L'occitan en Italie
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Institut de Sociolingüística Catalana
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L'occitan en Italie
  1. Introduction à la langue
  2. La langue dans le pays où elle est parlée
    1. Données générales sur la communauté linguistique
    2. Description géographique, démographique et linguistique
    3. Histoire générale de la région et de la langue
    4. Statut juridique et politique officielle
  3. Présence et usage de la langue par domaines
    1. Enseignement
    2. Autorités judiciaires
    3. Autorités et services publics
    4. Masse média et technologies de l'information
    5. Production et industries culturelles
    6. Le monde des affaires
    7. Usage familial et social de la langue
    8. Echanges transfrontaliers
  4. Conclusion


1. Introduction à la langue

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2. La langue dans le pays où elle est parlée

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2.1. Données générales sur la Communauté linguistique

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2.2. Description géographique, démographique et linguistique

L'occitan est parlé en Italie dans quinze vallées alpines du Piémont (dans les provinces de Turin et Cuneo), tandis que certaines d'entre elles se trouvent en Ligurie, et en Calabre (Guardia Piemontese, dans la province de Cosenza). L'établissement d'une communauté occitane en Calabre se doit aux émigrations des Vaudois qui fuyaient les persécutions religieuses des XlIIe et Xlve siècles.

Le territoire occitanophone coïncide avec les vallées les plus hautes des régions alpines, ce qui entraîme un manque presque total de services tels que tribunaux, écoles primaires et secondaires, bureaux de poste, etc.

Les conditions économiques plutôt défavorables ont entraîné que l'émigration vers les vallées occitanes ait été pratiquement nulle au cours de rhistoire. De plus, le manque d'offres d'embauche a provoqué que ces territoires aient connu depuis les années cinquante une très forte diminution de leur population (près de 50%). Un bon exemple de la situation économique de la région est le fait que certaines des localités du nord-ouest de l'Italie se trouvent parmi les plus pauvres du pays et que beaucoup de logements n'ont pas de chauffage central ni salle de bain, voir même, dans certains cas, d'électricité. En outre, il semble que les occitanophones ont une situation économique plus défavorable que leurs concitoyens. Ceci contraste avec la situation de l'ensemble de ces régions, vu que celles-ci occupent les premières places nationales quant au revenu par habitant.

Quant à la distribution géographique des habitants, étant donné qu'il n'existe aucune ville d'importance dans le territoire (grande ou moyenne), plus de 50% de ceux-ci habitent des zones rurales (villages isolés de moins de 1.000 habitants), tandis que le reste vit principalement dans des zones semi-rurales (villages de 1.000 a 10.000 habitants).

En ce qui concerne la démographie linguistique, le manque de données fiables et le fait qu'une partie importante de la population des vallées occitanes ne séjourne pas toute l'année sur le territoire rend difficile le calcul du nombre exact de locuteurs. Les quelque 50.000 personnes qui ont l'occitan pour langue maternelle sur le territoire (pour un nombre total d'habitants de quelque 180.000 personnes) utilisent habituellement celle-ci dans leurs communications quotidiennes. Les chiffres fournis par les autres sources varient entre 35.000 et 80.000 locuteurs d'occitan dans la région. Toutefois, il semble que la plupart des spécialistes coïncide à signaler une forte diminution de l'usage de l'occitan entre les jeunes de moins de 20 ans, vu que seulement 40%-50% d'entre-eux le parlent habituellement.

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2.3. Histoire générale de la région et de la langue

La présence de l'occitan dans le nord-ouest de l'Italie se doit vraisemblablement à des raisons historiques qui remontent aux divisions administratives de l'empire romain. En effet, dès la conquête romaine des Alpes, la frontière entre la Gaule et l'Italie passait par une ligne qui divisait en deux la plaine piémontaise le long des premiers contreforts alpins.

Cette ancienne subdivision territoriale continua à exercer son influence après la chute de l'empire romain d'Occident, soit parce que les états barbares qui s'y installèrent furent de brève durée et n!eurent guère de cohésion interne, soit parce que le processus d'assimilation entres les différents peuples n'eut lieu que bien plus tard.

Au cours du Moyen Age, le Marquisat de Saluzzo, une petite communauté occitane, pu jouir d'une certaine autonomie jusqu'au XVIe siècle, quand il fut conquis par la Savoie.

En ce qui concerne l'histoire de la langue, les XlVe et XVe siècle virent comme la dénommée langue vaudoise (langue en fait artificielle puisqu'elle ne correspond à aucune variante locale spécifique) devint la langue des documents les plus importants de l'Occitanie orientale.

Depuis le XVIe siècle, l'occitan maintient un contact très étroit avec le dialecte piémontais. Ceci a entraîné que l'occitan perde de plus en plus de terrain et se soit réfugié dans les vallées les plus hautes du territoire vu que les vallées les plus basses reçoivent une influence croissante du dialecte piémontais et de l'italien, tandis que dans les vallées moyennes l'influence de ces deux codes commence à se faire sentir dans le lexique et les formes grammaticales de l'occitan.

Il est évident que depuis la scolarisation obligatoire, l'influence de la langue italienne s'est également accrue, de telle manière que depuis une dizaine d'années un nombre croissant de jeunes enfants issus de couples occitanophones possèdent l'italien comme première langue. Malgré cela, les seules polémiques qui ont eu lieu quant à la langue se sont limitées à des questions internes de codification de l'occitan et de toponymie.

Il existe différentes organisations et centres culturels de promotion de la langue occitane, dont CoumboscurolCentre Prouvençal (qui regroupe différentes associations de la minorité occitane d'Italie), Centro Culturaledetto Dalmastro (dans la vallée de Castelmagno), l'organisation politique MAO (Movimento AutonomistaOccitano); Soulestrelh, Rafanhaudo; ValadosUsitanos-; et l'ACOG (Associazione CulturaleOccitano-Guardiola) pour la communauté occitane de Calabre.

Certaines des activités de ces associations ont reçu le soutien de la CE, notamment pour la réalisation d'un documentaire et de deux films à caractère ethnographique, la publication d'un disque de musique traditionnelle; et la célébration d'un concours de composition musicale. En outre, plusieurs chercheurs sont en train d'élaborer un atlas linguistique grâce à un accord de coopération entre l'Université de Turin et le gouvernement régional du Piémont.

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2.4. Statut juridique et politique officielle

L'article 6 de la Constitution italienne prévoit la tutelle de l'Etat sur les différentes minorités linguistiques du pays, bien qu'il semble que cela n'ait pas entraîné de mesures de soutien de la langue occitane. Au cours des années quatre-vingt, la Chambre des Députés étudia un projet de loi plus effectif sur la tutelle des minorités linguistiques, mais celui-ci ne fut jamais approuvé et n'entra donc jamais en vigueur.

Sur le plan régional, les autorités du Piémont accordent un soutien financier limité aux associations occitanes de promotion et défense de l'occitan.

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3. Présence et usage de l'occitan par domaine

3.1. Enseignement

Il n'existe aucune disposition légale réglant la présence de l'occitan dans l'enseignement, ce qui entraîne que l'occitan ne possède aucun statut officiel dans les différents niveaux d'enseignement des vallées alpines (excepté à l'école primaire de Santa Lucia di Monterosso Grana, où l'occitan est enseigné à titre facultatif).

En Calabre, quelques cours facultatifs de langue occitane ont eu lieu dans le passé pour les élèves du cycle supérieur du primaire et du cycle inférieur du secondaire de l'école de Guardia Piemontese (hors de l'horaire scolaire officiel à raison de quatre heures par semaine). Cette initiative reçut quelque soutien des autorités provinciales, de la Comunità Montana dell'Appennino et des autorités locales.

Dans la vallée de Chisone quelques cours facultatifs de langue et de culture locale ont été organisés en-dehors des heures de cours obligatoires. Par ailleurs, l'association Soulestrelh a organisé en 1993, de pair avec la délégation à l'enseignement de Saluzzo, le premier cours de recyclage en langue et culture occitanes pour professeurs.

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3.2. Autorités judiciaires

Selon les spécialistes consultés, la Loi interdit l'utilisation d'une langue autre que l'italien dans les tribunaux.

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3.3. Autorités et services publics

L'occitan n'est jamais utilisé dans les administrations centrale et régionale, bien que dans quelques conseils municipaux certains échevins parlent en occitan (les compte-rendus des sessions se font néanmoins toujours en italien). De nombreux employés publics -surtout dans les bureaux de poste- font un usage oral de l'occitan avec les clients habituels et certaines municipalités ont installé des panneaux donnant la bienvenue en occitan à rentrée des villages (en général aux côtés de l'italien). De nombreuses enseignes d'auberges, restaurants, hôtels, campings, etc. ont leur nom en occitan.

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3.4. Mass médias et technologies de l'information

S'il n'existe pas de presse quotidienne en occitan, en revanche les revues sont nombreuses, dont: Ousitano Vivo (revue politique mensuelle qui utilise l'occitan à 20-30%), Coumboscuro (mensuel dont le contenu est à 20% en langue occitan); Novel Temp (quadrimestriel qui utilise à 20-30% l'occitan); Soulestrelh (quadrimestriel); Valados Usitanos (revue culturelle quadrimestrielle, 20-30% en occitan); La Valaddo (trimestriel, 50% en occitan); R Nid'Aiigura (revue semestrielle, 10-20% en occitan); et A Vastera (revue quadrimestrielle, 10-20% en occitan).

Les autorités du Piémont allouent une aide financière d'entre 4 et 6.000.000 de lires à chacune des associations culturelles, lesquelles gèrent ce budget pour la totalité de leurs actions.

L'occitan est rarement utilisé à la télévision et aucune radio publique n'émet en occitan. Cependant, il existe une radio privée (celle du diocèse de Saluzzo) qui émet quelques heures par semaine en occitan. Jusqu'à 1993 la radio privée Radio OndeAzzurre émettait une fois par semaine un programme en occitan, mais l'application de la nouvelle législation en matière de radios privées et le changement de propriétaire ont entraîné la disparition de cette station.

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3.5. Production et industries culturelles

Seulement 3 livres ont été édités en occitan au cours de ces dernières années (un livre pour enfants, un roman et un ouvrage religieux), bien que les différentes associations culturelles occitanes essaient de publier des livres entièrement rédigés en occitan, sans traduction italienne. Néanmoins, quelque 25 livres bilingues occitan-italien ont été publiés depuis les années soixante.

En revanche, la situation de la musique traditionnelle est fort bonne: il existe de nombreux groupes, très actifs, qui ont un grand succès parmi la population et qui publient de nombreux disques, dont: le groupe de l'association Soulestrelh, LiTroubaires de Coumboscuro, Sergio Berardo, Lou Dalfin, Lou Senhal, Suonatori di Robilante, I Esquiarzéé et Baret-Lageard. Les rares tentatives de musique moderne en occitan ont toutes abouti à un échec.

Dans le monde du théâtre, il existe une troupe de comédiens amateurs à Coumboscuro (Lou Teatre Coumboscuro) qui bénéficie d'une aide des autorités régionales.

En ce qui concerne le cinéma, la délégation de la RAI à Turin a réalisé un reportage en occitan sur les traditions et les conditions de travail dans les vallées alpines.

Les festivals culturels sont nombreux, dont le Roumiage de Setembre à Coumboscuro, consacré à la musique populaire, à la poésie et aux activités culturelles en général, et les Rescuntre Usitanas, organisées par le NUO. Ces rencontres ont beaucoup de succès et attirent chaque année un public plus nombreux. D'autres rencontres: la Baio, qui est la plus grande fête traditionnelle occitane, se célèbre tous les cinq ans à Sampeyre; un concours annuel de littérature provençale Uno terro, uno lengo, un Pople; le Festivaldelle Etnied'Europa, qui a lieu tous les mois d'août, et qui compte avec une représentation des occitans d'Italie, est organisé par l'association Coumboscuro, le festival I Noltre, de musique pastorale occitane.

Les autorités régionales et locales donnent des aides économiques aux associations culturelles occitanes, ainsi qu'aux activités de recherche (terminologique, linguistique).

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3.6. Le monde des affaires

La connaissance de l'occitan est rarement une condition pour trouver un emploi. Il est surtout employé oralement par les agriculteurs, les artisans et dans le petit commerce. Il existe quelques annonces publicitaires dans les revues occitanes. Les étiquettes des produits biologiques de la coopérative Pra-Chistel, de Coumboscuro, sont rédigées en occitan.

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3.7. Usage familial et social de la langue

Il semble que bon nombre de parents transmettent encore l'occitan à leurs enfants, bien que depuis une trentaine d'années le nombre de familles qui utilisent exclusivement l'occitan ne cesse de diminuer. Depuis la moitié des années septante, la progression de l'italien a été très importante parmi les enfants, à tel point que dans de nombreux villages l'occitan a été remplacé, soit par l'italien, soit par le piémontais.

En général, les connotations sociales envers les locuteurs d'occitan sont négatives, bien que la situation varie d'une vallée à l'autre. Ainsi, là où il existe une conscience linguistique plus forte, l'occitan n'est pas connoté négativement.

Quant à la vitalité ethnolinguistique, la majorité des locuteurs considèrent que l'occitan disparaîtra dans une génération et tant les locuteurs comme ceux qui ne parlent pas l'occitan considèrent qu'il s'agit d'une langue très peu utile de nos jours. La situation délicate de l'occitan en France complique encore plus les choses aux occitans d'Italie.

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3.8. Echanges transfrontaliers

Participation aux festivals, rencontres, cours d'été, concerts de musique traditionnelle en Occitanie française.

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4. Conclusion

La situation de la langue occitane d'Italie se caractérise par une très nette régression de son territoire (les locuteurs d'occitan se trouvant de plus en plus isolés dans les hautes vallées) au bénéfice de l'italien et du dialecte piémontais, ainsi que par une nouvelle donne sociolinguistique: le fait que beaucoup de parents transmettent encore la langue à leurs enfants n'empêche pas que l'occitan soit relégué à la condition de langue seconde, surtout parmi les jeunes qui le délaissent au bénéfice de l'italien. En outre, cette situation est d'autant plus grave que la récession économique que vit la région et le faible dynamisme de la population entraînent les locuteurs d'occitan vers une situation de citoyens de deuxième classe.

Finalement, il convient de souligner que malgré leur dynamisme, les différentes associations culturelles occitanes ne le mettent guère au service de la communauté, suite à leurs conflits internes au sujet de la codification de la langue.

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