Le sami en Finlande
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Research Centre of Wales
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Le sami en Finlande

Même si on traite les Samis en Finlande comme un seul groupe linguistique, on devrait garder en tête que les variétés linguistiques locales ne sont pas mutuellement compréhensibles, qu'un des groupes n'est arrivé en Finlande que récemment, et que les Samis en Scandinavie nordique ont des relations transfrontalières étroites. Il n'est donc pas tout à fait juste de décrire les Samis comme groupe social dans le sens sociologique du terme, étant donné qu'ils appartiennent à différentes sociétés et à différents états. Le sami transcende tout de même les groupes linguistiques particuliers. Le sami du Nord est parlé par 70 à 80% des samophones. Les Samis tiennent plutôt à se distinguer des non-Samis. Au niveau subjectif, plus que sur le plan linguistique, les concepts du "nous" et du "eux" forment les frontières entre l'inclusion et l'exclusion, un aspect très important de l'existence sami.

1. Informations générales sur le groupe linguistique

1.1 Description linguistique, géographique et économique

Les Samis habitent une région qui s'étend de la péninsule de Kola en Russie, traverse le Nord de la Finlande, de la Suède et de la Norvège, à cheval sur les monts Kolen au sud de Trondheim en Norvège et d'Idre en Suède. En Finlande, la région sami couvre la partie nord de la province de Lapland, et a été définie en 1973 comme étant constituée des communes d'Utsjoki, d'Inari et d'Enotnekio et de la coopérative d'élevage de rennes dans la partie nord de la commune de Sodankyla. Cette région couvre 35,000 km2, ce qui veut dire 36% de la province et à peu près 10% de la Finlande.

La population de la région (22,568) montre des signes de pauvreté: une émigration nette, un grand nombre de familles monoparentales (16.6%), un taux élevé d'indemnités (106% les reçoivent), d'allocations sociales et de prestations de chômage. Le pourcentage de chômage pour le territoire sami s'élève entre 26 et 33% et le chômage endémique se situe entre 12 et 29%. Parmi les sami âgés de moins de 25 ans, le taux de chômage se situe entre 39 et 60%. La moyenne des revenus est considérablement moins élevée chez les Samis que la moyenne finlandaise. La population, économiquement faible et marginalisée, est victime d'exclusion. L'économie est incapable de subvenir aux besoins de la population, et l'émigration, qui se fait surtout vers les régions avoisinantes et dans le cœur industriel de la Finlande --et qui affecte surtout les femmes--, est incroyablement élevée.

 

Même si l'intervention de l'état décroît et que le secteur public est en proie à une restructuration, l'emploi dans le secteur public est élevé. Le secteur des services emploie presque les deux tiers des 7,242 citoyens économiquement actifs, un autre quart est sans emploi et seulement 8% environ ont trouvé un emploi dans d'autres secteurs, surtout dans l'exploitation des ressources naturelles. Un quart du territoire est classé terrain en friche, 20% constitue des broussailles et l'autre 53% est boisé. Les deux tiers du territoire classé 'forestier' appartiennent à l'état. Moins de 10% des Samis travaillent dans des manufactures. Le gouvernement central emploie 7,848 d'entre eux dans 300 établissements (8.0%) dans la région de Lapland, les autorités locales en emploient 18,311 dans 1,950 établissements. La plupart des entreprises ont moins de quatre employés. On dépasse cette moyenne seulement en 'agriculture, exploitation forestière et chasse', dans les 'manufactures', dans les services publics et les activités 'financières' bien qu'il y ait très peu de grandes entreprises dans la région. En dehors de la ville principale, Rovaniemi (qui a une population de plus de 60,000), la taille des entreprises et l'éventail des activités sont plus réduits.

Environ 11,500 personnes vivent sur le territoire sami dans le Nord de Lapland. Le tiers d'entre eux environ sont des Samis. Ce n'est plus que dans quelques communautés qu'on retrouve une population encore à majorité sami. Environ 80% des Samis en Finlande sont des Samis du Nord ou de la Montagne. On peut trouver ces derniers dans chaque paroisse sami en Finlande. À Inari, il y a deux groupes linguistiquement distincts: les Samis d'Inari ou du Lac et les Skolt ou Samis de l'Est. Chaque groupe comprend environ 500 personnes.

L'immigration et l'émigration étaient très fortes dans les années 1960 et 1970, quand le chômage en Finlande était élevé, ce qui a réduit le nombre de Samis dans la région. Environ 1,500 Samis vivent ailleurs en Finlande et environ 500 vivent en dehors de la Finlande. Alors que la population dans la région sami a peu changé ces dernières années, beaucoup plus vivent en dehors de la région. La plupart des Samis de la région vivent à Inari, le carrefour des groupes sami. Utsjoki est la seule commune où la plupart des habitants sont sami. À Sodankyla, la plupart des Samis vivent dans le village nordique de Vuotsu où ils sont en majorité.

Le taux d'activité économique chez les Samis est plus bas (40 à 43% dans les différentes unités administratives) que dans l'ensemble de la province de Lapland (48%). Puisque les activités de subsistance des hommes sami sont classées comme "travail à la maison", cela affecte le taux d'activité, la répartition du travail dans l'économie sami et contribue au taux élevé (8 à 14%) de participation aux travaux ménagers. La nature saisonnière de leurs activités de subsistance classe les hommes comme chômeurs ou en dehors du marché du travail. Les femmes tendent de plus en plus à obtenir des emplois permanents, en général des emplois de service qualifiés et bien rémunérés. Les activités masculines locales jouissent encore d'un statut respecté dans la communauté. De telles activités constituent le principal critère de l'identité mâle chez les Samis, les démarquant des non-Samis.

Les activités de subsistance sont les suivantes: la pêche, la trappe, la cueillette et l'élevage des rennes. Elles sont importantes compte tenu du haut taux de chômage dans la région. Il y a une forte résistance à la commercialisation de ces activités parce qu'on a peur que les étrangers profitent de tels développements et que l'équilibre soit bouleversé entre la reproduction des ressources et la demande du marché. Cela a été officialisé par le Programme environnemental sami ratifié à la 13e conférence sami (1996), montrant que la préoccupation qu'on a de l'environnement répond à la conception traditionnelle sami de la nature et de l'exploitation des ressources. Un bon tiers des 1,534 Samis a encore officiellement un emploi en 'agriculture', presque le quart est dans l’industrie des 'services', et environ le quart travaille dans la construction et la vente au détail. Toutefois, ces chiffres ne tiennent pas compte de l’activité multiple, ni des importantes activités de subsistance en dehors du marché régulier du travail. Néanmoins, ils soulignent l’importance du secteur primaire ainsi que la dépendance au secteur tertiaire. Les affaires et le commerce sont importants à Utsjoki en raison des échanges transfrontaliers. Les Samis ne peuvent finalement se permettre des améliorations mécaniques et ce à cause du coût que ces dernières entraînent.

Les troupeaux de rennes des Samis ne voyagent plus maintenant qu’entre les pâturages d’hiver et d’été, ainsi a-t-on besoin d’activités institutionnelles pour assurer le contact entre les groupes sami. On assiste à des mariages entre Samis suédois et finlandais, en général selon la tradition patrilocale. Un accord avec l’UE exclut l’élevage des rennes des conditions générales de déréglementation. On impose des limites au nombre de têtes des troupeaux de rennes, et l'élevage est strictement contrôlé et organisé. Douze des 56 coopératives d'élevage qui composent l’Association des coopératives d’élevage se situent dans la région sami. Chacune divise ses terres en pâturages de printemps, d’été et de réserve, ainsi qu’en zones de mise bas. Environ 40% du cheptel finlandais que se partagent 1,600 éleveurs (21% de la totalité finlandaise) se trouve dans la région sami.

Chaque éleveur est, en moyenne, propriétaire de 60 rennes. Les Samis possèdent 85% des rennes de la région sami. De nos jours, la propriété est accordée en fonction du droit de résidence: aucun lien de parenté, ni aucun autre critère ne sauraient limiter le droit de propriété à un groupe socioculturel en particulier. La possession d'un territoire par un clan en conjonction avec l’appartenance à ce clan signifiaient autrefois que seuls les membres de familles spécifiquement définies pouvaient hériter de ce droit. Aujourd’hui cependant, n’importe quel citoyen de l’UE peut résider dans cette zone et y obtenir des droits d’élevage. Les Samis ne peuvent désormais se définir en termes d’activités économiques historiques et rejeter la situation présente en cherchant une solution dans l’accord de l’UE. Si le nombre de rennes qu’inscrit chaque éleveur baisse à zéro, certains droits seront perdus (bien qu’il ne s’agisse pas de droits d’élevage); nombreux sont les Samis qui se conforment au minimum requis, pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Tandis que dans les années 1970, 40% de la viande de renne dans la région était destinée à la consommation domestique, la commercialisation gouvernementale et le besoin de nombreux capitaux ont mené certains à s’éloigner de cette activité: les conditions d’abattage de l’UE sont strictes et l’élevage requiert l’achat de motoneiges (introduites dans les années 1960). Autrefois, l’éleveur et la bête de tête, laquelle était familière avec les chemins de pâturages, menaient le troupeau à pied. Les pâturages ne sauraient plus suffire à nourrir les grands troupeaux de plus de 600 têtes destinés à l’élevage commercial (en dépit des tentatives gouvernementales d'en réduire la taille). Les réservoirs occupent une partie des terres, tandis que l’élevage du bétail au lichen est peu à peu remplacé par des méthodes appropriées aux bestiaux. L’élevage fait appel à des pratiques sociales et culturelles très différentes pour qui travaille dans un contexte de subsistance et pour qui travaille dans le domaine des activités commerciales.

L’hydroélectricité et le tourisme requièrent la propriété de ressources spécifiques. Les projets hydroélectriques ont détruit les zones d’élevage de rennes et même des villages entiers, perturbant souvent les économies locales et domestiques. Les profits des projets hydroélectriques s’accroissent à l’extérieur de la région, bien qu’ils aient créé de nouveaux sites de pêche. Depuis 1960, le tourisme s’est accru; maintenant, plus d’un million de personnes visitent la région chaque année. Le nombre de chambres d’hôtel avoisine les 5,000, ce qui représente un apport de capitaux dans la région; la plupart des profits en sortent cependant, et on pense souvent qu’il s’agit d’une exploitation des ressources culturelles des Samis, ce qui entraîne un certain ressentiment. Rares sont ceux qui arborent encore le costume traditionnel sami aux services religieux dominicaux à cause de la foule de touristes les attendant pour les photographier et les filmer. De même, les skieurs et les motoneiges dérangent les troupeaux, tandis que la pêche exploite peu de ressources. Les Samis se plaignent des quotas que l’état impose sur les rennes, alors qu’une telle mesure ne s’applique pas aux touristes. Certains par contre tirent profit du tourisme: l’artisanat se développe; le musée Inari, une entreprise lucrative que possèdent 20 Samis, enregistre plus de 100,000 visiteurs par année. Les Samis du Nord sont propriétaires d’hôtels et de magasins de souvenirs. Cependant, d'autres sont peu disposés à travailler dans le secteur touristique, le jugeant comme restreignant la liberté historique associée à l’activité économique traditionnelle. En effet, nombreux sont ceux qui regardent l’intégration à une activité économique normative comme indicative d'un besoin financier ou d'un désir ostentatoire.

Les Samis mâles s’engagent dans des activités de subsistance telles que la chasse, la pêche, la cueillette et l’élevage de rennes, tandis que la main d’œuvre salariale se retrouve dans l’industrie minière, la construction et les activités liées au secteur primaire. Les Samis travaillent en général comme salariés dans le secteur des services, bien qu'on remarque certaines initiatives de leur part dans ce domaine. Aucune activité économique n’est cependant la seule propriété des Samis; la concurrence économique se conçoit-elle donc comme une concurrence de groupe social dépassant la notion de classe sociale.

 

Les fleuves à saumons qui se jettent dans l’Arctique, le lac Inari et les nouveaux réservoirs du Sud représentent les principales ressources piscicoles. Bien que la pêche soit surtout une activité de subsistance, cette dernière attire aussi les touristes. Les Inaris ou 'les Samis pêcheurs' qui pêchent dans l’immense lac Inari constatent que les réserves de poissons diminuent rapidement et ce parce que le milieu du lac n’est pas considéré comme propriété privée et que les nouveaux arrivants finnois s'y livrent au chalutage. On fait la chasse à l’élan, au gibier et aux oiseaux sauvages. La cueillette peut aussi rapporter des revenus intéressants pour le foyer. Le droit de chasse appartient au propriétaire de la terre. L’état contrôle la chasse et la délivrance de permis sur son territoire. Les Samis tout comme les non-Samis peuvent utiliser ces grandes ressources: l’état possède 67.5% des forêts.

1.2. Histoire générale de la région et du groupe linguistique

Les différentes variétés de sami appartiennent à la famille des langues finno-ougriennes, ce qui laisse entendre l’existence d’un lien avec le finnois, même si certains déclarent que les groupes linguistiques sami viennent de l’Est et non pas du Sud. Des preuves génétiques les séparent du reste de la population finlandaise. Il y a eu des colonies le long de la côte arctique du Finnmark à la fin de la période glaciaire, il y a environ 10,000 ans. C'était une période de grandes migrations asiatiques alors que les territoires de chasse diminuaient et que la technologie lithique et des conditions climatiques optimales se développaient. Cette population a dû établir un équilibre écologique dans cette zone jusque vers 4,000 avant J.C., tandis que les contacts avec le Sud devenaient plus nombreux. Vers 1,600 avant J.C., cette zone a connu l’âge du bronze et plus tard l’âge du fer. Par la suite, des raisons climatiques ont forcé les Samis à se diriger vers le Sud pour occuper l’ensemble du territoire de la Scandinavie finnoise.

À la fin du XIIIe siècle, les développements politico-territoriaux du Sud ont eu des répercussions chez les Samis. L’implantation d’églises chrétiennes et de monastères a divisé la Laponie: on a eu recours à la religion pour déployer une hégémonie politique. Les notions d’économie monétaire et les relations à la propriété qui en ont découlé ont été amenées à une population qui avait une tout autre conception du territoire et de la richesse. Le système sami reposait sur un réseau de territoires où les droits appartenaient non pas aux individus mais au village du groupe, chaque individu devant prouver son appartenance héréditaire pour bénéficier des droits et de l’usufruit des ressources collectives du clan. L’exploitation impliquait le travail en commun et la distribution des biens à tous les membres. On y pratiquait une économie mixte basée sur la pêche, la chasse du renne, la trappe et la cueillette. L’emplacement et les ressources naturelles déterminaient les relations entre ces activités. Les différentes saisons amenaient à la variation géographique et la multiplicité des activités. Dans un tel contexte économique, une connaissance approfondie de l’environnement naturel était essentielle à la survie. Cette connaissance était inscrite dans le vocabulaire détaillé du sami où figuraient les taxinomies des espèces animales et de l’environnement physique ainsi que les relations qui les liaient. La construction de l’identité du 'nous' inclusif s’est basée sur la façon dont le vocabulaire définissait la frontière entre l’inclusion et l’exclusion.

Après le XIVe siècle, les contacts se sont intensifiés entre 'nous' et 'eux', notamment à cause des activités ecclésiastiques et des activités visant à prélever des impôts. Les deux étaient liés. Une dichotomie territoriale entre 'le territoire chrétien' et 'le territoire païen' en a émergé. Au sein du territoire chrétien se pratiquait une économie de marché tandis que dans l'autre, la production était déterminée en fonction des besoins des clans. Coexistaient deux modes de production: un mode supérieur s'insinuant dans le mode inférieur pour en extraire les surplus en vue d'en tirer profit. Les Samis ont donc été exclus de l’abolition de l’esclavage en Suède en 1335. On s'est basé sur le fait que les Samis n’étaient pas chrétiens pour justifier leur exploitation.

Même à la moitié du XVIe siècle, on est allé jusqu’à revendiquer que les Samis ne soient pas christianisés de sorte à ne pas connaître de perte de profit. On s'est servi de la dette de l’esclavage héréditaire pour prolonger le transfert des surplus d'un système à l’autre. Les Suédois conféraient les droits héréditaires aux Samis quand ces derniers se convertissaient au christianisme. On a eu recours à l’alcoolisme pour enfermer les Samis dans des relations commerciales qui les desservaient, les forçant à se plier aux termes des contrats commerciaux suédois. Tout cela de même que l’imposition ont fait d’une économie de subsistance organisée de façon coopérative, une économie de marché intégrée au mode de production capitaliste.

Au XVIIe siècle, plusieurs états se sont fait concurrence au sujet de la région et des droits d’imposition. Au siècle suivant, des accords ont permis de répartir ces 'biens' entre eux. On ne consultait les Samis qu’en ce qui avait trait aux droits transfrontaliers relatifs aux activités économiques. La juridiction étant basée sur le ius solis, elle empêchait toute persévérance de la propriété sami transfrontalière. Le succès du capitalisme et l’accroissement de la population ont perturbé l’équilibre de la dynamique culturelle du travail. L’élevage de rennes a augmenté, tandis que dans les régions boisées de l’Est se maintenaient la chasse et la trappe en tant qu’activités économiques principales. Ce n’est qu’au XIXe siècle que l’élevage collectif --défini territorialement par des clans-- s'est développé dans la péninsule de Kola (où les Samis Skolt avaient déjà domestiqué le renne).

L’élevage entraînait des migrations saisonnières vers des pâtures disponibles: l’équivalent de la transhumance dans les Alpes européennes. Les éleveurs tiraient de nombreux produits dérivés de l’animal, lequel était également utilisé comme bête de somme. Les propriétaires de grands troupeaux ont commencé à employer de la main d’œuvre, préfigurant une relation capitaliste de production. L’élevage du renne a grandement souffert des effets de la fermeture des frontières au XIXe siècle: les routes migratoires habituelles ont disparu, tout comme l’équilibre entre l’environnement, la territorialité du clan, les pratiques culturelles matérielles et l’élevage. La répartition tripartite des Samis de la montagne, des Samis de la lande et des Samis de la mer s'est transformée en une division entre ceux qui possédaient des rennes et ceux qui n’en possédaient pas, les premiers jouissant d’un statut plus élevé que les autres qui, eux, étaient en plus grand nombre. Cela a affecté les Samis de la mer. À l’Est, les forêts sami, dont l’économie dépendait de la trappe et de la pêche, ont commencé à souffrir des incursions des gens venant du Sud dont l’agriculture de brûlage ruinait l’économie forestière des Samis. Ces derniers se sont appauvris et le conflit entre les Samis et les non-Samis, qui avaient des conceptions opposées quant à l’inclusion et à l’exclusion, a pris de l’ampleur. Ce conflit se basait sur une différence dans le mode de production et dans le mode d’équilibre des ressources, conflit qui s'est envenimé avec l’appropriation de l'autorité légale par l'état. Les Samis de la forêt ont dû avoir recours à l’élevage de bétail avec pour principale nourriture hivernale le foin cultivé localement. Dans la péninsule de Kola sous autorité russe, l’impact des monastères a diminué à la fin du XVIIe siècle (et leurs droits ont été abolis au XVIIIe siècle), s’orientant vers une activité économique indirecte dont ils ont toujours le contrôle et qui est basée sur la collecte des surplus provenant de l’imposition. Les Samis payaient l’exploitation des ressources de leur propre territoire!

Le rôle idéologique de l’ancien système éducatif a commencé dès le début du XVIIe siècle faisant appel à la motivation religieuse et à la langue sami. En dépit de l’intérêt décroissant de l’état pour l’alphabétisation des Samis, on a essayé de traduire le Nouveau testament en sami au commencement du XVIIIe siècle. Les Samis se sont impliqués fortement dans la chrétienté tout en maintenant leur religion. L’état appuyait pleinement le zèle missionnaire. On a publié le Nouveau testament ainsi qu’une grammaire en sami. En 1780 a paru un dictionnaire et en 1811, une version sami de la Bible.

Au XIXe siècle, les anciennes structures politiques de chaque état avaient adopté l’orthodoxie du modernisme. S’en sont suivies de strictes divisions du territoire des Samis tandis qu’apparaissait le recensement comme instrument de contrôle. On peut reconstituer la population sami comme suit:

Suède Norvège Finlande Russie Total

1734-63 4,500 7,500 1,700 1,200 14,900

1850-60 5,800 16,000 1,000 1,700 24,500

1900 7,000 19,700 1,500 1,800 30,000

1930-45 10,100 20,700 1,700 1,900 34,400

1970 17,000 30,000 4,400 1,900 53,300

Source : Aikio, Aikio-Puoskari et Helander, 1994: 36.

Remarque : Les chiffres sont approximatifs si l’on considère les facteurs tels que les changements de frontière, les migrations et l’assimilation. Au début du XVIIIe siècle l'immigration a connu une baisse avant de connaître une reprise après 1815. Les Samis sont devenus minoritaire. Ce phénomène ainsi que la privation des droits politiques ont eu des conséquences énormes sur leur faculté de produire et de reproduire leurs langues. Au XIXe siècle, les différends entre les Samis et les non-Samis finissaient souvent devant les tribunaux. Les revendications sami des droits autochtones et collectifs étaient toujours rejetées en faveur des droits individuels. Le principal point de discorde résidait dans le concept général de 'terre commune'. Les droits de pêche sont devenus liés à la propriété individuelle plutôt qu’au droit d’usufruit. La distribution d’alcool aux Samis a permis aux nouveaux arrivants, entre autres façons, de s’approprier leurs terres. La première moitié du XIXe siècle a été une période de reviviscence religieuse au moyen de la langue sami. Un code moral strict a rejeté la pratique des coutumes traditionnelles. La violence qui en a découlé a contribué à priver les Samis de leurs droits de citoyens. L’état a expliqué cette violence par les'habitudes primitives' dont les Samis étaient 'possédés', fondant sa position sur l’évolutionnisme et le dénigrement associé à tout ce qui diffère de la norme: la langue et la culture en sont des piliers centraux. L’école a été le lieu d’acculturationet d’assimilation idéologique. On offrait également des primes aux enseignants qui faisaient la promotion du finnois. Les enseignants sami (entre autres) s’y sont opposés, l’état a cherché à les remplacer par des enseignants non-Samis. On a assisté à l’éclosion d’organisations et de journaux sami. Au début du XXe siècle, une politique plus favorable a permis le développement de relations entre les pratiques économiques et la reproduction culturelle.

Des liens entre les différents groupes linguistiques sami se sont tissés et leur ont permis de poursuivre ces activités. Pendant la Seconde Guerre mondiale, on a fait évacuer la région; plus de 60,000 personnes ont été relogées dans des camps provisoires en Suède. Une fois la guerre terminée, ils sont retournés dans leurs villages. Parce que les Samis Skolt, qui avaient su conserver intacte leur structure sociale jusque vers la fin des années 20, provenaient d’un territoire russe, on les a déplacés vers les zones des Sami d'Inari en Finlande. Des conflits ont surgi entre ces groupes, même si ces derniers avaient des liens avant la déportation. Étant donné qu’ils avaient tout perdu lors de la guerre, on leur a construit de nouveaux logements dans leur nouveau lieu de résidence en 1948. Des lois spécifiques les appuyaient.

1.3 Le statut légal et les politiques officielles

En Norvège, la constitution protège la situation et les droits des Samis, véritable modèle des aspirations des Samis ailleurs, surtout en ce qui concerne la culture, le statut social et la profession. La constitution finlandaise leur reconnaît le droit de maintenir et de développer leurs langues et leurs cultures. L’article nº 52a reconnaît l’existence des Samis en tant que groupe. Les Samis tiennent avant tout à se faire entendre lors des comités parlementaires. En 1992, un comité constitutionnel a proposé que les Samis soient reconnus comme peuple autochtone dans la constitution. La Loi sur les langues met à disposition un bureau de traduction sami pour les documents (car les fonctionnaires ne sont pas obligés de parler une langue sami). On appuie les fonctionnaires qui désirent apprendre le sami, et la compétence dans une langue sami est un critère de qualification pour les postes de fonctionnaire du territoire. Ces applications de la loi ne valent que pour le territoire mais elle rend quand même des services lorsqu'il s'agit de s'adresser à l'Ombudsman alors que les cours d'appel en dehors du territoire doivent fournir des services de traduction et d’interprétariat. La loi définit le droit d’utiliser une langue sami avec les autorités dans les limites de la terre sami, ce qui comprend officiellement trois municipalités et le territoire de l’Association d'élevage lapon à Sodankyla. On doit fournir des versions sami des lois, des décisions gouvernementales concernant les Samis et des rapports de comité (ou les résumés de ceux-ci) d'un intérêt particulier pour les Samis. Les panneaux de signalisation du territoire doivent être en sami. Le parlement sami a établi un office de la langue sami pour assurer les services dans la langue. On espère que la Loi sur les langues révisée sera en opération d’ici octobre 1998. Un comité consultatif interministériel sami a proposé une loi sami visant à rendre aux Samis leurs droits sur les territoires et sur les cours d’eau ainsi que le droit immémorial à l’usufruit. Ces développements sont survenus à la suite de l’amendement de 1991 à la loi, qui obligeait le parlement (et à partir de 1995 les corps d’état) à consulter les Samis --en pratique, le parlement sami-- à propos des questions qui les intéressaient. L’identité sami se fonde sur un mode de production qui est non-capitaliste et qui fait appel à des droits collectifs, des pratiques territoriales et socioculturelles en relation avec les activités de subsistance. De temps à autre, on redistribuait la propriété et on permettait au groupe de bénéficier du produit des activités économiques. Le capitalisme a sérieusement ébranlé la plupart de ces éléments, puisque qu'il exige des relations de production spécifiques ainsi que la commercialisation de l’activité économique; des conflits ne pouvaient qu’en résulter. Les tentatives d'individualisation de la 'propriété' ont invariablement mené à la segmentation du marché de la main d’œuvre. Si les droits de chasse se basent sur la propriété terrienne, c’est la tradition qui détermine les droits de pêche sur le territoire. Ceux qui ne possèdent pas de terres et qui jouissent de tels droits les conservent. Des tentatives qui visaient à définir les Samis par leur appartenance linguistique ont échoué: les Finnois qui ont appris la langue étaient inclus tandis qu’on écartait les Samis qui ne la parlaient pas mais qui étaient engagés dans des activités qui les caractérisaient comme Samis. Il est nécessaire d’énoncer une définition qui assurera que les ressources naturelles permettant le maintien des activités spécifiques 'sami' seraient réservées à ceux dont il est question dans la définition. On favorise la position impliquant la descendance, l’identité et la langue. La descendance exclurait les nouveaux arrivants ayant appris la langue, mais les droits locaux basés sur la famille peuvent se heurter à la législation en matière de relations raciales à moins qu'on donne priorité à une telle législation visant à consolider l’identité sami sur la législation finnoise. Cependant, le problème marque l’incompatibilité entre le concept de racisme et les besoins du capitalisme de s'assurer d’une main d’œuvre mobile pour réduire les coûts. De plus, il est difficile de baser une législation sur l'identité parce qu'il s'agit d'une donnée subjective qui peut varier au fil du temps, même si cela encourage l’individu à se conformer à la définition choisie.

Troisièmement, la langue a toujours été un critère de définition et une balise qui distinguaient les Samis des autres; il s’agit également d’un élément capital dans la promotion d’un contexte transnational de la 'samitude'.

L’autre problème touche la façon de traiter les arrivants qui épousent des Samis et qui ont donc accès aux ressources de ces derniers sans pour autant être des Samis eux-mêmes. Ces questions préoccupent en ce moment le parlement sami, sans toutefois que l’ombre d’une issue se dessine. Il s’agit d’une question épineuse surtout si l’on considère les conséquences qu’elle pourrait avoir sur l’inclusion et l’exclusion. Si l’on se fie à un sondage effectué dans les années 1960, on dénombre 4,672 personnes inscrites sur les listes électorales du parlement sami (entre 50 et 60% votent). Il se peut que d’autres personnes manifestent le désir de s’inscrire, soulevant ainsi le problème de l’éligibilité au droit de vote. Le Conseil nordiquea tenté de parvenir àune entente avec les Samis pendant les années 1950. On se réfère souvent à l’article 14 de la Convention de 1989 sur les autochtones des pays indépendants, qui traite des autochtones et de leurs lieux de résidence. Toutefois, la Finlande ne l’a pas ratifiée étant donné qu’elle n’est pas conforme à sa législation. Les Samis Skolt ont des lois et des décrets qui garantissent la promotion et la protection de leur culture et de leurs activités, mais celles-ci n'encadrent pas l'usage de la langue. La loi skolt actuelle date de 1984. Un rapport réalisé en 1992 préparait une nouvelle loi skolt, mais le parlement sami a désapprouvé sous parce qu'il n'y avait pas pris part et qu'on y considérait les Skolt comme différents des autres Samis.

2. Présence et utilisation de la langue dans différents domaines

2.1 L’enseignement

En 1970, on a commencé à enseigner le sami dans six écoles, mais il a fallu attendre 1991 pour que l'utilisation du sami dans l'éducation à tous les niveaux soit formellement reconnue. Depuis 1993, le sami possède le statut de langue maternelle au sein des écoles de la région. On le compte parmi les matières dans la presque totalité des écoles de la région sami; il y a aussi des ressources à Helsinki. Le nombre d’enfants à suivre cet enseignement s’est stabilisé à 600 dans quelques 33 établissements scolaires de la région où chaque école a les ressources pour offrir un tel programme sans que cela ne soit obligatoire; on compte également quatre écoles à Helsinki. Il n’existe aucune école d'enseignement en sami, mais les 24 écoles primaires de la région ont la capacité de dispenser un enseignement dans cette langue. En 1997, 679 élèves ont fréquenté ces écoles, parmi lesquels 130 ont assisté à des cours de sami par choix. 39 autres élèves ont étudié la plupart de leurs matières dans la langue sami, et les autres matières en finnois. Treize autres élèves ont reçu un enseignement en sami langue maternelle, certaines matières étant enseignées en finnois. La majorité des élèves n’est toujours pas exposée au sami! Au niveau secondaire, 36 élèves seulement étudient dans la langue sami et 44 l’étudient en tant que matière. La majeure partie de l’enseignement supérieur en sami a lieu à Kautokeinio, en Norvège. On enseigne les trois langues sami de la région: 35 écoles comptant 503 élèves pour le sami du Nord, 7 écoles avec 30 élèves pour le sami anar et 6 écoles avec 40 élèves pour le sami skolt. On manque de matériel et d’enseignants formés parlant couramment la langue. La plupart des enseignants sont finnois plutôt que sami, toutefois, l’obtention d’un poste permanent requiert l'apprentissage du sami. Les enseignants contestent ce critère de qualification, ce qui a pour effet d’entraîner des relations conflictuelles entre les enseignants finnois et les parents sami et cela entraîne un renouvellement des enseignants d'une année à l'autre. L’intégration se fait entre la Finlande, la Suède et la Norvège, mais la diversité linguistique de si petites populations rend perplexe. La plupart des manuels sont publiés en sami du Nord ainsi que dans les autres langues. Des cours particuliers de langue sami au niveau préscolaire sont disponibles. Certains Finnois n’acceptent pas que la loi garantisse la garderie en sami. On traduit également des cours de formation professionnelle en sami, mais il n’y a que deux membres du personnel qui se consacrent à la production d’un tel matériel pédagogique. On travaille à produire un dictionnaire électronique. Les enseignants suivent une formation à l’université d’Oulu et à l’université Lapi ainsi qu’au collège sami de Norvège, lequel veut ajouter à la formation des enseignants du primaire, celle des enseignants du secondaire. Le manque de personnel samophone et la titularisation des professeurs finnois ne parlant pas sami posent problème. La décentralisation des responsabilités financières en matière d’éducation du pouvoir central vers les municipalités et les contraintes du financement régional font craindre que les administrateurs finnois locaux procèdent à des compressions budgétaires dans les fonds alloués à l’enseignement du sami. Le transfert de l’Office des affaires éducatives du Conseil de district de Lapland au parlement sami ainsi que l'affectation spécifique des fonds d’état devraient protéger le sami contre de telles éventualités. La nouvelle législation insiste sur le fait que les municipalités dont plus de la moitié de la population est sami doivent permettre à leurs membres qui le réclament de recevoir la moitié de leur enseignement dans leur langue. Comme le prestige des langues est lié à l’émergence d’un secteur public sami et des qualifications d’emploi des médias dans une région dépendante de l’embauche du secteur public, la demande d’un enseignement en sami augmente. Les nouveaux arrivants plus instruits qui apprennent la langue en viennent à dépasser ceux dont c’est la langue maternelle et qui ne sont pas alphabétisés. On explore actuellement la possibilité d’implanter un système télématique d’enseignement à distance qui établirait un lien entre les ressources d’enseignement de la langue sami à travers les trois états se partageant la Laponie. De plus, la CE et l’Institut finlandais de la culture sont en train de développer des méthodes pédagogiques qui proviennent de Nouvelle-Zélande. Face à la perte de la capacité de reproduction de la langue, il incombe de développer un système efficace. Les ressources à l’extérieur de la Finlande sont importantes, surtout en Norvège. En 1989, une école secondaire sami a ouvert ses portes à Kautokeino, en Norvège, ce qui a représenté un élément capital pour les échanges éducatifs et transnationaux.

On peut y obtenir un certificat d’enseignement; on y trouve un centre de recherche qui se penche sur les théories de la communication et les médias. Les trois états se sont entendus pour homologuer les crédits et les compétences professionnelles, ce qui devrait faciliter la mobilité des enseignants à travers toute la région sami. L’école secondaire Inari organise des cours intensifs de sami, principalement à l’attention des adultes et depuis 1994, elle tient lieu de Centre de formation de la région sami. On réserve des quotas pour les samophones dans certains programmes de formation à l’Université de Lapland à Rovaniemi et à Oulu. Il y a un programme d'études sami à l’Université de Helsinki.

2.2 Les autorités judiciaires 

Voir ci-dessus.

2.3 Les autorités publiques et les services

La fondation du Conseil nordique sami a eu lieu en 1956, à une époque où la politique d’assimilation des états du Nord commençait à fléchir, ce qui a fortement joué en faveur des revendications sami à travers la gamme des activités et institutions sociales. Son importance réside en partie dans la standardisation à travers toute la région sami, de ce que le sami peut avoir obtenu à l’échelle locale ou nationale. Elle éveille la conscience politique tout en faisant la promotion de l’unité et de l’identité trans-régionales. En 1932, les Finnois non-Samis ont mis sur pied une organisation qui visait à protéger les intérêts des Samis - Lapiun Sivistysseura ou la Société pour la promotion de la culture sami. Elle opère toujours en tant qu'important groupe de pression externe, menant des recherches et agissant politiquement, mais elle a cédé la place aux organismes promus par des Samis et constitués de Samis. En 1934, elle a été à l’origine de la publication de l’unique périodique en langue sami --Sapmelas. À partir de 1973, de concert avec l’Association sami, elle s’est chargée de la représentation officielle des Samis en Finlande. Elle octroie des bourses d’études et travaille à promouvoir la culture sami. La même année, en 1973, a été fondée l’Association d’aide aux intérêts Skolt qui représente les intérêts des Samis Skolt. Elle offre des services de consultation d'experts à propos de tout un éventail d’activités et organise des formations et des activités culturelles dont la publication et la recherche. L'Association sami a été fondée en 1945 pour promouvoir le bien-être national, économique et culturel des Samis. Cette dernière a fait construire le musée sami à Inari en 1959 et a été responsable de la création de l’école secondaire des Samis chrétiens de cette même ville. Lors de la création du parlement sami en 1974, ses activités ont décliné. Récemment, les grandes institutions ont fait place à des organisations de groupes d’intérêts plus spécialisés tels que Sapemelas Duodjarat qui soutient l’artisanat contre l’exploitation par les non-Samis des objets de la culture sami destinés aux touristes. Cet organisme propose des cours, organise des expositions, fournit des renseignements et exerce un contrôle de qualité. La Société des enseignants sami en Finlande, qui a été fondée en 1982 et est membre affilié de l’Association nordique, gère et fait la promotion de l’enseignement de la langue et de la culture sami et représente les intérêts professionnels de ses membres. Elle a appuyé la réduction des responsabilités d’enseignement pour ceux qui étaient activement impliqués dans la préparation de matériel pédagogique d’enseignement du sami. En 1986, on a créé l’Association linguistique d’Inari afin de standardiser et de perpétuer le sami d'Inari. Elle offre des services d’information et est impliquée dans la publication. Une série d’institutions opèrent au niveau officiel et local. À Utsjoki, l’Association sami, fondée à la fin des années 1950, organise des concerts, des activités théâtrales et des expositions d’art tout en étant politiquement active. Le même genre d’association a été créé à Enontekio en 1969, la Johti Sabmelazzat, laquelle se penche sur l’élaboration d’une politique économique légale. Elle organise le festival du printemps à Hetta. L’association sami locale d’Inari - Anara Samisearvi, fondée en 1983, s'occupe d'organiser des programmes culturels, de publications et de promouvoir l'éducation. À Sodankyla, on a créé la Soadekili Samii Searvi en 1971 et l’Association municipale sami a été fondée à Helsinki en 1989. Ces institutions sont venues peu à peu remplacer les activités traditionnelles qui structuraient les communautés sami. En dépit de la nucléarisation progressive de l’activité familiale et de l’identité, le principe de la descendance continue à fonctionner lorsque les familles étendues se mobilisent pour résoudre les conflits locaux. Certains Samis, particulièrement les Skolt, possèdent une large connaissance du système de relations parentales de leur région, d'autant plus que ceux dans les villages qui héritent des terres tendent à appartenir aux mêmes unités familiales. Les modifications apportées par le changement social ont produit une réaction brutale chez les non-Samis de la région qui ont fondé l’Association traditionnelle de Laponie, laquelle semble contrecarrer l’identité sami en revendiquant une identité lapone pour tous et qui sert les Samis sans donner pour autant la priorité à leur langue et à leur culture. Il se peut qu’elle inclue les Samis qui optent pour une identité finnoise non-sami. De tels organismes locaux et régionaux luttent pour la distribution des ressources destinées aux activités culturelles. L’état finlandais tend à scinder la population en Samis et en Finnois, ne laissant aucune place à l’autonomie régionale dans laquelle les Lapons veulent se lancer. Les Samis affirment que l’action des Lapons n’est qu’un moyen d’avoir accès aux ressources matérielles. L’économie est au cœur du comportement des électeurs; de plus, on remarque une variation importante au sein de la région, le Parti agricole remportant 50% des voix dans l’UE et Sodankyla, mais seulement 27% à Inari où les tiers partis obtiennent 37% des voix. Le parlement sami a été reconnu officiellement en 1973 et a été révisé en 1990. Les membres du parlement sont élus au suffrage universel par l’électorat sami pour un mandat de quatre ans. Tous les adultes sami possédant la nationalité finlandaise ont le droit de vote, peu importe le lieu et le pays de résidence. Il existe un registre de votants éligibles à cet effet. À l’origine, la question de l'identité sami était associée à la langue selon la définition suivante: 'Un sami est une personne dont les parents ou l’un des parents parle, ou a parlé le sami comme langue du foyer à la maison et qui parle lui-même sami'. Par la suite, on a assoupli le critère linguistique: 'Une personne est un Sami, si elle-même, son père ou sa mère ou n’importe lequel de ses grands-parents a appris le sami dans son enfance comme langue maternelle'. Telle est la définition que l’on trouve dans le décret finlandais de 1973 à propos de la Délégation des affaires sami. On a ajouté une clause définitionnelle à l’amendement de 1991 et à la Loi sur les langues de 1991. Alors que s’amorçait la législation de l’autonomie culturelle sami, on a incorporé un autre groupe --les descendants des personnes qui avaient été inscrites comme Lapons de la montagne, de la forêt et de la pêche. On a encore ajouté ceux dont au moins un des parents a été inscrit ou pourrait l'être en tant qu’électeur dans le cadre d’une élection de la Délégation sami ou du Parlement sami. Les leaders sami ont émis une objection à cette large définition alléguant qu’elle incluait des personnes qui avaient perdu tout lien avec la réalité sami depuis fort longtemps et qu’elle constituerait une menace pour la culture et le style de vie sami. Cette objection est à mettre en parallèle avec celle des contribuables lapons qui réfutent les définitions basées sur l’autonomie culturelle. Des accusations de découpage électoral tendancieux existent des deux côtés. Le parlement sami comprend 20 membres et relève du ministre de l’intérieur. Ses bureaux se trouvent à Inari. Il s’agit d’un corps consultatif doté d’un budget de 1.4 millions de marks finlandais (1993) qui opère par le biais d’un comité exécutif et de quatre sections: Justice, Économie et Environnement, Langue et Culture, Affaires sociales et santé. Le gouvernement central subventionne ses activités. Des plaintes au sujet de la législation centrale sans consultation préalable ont amené le gouvernement à accorder un droit de consultation. En pratique, l'efficacité du Parlement sami varie conformément au département d’état et aux aspirations politiques du ministre en poste, donnant l’impression d’être un instrument politique du gouvernement central. Le but de ce parlement est de préserver les droits du peuple sami et d’améliorer leurs ressources économiques, sociales et éducationnelles. Il peut prendre des initiatives, élaborer des propositions, livrer des rapports aux autorités publiques. Il peut également ordonner une recherche. Faute d’un pouvoir décisionnel ultime, il déclare représenter l’opinion politique des Samis et, en tant que tel, correspond au corps politique suprême en Laponie. Il représente les Samis de Finlande à la Conférence nordique sami et est représenté dans les commissions qui se rapportent à la région. Le finnois est la lingua franca lors des discussions et des débats. Les Samis Skolt originaires de la région de Petsamo cédée à l’Union soviétique après la Seconde Guerre mondiale, parlent une langue qui est assez différente de celle des Samis du Nord et de celle des Samis d’Inari. On leur a donné un nouveau territoire d’occupation en 1948 lorsque les Skolt de Paatsjoki et ceux de Petsamo ont été relogés à Nellimo sur les rives du lac Inarinjarvi, alors que les Skolt de Suonikyla habitaient la rive nord du district de Sevettijarvi. Ils étaient au nombre de 600 et se divisaient en unités familiales d’environ 10 à 20 personnes qui consacraient la majeure partie de leur activité économique à la pêche et à la chasse. Ils avaient peu de contacts avec les Samis du Nord avant leur déportation et leur arrivée sur le territoire Inari a entraîné un certain degré de tension. Avant 1944, chaque famille possédait son propre territoire, ses droits d’usufruit et ses frontières qui étaient ajustées à la taille croissante ou décroissante des cellules familiales. La parenté était et demeure le lien suprême, leur connaissance de la parenté est grande et l'activité du clan est importante. Cependant le lien entre la parenté et les droits territoriaux ont changé lorsqu'ils ont été relogés. Une législation spéciale a permis la construction de nouvelles maisons dans les années 1960 et 1970 pour accommoder les familles grandissantes. Ce privilège qui leur a été accordé a suscité un certain ressentiment chez d'autres Samis. Les Skolt vivent actuellement dans trois villages qui recouvrent une vaste région. Ils conservent leurs conseils communautaires et comparativement à d’autres zones, l'immigration y a été limitée. Des assemblées de village se tiennent à Sevettijarvi et à Nellimo pour établir des propositions et les soumettre à diverses autorités et pour déposer des déclarations et des rapports au nom des Skolt. Contrairement à il y a 20 ans, on n’utilise que le finnois dans ces assemblées. Ce bureau dépend du Comité consultatif des affaires sami. On a noté chez eux une réticence à reproduire la langue et ils adhèrent à la religion orthodoxe qui se fait principalement en finnois en dépit de l’existence de textes religieux dans la langue sami. Certains prêtres chantent dans la langue des Skolt. Il y a un certain nombre de mariages mixtes entre les Inaris et les Skolt mais les mariages avec les Finnois sont plus répandus. Il y un village qui se divise également entre les Inaris et les Skolt. La plupart de ces derniers ne savent pas écrire leur langue qui n’a été standardisée que dans les années 70. À Sevettijarvi, on enseigne la langue skolt et la culture aux deux niveaux de l’école d'enseignement général ainsi qu’au sein de l’institut local d'éducation aux adultes.

En 1993, on a mis sur pied le projet du 'nid de la langue skolt' qui sert de garderie et de lieu de rencontre pour les personnes âgées et d’autres locuteurs skolt. Toutes ces activités se font dans la langue skolt.

2.4 Les médias et la technologie de l’information

La dispersion de la population rend importante la radiodiffusion coopérative transfrontalière. Le centre principal des nouvelles se trouve à Inari et il y a un personnel éditorial local à Utsjoki et à Kaaresuvant. La radio utilise toutes les langues sami, mais le sami du Nord est le plus largement utilisé, et diffuse des émissions communautaires qui servent les besoins des auditeurs.

La radio privée émet depuis la Norvège. Les nouvelles, les affaires courantes et quelques émissions pédagogiques composent le menu des sept heures de diffusion quotidienne. On produit en Norvège des émissions de télévision en sami qu'on peut recevoir en Finlande par satellite. À l’occasion, on produit des programmes sami en Finlande. La digitalisation en étendra le potentiel et le bureau d'Inari pourra produire des émissions de télévision en sami. Le mensuel gratuit Sapmelas, paru pour la première fois dans les années 1930 et qui affirme rejoindre tous les samophones de Finlande, est entièrement publié dans cette langue. Depuis 1989, Anaras paraît une ou deux fois par an en sami d’Inari. Récemment, le Conseil sami de l'éducation a publié ces dernières années une revue traitant de bilinguisme et d'éducation --Samagiella skuvlagiella. Deux hebdomadaires sami de Norvège parviennent aux Samis finlandais --Mini Aigi et Assu. La majeure partie du soutien provient de Norvège et le but à atteindre est l’intégration trans-régionale. On accorde le même soutien financier au matériel électronique, surtout en matière d’éducation.

2.5 Production et industries culturelles

En 1978, la Conférence sami a approuvé l’adoption commune de l’orthographe du sami du Nord. Le premier écrivain (prose) a été Johan Turi qui a écrit au début du siècle. L’accent est mis sur le réalisme dans la littérature sami. On peut y lire la nécessité d’étendre la lutte de la langue et du style de vie. Le mouvement politique des années 1970 et 1980 a eu des répercussions dans le domaine de la littérature. La poésie lyrique se rapproche des qualités rythmiques de la musique et des chants, surtout des chants jojk. Actuellement, on s’intéresse à la production d’ouvrages de fiction et de non-fiction pour enfants, activité qui ne saurait exister sans les subventions gouvernementales. Une vingtaine de nouveaux titres de manuels scolaires paraissent chaque année. Il n’existe qu’un seul éditeur dans la région. Le tourisme a stimulé le réveil des arts visuels, tout particulièrement celui des gravures sur bois. L’esthétisme de l’art occidental a remplacé l'art de l'artisan qui autrefois prévalait. Il existe depuis 1979 une organisation professionnelle d’artistes sami qui se chargent de l’organisation annuelle d’une exposition de beaux-arts et d’artisanat --Sami Daiddacehpiid. Le jojk, un genre de représentation musicale qui demande des aptitudes vocales particulières et une grande coordination de la part des participants, est la forme artistique sami par excellence. Sa version poétique renferme une variété de codes culturels et des systèmes de signes basés sur des règles complexes. Ces pièces ont récemment été adaptées à plusieurs genres, du rock au jazz en passant par la musique populaire en général. Ce syncrétisme a étendu les frontières locales et a jeté un éclairage international sur la musique sami. Il n’existe pas de troupes théâtrales professionnelles en Finlande, mais des troupes norvégiennes entreprennent des tournées dans la région. La principale troupe amateur de Finlande, Ravgos, joue en dehors d'Outakoski à Utsjoki. Les films et la radio utilisent le théâtre sami. Deux films sami –'Vie de chien' et 'Dansons' ont remporté un franc succès. Le théâtre sami est à la recherche d’une formule dramatique qui manifeste sa propre culture. La tradition orale persiste mais subit des changements rapides étant donné qu'elle s'éloigne de son contexte. La région vibre pendant les dix jours du festival d’été qui s’y tient et qui attire des Samis de tout le territoire. La fête est aussi prétexte à la célébration des mariages, des confirmations et des cérémonies religieuses ainsi que des activités sportives sami.

2.6 Le monde des affaires

Nous avons déjà fait mention de la faiblesse de la structure économique (voir ci-dessus). Les transactions d’affaires limitées associées au secteur privé relèvent du domaine touristique où l’on note une tendance à utiliser naturellement la langue.

 

2.7 L’utilisation familiale et sociale de la langue

Nous ne savons que très peu de choses à propos de l'usage du sami et des taux d’endogamie linguistique. Des estimations suggèrent que le taux d’exogamie des groupes linguistiques Inaris et Skolt dépasse les 50%. Il y a un certain usage familial dans les foyers des communautés concentrées comme dans celles qui sont dispersées, mais la nouvelle génération de parents a grandi en grande partie dans un contexte linguistique finnois. Le prestige accru dont bénéficie la langue conjointement à son étendue au secteur tertiaire joue en sa faveur. L’intelligentsia sami tient absolument à élargir l’utilisation familiale, reconnaissant que sans la capacité de reproduction, la langue perd son statut de langue maternelle. Le lien décroissant entre les familles étendues et les pratiques économiques a limité l’emploi de la langue à la seule famille étendue. Quelques aspects rituels associés à l’élevage des rennes demeurent. Nombreux sont les Finnois qui apprennent le sami sans toutefois devenir sami. La difficulté de saisir et d’exprimer la base complexe de la 'samitude' porte à croire que les Samis cherchent une définition qui mènerait automatiquement à l’exclusion des Finnois, qui seraient des non-Samis par définition. La construction sociale du sens met l’accent sur le territoire et les ressources. Plusieurs des Finnois qui ont appris le sami sont également capables de lire et d’écrire la langue et peuvent donc avoir accès aux emplois les mieux rémunérés du secteur des services qui requièrent une telle compétence linguistique. D’où un certain ressentiment.

2.8 Les échanges transnationaux

Comme nous l’avons mentionné ci-dessus, force est de constater l’importance des échanges entre les populations sami de tous les pays nordiques. Non seulement elles partagent des ressources scolaires et médiatiques, mais également des transactions économiques et des liens de parenté.

3. Conclusion

Les Samis de Finlande, en tant que groupe social, sont plus qu’un groupe linguistique, ils ne correspondent pas à une seule langue. Les activités des Samis sont à comprendre en fonction de leur résistance au système économique capitaliste et à la façon dont leur identité implique les ressources économiques. En ce qui a trait à la langue, les Samis présentent de nombreux points communs avec les autres minorités linguistiques qui sont en voie d’obtenir une certaine autonomie politique et une reconnaissance, en même temps que l’infrastructure essentielle à la reproduction de la langue se voit ébranlée. L’identité négative et le taux élevé d’exogamie linguistique dus aux récentes immigrations en affaiblissent sévèrement la capacité de reproduction. La législation a misé sur la connaissance du sami en guise de clé à l’emploi du secteur tertiaire ce qui fait croître rapidement le prestige des langues samis. Dans quelle mesure les organismes responsables de la production de la langue peuvent-ils contrebalancer les forces qui sapent la capacité de reproduction? Il reste à voir si le prestige croissant de la langue suffira à lui donner un nouvel essor.

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