Le Portugais en Espagne
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Institut de Sociolingüística Catalana
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Le Portugais en Espagne
  1. Introduction à la langue
  2. La langue dans le pays où elle est parlée
    1. Données générales sur la communauté linguistique
    2. Description géographique, démographique et linguistique
    3. Histoire générale de la région et de la langue
    4. Statut juridique et politique officielle
  3. Présence et usage de la langue par domaines
    1. Enseignement
    2. Autorités judiciaires
    3. Autorités et services publics
    4. Masse média et technologies de l'information
    5. Production et industries culturelles
    6. Le monde des affaires
    7. Usage familial et social de la langue
    8. Echanges transfrontaliers
  4. Conclusion


1. Introduction à la langue

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2. La langue dans le pays où elle est parlée

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2.1. Données générales sur la Communauté linguistique

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2.2. Description géographique, démographique et linguistique

En Espagne, le portugais est parlé dans la petite commune d'Olivenza (10.621 habitants en 1994), à la frontière entre l'Espagne et le Portugal, au sud de la ville de Badajoz (capitale de la Communauté Autonome d'Extrémadure).

Le taux de croissance démographique d'Olivenza est en baisse constante depuis une vingtaine d'années suite au surplus de main-d'oeuvre sur les terres cultivables et au manque d'offres d'embauche, malgré une légère récupération au cours de ces cinq dernières années.

La structure économique d'Olivenza se fonde sur les activités saisonnières, qui occupent près de la moitié de la population: en hiver, la cueillette des olives et en été, la cueillette de fruits et de céréales. Il existe également une petite industrie de transformation de produits agricoles. La proximité de Badajoz permet à de nombreuses personnes de trouver un emploi dans le service domestique et dans la construction, ce qui a entraîné le déclin des échanges économiques traditionnels avec les localités portugaises voisines. Cependant, étant donné qu'Olivenza se trouve dans une des régions les plus pauvres de l'Espagne, le niveau de vie y est considérablement plus bas que la moyenne nationale. La situation économique de la région est d'ailleurs considérée comme très précaire.

Finalement, en ce qui concerne la démographie linguistique, le recensement municipal de 1994 établit que le nombre de locuteurs habituels de portugais (tous bilingues) est de 3.645 personnes (soit 34% de la population totale), pour la plupart des personnes âgées de plus de 50 ans, alors que vers 1960 ce chiffre arrivait à 60%..

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2.3. Histoire générale de la région et de la langue

L'origine d'Olivenza remonte à la conquête de Badajoz par le roi de Castille et Léon, Alphonse IX en 1230. Quelques annés plus tard, les Templiers s'emparèrent d'Olivenza et y construisirent une citadelle. En 1297, la ville fut cédée par Ferdinand IV de Castille au roi du Portugal don Dinis, par le Traité d'Alcañice. Le roi du Portugal éleva Olivenza à la catégorie de ville et la fortifia étant donné son importance stratégique à la limite des deux royaumes. Après avoir connu une époque de splendeur au XVIe siècle, Olivenza fut touchée très directement par la Guerre de Restauration (1640) et fut conquise en 1657 par l'Espagne, bien que restituée au Portugal en vertu de la Paix de Lisbonne (1668). Moins d'un demi-siècle plus tard, la ville se rendit aux troupes espagnoles qui avaient envahi le Portugal lors de la Guerre des Oranges (1801). L'article III du Traité de Badajoz signé cette même année entre, d'une part l'Espagne et le Portugal et de l'autre, entre le Portugal et la France vint à confirmer la souveraineté espagnole sur Olivenza. Le Portugal ne reconnu pas cette annexion, et peu après, le prince régent João dénonça le traité entre le Portugal et la France. Vu ce qui était stipulé dans le préambule, cela laissait nul et sans effet le traité avec l'Espagne. Par la suite, le Traité de Fontainebleau signé entre l'Espagne et la France pour la répartition du Portugal annula de facto le Traité de Badajoz. Suite à la défaite de Napoléon, l'article 105 du Congrès de Vienne (1815) établit que les puissances européennes victorieuses serviraient d'intermédiaires entre les deux pays afm qu'Olivenza soit restituée au Portugal. Les pourparlers ne commencèrent jamais et le Portugal considère toujours aujourd'hui Olivenza comme un territoire portugais de jure .

En ce qui concerne la langue, depuis l'incorporation d'Olivenza à l'Espagne, le portugais parlé dans la région s'est éloigné progressivement du tronc linguistique commun. En effet, au cours de la première moitié du XIXe siècle, l'enseignement et l'usage du portugais (même à titre privé) furent interdits. De là la perte de prestige social du portugais d'Olivenza ainsi qu'une influence croissante de l'espagnol spécialement sur le plan phonétique et syntaxique.

Quant à la situation sociolinguistique, le portugais d'Olivenza a connu un processus irréversible de déclin à cause de la forte acculturation qui eu lieu suite au changement de souveraineté sur la région. Les couches populaires, coupées de leur culture et de leur langue traditionnelles, et sensibles à l'influence croissante de l'espagnol abandonèrent progressivement leur langue et ne ressentent plus de nos jours le besoin de la défendre. La situation se caractérise donc par la supériorité sociale dont jouit l'espagnol par rapport au portugais. En effet, les habitants d'Olivenza considèrent que le portugais est simplement une langue d'expression orale, propre du monde rural et des classes populaires, alors que l'espagnol est perçu comme le meilleur moyen de promotion sociale, étant associé aux classes privilégiées sur le plan économique et culturel.

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2.4. Statut juridique et politique officielle

Le portugais est ignoré par les autorités centrales et régionales, bien qu'Olivenza appartienne à la Communauté Autonome d'Extrémadure, le Statut d'Autonomie de la région ne fait pas état du patrimoine culturel portugais. En revanche, et jusqu'il y a peu, les autorités municipales ont fait de leur mieux pour encourager la présence de la langue dans l'enseignement primaire. Néanmoins, l'intransigeance portugaise en matière de reconnaissance des frontières internationales a provoqué que les autorités municipales d'Olivenza soient en train de considérer la possibilité d'éliminer les cours de portugais.

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3. Présence et usage du portugais par domaine

3.1. Enseignement

La Direction Provinciale du Ministère de l'Education Nationale autorisa en 1983 l'enseignement du portugais dans les écoles primaires de la commune, suite à la demande introduite par les autorités locales d'Olivenza

Jusqu'à l'an dernier, le portugais était enseigné à une trentaine d'élèves comme matière facultative dans certains centres. De 1990 à 1993, un jardin d'enfants reçut une subvention du gouvernement autonome d'Extrémadure pour organiser des cours de portugais. Cependant, ces cours ont dû être supprimés en 1993-94, suite au manque de disponibilité du professeur.

Le portugais était enseigné comme matière facultative dans une école primaire d'Olivenza jusqu'en 1993-94, lorsque le cours fut supprimé vu le manque d'élèves (seulement 12 inscrits), le manque de préparation du professorat et le manque de matériel scolaire en portugais. Il semble aussi que les élèves moins doués étaient aiguillés vers les cours de portugais, alors que les autres étaient encouragés à suivre les cours d'anglais. Dans le secondaire, il n'y a aucun usage du portugais. En ce qui concerne l'enseignement technique, quelque 45 étudiants suivent les cours de portugais de l'Ecole-Atelier d'Olivenza.

Depuis l'année scolaire 1988-89, un cours de portugais est inclu dans le programme de formation d'adultes du Ministère de l'Education Nationale (cours obligatoire depuis 1990-91). Quelque 125 personnes suivirent ces cours en 1993-94. L'Université Populaire d'Olivenza organise également un cours de portugais pour adultes, qui a été suivi en 1993-94 par une quarantaine d'élèves. Le succès a été tel que les organisateurs de ces cours ont dû établir un numerus clausus.

En revanche, il n'existe aucun programme de formation ou recyclage de professeurs de portugais. En ce qui concerne l'inspection pédagogique, étant donné que les cours de portugais sont financés par l'instituto Camoes du Portugal, le Centre d'Etudes Ibériques d'Olivenza envoie chaque année un rapport de ses activités afin que cette institution en fasse le suivi.

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3.2. Autorités judiciaires

Il semble qu'il n'y ait aucun usage du portugais par les autorités judiciaires. Au vide légal, il faut ajouter les attitudes des locuteurs. L'usage résiduel du portugais et l'énorme prestige social et culturel de l'espagnol entraînent que personne ne songe même à utiliser la langue locale dans les relations avec les autorités judiciaires ou l'administration.

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3.3. Autorités et services publics

Il semble également qu'il n'y ait aucun usage du portugais dans les services publics. En outre, vu la situation de diglossie dans laquelle se trouve le portugais d'Olivenza, ses locuteurs n'estiment jamais nécessaire de s'adresser aux autorités en cette langue. En revanche, la plupart des toponymes de la commune sont rédigés dans la forme correcte et traditionnelle portugaise, bien que les prénoms et noms de famille soient systématiquement adaptés à l'orthographe castillane.

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3.4. Mass médias et technologies de l'information

Aucune politique officielle n'a été mise en place afin de garantir la présence du portugais dans les médias de la région. En fait, il n'existe u'dune seule revue bilingue (Encuentros encontros, fondée en 1985), spécialisée en linguistique et en histoire. Elle est financée à 100% par les pouvoirs locaux.

Les radios et télévisions locales n'utilisent jamais le portugais. Néanmoins, les habitants de la commune peuvent suivre les émissions des radios et télévisions portugaises. Cela a néanmoins un effet pervers vu que la distance entre le portugais standard de ces émissions et la variante parlée à Olivenza, ainsi que les problèmes de compréhension sur le plan lexical, renforcent le sentiment des locuteurs que leur langue est très corrompue et qu'il est inutile de vouloir la transmettre aux jeunes.

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3.5. Production et industries culturelles

Il semble qu'aucun livre en portugais n'a été publié au cours de ces dernières années.

Quelques groupes de musique et danses traditionnelles existent depuis un certain temps: La Encina (1943), Acetre (1984) et La Badana (1985). Ces deux derniers groupes ont enregistré récemment quelques disques.

D'autres activités culturelles ont lieu régulièrement à Olivenza, dont: expositions sur des auteurs ou des sujets régionaux, cycles de conférences, congrès linguistiques et culturels hispano-portugais.

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3.6. Le monde des affaires

Le portugais n'est jamais utilisé dans le monde des affaires ni dans les autres activités socio-économiques.

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3.7. Usage familial et social de la langue

Comme nous l'avons déjà vu, le nombre de locuteurs de portugais n'a cessé de diminuer au cours de ces trente dernières années. Un des principaux facteurs qui expliquent ce phénomène est l'interruption de la transmission inter-générationnelle de la langue. En effet, bien qu'aujourd'hui encore la moitié des parents s'adresse en portugais à leurs enfants, il faut souligner que depuis les années cinquante ce nombre se réduit de génération en génération.

La supériorité sociale de l'espagnol que lui attribuent les locuteurs a eu pour conséquence que les jeunes parlent de moins en moins le portugais. Il faut aussi signaler que l'inexistence d'un mouvement de défense du portugais ne fait qu'augmenter le désintérêt de ceux-ci envers la langue.

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3.8. Echanges transfrontaliers

Les échanges culturels sont très nombreux entre Olivenza et le Portugal, et n'ont cessé d'augmenter au cours de ces dernières années: jumelages d'Olivenza avec Elvas, Portalegre et Leiria, échanges entre les bibliothèques municipales d'Olivenza et Elvas; constitution d'une association transfrontalière afin de pouvoir accéder aux subventions de la CE (LEADER, INTERREG, etc.). Néanmoins, le fait que le territoire d'Olivenza soit toujours l'objet de litige entre l'Espagne et le Portugal rend difficile l'établissement d'accords de plus ample portée entre les deux Etats.

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4. Conclusion

Selon toutes les données dont nous disposons, le portugais parlé à Olivenza est clairement en voie de disparition et les spécialistes (ainsi que les propres locuteurs) ne lui donnent pas plus de trente ans de vie si les pouvoirs publics n'interviennent pas avec plus de décision, dans la mesure où seules les personnes âgées de plus de 50 ans conservent encore une bonne maîtrise de la langue.

Ainsi, il serait souhaitable que soient mises en place des politiques de diffusion du portugais dans l'enseignement primaire, secondaire et technique, et de divulgation de la réalité culturelle portugaise spécifique de la municipalité.

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©Euromosaic