Le luxembourgeois au Luxembourg
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Research Centre of Multilingualism
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Le luxembourgeois au Luxembourg
  1. Introduction à la langue
  2. La langue dans le pays où elle est parlée
    1. Données générales sur la communauté linguistique
    2. Description géographique, démographique et linguistique
    3. Histoire générale du pays et de la langue
    4. Statut juridique et politique officielle
  3. Présence et usage de la langue par domaines
    1. Enseignement
    2. Autorités judiciaires
    3. Autorités et services publics
    4. Masse média et technologies de l'information
    5. Production et industries culturelles
    6. Le monde des affaires
    7. Usage familial et social de la langue
    8. Echanges transfrontaliers
  4. Conclusion


1. Introduction à la langue

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2. La langue dans le pays où elle est parlée

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2.1. Données générales sur la Communauté linguistique

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2.2. Description géographique, démographique et linguistique

Le luxembourgeois est parlé dans l'ensemble du Grand-Duché de Luxembourg, à l'exception de la cité de Lasauvage, où vivent des ouvriers mineurs. Outre le luxembourgeois, seule langue nationale, l'allemand et le français sont les deux autres langues officielles du pays. Le Grand-Duché de Luxembourg couvre une superficie de 2 586 km², ce qui en fait le plus petit État membre de l'Union européenne. Sa frontière occidentale, avec le Royaume de Belgique, correspond pour les trois quarts à la frontière linguistique entre le roman et le germanique. À l'est, le Luxembourg a une frontière commune avec la République fédérale d'Allemagne et au sud avec la République française. D'un point de vue géographique, le territoire est divisé en deux régions : l'Ösling au nord (32 % de la superficie du pays) et le Gutland (« bon pays »), plus plat, au sud (68 % de la superficie du pays).

Selon la Constitution de 1868, le Grand-Duché de Luxembourg est une monarchie constitutionnelle héréditaire gouvernée selon les principes de la démocratie parlementaire. Le pays se compose de trois districts (Luxembourg, Diekirch et Grevenmacher) subdivisés en 12 cantons et 118 communes. Les districts sont administrés par des fonctionnaires publics, les communes par des bourgmestres et échevins désignés ainsi que par des conseillers communaux élus.

Dans la langue populaire du Grand-Duché, le luxembourgeois porte le nom de Lëtzebuergesch. Il appartient à la famille des langues germaniques, au groupe du moyen allemand et au sous-groupe du francique mosellan occidental. Le luxembourgeois se subdivise en deux dialectes, celui du Sud, très influencé par l'alémanique, et celui de l'Ösling, très influencé par le ripuaire. Par ailleurs, le luxembourgeois possède une orthographe officielle qui n'est que partiellement utilisée ainsi qu'une grammaire descriptive très sommaire dépourvue du caractère normatif qui semble indispensable au maintien du luxembourgeois à côté des deux autres langues officielles.

Selon une enquête réalisée en 1992 par le Service central de la statistique et des études économiques, l'ensemble du territoire compte environ 400 000 habitants. Au cours des 30 dernières années, la population s'est accrue de quelque 75 000 personnes (314 889 au 31 décembre 1960 - 339 841 au 31 décembre 1970 - 389 800 au 31 décembre 1991). Le Luxembourg se caractérise en outre par une forte proportion d'étrangers, qui est passée de 10 % en 1948 à 30,3 % en 1993.

Aucun mouvement d'émigration important n'a été enregistré au cours de ce siècle alors que l'immigration était en progression sensible. La première vague d'immigration a eu lieu à la fin du XIXe siècle (industrialisation) et la seconde entre 1965 et 1975. Toutes deux sont dues à l'implantation de nouvelles industries et à la création d'emplois qui en a résulté dans le secteur des services.

Au Grand-Duché de Luxembourg, 47 % de la population vit dans des régions rurales, 18 % dans des zones semi-urbaines, 15 % dans des villes de taille réduite ou moyenne et 20 % dans des grandes villes.

Sur la base d'estimations (nombre de naissances par nationalité) et de données du Service central de la statistique et des études économiques, quelque 270 000 personnes ont appris le luxembourgeois comme première langue et environ 350 000 personnes le parlent quotidiennement, soit 75,2 % de la population. Le nombre de locuteurs de langue maternelle a légèrement diminué alors que la proportion de non-Luxembourgeois qui apprennent et parlent la langue a augmenté.

En 1991, 3,5 % de la population était occupée dans l'agriculture, 28 % dans l'industrie et 68,5 % dans le secteur des services. Le niveau de vie du Luxembourg est relativement élevé par rapport à celui des autres États membres de l'Union européenne. Le PIB par habitant aux prix du marché atteint quelque 18 000 écus, soit 11 % du PIB total de l'Union européenne.

C'est surtout dans les entreprises de services et dans les contacts directs avec la clientèle et la population que la maîtrise de la langue luxembourgeoise représente un grand avantage, voire une nécessité. Le luxembourgeois suscite un intérêt croissant parmi les immigrants (des cours sont demandés et proposés un peu partout). Dans les régions voisines (de Belgique et de France), de nombreux frontaliers qui viennent travailler chaque jour au Grand-Duché manifestent eux aussi de plus en plus d'engouement pour la langue.

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2.3. Histoire générale du pays et de la langue

Le luxembourgeois est la langue parlée dans la vie courante sur l'ensemble du territoire. Sa première trace écrite figure dans un acte de 963, où Luxembourg apparaît sous le nom de Lutzelburg. Quelle que soit son origine sociale, chaque Luxembourgeois parle son dialecte, qui est pour lui une sorte de langue standard, et ce, dans toutes les situations de la vie privée et dans la plupart des contacts publics. Néanmoins, l'allemand et le français jouent un rôle complémentaire pour les sujets d'un niveau intellectuel plus élevé ainsi que dans les techniques et l'administration. Ce « bilinguisme » repose sur une tradition vieille de plusieurs siècles. Dès le XIIe siècle, le comté de Luxembourg possédait un Quartier allemand et un Quartier wallon. Avec l'acquisition du pays par les Bourguignons (1443-1477), le français s'est néanmoins imposé comme langue nationale officielle. Cette situation s'est maintenue au fil des siècles sous la domination des Habsbourgs (1477-1684), des Français (1684-1697), des Espagnols (1701-1704) et des Autrichiens (1714-1719). À la suite du Congrès de Vienne, en 1815, le pays est devenu, du moins théoriquement, un État indépendant. Après avoir emboité le pas à la Révolution belge, le Luxembourg a été divisé en deux (1839). Le Quartier wallon et la région d'Arlon ont été cédés à la Belgique alors que le Quartier allemand accédait pour la première fois à l'indépendance politique. L'année 1939 a été marquée par les cérémonies du 100e anniversaire du traité de Londres, au cours desquelles on a tenté consciemment de créer un sentiment national luxembourgeois.

Comme l'existence du luxembourgeois n'est manifestement pas menacée, les activités d'organisations comme l'Actioun Lëtzebuergesch portent sur le développement et le maintien de la pureté de la langue.

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2.4. Statut juridique et politique officielle

Le luxembourgeois est reconnu en tant que langue par les institutions centrales du Grand-Duché. Aux termes de la loi linguistique de 1984, la langue nationale du pays est le luxembourgeois et celle de la législation, le français. Dans l'administration et le domaine judiciaire, l'usage des trois langues - luxembourgeois, français et allemand - est possible. L'article premier ("Langue nationale") de la loi du 24 février 1984 sur le régime des langues stipule que "la langue nationale des Luxembourgeois est le luxembourgeois".

La distinction entre langues officielles et langues nationales est comparable à la situation suisse. Elle est destinée à renforcer la position du luxembourgeois sans mettre inutilement en cause celle des deux autres langues.

En fin de compte, cette loi marque l'aboutissement des efforts de consolidation du luxembourgeois dans le pays qui ont débuté par le mouvement contre la politique d'occupation de l'Allemagne nazie. Auparavant, le luxembourgeois ne jouissait pas d'un statut égal à celui de l'allemand et du français, alors que le libre choix de la langue existe en principe depuis 1848 et qu'il a été maintenu lors de la révision constitutionnelle de 1948. Après la guerre, l'allemand a perdu une grande partie de son prestige, mais des raisons pragmatiques ont empêché sa suppression en tant que langue officielle. Faire du français la seule langue officielle revenait à ignorer les faits linguistiques, en raison notamment de l'intérêt croissant suscité par le luxembourgeois. À cette époque, il pouvait certes remplacer l'allemand dans les échanges verbaux au Parlement, mais il n'était pas suffisamment étoffé pour constituer une langue officielle.

Selon les témoins privilégiés interrogés par le groupe Euromosaic, les pouvoirs publics apportent un soutien suffisant à la langue. Notons cependant que la politique linguistique actuelle recueille davantage de critiques dans le domaine de l'enseignement et de la linguistique.

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3. Présence et usage du luxembourgeois par domaine

3.1. Enseignement

L'atout du luxembourgeois réside dans l'enseignement primaire, pour lequel l'article 23 de la loi scolaire précise clairement que "L'enseignement du luxembourgeois figure comme branche d'enseignement obligatoire dans les programmes de l'école primaire luxembourgeoise".

Cette disposition explique pourquoi le luxembourgeois est la langue obligatoire et principale des 8 354 enfants de l'ensemble des écoles maternelles, à l'exception de quelques écoles privées.

Dans l'ensemble des écoles primaires (six ans), le luxembourgeois est une matière obligatoire (une demi-heure de cours par semaine). C'est également la langue usuelle de 26 612 élèves ainsi que la langue dans laquelle sont enseignées certaines parties de plusieurs matières. Un grand nombre de livres en luxembourgeois sont disponibles pour chaque tranche d'âge. Ces dix dernières années, l'utilisation de la langue s'est considérablement renforcée.

Le luxembourgeois est une matière obligatoire (une heure par semaine) pour les 18 801 élèves de première année de tous les établissements d'enseignement secondaire général. Depuis l'année scolaire 1992/93, un cours facultatif de civilisation luxembourgeoise est également proposé dans les deux dernières années du cycle supérieur. Dans les 7e, 8e et 9e années de l'enseignement complémentaire, un cours de luxembourgeois est dispensé à raison d'une heure par semaine. Dans l'enseignement secondaire technique, les élèves de première année (7e) reçoivent une heure de luxembourgeois par semaine et ceux de deuxième année, une demi-heure. En troisième année, l'enseignement du luxembourgeois est intégré dans les cours d'allemand pour disparaître entièrement dans les années supérieures. De manière générale, il existe peu de manuels scolaires en luxembourgeois (en majorité pour la langue) à l'usage de l'enseignement secondaire. L'importance de la langue est restée pratiquement constante au cours des dix dernières années. En fait, son rôle se limite presque exclusivement au langage courant entre élèves ainsi qu'entre élèves et enseignants.

Si l'on fait abstraction de l'Institut supérieur d'études et de recherches pédagogiques (ISERP) de Walferdange, le luxembourgeois n'est pas utilisé dans les universités ou les autres établissements d'enseignement supérieur (sauf pour les contacts informels). Pendant la deuxième année des études d'instituteur d'école primaire, le luxembourgeois est une matière obligatoire dispensée à raison d'une heure par semaine. La littérature luxembourgeoise et l'histoire de la langue sont également des matières obligatoires dans la formation des professeurs de l'enseignement complémentaire.

Dans le cadre des formations pour adultes et de la formation permanente, le gouvernement luxembourgeois propose des cours qui se donnent essentiellement en luxembourgeois. Il est également possible de suivre un cours de langue luxembourgeoise.

En outre, le gouvernement a pris une série de dispositions pour améliorer les connaissances des enseignants sur les politiques linguistiques spécifiques par le biais d'une formation ou d'un perfectionnement adéquat.

Le luxembourgeois est également enseigné à titre expérimental dans certaines écoles de la région frontalière belge et française et est proposé dans le cadre de cours du soir et au sein d'instituts de langue.

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3.2. Autorités judiciaires

La langue luxembourgeoise peut être utilisée devant les tribunaux et elle l'est principalement dans les contacts verbaux. Le courrier intérieur est généralement rédigé en allemand ou en français. Depuis la loi linguistique de 1984, l'emploi du luxembourgeois est toutefois admis dans les actes administratifs et les règlements communaux. Néanmoins, seul le français, langue de la législation luxembourgeoise, possède une validité juridique pleine et exclusive.

L'article 2 ("Langue de la législation") de la loi linguistique de 1984 stipule que "les actes législatifs et leurs règlements d'exécution sont rédigés en français. Lorsque les actes législatifs et réglementaires sont accompagnés d'une traduction, seul le texte français fait foi".

Comme le luxembourgeois est la langue nationale, une personne assignée au tribunal peut toujours s'exprimer dans cette langue. Néanmoins, lors d'un procès pénal, le juge ne s'adressera à un inculpé en luxembourgeois que si celui-ci est un ressortissant du Grand-Duché. Les témoins déposent en luxembourgeois. Toutes les autres personnes s'expriment en luxembourgeois ou en français. Le réquisitoire, le plaidoyer et la procédure se déroulent en français. Toutefois, le prononcé du jugement et le procès-verbal peuvent se faire aussi bien en allemand qu'en français.

Même si l'avocat parle le luxembourgeois, il a le choix entre cette langue et le français pour son plaidoyer. La plupart des juges luxembourgeois maîtrisent aussi la langue nationale. Les dépositions et requêtes orales ou écrites en luxembourgeois sont admises et valides. Les actes de procédure judiciaire sont rédigés en français ou en allemand.

Dans les procès civils, le français est en principe utilisé pour les audiences, les plaidoiries et le prononcé du jugement. Comme dans les procédures pénales, le juge interroge les témoins luxembourgeois dans leur langue.

Ces dix dernières années, l'emploi du luxembourgeois dans le cadre judiciaire n'a connu aucun changement.

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3.3. Autorités et services publics

À la Chambre des députés, la plupart des débats se déroulent en luxembourgeois. Seules les interventions standardisées se font en français, par exemple lorsque le président passe la parole à un député. L'allemand a presque entièrement disparu en tant que langue de débat et de rédaction des procès-verbaux. Les comptes rendus des débats adressés régulièrement aux administrations concernées sont rédigés dans la langue de l'orateur.

Le luxembourgeois est peu utilisé dans les contacts entre l'administration centrale et la population. La plupart des documents sont rédigés en français, parfois aussi en français et en allemand. Dans certains cas, le luxembourgeois peut s'ajouter à ces deux langues.

Selon des témoins privilégiés, le luxembourgeois est admis sans réserve dans les contacts entre l'administration centrale et la population. Ils soulignent également que le luxembourgeois est la langue principale dans les échanges verbaux.

Voici des extraits des articles 3 et 4 ("Langues administratives et judiciaires") de la loi linguistique à ce propos:

Art. 3

"En matière administrative, contentieuse ou non-contentieuse, et en matière judiciaire, il peut être fait usage des langues française, allemande ou luxembourgeoise, sans préjudice des dispositions spéciales concernant certaines matières."

Art. 4

"Lorsqu'une requête est rédigée en luxembourgeois, en français ou en allemand, l'administration doit se servir, dans la mesure du possible, pour sa réponse, de la langue choisie par le requérant."

Selon des témoins privilégiés, le luxembourgeois est admis sans réserve dans les contacts entre l'administration régionale et la population. Ils soulignent également que le luxembourgeois est la langue principale dans les échanges verbaux. Cette situation ne pose aucun problème au niveau des administrations locales.

Le gouvernement veille à ce que les employés des administrations s'expriment en luxembourgeois avec les ressortissants du Grand-Duché. Ces derniers peuvent remettre des documents et introduire des demandes orales ou écrites en luxembourgeois et recevoir une réponse dans cette langue. Toutefois, il n'existe que peu de textes et formulaires administratifs en luxembourgeois.

Dans le cadre des services publics, le gouvernement autorise les personnes de langue luxembourgeoise à formuler leurs demandes de renseignements en luxembourgeois et autorise les administrations à y répondre dans cette langue. Il garantit également la prise en compte de la connaissance de la langue luxembourgeoise lors de l'engagement de fonctionnaires ainsi que dans les cours de formation et de perfectionnement.

Généralement, les services proposés au Luxembourg le sont dans une seule langue, le français. Un examen plus attentif de la situation permet de dégager les spécificités suivantes. L'annuaire téléphonique est rédigé en allemand et en français, mais il renferme une liste trilingue des localités. La plupart du temps, les factures d'électricité ainsi que les panneaux indicateurs des hôpitaux, des bureaux de poste et des commissariats de police locaux sont rédigés exclusivement en français.

Les formes traditionnelles et correctes des noms de localité en luxembourgeois sont généralement acceptées par les pouvoirs publics. Ainsi, les toponymes sont consignés en luxembourgeois depuis peu dans les bureaux du cadastre. Il en va de même pour les prénoms et les patronymes.

En ce qui concerne la signalisation routière, on observe ce qui suit : les panneaux situés à l'entrée du conseil communal sont rédigés uniquement en français, de même que les panneaux indiquant l'école locale, etc. Le nom de la ville et des villes voisines est inscrit en français et en luxembourgeois sur les panneaux de signalisation. Depuis les années 70, de nombreux noms de rue en français ont été remplacés par des désignations luxembourgeoises.

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3.4. Mass médias et technologies de l'information

La loi autorise l'utilisation du luxembourgeois dans les médias. Celle-ci est d'ailleurs encouragée officiellement par une aide financière ou une autre forme de soutien. La presse est en principe plurilingue, mais en réalité, elle est clairement dominée par l'allemand.

Presse quotidienne

Il existe quatre quotidiens au Luxembourg: le Luxemburger Wort, le Tageblatt, le Lëtzebuerger Journal et le Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek. Le luxembourgeois est de plus en plus employé dans le courrier des lecteurs, les petites annonces, la publicité ou d'autres communications privées et personnelles alors que les textes proprement dits en luxembourgeois ne représentent que 2 % du contenu des journaux. Plus de 4/5e des articles (82 %) sont écrits en allemand, ce qui est largement supérieur à la production française, qui se hisse en deuxième place avec à peine 1/6e du total (16 %). Les autorités accordent un soutien financier régulier aux quotidiens.

L'analyse de deux de ces quotidiens, le Luxemburger Wort et le Tageblatt, permet de dégager les données suivantes (en %) sur l'emploi du luxembourgeois :

Première page 0,1 %, éditoriaux 0,0 %, informations étrangères 0,0 %, nouvelles intérieures 0,0 %, culture 0,8 %, sport 0,0 %, nouvelles locales 6,1 %, annonces de manifestations diverses 50,6 %, offres d'emploi 1,9 %, annonces publicitaires 9,5 %, faire-parts de naissance 81,8 %, faire-parts de mariage 80,1 % et nécrologie 52,8 %.

Presse hebdomadaire

La seule revue rédigée exclusivement en luxembourgeois est Eis Sprooch, publiée par l'Actioun Lëtzebuergesch.

Radio

Jusqu'au 21 juillet 1992, RTL 92,5 était la seule station privée à émettre en langue luxembourgeoise. Depuis lors, la loi sur les médias du 27 juillet 1991 a autorisé la mise en place d'une série d'émetteurs privés régionaux et locaux. Seules les stations de radio officielles sont subventionnées par les pouvoirs publics ; les autres financent leurs activités par la publicité.

Un an après le vote de la loi sur les médias, quatre fréquences régionales ont été attribuées à diverses sociétés d'exploitation. La Société de radiodiffusion luxembourgeoise exploite la station de radio De neie Radio, qui diffuse un programme complet 24 heures sur 24 en langue luxembourgeoise. La société Luxradio exploite Eldoradio, station qui propose des émissions musicales et des programmes en luxembourgeois pour les jeunes. Alter Echos exploite la radio Ara, qui diffuse ses émissions musicales et culturelles uniquement en luxembourgeois. La quatrième fréquence a été octroyée à une société qui s'adresse aux travailleurs émigrés du Luxembourg.

Télévision

Les habitants du Luxembourg captent les chaînes allemandes, françaises et belges ainsi que quelques chaînes néerlandaises, italiennes, anglaises, espagnoles et américaines. RTL Hei Elei (chaîne privée) est la seule à diffuser des émissions en luxembourgeois pendant environ deux heures par jour et environ quatre heures le dimanche. Des téléfilms sont produits en luxembourgeois. Les films étrangers ne sont pas doublés.

Généralement, les émissions en luxembourgeois sont comprises sans difficulté par l'ensemble de la population.

Logiciel et matériel informatiques

Les caractères luxembourgeois ne peuvent être tapés tels quels sur les claviers des ordinateurs personnels et de plus gros systèmes.

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3.5. Production et industries culturelles

Jusqu'au XIXe siècle, il n'existait pas de langue luxembourgeoise écrite. Il a fallu attendre 1829 pour que paraisse le premier livre entièrement écrit en luxembourgeois. Il s'agit du petit recueil de poèmes E Schrék op de Lëtzebuerger Parnassus d'Anton Meyer. Durant le reste du siècle, la littérature en luxembourgeois s'est limitée presque exclusivement à la poésie et à la comédie. La première moitié du XXe siècle s'est caractérisée par une production romanesque intense suivie d'un arrêt de vingt ans de la production littéraire, qui a pris fin au début des années 70. Les romans les plus récents en luxembourgeois sont Grouss Kavalkad (1988) de Guy Rewenig, Frascht (1990) de Nico Helminger, Schacko Klak (1988) et De Papagei am Käschtebam (1991) de Roger Manderscheid (1988 et 1991).

Des ouvrages spécialisés en langue luxembourgeoise sont disponibles depuis les années 80. Ainsi, deux ouvrages spécialisés qui sortent du cadre de l'étude des spécificités régionales, auxquelles sont consacrées beaucoup plus de publications en luxembourgeois, ont paru en 1992 : Een Duerf-gëschter, haut...a muer. D'Entwécklung vun eisen Deerfer unhand vun enger Kuurzbeschreiwung de Marco Schank.

Outre les manuels existants (Lëtzebuergesch an der Schoul pour l'enseignement primaire et Lëtzebuergesch Texter pour le secondaire), les manuels scolaires et didactiques suivants ont été publiés en langue luxembourgeoise en 1992 : Yupiii, mir léiere lëtzebuergesch schreiwen de Pit Hoerold et L wéi Lëtzebuergesch, Lëtzebuergesch fir all dag par le Centre des langues du Ministère de l'Éducation nationale.

Ces dernières années, on a constaté que certains jeunes lecteurs ne maîtrisaient pas encore tout à fait l'allemand et le français et qu'ils étaient donc très intéressés par les textes traduits en luxembourgeois. Parmi les ouvrages traduits récemment dans le domaine de la littérature pour enfants et adolescents, citons notamment : Verziel mir eng Geschicht (1991) de Renée Estgen-Mertens, Eng Bäckeschdose Märecher (1992) de Claude Uhres, Kolobri-Kolibra (1993) de Guy Rewenig. Dans les autres genres littéraires, pas moins de cinq traductions ont été réalisées en 1991. La version luxembourgeoise d'un conte d'Andersen a été publiée en 1993.

Le livre Planzen, Déiren a Steng, mäin éischt Bestëmmungsbuch, destiné aux élèves de l'école primaire, présente les noms allemands et français de la plupart des plantes, animaux et roches du Luxembourg aux côtés de leur désignation luxembourgeoise.

Dans le domaine des livres de contes, de jeu, de coloriage, de chant et de prières en luxembourgeois, quatre ouvrages ont été publiés en 1992. Nous en mentionnerons deux : Dicks op de René Kartheiser et Marcel Weyland et Zebra Tscherry de Guy Rewenig. Divers albums de bandes dessinées ont également paru en luxembourgeois.

Les oeuvres en luxembourgeois sont très rarement traduites dans d'autres langues. Il convient de signaler la publication à Moscou, en 1988, de Poezija Ljuksemburga, une anthologie de poètes luxembourgeois qui présente notamment 71 poèmes traduits en russe. Depuis 1994, il existe également des traductions d'oeuvres luxembourgeoises en chinois.

C'est en 1855 que Dicks a écrit De Scholdschäën, la première comédie en luxembourgeois. Depuis 1950, plusieurs troupes de théâtre reconnues ont vu le jour, tel que le Théâtre Ouvert du Luxembourg. Chaque année, une pièce en luxembourgeois est également présentée lors du Festival international de théâtre de Wiltz. Les troupes d'amateurs travaillent le plus souvent dans les trois langues, mais aucune oeuvre dramatique de la littérature mondiale n'est mise en scène dans une version luxembourgeoise. Néanmoins, c'est la constitution de troupes d'amateurs qui a permis à la production théâtrale récente de donner de nombreuses représentations en luxembourgeois. La dernière pièce produite en luxembourgeois est E Stéck Streisel en 1991. Le théâtre populaire, qui s'appuie sur une longue tradition, propose également des oeuvres en luxembourgeois.

Jusqu'au début des années 80, la production cinématographique en langue luxembourgeoise se limitait aux documentaires. Le premier long métrage en luxembourgeois a vu le jour en 1981 sous le titre Waat huet e gesoet. En 1990, le roman Schacko Klak de Roger Manderscheid a été porté à l'écran sous le même nom. En 1992, Pol Cruchten a tourné le film Hochzäitsnuecht et Paul Scheuer Dammentour. Toutefois, aucun film en luxembourgeois n'a été réalisé à l'étranger. Le premier film doublé en luxembourgeois a été présenté sur les écrans du Grand-Duché en 1991. Il s'agit du film danois Hoppla Mamma-mia d'Erik Clausen, qui s'adresse aux familles et aux enfants.

Les Journées de la poésie (qui réunissent des auteurs du Luxembourg et de l'étranger) sont un volet important de la vie culturelle du Grand-Duché, mais elles ne portent pas seulement sur des oeuvres en luxembourgeois.

Dans le domaine musical, il convient de citer le groupe de rock Cool Feet et le groupe de musique populaire traditionnelle Dullemagik, qui ont chacun enregistré au moins un disque au cours des cinq dernières années. Le luxembourgeois est également mis à l'honneur dans des productions récentes appartenant aux genres suivants : pièces radiophoniques, chansons enfantines, chants de Noël, contes, histoires pour enfants et programmes didactiques.

La majorité des témoins privilégiés interrogés par le groupe Euromosaic estiment que le soutien du gouvernement central aux activités, manifestations et organismes culturels est pratiquement inexistant.

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3.6. Le monde des affaires

Pour la plupart des emplois, la connaissance de la langue luxembourgeoise est un atout. Dans toutes les activités qui impliquent un contact direct avec la clientèle, des postes sont réservés aux personnes qui parlent le luxembourgeois.

Que ce soit dans la rue ou dans les médias audiovisuels, la publicité est présentée pour l'essentiel en luxembourgeois. Presque tous les produits comportent des mentions et des informations en français, en allemand et en anglais.

L'utilisation de dénominations officielles en luxembourgeois pour les nouveaux magasins est une innovation récente : Wollbuttek, Bicherbuttek, Plakkebuttek, De Schnékert, Bicherbuttek&Reesbüro, etc.

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3.7. Usage familial et social de la langue

De l'avis de témoins privilégiés, tous les parents parlent le luxembourgeois avec leurs enfants. Selon les mêmes sources, les jeunes Luxembourgeois nouent leurs contacts sociaux en luxembourgeois ou en français.

D'après des estimations officieuses, quelque 70 % des locuteurs du luxembourgeois épousent des usagers de cette langue.

On n'observe aucune différence fondamentale entre les sexes en ce qui concerne l'emploi de la langue luxembourgeoise. En outre, les parents utilisent la langue de la même manière à l'égard de leurs fils et de leurs filles. Aucune connotation sociale particulière n'est attachée à la pratique du luxembourgeois. Toutefois, il n'en va pas de même lorsqu'on examine les dialectes cités plus haut. Les dialectes de l'Ösling sont considérés comme « rustres », ce qui tient aux structures agricoles pauvres de la région. C'est ainsi que les auteurs luxembourgeois se servent souvent de ces patois pour produire un effet comique. Quant aux parlers du Sud hautement industrialisé, ils passent pour « traînants, grossiers et laids ». En fin de compte, c'est la « langue commune » (koinè), employée notamment par le poète national Dicks (Edmond de la Fontaine, 1823-1891) et par Michael Lentz (1820-1893), qui jouit du plus grand prestige.

Plus de 95 % des personnes qui parlent le luxembourgeois sont catholiques. Environ 30 % d'entre elles vont régulièrement à la messe. Tous les membres du clergé connaissent la langue et la quasi-totalité des offices se déroulent en luxembourgeois. Lors de cérémonies telles que les mariages, les enterrements, etc., la famille a le libre choix de la langue. Il existe des traductions partielles de l'Ancien et du Nouveau Testament en luxembourgeois tandis que le livre de prières est trilingue.

Les locuteurs sont optimistes en ce qui concerne l'avenir du luxembourgeois comme outil de communication. En effet, il est de plus en plus présent dans la société. La prise de conscience des spécificités de la langue se développe tout particulièrement chez les jeunes, qui l'utilisent aussi de plus en plus souvent. Les locuteurs considèrent la connaissance de leur langue comme très utile pour l'avenir alors que les usagers d'autres langues la jugent relativement utile. Toutefois, seule la maîtrise des deux autres langues, le français et l'allemand, peut permettre d'accéder à une position sociale plus élevée.

Selon les témoins privilégiés, les jeunes parlent la langue tout aussi bien que la génération de leurs parents. Environ 30 % des non-locuteurs apprennent le luxembourgeois et l'utilisent activement. Le pourcentage de personnes qui ont une connaissance passive de la langue est encore plus élevé.

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3.8. Echanges transfrontaliers

Il existait et il existe toujours des contacts transnationaux à caractère privé.

Le gouvernement exploite très peu les possibilités qu'offrent les accords bilatéraux et multilatéraux conclus avec d'autres États en vue de promouvoir le luxembourgeois à l'étranger.

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4. Conclusion

Grâce à la reconnaissance du luxembourgeois comme langue nationale, un grand pas a été accompli dans la préservation de cette langue. Outre son statut légal, la forte présence du luxembourgeois dans l'enseignement primaire joue un rôle déterminant pour les chances de survie de la langue, qui sont généralement considérées comme bonnes. Les perspectives sont d'autant plus favorables que la production culturelle en luxembourgeois est très intense et que la langue a fait son entrée dans les milieux économiques.

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©Euromosaic

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