique maintenu, sont membres du Conseil catholique des écoles maintenues, un organisme subventionné par le gouvernement. Certaines écoles irlandaises primaires et secondaires indépendantes, subventionnées par l'état, et plusieurs garderies préscolaires de langue irlandaise, sont affiliées à un organisme bénévole: le Gaeloiliuint.

L'éducation dans les garderies préscolaires de langue irlandaise ne reçoit aucune aide gouvernementale. Elles sont bénévoles et subsistent indépendamment des ressources allouées à l'éducation. Jusqu'à récemment, le personnel des garderies n'avait pas besoin de qualification spéciale. Presque 800 garderies utilisent l'anglais uniquement. La première garderie de langue irlandaise a ouvert ses portes en 1978 et les 19 garderies actuelles accueillent 548 enfants. Huit d'entre elles sont à Belfast et trois à Derry. Étant donné que la plupart des enfants entrant dans les écoles primaires de langue irlandaise sont de familles anglophones, des techniques d'immersion garantissent une transition plus facile à l'éducation primaire en irlandais. Cependant, peu de professeurs ont la formation et la plupart ne sont pas de langue maternelle irlandaise. Depuis 1989, le Comchoiste Reamhscolaichta, un organisme préscolaire basé à Dublin, a organisé des week-ends de formation et des ateliers dans le Nord. Depuis 1996, Altram, un organisme de développement et de formation préscolaires de langue irlandaise, s'est occupé notamment de développer, de former le personnel et de promouvoir l'implication familiale et communautaire. Il s'assure, depuis 1997, que tout le personnel d'éducation préscolaire a la qualification professionnelle nationale (NVQ).

La première école primaire de langue irlandaise a ouvert ses portes à Belfast en 1971 avec 9 élèves. Tous ses élèves venaient de familles de langue maternelle irlandaise jusqu'en 1979, année à partir de laquelle on a ouvert aux familles de langue anglaise. En 1984, elle est devenue une école subventionnée par l'état et maintenant elle a une école satellite aussi subventionnée par l'état. Une école catholique maintenue a démarré une section en irlandais en 1983, devenue une école séparée en 1993. Une deuxième école primaire irlandaise a ouvert ses portes à Belfast en 1987 et est devenue une école publique en 1992. Deux autres écoles sont devenues publiques en 1996 et en 1997. Une école a ouvert ses portes à Newry en 1987 et est devenue publique en 1997. Il y a aussi une section subventionnée par l'état dans une école catholique maintenue à Armagh. Quatre écoles, à Maghera, à Dunloy, à Belfast et à Coalisland, ne reçoivent aucune aide gouvernementale. On peut obtenir des fonds par le biais du Programme pour la paix et la réconciliation. Les écoles primaires de langue irlandaise ont accueilli 1,017 élèves en 1996-1997.

Le passage au financement gouvernemental est un problème sérieux pour ces écoles. Ouvrir une école de langue irlandaise compétitive coûte cher. Pour obtenir des fonds de l'état, une école doit offrir une viabilité à long terme dans les effectifs: soit une école de 100 élèves au total ou une augmentation annuelle de 15 élèves environ. On est en train de réviser les exigences mais une augmentation de ces chiffres rendrait la survie de ces écoles encore plus difficile. La politique du DENI est de promouvoir des sections de langue irlandaise dans les écoles anglaises bien que l'expérience montre que la réussite de l'enseignement de l'irlandais en Irlande de Nord demande une immersion complète dans la langue irlandaise et non pas l'enseignement en irlandais dans un cadre d'enseignement en anglais.

L'état a dépensé £835,000 (1.25 MECU) sur l'éducation en irlandais en 1993/1994. Paradoxalement, l'irlandais est obligatoire en Irlande du Nord seulement dans le programme de base des écoles de langue irlandaise. Dans les écoles de langue anglaise, il s'agit d'un cours optionnel supplémentaire, quand un professeur compétent est disponible. Le matériel scolaire constitue un problème. Le Bunscoil Phobal Feirste, est un point de service, financé par le DENI et localisé à Belfast, gérant le matériel venant du sud.

Il y a seulement deux écoles secondaires de langue irlandaise, l'une à Belfast ouest (Meascoil Feirste, ouverte en 1991 et subventionnée par l'état depuis 1996), et l'autre à Derry (Meanscoil Dhoire, ouverte en 1994 et pas encore subventionnée par l'état). Elles accueillent 219 élèves. Il n'y a pas de sections irlandaises dans les 236 écoles secondaires anglaises.

Au niveau secondaire, on demande un effectif plus élevé pour pouvoir obtenir des fonds gouvernementaux: 300 élèves ou une augmentation annuelle de 60. Une révision à la hausse d'un total de 500 et d'une augmentation annuelle de 100 élèves, obligerait les écoles à adopter le principe de la "section d'irlandais" comme seule proposition viable pour l'enseignement en irlandais.

À la fin des années 1980, 26,210 enfants étudiaient l'irlandais comme matière dans les écoles catholiques de la région. En 1996, 2,215 étudiants ont passé l'examen d'irlandais aux examens d'état obligatoires pour tous les élèves à la fin de la cinquième année du secondaire et 296 ont passé l'examen avancé ou l'examen de fin d'études dans cette matière. L'irlandais reste une des langues 'modernes' (sic) les plus populaires (autres que l'anglais et le français) enseignées en Irlande du Nord (plus que l'allemand, l'espagnol et l'italien). À la fin des années 1980, le gouvernement a essayé sans succès de faire perdre à l'irlandais son statut. L'état a malgré tout accepté de subventionner des cours de culture de langue irlandaise pour les élèves des écoles secondaires non-catholiques.

Les enseignants doivent produire tout le matériel didactique au niveau secondaire. Le matériel venant du sud peut être utilisé bien que les programmes soient différents. Certains organismes (la Comhaltas Uladh et la Gael-Linn) organisent des cours d'été de trois semaines d'irlandais pour les enfants des écoles secondaires dans le Donagal Gaeltacht de la République.

Étant donné le manque de ressources linguistiques dans la région, la formation des enseignants pose problème. Avant, les enseignants étaient formés à enseigner l'irlandais comme matière dans les écoles de langue anglaise. Récemment, il y a eu quelque développement: un poste est dédié à la formation des professeurs pour les écoles de langue irlandaise dans une des quatre institutions de formation des enseignants. La plupart des cours pour adultes sont dans le secteur bénévole. En 1985, on enseignait l'irlandais dans 70 classes pour adultes à Belfast ouest seulement. Deux ans plus tard, la Comhaltas Uladh, la branche Ulster de la Ligue gaélique déclarait que 3,500 adultes apprenaient l'irlandais. Le gouvernement expliquait en 1995 qu'il fournissait des livres d'irlandais dans les bibliothèques des prisons et qu'il y avait des professeurs d'irlandais dans toutes les prisons. Effectivement, on a dépensé plus pour l'irlandais dans les prisons en 1993/1994 que n'en a donné à la langue le Conseil des Arts de l'Irlande du Nord. Des organismes bénévoles en faveur de l'irlandais ont reçu l'appui d'un programme d'action pour l'emploi: £50,000 (75,000 ECU) ont été donnés aux groupes locaux "... dans le domaine de la langue irlandaise" par l'Initiative du groupe d'action de Belfast. L'économie de la République irlandaise s'est développée plus vite que celle de l'Irlande du Nord et celle du Royaume-uni ensemble. Le fait que dans le sud il y ait des emplois qui demandent l'irlandais comme qualification, constitue une autre bonne raison pour ceux qui veulent une éducation en langue irlandaise pour leurs enfants. Le prestige de l'irlandais s'est aussi développé avec l'avènement du réseau de radio et de télédiffusion de langue gaélique --et irlandaise-- en Écosse et en Irlande. En Écosse, il y a une pénurie de personnel formé parlant gaélique, et l'étroite parenté entre le gaélique et l'irlandais procure des perspectives d'emploi aux jeunes qui parlent irlandais.

2.2 Les autorités judiciaires

Voir ci-dessus

2.3 Les autorités publiques et les services

Étant donné que l'irlandais n'a pas de statut officiel et que les activités en irlandais dans le domaine public sont limitées à l'éducation, les autorités publiques ne donnent qu'un soutien limité.

2.4 Les médias et la technologie de l'information

L'irlandais en Irlande du Nord est servi en partie par ce qui est produit dans le sud. 39% des répondants dans le sondage sur l'usage de la langue ont déclaré lire des livres et des journaux en irlandais régulièrement ou occasionnellement. 36% déclaraient écouter la radio irlandaise et 42% disaient regarder la télévision en irlandais. Certains peuvent capter les nouveaux réseaux gaéliques de l'Écosse.

Raidio Failte a été créé en tant que station de radio communautaire de langue irlandaise. Après que la transmission a été interrompue par l'état qui insistait pour qu'on demande une licence, elle a cessé de diffuser en 1994.

La a été créé en 1982 et, jusqu'en 1993, était le seul quotidien de langue celtique. Depuis 1992, il a reçu des fonds de l'Unité centrale des relations intercommunautaires. C'est maintenant un hebdomadaire et il a environ 1,000 abonnés.

Une librairie de langue irlandaise --An Ceathru Poili-- a ouvert ses portes en 1983. Elle est située à Culturlann, un immeuble partagé par plusieurs groupes de langue irlandaise. Elle tient aussi des cassettes de musique et des disques compacts. Comhcheol a été formé en 1993 et fournit du matériel musical pour les écoles de langue irlandaise et la maison. Borgearrai sa Ghaeilge est une petite compagnie informatique qui s'est établie en 1990. Elle produit un éventail de matériel informatique en irlandais pour les écoles et les entreprises, et a obtenu la franchise pour produire des programmes en irlandais pour une compagnie dublinoise.

2.5 Production et industries culturelles

Les arts sont officiellement administrés par le Conseil des Arts de l'Irlande du Nord qui relève du Secrétariat d'état de l'Irlande du Nord. En 1994, l'unique Conseil des Arts pour la Grande-Bretagne et l'Irlande du Nord a été remplacé, et la décentralisation qui en a suivi peut générer une politique culturelle générale mieux adaptée à chaque région. Le nouveau Conseil des Arts de l'Irlande du Nord a permis le développement d'une stratégie pour jusqu'en l'an 2,000. Il a pour principe que les arts ont un rôle important à jouer dans le domaine des traditions culturelles et que chacun des groupes de la communauté puisse célébrer et comprendre son propre héritage et celui de l'autre. La diversité culturelle de l'Irlande du Nord peut être une source de force plutôt qu'une source de division. On devrait donc donner à l'expression artistique irlandaise la place qui lui revient dans l'héritage culturel de l'Irlande du Nord. Les arts peuvent transcender la nationalité et le régionalisme, libérant les gens de leurs préjugés. La sensibilité à la relation entre culture et nationalisme est évidente ici, bien qu'elle soit différente de celle qu'on retrouve en Écosse et dans le Pays de Galles, les deux nationalismes impliqués étant des nationalismes d'état. On a comme objectif de créer une communauté unique par le biais d'une sympathie mutuelle pour les différentes traditions --c'est une question de "préjugé" ou de "liberté"-- donnant en même temps aux arts un rôle politique explicite.

Dans ce contexte, le Conseil des Arts de l'Irlande du Nord essaie d'encourager les arts socioculturels innovateurs et de qualité supérieure, utilisant la radio et la télévision pour promouvoir différentes formes d'art. L'appui gouvernemental a un double avantage: il va dans le sens de la qualité de vie de l'individu et de la société et, --en partie parce que les arts nécessitent de la main d'œuvre--, il permet des bénéfices en terme d'économie et d'emploi. Cet appui financier est aperçu comme un investissement stimulant des revenus d'autres sources, incluant le secteur privé, qu'on encourage à s'intégrer à la communauté. Il encourage aussi la communauté à s'autofinancer de sorte à se libérer de la dépendance à l'état. Cette conception que l'état est la somme de toutes ses communautés s'oppose en Irlande du Nord à une autre conception, celle de deux communautés culturellement distinctes. Le Conseil des Arts de l'Irlande du Nord vise à doubler son revenu total pour l'année 2001.

La langue par le biais de la littérature met en lumière la diversité culturelle de l'Irlande du Nord. L'anglais subit des influences de l'irlandais et du gaélique écossais. On a toujours appuyé la publication des livres et des magazines de langue irlandaise, subventionnant les lectures publiques, associant lectures et musique irlandaise.

Le sponsoring industriel et privé sera volontiers présent au Festival des arts de Belfast, événement annuel de trois semaines qui connaît beaucoup de succès.

On planifie de mettre sur pied un Centre des Arts.

Le Conseil des Arts de l'Irlande du Nord a nommé un responsable du développement des arts traditionnels, qui imprègnent plusieurs aspects de la vie culturelle: la chanson et la littérature orale (en irlandais, en anglais, en anglais d'Hiberno et en écossais d'Ulster), la musique (intégrant les traditions gaéliques, écossaises et anglaises), la danse (irlandaise et écossaise), le théâtre folklorique, l'architecture (les petites maisons de pierre), l'artisanat (le tissage) et les coutumes et croyances populaires.

Certains craignent que les "arts traditionnels" soient perçus comme des formes d'expression moins sophistiquées que les formes d'art dites plus nobles, mais ce sont des formes d'art vivantes et contemporaines. Sur le plan international par exemple, on considère la musique traditionnelle irlandaise et la danse comme étant très actuelles.

L'unité centrale des relations intercommunautaires du Département des finances et de l'emploi est responsable de "…la politique de promotion et de développement de l'irlandais" et supporte des projets pour "accroître la conscience et l'appréciation de la contribution faite par la langue et l'héritage culturel de la communauté entière en Irlande du Nord (les caractères gras ont été ajoutés).

L'appui financier pour l'irlandais se chiffrait à £200,000 pour 1993/1994, incluant l'appui à l'Ultach Trust. La somme de £176,000 fournie pour la recherche des origines des toponymes irlandais est indicative de la politique officielle. L'Ultach Trust vise à accroître "l'appréciation de la contribution que la langue irlandaise a apportée à l'héritage culturel de l'Irlande du Nord et à développer la connaissance et la compréhension de la langue dans toute la communauté ".

Le Trust a reçu 500,000 ECU de la Communauté européenne avec en plus 250,000 ECU du gouvernement. En 1993/1994, il a apporté une contribution de 80,000 ECU à des programmes destinés à des groupes linguistiques irlandais.

2.6 Le monde des affaires

Moins de 300 personnes gagnent leur vie en irlandais dans la région, incluant les enseignants. Taca (voir ci-dessous) a reçu une somme de 50 KECU des États-Unis pour démarrer des entreprises de langue irlandaise. Subventionné par Taca, Galghno emploie une personne pour investiguer dans le développement des affaires et aider toute personne qui voudrait mettre sur pied une entreprise de langue irlandaise ou lui donner de l'expansion. Craobh na Scribhneori a été créé en 1994 pour aider les écrivains de langue irlandaise. Il offre un service de dactylo et conseille sur la préparation des manuscrits pour les maisons d'édition.

2.7 Usage familial et social de la langue

Le sondage sur l'usage de la langue révèle que moins de 3% des répondants sont nés en dehors de l'Irlande, 12% sont nés dans la République, les autres sont nés en Irlande du Nord. Dans plus de 97% des cas, les parents des répondants sont nés en Irlande (environ 12% viennent de la République d'Irlande). 98% des conjoints viennent aussi d'Irlande. Cependant, 80% des répondants ont déclaré que l'anglais était la première langue apprise tandis que 17% ont appris l'irlandais et l'anglais simultanément; d'après le sondage, moins de 3% ont l'irlandais comme langue maternelle. 43% ont dit que leurs parents ne parlaient pas irlandais. Plus de 33% ont déclaré avoir appris la langue dans la communauté, tandis que 39% ont suivi des cours d'irlandais et 21% l'ont appris dans le cadre de leurs relations personnelles. 80% ont dit avoir aussi appris l'irlandais à l'école. En termes de génération, il ne semble pas y avoir de déclin. 28.6% des répondants ont dit que leurs grands-parents parlaient l'irlandais très bien ou assez bien comparé à 30% qui disaient la même chose pour leurs parents et 35.8% pour leur conjoint. Bien que les mesures d'autoévaluation aient une valeur limitée, il est clair qu'ils sont peu nombreux dans chaque génération à parler couramment la langue. Environ 20% des répondants ont déclaré parler l'irlandais et l'anglais avec leurs parents et 3% l'irlandais seulement. L'utilisation de l'irlandais entre les générations semble augmenter légèrement. Le niveau d'activité linguistique est similaire pour les répondants et leurs parents, ce qui suggère une certaine tendance vers l'endogamie linguistique. Parmi les enfants, 4% ont déclaré utiliser seulement l'irlandais ensemble, 6% utilisent principalement l'irlandais et 11% utilisent l'irlandais et l'anglais également. Plus de la moitié utilisent seulement l'anglais quand ils sont ensemble. L'endogamie religieuse est extrêmement élevée et la plupart de ceux qui disent pouvoir parler irlandais sont catholiques; le potentiel d'endogamie du groupe linguistique semble donc élevé aussi.

Malgré cela, la compétence linguistique est tellement limitée que même si l'endogamie du groupe linguistique est élevée, cela ne conduit pas nécessairement à l'utilisation de l'irlandais en famille. Néanmoins, l'attitude à l'égard de l'irlandais dans la famille est plutôt positive et le potentiel de développement est là.

Quelques activités bénévoles encouragent l'usage de l'irlandais au niveau de la société civile. Les enfants des répondants ont mentionné plus particulièrement quatre activités: les feis (festivals traditionnels), les groupes de chants et de danse, les cours d'été et l'école du dimanche. D'autres activités moins populaires, reliées à la musique, au théâtre ou au sports, fonctionnent bien en ce qui concerne l'usage social de l'irlandais. C'est ce qu'on constate aussi chez les adultes avec la Ligue gaélique, l'Association gaélique des athlètes, les pubs et les activités des écoles de langue irlandaise. Plusieurs de ces activités sont perçues comme typiquement irlandaises par rapport aux activités britanniques: la danse et la chanson irlandaise, le théâtre et les sports irlandais comme le hurly, le football gaélique, etc.

Dans le domaine de la religion, on utilise moins l'irlandais qu'on pourrait penser. C'est dans la prière personnelle et la lecture qu'on retrouve surtout l'irlandais, des activités qui ne sont pas nécessairement du domaine des chefs religieux. Dans l'ensemble, il y a un cercle social assez fermé autour d'activités spécifiques où il est possible de rencontrer d'autres locuteurs irlandais.

Dans le sondage, il y avait aussi des questions sur l'utilisation de la langue dans les activités de la vie quotidienne. De telles interactions sont très sélectives, reposant sur la connaissance qu'on a des uns et des autres (incluant leur degré de compétence linguistique). Il est donc possible de trouver des gens qui connaissent l'irlandais et qui voudraient communiquer dans cette langue. Bien sûr, l'usage de l'irlandais est en quelque sorte indicateur de la solidarité sur laquelle cette sorte de communauté repose. Ainsi, pour un nombre limité de gens, l'utilisation de l'irlandais est clairement institutionnalisé dans le cadre de la vie de la communauté.

Le Caife Glas, un café où on parle irlandais, a ouvert ses portes en 1991 à Culturlann. C'est le meilleur endroit où on puisse pratiquer la langue. Taca est une œuvre de bienfaisance qui organise un tirage mensuel auquel participent 10,000 membres. Il distribue presque 200 KECU annuellement. Le plus vieil établissement est le Cumann Chluain Ard qui, depuis les années 1940, est le centre social pour la communauté de langue irlandaise de Belfast. Il offre des classes d'irlandais et des divertissements.

2.8 Échanges transnationaux

Comme on pouvait s'y attendre, étant donné l'importance idéologique de l'irlandais pour ses utilisateurs, les liens avec la République d'Irlande sont forts, ce qui implique l'accès aux médias irlandais et aussi de fréquents voyages de l'autre côté de la frontière, en rapport avec la langue et au désir de l'apprendre et de l'utiliser. Comme nous l'avons mentionné ci-dessus, les écoles d'été pour les enfants se tiennent chaque été dans le Donegal Gaeltacht. Des parents envoient aussi leurs enfants passer du temps dans une des régions du Gaeltacht, et les liens de parenté sont une importante source d'interaction.

Il y a certaines associations "tout-Irlande", incluant l'équipe internationale de rugby. La Ligue gaélique, par exemple, opère encore dans toute l'Irlande.

Finalement, l'accord récemment signé entre le gouvernement d'Irlande et le Royaume- Uni inclut des références à l'irlandais qui serviront de base pour la future coopération nord-sud.

3. Conclusion

En dépit d'un nombre apparemment grand de locuteurs, l'irlandais en Irlande du Nord ne semble plus être la langue d'une communauté: son utilisation n'est pas répandue dans l'activité communautaire de la société civile. L'objectif actuel est d'établir une production linguistique par le biais de l'éducation. L'avenir est incertain et on espère que les parents persévéreront dans leur désir que les enfants apprennent la langue. L'implication communautaire est nécessaire pour susciter la création d'organismes bénévoles responsables des ressources éducationnelles avant de recevoir de l'aide gouvernementale. Cette approche est davantage proactive, bien qu'il soit peu probable qu'elle donne des résultats, étant donné la sensibilité politique actuelle et la tendance de l'état à faire retomber la responsabilité sur la communauté et la région.

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