Le sami en Suède
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Institut de Sociolingüística Catalana
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Le sami en Suède

1. Introduction générale sur la communauté linguistique

1.1 Description linguistique, géographique et économique

Le sami est la langue parlée par les Samis, une minorité vivant dans la partie la plus septentrionale de la Scandinavie. Il y a entre 70,000 et 100,000 Samis, mais seulement quelques-uns d'entre eux parlent la langue. La plus grande partie des samophones, c'est-à-dire quelques 10,000, est concentrée dans le nord de la Norvège (la région de Finmark). On compte environ 17,000 Samis en Suède, parmi lesquels approximativement 7,000 maîtrisent la langue sami. La plupart des Samis vivent dans les villes du nord: Kiruna (2,500), Gällivare (1,800), Jokkmokk (900) et Arvidsjaur (700). Il y a environ 1,000 Samis vivant aux environs de Stockholm, mais la plupart de ces derniers ne parlent pas la langue.

Le sami est une langue finno-ougrienne, apparentée de très près aux langues finno-baltes (comme le finnois et l'estonien). Selon une théorie largement répandue, le sami et les langues finno-baltes dérivent d'une protolangue commune. On pense qu'à partir de cette protolangue, le protosami s'est développé autour de l'an 1,000 av. J.-C., et se serait maintenu de façon uniforme jusqu'à 800 apr. J.C. environ. Par la suite, il se serait ramifié en différents dialectes. Le sami actuel se divise en trois grands dialectes: le sami oriental, le sami central et le sami méridional. Ces principaux dialectes se subdivisent en général en neuf variétés dialectales: (1) le sami du sud, (2) le sami d'Ume, (3) le sami de Pite (ou Arjeplog), (4) le sami de Luleå, (5) le sami du nord, (6) le sami d'Inari, (7) le sami de Skolt, (8) le sami de Kildin, et (9) le sami de Ter. À l'intérieur de ce cadre de référence, les variétés 1-2 correspondent au sami méridional, les variétés 3-5 au sami central et les variétés 6-9 au sami oriental. Tandis que les trois principaux dialectes sont mutuellement inintelligibles, les samophones de certaines variétés plus étroitement apparentées parmi les neuf, n'ont généralement pas de difficulté à se comprendre. On constate donc que les variétés s'apparentent l'une à l'autre dans un continuum où la langue change de façon progressive. On parle cinq variétés de sami en Suède: le sami du nord, le sami de Luleå, le sami du sud, le sami d'Ume et le sami d'Arjeplog.

Le sami du sud, qui a abondamment emprunté au vocabulaire suédois (probablement plus que ne l'ont fait les autres variétés de sami), a été adopté comme langue principale et comme marqueur d'identité dans la région du sami du sud. Le sami de Luleå présente souvent une alternance du code linguistique instable entre le sami et le suédois. Le sami du nord est par contre une variété plus "pure" de sami mêlée de mots suédois, et est utilisé parmi les Samis dans la partie la plus septentrionale de la Suède.

En dépit des efforts de standardisation de la langue, il y a six façons d'orthographier la langue sami. La plupart d'entre elles ont été créées par les linguistes et contiennent beaucoup de signes diacritiques, ce qui crée une barrière difficile à franchir pour un grand nombre de samophones qui voudraient apprendre à lire et à écrire leur langue. L'écart entre ces variations touche aussi les néologismes et la terminologie. En ce qui concerne les locuteurs eux-mêmes, ils voient les samophones des autres variétés comme des groupes linguistiques différents, en dehors de leur clan, et ils ne cherchent pas à apprendre les autres variétés linguistiques.

Il n'y a pas une identité sami, mais différentes identités locales reliées à la variété linguistique locale et au territoire où elle est parlée. Les autres marqueurs d'identité sont la parenté et le territoire.

Sur le plan économique, l'élevage des rennes dans certaines régions, appelées districts d'élevage de rennes, constitue une des principales activités du groupe. Ces districts sont partagés entre les familles sami à qui traditionnellement ils appartiennent. Les habitants doivent continuer à faire l'élevage des rennes pour faire partie d'un tel district. Il y a plus ou moins quarante districts sami de cette sorte en Suède. De nos jours, les gens ont moins envie de faire ce type de travail parce qu'il faut de 400 à 500 rennes pour monter un troupeau rentable. La chasse, la pêche et l'artisanat constituent les autres activités traditionnelles des Samis. À cause des conditions économiques difficiles, la migration a été forte parmi les groupes Samis. On a observé deux modèles de migration: d'une part, les Samis ont émigré vers les microcosmes urbains de leur zone d'habitation; d'autre part, il y a eu aussi (et il y a encore) une émigration significative vers les villes côtières des régions de Norrbotten et de Våsterbotten et vers les grandes régions métropolitaines du sud de la Suède.

 

1.2 Histoire générale de la région et de la langue

La région typiquement sami (traditionnellement appelée Sápmi) consiste en une grande surface qui s'étend de la côte est de la presqu'île de Kola, traversant les districts les plus septentrionaux de la Finlande, jusque dans l'intérieur et sur la côte du nord et du centre de la Norvège, en passant par l'intérieur de la Suède.

Les premiers contacts avec les Scandinaves ont dû être probablement établis il y a plus de mille ans. Cependant, ce n'est pas avant la période de l'industrialisation qui a commencé à la fin du dix-neuvième siècle et qui a continué jusqu'au XXe siècle, que la culture sami a commencé à changer de manière critique, principalement à cause de l'immigration de nouveaux éléments sur le territoire Sápmi. Cette immigration a eu graduellement un profond impact sur la vie traditionnelle et sur les modèles de colonisation chez les Samis. Aujourd'hui par exemple, il y a seulement quelques municipalités en Norvège où les Samis constituent une majorité, par exemple à Kautokeino et à Karasjok. Il y a aussi une municipalité de Samis majoritaires en Finlande, Utsjoki. En Suède, la plus grande population de Samis vit à Kiruna où ils constituent seulement 10% de la population totale de la municipalité. Cependant, en dépit de ces chiffres démographiques apparemment bas, les parties les plus septentrionales de la Norvège, de la Finlande et de la Suède constituent le cœur du territoire Sápmi.

On estime que plus de la moitié des Samis vivent en Norvège (approximativement 35,000), environ 17,000 en Suède, 6,000 en Finlande et grosso modo 2,000 en Russie. Ces chiffres sont cependant d'une crédibilité relative, étant donné qu'il n'y a jamais eu de recensement sami. Une étude démographique du peuple sami vivant en Suède au début des années 1970 a révélé qu'environ 60% des Samis de ce pays vivaient dans la région traditionnelle d'habitation sami, c'est-à-dire le territoire Sápmi, alors qu'il y en avait 40% en dehors de cette région. Aujourd'hui, comme on l'a déjà mentionné, la plupart des Samis de Suède vivent dans les villes de Kiruna (2,500), Gällivare (1,800), Jokkmokk (900) et Arvidsjaur (700). En 1987, conjointement avec la ratification de l'Acte sami national norvégien, une région administrative samophone a été établie. Cette région consiste en six municipalités: Karasjok, Kautokeino, Nesseby, Porsanger, Tana et Kafjord. La population totale de ces municipalités (samophones ou non) est évaluée à 15,000 parmi lesquels 3,100 vivent à Kautokeino, et 2,800 à Karasjok.

 

1.3 Statut légal et politiques officielles

Dans les principes fondamentaux de la Constitution suédoise, on stipule que: "Des mesures devraient être prises pour promouvoir les occasions, pour les minorités ethniques, linguistiques et religieuses, de préserver et de développer leur propre vie culturelle et sociale", ce qui a donné des résultats concrets, c'est-à-dire la constitution du Parlement sami, l'enseignement du sami à l'école et la législation concernant la population sami. Cependant, le sami n'est pas considéré comme une langue officielle au vrai sens du terme et il n'est généralement pas possible pour les samophones de s'adresser à l'administration dans leur langue.

Néanmoins, un comité gouvernemental travaillant en deux sections a publié (le 7 janvier 98) ses propositions concernant les possibilités de la Suède de ratifier la Convention du Conseil européen sur les langues minoritaires ou régionales et la Convention du Plan du Conseil européen pour la protection de minorités. Il semble y avoir une demande sociale en faveur de cette reconnaissance parmi les groupes linguistiques minoritaires. On propose que les Samis deviennent un groupe officiel minoritaire (au même titre que les Tornedaliens, les Finnois, les Romani et les Juifs). Le gouvernement suédois a déclaré que tous les changements dans la situation actuelle devraient coûter peu; il est hors de question d'augmenter le budget général. Ces restrictions provoquent aussi des polémiques, étant donné qu'elles laissent plusieurs revendications des organisations minoritaires sans soutien légal. Cependant, le rapport peut encore ne pas être entériné par le Parlement, bien que cela nous apparaisse peu probable.

Un parlement sami (Sametinget) de 31 membres élus a été créé en 1991. Tous ceux qui se disent Samis ou qui ont des parents ou grands-parents qui sont ou étaient des samophones, peuvent s'inscrire sur la liste électorale. Les principales responsabilités du Parlement sami sont les suivantes:

Les membres sont élus par les membres inscrits (encore très peu nombreux). Des partis sami spécifiques prennent part aux élections du Parlement sami (il y a onze partis différents) mais ils ne jouent pas de rôle significatif dans les élections locales.

 

2. Présence et usage de la langue dans différents domaines

2.1 Éducation

Au niveau de l'instruction primaire obligatoire, il y a quatre types de cours pour les élèves qui réclament une autre langue que le suédois:

a) Cours préparatoires où les élèves ont droit à un enseignement intensif à court terme dans leur propre langue et en suédois comme langue seconde.

b) Cours en langue maternelle où les élèves ont tous la même première langue en dehors du suédois. L'enseignement en première année est presque entièrement dans la langue maternelle des enfants et pendant les années qui suivent la proportion de cet enseignement diminue au fur et à mesure que la proportion de l'enseignement en suédois augmente.

c) Cours intégrés (jusqu'en 3e année) où les élèves qui ont une langue maternelle différente constituent à peu près la moitié de la classe et reçoivent un certain enseignement dans cette langue.

d) Cours réguliers en suédois, plus environ deux leçons par semaine dans la langue minoritaire (ce qu'on appelle "l'enseignement de la langue du foyer"), souvent donnés par un instituteur volant.

Les enfants sami peuvent compléter leur éducation primaire soit dans les écoles publiques régulières de leur district natal ou dans une des écoles sami dirigées par l'État où les enfants reçoivent un enseignement dans les deux langues: le sami et le suédois. On compte six de ces écoles (Karesuando, Lannavaara, Kiruna, Gällivare, Jokkmokk et Tärnaby), parmi lesquelles il y en a quelques-unes où le sami est la langue d'enseignement. Le choix des écoles est laissé entièrement aux parents. En outre, deux écoles maternelles à Kiruna et à Jokkmokk utilisent maintenant le sami.

Pour les enfants qui ne fréquentent pas les écoles spéciales sami, des cours dans leur langue maternelle sont disponibles dans le cadre de ce qu'on a appelé ci-dessus "l'enseignement de la langue du foyer". L'enseignement de la langue du foyer a commencé à la fin des années 70 (avant, il y avait une demi-heure par semaine d'enseignement du sami dans les écoles primaires) et a augmenté sa durée jusqu'à six heures par semaine même si le suédois était, et est toujours, la langue principale d'enseignement.

En ce qui concerne les chiffres des élèves qui prennent des cours de sami de la première à la neuvième année dans les écoles générales, le nombre a descendu de 600 au début des années 40 à 150 à la fin des années 70, et est remonté jusqu'à 300 en 1993. Les chiffres absolus semblent être sur le déclin mais les enfants apprennent encore le sami comme première langue. Ceux qui fréquentent les écoles sami (moins de 10% de tous les enfants sami, c'est-à-dire environ 150) continuent de parler la langue, tandis que ceux qui fréquentent les autres écoles arrêtent généralement de la parler quand ils quittent l'école. Il vaut la peine de faire remarquer que chaque école utilise la variété locale standard de sami et la langue que les Samis de différentes variétés linguistiques parlent est le suédois.

La majorité des parents veulent que leurs enfants aillent à l'école suédoise de sorte qu'ils aient plus d'opportunités d'emploi pour l'avenir, et malgré les cours de sami dans les écoles, l'usage social de la langue ne croît pas de façon significative.

Il n'y a pas de formation spécifique des enseignants pour les enseignants sami (ils ont étudié le sami seulement comme matière à l'université). Les efforts qui ont été faits pour monter un programme de formation des enseignants en sami a échoué à l'Université de Luleå.

Il y a à peu près vingt élèves étudiant le sami dans les écoles secondaires et il y a aussi environ 20 étudiants à l'Université d'Umeå où une chaire en langue sami a été créée en 1975. Cette université offre des cours de premier cycle en sami du nord, en sami de Luleå et en sami du sud et des cours d'introduction à la culture sami.

En ce qui touche la formation des adultes, on donne aussi quelques cours de sami dans les collèges résidentiels populaires spéciaux (appelés Folkhögskola) en compensation d'une éducation antérieure inadéquate. La durée des cours varie de quelques jours à plus d'un an.

Pour terminer, il y a une commission scolaire sami (Sameskolstyrelsen) qui a, à sa disposition, certains fonds pour aménager une éducation sami intégrée dans les écoles primaires ou secondaires régulières en coopération avec les autorités locales.

 

2.2 Les autorités judiciaires

Les services d'interprétation ne sont pas disponibles pour les citoyens suédois bien qu'ils le soient pour les étrangers: par exemple, les Tornedaliens finnois peuvent réclamer ce service, mais pas les Tornedaliens suédois ni les Samis suédois.

 

 

2.3 Les autorités publiques et les services

La langue est rarement utilisée dans des buts administratifs même au cœur de la région sami, où la langue se transmet encore. L'usage officiel du sami n'est pas répandu dans l'administration et même le Parlement sami utilise le suédois comme langue principale, bien que plusieurs de ses membres utilisent aussi le sami, et que les assemblées soient traduites. Les procès verbaux des assemblées sont en général rédigés en suédois et en sami du nord. Un nombre considérable de documents sont également traduits en sami du nord. Par ailleurs, le sami est souvent utilisé par les employés au secrétariat du Parlement sami lorsqu'il s'agit de communiquer avec des samophones. Les communications en sami sont rarement écrites.

Les autres autorités, incluant les conseils locaux, n'utilisent pas le sami, même s'ils traitent des affaires sami. Dans les conseils locaux, le sami est utilisé de façon informelle, mais pas officielle.

 

2.4 Les médias et la technologie de l'information

Il y a une émission de radio en langue sami d'une demi-heure tous les jours, du lundi au vendredi, qui se consacre aux affaires sami et une heure par mois de télévision s'occupant aussi des affaires sami. Les émissions de radio sont offertes dans les trois principaux dialectes, et bien qu'elles couvrent en général les territoires traditionnels sami, certaines sont diffusées sur le réseau national pour atteindre les nombreux Samis qui se sont installés dans les autres parties de la Suède. En ce qui concerne la presse et les magazines, il y a un magazine mensuel, le Samefolket, qui utilise principalement le suédois, et qui publie quelques pages seulement en sami du nord, bien qu'il soit publié par une fondation supportée financièrement par deux associations sami. Il y a un projet pour mettre sur pied un magazine samophone en 1998. Les organisations sami de jeunes utilisent le suédois dans leurs activités et leurs publications.

 

2.5 Les arts

La littérature sami consiste en une importante tradition orale qui vit toujours. Les chants Yoik, les contes, les récits épiques et les légendes constituent les racines de la tradition. En ce qui concerne la littérature écrite, le sami a été utilisé pour la première fois au XVIIe siècle. La première nouvelle en sami a été publiée en 1912. Au début des années 80, il y a eu une "percée" pour la littérature sami écrite, quand on a commencé à publier un nombre croissant de livres, de la poésie au roman. Bien que les hommes aient été les pionniers de la littérature écrite, maintenant ce sont les femmes qui sont en tête. La plupart des livres sami sont destinés aux enfants et aux jeunes.

Depuis 1977, le budget de l'état suédois comporte un vote distinct pour l'appui à la culture sami (le Fond sami). Les ressources financières sont distribuées par un comité spécial des subventions dont la majorité des membres sont sami. Le Conseil national des arts alloue des fonds aussi pour les artistes sami.

L'Office de la languesami tente de moderniser et de standardiser les différents dialectes et poursuit en ce moment des travaux sur la terminologie et les néologismes sami. Selon nos informants, l'Office est très conservateur, puriste et très orienté sur la tradition pour les questions linguistiques. Les Offices de la langue sami de Norvège, de Suède et de Finlande continuent de poursuivre leurs principales activités reliées à la langue et à la culture sami même si, selon nos sources, leurs objectifs ne paraissent pas clairs ni bien définis.

2.6 Le monde des affaires

La langue sami est utilisée seulement dans les activités reliées au renne (la chasse et le pâturage), à la pêche et à l'artisanat. La langue n'est pas mise en valeur par les employeurs locaux quand ils engagent de nouveaux employés, ce qui ne veut pas dire qu'on n'entend pas le sami dans les magasins et dans les échanges. Cela se produit souvent, même si le monde des affaires n'encourage pas ces situations de communication. Cependant, plus les situations de communications sont formelles, moins on utilise le sami.

Depuis les années 90, le gouvernement suédois renforce l'idée du "suédois parfait", qui est indispensable partout pour trouver un emploi. La connaissance d'autres langues n'est pas requise.

 

2.7 L'usage familial et social de la langue

Bien que les non-Samis pensent que le territoire entier appartient aux Samis, dans les faits, c'est le cas pour les villages ci-haut mentionnés seulement. En fait, malgré l'image du peuple sami comme groupe dominant de la région, leur position est faible. En ce qui concerne la langue par exemple, elle est utilisée seulement dans les communautés sami et, dès qu'on sort de ces communautés, elle est utilisée uniquement dans le cadre familial. Jusque dans les années 40, les hommes n'avaient pas le droit de travailler dans des activités autres que les activités traditionnelles. Cette restriction en a forcé plusieurs à quitter les territoires traditionnels sami pour d'autres régions. Aujourd'hui, ce sont surtout les femmes qui quittent les régions traditionnelles sami pour aller dans des villes comme Umeå et Stockholm à cause des changements dans les activités économiques (changements dans le système corral). Les femmes sami ont été remplacées par des femmes suécophones qui ont déménagé à Norrbotten. Certaines communautés sami (principalement les Samis russes) connaissent une forte endogamie interne. Les membres des autres groupes se marient en général avec des membres des différents groupes sami, mais à cause du modèle de migration, il y a beaucoup de mariages mixtes entre les Samis et les non-Samis. Il ne faut pas oublier que le père est souvent absent de la maison pour s'occuper de son troupeau de rennes et que la langue principale parlée à la maison est celle de la mère. Comme les possibilités d'utiliser le sami, en dehors de certains contextes restreints, sont limitées, plusieurs parents choisissent d'élever leurs enfants en suédois (malgré le fait que, dans certains cas, les deux parlent sami). Cependant, durant ces dernières années, il semble que les parents supportent davantage le bilinguisme que par le passé (même si leur objectif est de joindre le courant de la société).

L'usage du sami a décru surtout durant les cinq ou six dernières décennies dans plusieurs régions différentes. Le sami du sud et, jusqu'à un certain point, le sami de Luleå ont un avenir incertain en Suède et en Norvège, où les samophones de ces variétés sont peu nombreux et vieillissants. Le sami du nord, parlé en Suède, en Finlande et en Norvège, est le dialecte le plus utilisé dans tout le territoire Sápmi, étant parlé par 80 à 90% des samophones. L'usage du sami du nord par les écoliers connaît aussi certains changements. Dans plusieurs familles sami, le suédois est la langue de conversation qui domine à la maison, et l'usage du sami entre pairs décroît également. Les résultats montrent que les enfants d'âge scolaire primaire n'ont pas atteint le niveau de compétence des adultes au niveau de la morphologie des noms et des verbes. Parallèlement, l'évolution linguistique fait son chemin dans certaines communautés linguistiques, et le sami s'est développé dans certains domaines depuis les années 70. Depuis lors, plusieurs Samis d'un certain âge ont appris à lire et à écrire le sami dans le cadre de cours conventionnels.

Il y a un écart linguistique évident entre les vieux samophones et les nouveaux (qui ont appris la langue à l'école) à un point où la langue parlée est légèrement différente.

Les spécialistes consultés ont observé un certain degré d'animosité entre les Samis et les autres groupes. Des conflits sont survenus, par exemple, autour de la question de la chasse et de la pêche: la législation précédente avait déclaré la souveraineté sami sur le territoire, d'où les droits de l'utiliser pour l'élevage des rennes, la chasse et la pêche, ce que les colons non-Samis de la région ont considéré comme illégitime. Récemment pourtant, la législation a été amendée et a redéfini le droit d'utilisation des terres. Ce type de situation, en plus du fait que les Samis vivent relativement séparés des autres groupes sociaux, provoque plusieurs tensions.

 

2.8 Les échanges transnationaux

Résultant de la septième Conférence nordique sami (qui s'est tenue à Gällivare en 1971), un Comité linguistique sami a été créé comme outil de coopération entre les Samis vivant en Norvège, en Suède et en Finlande. Le Comité linguistique est constitué de trois représentants par pays. Depuis la conférence sami de 1992, il a été élargi pour inclure les représentants russes. Le Comité linguistique sami est élu par la Conférence sami qui se rassemble tous les trois ans. Le Comité s'occupait à l'origine des problèmes d'orthographe, mais a récemment travaillé aussi sur des questions de standardisation, de préservation de la langue et de lois sur la langue. Les observateurs prétendent que depuis deux ans, certains pays vont leur propre chemin et sont, paraît-il, peu enclins à continuer à coopérer avec les autres pays.

 

3. Conclusion

L'identité sami paraît dépendre des intérêts du groupe plutôt que de la langue. Les tensions sont plus fortes entre les Samis et les Finnois qu'entre les Samis et les Suédois (la menace à leur identité respective accroît la virulence des attitudes).

 

Il y a un grand désenchantement en ce qui touche l'activité politique même si beaucoup de jeunes sont impliqués dans les débats environnementaux (bien que ce ne soit pas d'un point de vue politique).

Comme on l'a dit précédemment, l'emploi de la langue sami a régressé surtout durant les cinq ou six dernières décennies. À cause de la migration, la population sami a connu une certaine dispersion, ce qui a affaibli la position de la langue. Dans plusieurs familles sami, le suédois est la langue que les parents utilisent avec leurs enfants, et l'utilisation du sami entre samophones décroît également. Les enfants sami parlent moins la langue et la parlent moins couramment que ceux des générations précédentes. N'ayant aucun prestige social, le sami est pour ainsi dire en voie de disparition.

Parallèlement à cette situation difficile, durant les dernières décennies, la langue sami a obtenu la légitimité et maintenant est, sur le plan institutionnel, protégée et valorisée. Les Samis, aujourd'hui, ont davantage de moyens pour reproduire leur propre langue, bien que la survivance du sami ne dépend pas de l'aide institutionnelle mais des attitudes des locuteurs et des conditions de vie.

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