Le ladin en Italie
xx-xx-xxxx
http://www.uoc.es/euromosaic/web/document/ladin/fr/i1/i1.html
Research Centre of Multilingualism
English version
Le ladin en Italie
  1. Introduction à la langue
  2. La langue dans le pays où elle est parlée
    1. Données générales sur la communauté linguistique
    2. Description géographique, démographique et linguistique
    3. Histoire générale de la région et de la langue
    4. Statut juridique et politique officielle
  3. Présence et usage de la langue par domaines
    1. Enseignement
    2. Autorités judiciaires
    3. Autorités et services publics
    4. Masse média et technologies de l'information
    5. Production et industries culturelles
    6. Le monde des affaires
    7. Usage familial et social de la langue
    8. Echanges transfrontaliers
  4. Conclusion


1. Introduction à la langue

Cette rubrique ne contient pas de données pour cette langue.

[Retour au sommaire]


2. La langue dans le pays où elle est parlée

2.1. Données générales sur la Communauté linguistique

Cette rubrique ne contient pas de données pour cette langue.

[Retour au sommaire]


2.2. Description géographique, démographique et linguistique

Le groupe linguistique ladin occupe un territoire de 7 400 km2 dans le nord de l'Italie. Ce territoire comprend quatre vallées : le Val Badia, le Val Gardena, le Val di Fassa, Livinallongo ainsi que Cortina d'Ampezzo. Lors du dernier recensement, en 1991, la région de Haut-Adige (qu'on appelle Tyrol du Sud en allemand) comptait 440 508 habitants, ce qui correspond à une densité de population moyenne de 60 habitants par km2. Selon des données officieuses, les locuteurs ladins, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Haut-Adige, représenteraient quelque 28 000 personnes, dont 18 100 sont établies, d'après le recensement de 1991, dans la province de Bolzano. Dans le Val Badia (9 229 habitants), 95 % de la population a appris le ladin comme première langue, dans le Val Gardena (8 148 habitants) de 60 à 70 % de la population, dans le Val di Fassa (8 620 habitants) de 60 à 75 % de la population et à Livinallongo (1 926 habitants) 95 % de la population. Le pourcentage de la population utilisant quotidiennement le ladin s'élève à :

Val Badia : 98 % Val Gardena : 60 % Val di Fassa : 70 % Livinallongo : 95 % Ampezzo : 30 %

Le ladin est appelé Ladin Dles Dolomites par ses locuteurs. C'est une langue romane qui appartient au groupe rhéto-roman. Ses principaux dialectes sont le mareo, le badiot, le gherdëina, le fascian, le fodomi et l'anpezan. En vue d'établir une langue commune (koinè) pour les parlers rhéto-romans, dont le ladin fait partie, le rumantsch grischun a été créé à la fin des années 80 pour le romanche du canton suisse des Grisons.

Le Val Badia et le Val Gardena appartiennent à la province autonome de Bolzano et jouissent donc de plus de droits que Livinallongo et Cortina d'Ampezzo, qui font partie de la province de Belluno, et que le Val di Fassa, qui fait partie de la province de Trente. Comme les 95 provinces italiennes sont compétentes pour la langue et la culture, la situation varie considérablement d'une province à l'autre. Dans la province de Bolzano, les Ladins habitent les communes d'Ortisei, de Santa Cristina, de Selva di Val Gardena, de Badia, de Corvara, de La Valle, de Marebbe et de San Martino in Badia. Dans la province de Trente, ils occupent les communes de Campitello di Fassa, de Canazei, de Mazzin, de Moena, de Pozza di Fassa, de Soraga et de Vigo di Fassa. Dans la province de Belluno, les ladinophones des communes de Rocca Pietore et de Selva di Cadore ne sont pas à proprement parler des Ladins, car la conscience linguistique et ethnique ladine y est beaucoup moins marquée. En outre, leurs dialectes, qui se réclament du ladin, sont fortement mêlés d'italien et de vénitien. Les habitants de Livinallongo et de Colle Santa Lucia peuvent toutefois être classés parmi le groupe ladin.

Après avoir vécu exclusivement de l'agriculture, la population de la région s'est reconvertie, ces 50 dernières années, dans l'hôtellerie et la restauration, secteurs dans lesquels près de 70 % des petites entreprises opèrent désormais. Le phénomène s'explique principalement par le faible rendement de l'agriculture. Dans le Val Gardena, la sculpture sur bois constitue une source de revenu supplémentaire. Il a fallu attendre les dix dernières années pour que l'agriculture enregistre un léger redressement grâce au retour aux traditions. En 1991, 35,87 % des exploitations agricoles se consacraient à la culture fruitière et à la viticulture et 46,28 % à l'élevage.

Le Val Badia, le Val Gardena et le Val di Fassa ont enregistré une hausse constante de population entre 1961 et 1991 en raison de leur situation économique florissante (7 148/9 229 ; 6 106/8 148 ; 6 974/8 620). Le recul de la population à Livinallongo (de 2503 à 1926 habitants) au cours de la même période est dû à la pénurie d'emplois.

[Retour au sommaire]


2.3. Histoire générale de la région et de la langue

C'est en 15 avant J.-C. que la zone linguistique ladine est incorporée dans l'Empire romain. Le latin importé dans la région par les Romains s'y transforme progressivement en ladin. Vers l'an 1000 de notre ère, le territoire se morcelle en plusieurs principautés. Aux environs de 1800, quelques zones de langue ladine passent sous la domination de Joseph II, puis sous le gouvernement autrichien. Entre 1806 et 1813, elles sont attribuées à la Bavière et à l'Italie, puis sont rattachées au territoire autrichien jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. En 1927, les vallées ladines sont réparties entre les trois provinces précitées afin d'affaiblir les groupes ethniques. Quatre ans auparavant, Belluno, le Val Badia et le Val Gardena avaient été rattachés à la province de Bolzano, tandis que le Val di Fassa était maintenu dans la province de Trente. En 1939, le gouvernement offre la possibilité d'émigrer aux Ladins, qualifiés d'allogeni, bien que la langue ladine soit officiellement considérée par le gouvernement italien comme un « dialecte italien ». Cette possibilité est supprimée en 1943 à la suite de l'occupation allemande. Après la Seconde Guerre mondiale, la région est annexée à l'Italie contre la volonté de la population. En 1948, un statut spécial est accordé aux Ladins des provinces de Bolzano et de Trente, mais pas à ceux de celle de Belluno. En 1972, le nouveau statut d'autonomie de la province Bolzano entre en vigueur et consolide ainsi la position juridique des Ladins.

Il existe aujourd'hui une multitude d'organisations de défense de la langue et de la culture ladines. La première, Naziun Ladina, a été fondée en 1870. L'Union di Ladins, créée en 1914, a apporté une contribution précieuse à la mise sur pied de différentes institutions telles que des bibliothèques et s'est chargée de la rédaction de Usc di Ladins, un mensuel qui s'est transformé par la suite en un hebdomadaire réputé. En 1975, le Val di Fassa s'est doté d'un institut culturel propre (Istitut Cultural Ladin Majon di Fashegn). L'année suivante a vu la création de l'Istitut Ladin Micurà de Rü (institut culturel ladin), qui s'est constitué en vertu du statut d'autonomie et qui a entamé ses activités en 1977. Cet institut possède sa propre bibliothèque et s'est particulièrement illustré dans la défense de la langue. Il s'attache également à la formation des professeurs de ladin et à l'éducation des adultes au sens large.

[Retour au sommaire]


2.4. Statut juridique et politique officielle

Grâce au statut d'autonomie accordé en 1948 à la région du Trentin-Haut-Adige, les Ladins des provinces de Bolzano et de Trente se sont vu octroyer des droits particuliers, mais différents en fonction de la province, ainsi que la promesse d'un enseignement du ladin dans les écoles primaires, de l'inscription des noms de lieu en ladin et de la valorisation de la culture ladine en général.

Comme les concessions contenues dans le statut d'autonomie ne satisfaisaient ni les Ladins ni les germanophones du Haut-Adige, un nouveau statut, dont une vingtaine d'articles sur 115 concernent directement les Ladins, a vu le jour en 1972 pour les provinces de Bolzano et de Trente. Toutefois, les Ladins du Val di Fassa n'ont pas reçu les mêmes droits que ceux du Haut-Adige, les Ladins de la province de Belluno dans le Frioul-Vénétie-Julienne n'ayant pour leur part rien obtenu. Dans les provinces de Bolzano et de Trente, le statut d'autonomie accorde les garanties suivantes dans le domaine culturel : création d'un institut culturel pour la défense et la promotion de la langue et de la culture ladines, préservation des usages et coutumes, diffusion d'émissions de radio et de télévision en ladin. Vu la reconnaissance des Ladins comme groupe ethnique dans le cadre du statut d'autonomie, le système de proportionnalité défini à l'article 61 s'applique aussi aux ladinophones de la province de Bolzano et leur permet de revendiquer 4,2 % des fonctions publiques dans le Haut-Adige. Toutefois, ce quota n'est pas fixe ; il est redéfini lors de chaque recensement en fonction de la proportion de Ladins par rapport à l'ensemble de la population. Aux termes du statut, le groupe ethnique ladin est représenté par un représentant au Conseil régional et un autre au Parlement régional du Haut-Adige.

Malgré cette position avantageuse, les Ladins restent exclus de la section autonome de Bolzano du tribunal administratif, de la Commission des six, des commissions budgétaires du Parlement et du Conseil régional, des commissions d'examen pour le bilinguisme et des commissions d'examen pour les concours publics.

La politique officielle de soutien à la langue ladine varie considérablement d'une région à l'autre. Dans la province de Bolzano, la promotion du ladin dans les écoles et les médias publics est assurée par des aides financières et par le paiement d'une prime de trilinguisme aux fonctionnaires. Toutefois, aucun programme de développement et de normalisation de la langue n'a été mené à bien au niveau politique. Dans la province de Trente, le ladin bénéficie d'un soutien beaucoup moins important que dans celle de Bolzano. Il existe bien un institut culturel ladin et une communauté ladine des vallées reconnue, mais leurs activités sont très réduites. Enfin, les Ladins ne sont pas reconnus comme groupe linguistique propre dans la province de Belluno et la loi de 1984 sur le financement des activités culturelles n'y est que peu appliquée jusqu'à présent.

Une loi récente retient particulièrement l'attention. Il s'agit du décret adopté le 3 décembre 1993 par le gouvernement italien en vue d'assurer la protection des Ladins du Val di Fassa dans la province de Trente, puisque le statut d'autonomie n'était pas appliqué de manière adéquate vis-à-vis de ce groupe. Malgré ces nouvelles dispositions qui équivalent à une application de facto et à un affinement des mesures prévues dans le statut d'autonomie du Trentin-Haut-Adige, la protection des Ladins du Val di Fassa reste inférieure à celle offerte aux Ladins de la province de Bolzano.

[Retour au sommaire]


3. Présence et usage du croate par domaine

3.1. Enseignement

Dans la province de Bolzano, les matières afférentes à l'éducation sont régies par l'article 19 du statut d'autonomie et ses modalités d'application, par la loi nº 36 du 17 août 1976, par la loi constitutionnelle nº 1 du 10 novembre 1971 et par le décret présidentiel nº 116 du 20 janvier 1973. Les textes applicables à la province de Trente sont la loi nº 13 du 21 mars 1977 et l'article 2 du décret du 3 décembre 1993, qui autorise l'emploi du ladin dans toutes les écoles.

Le système scolaire du Haut-Adige est organisé de manière centralisée à quatre niveaux : le ministère de l'Éducation, l'inspection de l'enseignement pour les localités ladines (gouvernement régional), les directions responsables des jardins d'enfants, des deux écoles primaires, des cinq collèges et des quatre lycées ainsi que les établissements eux-mêmes.

Le ladin est absent de l'enseignement supérieur. Seules les institutions locales dispensent une formation pour adultes sous forme de conférences et de cours organisés à 95 % par l'Istitut Ladin Micurà de Rü, c'est-à-dire l'institut culturel ladin. En 1982, cet institut a mis en place un programme en langue ladine qui a permis un net accroissement de la participation aux cours et aux autres activités. Comme le ladin fait partie des idiomes rhéto-romans, il est présent dans les cours de linguistique des universités de Padoue et d'Innsbruck. Néanmoins, l'histoire et la culture ne sont enseignés que par les instituts culturels locaux.

Durant l'année scolaire 1990/91, la population scolaire ladine de la province de Bolzano était de 2 357 élèves encadrés par 252 enseignants. Les élèves se répartissaient comme suit : 1 194 dans l'enseignement primaire, 697 dans les collèges et 466 dans les lycées. Ils représentaient ainsi 3,87 % de l'ensemble de la population scolaire (environ 60 000 élèves).

Le ladin est la langue principale dans les écoles maternelles du Val Badia et parfois aussi du Val Gardena. Dans le Val di Fassa, c'est une langue facultative tandis que dans la province de Belluno, elle est absente de l'enseignement maternel. La situation est identique dans l'enseignement primaire. Lors de l'inscription des enfants à l'école, les parents peuvent également décider avec les enseignants, à l'issue d'un test de langue, si les enfants fréquenteront une classe en allemand et ladin ou en italien et ladin. Durant la première année, le ladin est utilisé pour les contacts verbaux en classe et pour la diffusion des consignes dans le cadre des activités ludiques. À partir de la deuxième année, l'enseignement « ordinaire » est également dispensé dans les deux autres langues auxquelles s'ajoutera un cours de ladin de deux heures par semaine. Cette répartition des langues est maintenue de la 3e à la 5e année de l'école primaire. Le schéma ci-dessous devrait permettre de se faire une idée plus claire de la situation :

Nombre d'heures de cours par semaine dans les différentes langues à l'école primaire:

AllemandItalienLadinLadin comme langue auxiliaire
1e année216-27
2e année12,512,52-
3e année12,512,52-
4e année12,512,52-
5e année12,512,52-

Dans la province de Trente, une heure de ladin par semaine s'ajoute à l'enseignement dispensé entièrement en italien. Dans la province de Belluno, seule la langue italienne est utilisée à l'école.

Dans le Haut-Adige, les écoles secondaires font appel à des enseignants spécialisés, ce qui empêche une répartition paritaire des langues d'enseignement identique à celle du niveau primaire. C'est pour cette raison que lors de l'instauration du collège unique en 1962, on a défini les matières qui devaient être enseignées respectivement en allemand et en italien. De ce fait, le ladin n'est plus une langue d'enseignement, mais fait néanmoins l'objet de deux heures de cours par semaine de la 1e à la 3e année du collège. Par contre, il n'est pratiquement plus enseigné (depuis l'année scolaire 1991/92) dans les cinq établissements d'enseignement secondaire du second degré, à savoir deux écoles d'enseignement artistique, un lycée scientifique et deux écoles de commerce. Seuls les lycées dispensent un cours de ladin à raison de deux heures par semaine ; dans les autres écoles de niveau équivalent, l'étude du ladin est facultative.

Malgré la présence du ladin au niveau primaire et secondaire, la communauté ladine ne possède pas d'établissements propres pour la formation des enseignants. Or, les écoles normales d'instituteurs germanophones et italophones de Brunico et de Bressanone ne répondent nullement aux besoins, car leur nombre est trop réduit. La préparation à l'enseignement de la langue ladine se fait donc parallèlement à l'exercice de la profession. Les enseignants spécialisés des écoles secondaires du second degré ne sont pas non plus préparés à un enseignement plurilingue.

Même l'Institut pédagogique ladin créé en 1987 pour le Val Gardena et le Val Badia n'a pu remédier à cette situation.

[Retour au sommaire]


3.2. Autorités judiciaires

L'article 32 alinéa 4 du décret nº 574 du Président de la République (DPR) du 15 juillet 1988 garantit aux Ladins de Bolzano le droit d'être entendus dans leur propre langue avec le concours d'un interprète lors des procès qui se déroulent dans la province. Les habitants des autres vallées ne peuvent s'exprimer qu'en italien devant les autorités judiciaires. Le recours aux services d'interprètes, toujours disponibles dans la province de Bolzano, n'entraîne pas de frais supplémentaires pour les intéressés.

[Top of page]


3.3. Autorités et services publics

Le ladin n'est pas utilisé dans les services de l'administration centrale italienne.

La situation est plus différenciée à l'échelon régional. Pour la province de Bolzano, l'article 32 du décret nº 574 du Président de la République (DPR) du 15 juillet 1988 autorise l'emploi du ladin dans les contacts oraux ou écrits avec les autorités du territoire non ladin qui s'occupent principalement des intérêts de ce groupe linguistique. Par ailleurs, les communications officielles (pour les élections, les recensements) sont rédigées en trois langues, tout comme les formulaires administratifs. Enfin, l'article premier de la loi promulguée en 1993 par le gouvernement italien accorde les mêmes droits aux Ladins de la province de Trente.

Dans le Val Badia et le Val Gardena (province de Bolzano), l'emploi du ladin dans les relations avec les autorités (à l'exception de la police) est autorisé en vertu de la législation qui vient d'être citée. Les administrations publiques sont invitées à répondre oralement en ladin et par écrit dans les trois langues. Les mêmes dispositions s'appliquent depuis 1993 à la province de Trente.

Un recours peut être introduit auprès du tribunal administratif en cas de non-respect des mesures légales par les pouvoirs publics. Par ailleurs, les employés de l'administration publique provinciale de Bolzano reçoivent une prime de trilinguisme. Néanmoins, le contrôle de la connaissance effective du ladin lors de l'attribution d'un emploi n'est pas encore très efficace, bien que l'article 3 de la loi de 1993 prévoie que les personnes qui possèdent des connaissances de la langue ladine doivent faire l'objet d'une priorité absolue lors des affectations dans les régions où cette langue est parlée.

Dans le secteur des services, le ladin ne peut être employé qu'à la poste et dans les contacts avec les compagnies d'électricité locales de la province de Bolzano. Au cours des 10 à 15 dernières années, la situation dans cette province a évolué de manière très favorable, alors qu'aucun changement particulier n'a été observé dans les autres vallées.

En ce qui concerne les noms de lieu, on constate que seule la province de Bolzano les utilise en général de manière correcte bien qu'il n'existe aucune loi sur la toponymie. Parmi les autres vallées, le Val di Fassa est le seul à posséder sa propre toponymie officielle.

Dans la province de Bolzano, les autorités admettent les patronymes et les prénoms en ladin. Les panneaux de signalisation routière de la zone ladine y sont toujours rédigés dans cette langue et, éventuellement, en italien ou en allemand également. Dans les magasins, on parle soit les trois langues &endash; italien, allemand et ladin &endash; soit l'italien et l'allemand. Dans les autres vallées, c'est l'italien qui domine.

[Retour au sommaire]


3.4. Mass médias et technologies de l'information

L'emploi de la langue ladine dans les médias est officiellement autorisé dans la province de Bolzano. Entre la fin de la guerre et 1973, les émissions radiophoniques régulières en ladin étaient autorisées. En 1973, le DPR nº 691 du 1er janvier 1973 a donné une base légale aux émissions radiophoniques et télévisées. Son article 10 précise par ailleurs que Bolzano doit garantir la réception des émissions diffusées à partir des régions ladines de l'étranger.

Presse hebdomadaire

Le magazine La Usc di Ladins, rédigé entièrement en ladin, paraît toutes les semaines. Il atteint aujourd'hui un tirage de 3 000 exemplaires, soit une progression de 500 exemplaires par rapport à 1987. Signalons également l'existence du bulletin d'information Sas Dla Crusc, publié une fois par an en langue ladine. Ladinia et Mondo Ladino sont des publications scientifiques annuelles rédigées pour 5 % en ladin.

Radio

La station de radio italienne RAI diffuse des émissions en ladin pendant environ 4 h 30 par semaine, les autres émissions étant proposées en italien et en allemand. Radio Rumantsch, captée uniquement dans la province de Bolzano, émet en romanche des Grisons, langue apparentée au ladin. Il existe par ailleurs une multitude de radios privées dont la plus connue, Radio Gherdëina, émet 4 heures par semaine en ladin.

Télévision

La chaîne italienne RAI 3 émet en ladin 10 minutes par semaine et 30 minutes toutes les trois semaines. Le reste des émissions est en italien et en allemand. La chaîne suisse SRG émet également en romanche des Grisons. Aucun film n'est doublé en ladin.

De manière générale, le ladin des médias officiels est compris sans difficulté malgré l'absence de koinè.

Logiciel et matériel informatiques

Il n'existe pas de logiciels en langue ladine. Lors de l'utilisation des programmes MS-DOS en vente dans le commerce, les lettres ladines typiques c et s, qui portent toutes deux l'accent "´" posent un problème.

[Retour au sommaire]


3.5. Production et industries culturelles

Outre quelques petits écrits et brochures en ladin, 22 livres ont été publiés en 1990, 20 en 1991 et 26 en 1992. La production ladine compte des manuels scolaires, des livres pour enfants et des recueils de poèmes ainsi que des oeuvres romanesques et des ouvrages spécialisés. Comme ces livres sont publiés dans les dialectes des différentes vallées, le tirage est limité et se situe généralement entre 100 et 400 exemplaires.

Plusieurs chorales s'illustrent dans le domaine de la musique populaire. Citons notamment les choeurs Val Fassa, Enrosadira et Anton Bruckner. Le ladin s'est également imposé dans le rock et la musique pop avec les interprètes Alexander et Acajo, qui ont tous deux enregistré des cassettes ou des disques compacts. Le groupe ladin Marascogn joue de la musique instrumentale avec des instruments traditionnels de la région. Une tournée des auteurs-compositeurs-interprètes, le Ladiniatour, se déroule une fois par an. Les Dis Culturai (Journées culturelles), le Dé la Cianta ladina (Journée de la chanson ladine) et le concours littéraire Cortina sont organisés à intervalles variables.

Protégées par le statut d'autonomie ou la loi de 1993, cinq troupes de théâtre sont présentes dans le Val Badia, deux dans le Val Gardena et une à Ampezzo. Elles reçoivent une aide financière des provinces en vertu des dispositions légales mentionnées.

Des organisations culturelles indépendantes établies dans les différentes provinces jouent aussi un grand rôle dans la vie culturelle des Ladins. Pour le Val di Fassa, il convient de mentionner les groupes folkloriques Alba, Schuhplattler et Das lustige Musikanten Sextett. Dans la province de Bolzano, ces organisations sont le Kulturverein St. Ulrich, la Comunanza Ladina a Bulsan &endash; Bozen, l'Union di Ladins in St. Ulrich und Abtei, l'Uniun Scriturs Ladins et l'Union Generala di ladins dla Dolomites. Cette dernière se veut la représentante des intérêts culturels de toutes les vallées des Dolomites, en particulier grâce à sa revue Usc di Ladins. Toutefois, la vie culturelle n'a connu son premier élan véritable qu'avec la création de l'institut culturel ladin Micurà de Rü à San Martino in Badia, dans la province de Bolzano. Les Ladins de la province de Belluno, qui, sous certaines réserves, peuvent être qualifiés de groupe linguistique ladin, possèdent les associations culturelles suivantes : Folkloregruppe I Legar, Fodom (chorale ladine), le groupe culturel de Dosoledo et le groupe culturel de Costalta, qui présente des spectacles de chant et de théâtre.

Comme le gouvernement central n'est pas compétent pour la culture, son soutien est inexistant. L'aide des pouvoirs régionaux est accordée selon les modalités prévues dans les textes légaux que nous avons cités.

[Retour au sommaire]


3.6. Le monde des affaires

Dans la zone ladine de la province de Bolzano, la connaissance de la langue constitue un avantage, voire une condition de recrutement pour quelques fonctions des services publics. Au cours des dernières années, des emplois ont été créés tout spécialement pour les ladinophones dans l'administration, les institutions culturelles, l'enseignement et le secteur de la santé, comme l'exigent le statut d'autonomie de la province de Bolzano et la loi de 1993 pour la province de Trente. Dans les autres vallées, la connaissance du ladin est un atout, mais elle n'est pas une condition requise.

Les campagnes publicitaires visuelles en ladin sont peu courantes. Les stations de radio ladines diffusent la plupart des messages publicitaires en ladin alors qu'il n'y a aucune publicité dans cette langue à la télévision. Les publicités des magazines ladins sont rédigées exclusivement en ladin.

À notre connaissance, il n'existe pas d'informations à l'usage des consommateurs en langue ladine.

[Retour au sommaire]


3.7. Usage familial et social de la langue

En ce qui concerne l'usage du ladin dans les domaines informels et semi-officiels, nous disposons uniquement des résultats d'enquêtes réalisées dans les années 70 et nous ne les mentionnerons donc pas. Pour des données plus récentes, nous renvoyons à l'enquête du groupe Euromosaic.

L'emploi du ladin dans le cercle familial varie considérablement d'une vallée à l'autre. De manière générale, la situation s'est considérablement détériorée dans le Val di Fassa et à Cortina. Par contre, le ladin est toujours très présent dans les familles de Livinallongo et du Val Badia.

C'est à la suite des Jeux olympiques d'hiver de 1956 que Cortina a pris ses distances avec le ladin. Dans le Val Gardena, la « déladinisation » avait déjà commencé au début du siècle. Pendant l'époque fasciste, des raisons politiques ont également contribué à l'éviction du ladin au profit d'autres langues.

La plupart des mariages sont contractés à l'intérieur de la communauté ladinophone. Dans les régions touristiques, les contacts entre les ladinophones et les locuteurs d'autres langues sont plus fréquents. De manière générale, on constate un accroissement des relations plurilingues.

D'après une enquête réalisée en décembre 1978, 84,9 % des Ladins du Val Badia et 69,4 % des Ladins du Val Gardena assistent régulièrement aux offices religieux. Selon certaines estimations, il en va de même pour 70 à 75 % des Ladins du Val di Fassa et de Livinallongo, la proportion de pratiquants étant largement inférieure à Cortina. Dans la province de Bolzano, tous les membres du clergé sont ladinophones et près de la moitié des offices se déroulent en ladin. Pour les cérémonies, les fidèles ont le libre choix de la langue. Dans les autres vallées, la langue ladine n'est que sporadiquement, voire jamais utilisée dans la pratique religieuse. Depuis 1984, il existe un livre de prières en ladin et une traduction de l'Évangile selon saint Marc a également été publiée. Pour le Val Badia, des missels catholiques, trois Évangiles et les parties de l'Ancien Testament qui apparaissent dans la liturgie ont été traduits mais n'ont pas encore été publiés. Deux livres liturgiques ont été imprimés dans le Val Badia : Ladlun l' Signur (1984) et Ciantun y periun deboriada (1992). Des textes destinés à un livre liturgique ont également été rédigés dans le Val Gardena, mais ils n'ont pas encore été publiés.

Selon divers témoins privilégiés, la connaissance du ladin est considérée comme très importante par ses locuteurs et comme « relativement importante » par les usagers d'autres langues. Ces avis varient considérablement d'une vallée à l'autre. D'après les témoignages reçus, les jeunes connaissent certes moins bien le ladin que la génération de leurs parents, mais ils sont généralement motivés pour l'apprendre et pour le parler (sauf à Cortina). Les non-locuteurs apprennent très souvent le ladin dans le Val Badia, souvent dans le Val Gardena, mais rarement dans les autres vallées.

[Retour au sommaire]


3.8. Echanges transfrontaliers

Les Ladins de la région entretiennent des relations culturelles avec ceux des Grisons. La première rencontre interladine s'est déroulée à Ortisei en 1954 ; d'autres ont suivi en 1955, 1958, 1962, 1966, 1972 et 1980. Des contacts étroits ont également été établis avec l'Association internationale pour la défense des langues et cultures menacées (AIDLCM) et l'Union fédéraliste des communautés ethniques européennes (UFCE).

[Retour au sommaire]


4. Conclusion

Selon les données les plus récentes, la minorité ladine peut être considérée comme un groupe très dynamique dans les provinces de Trente et de Bolzano. Cette vitalité est principalement due à la stabilité économique, à la loi sur l'autonomie pour la province de Bolzano et à la loi du 3 décembre 1993 pour la province de Trente ainsi qu'au choix judicieux d'un enseignement dispensé dans les deux langues dominantes, l'italien et l'allemand, avec deux heures de cours de ladin dans la province de Bolzano. Si la situation du ladin semble relativement stable dans ces provinces, elle est moins favorable dans la province de Belluno.

[Retour au sommaire]

©Euromosaic