Le suédois en Finlande
17-04-1998
http://www.uoc.es/euromosaic/web/document/suec/fr/e1/e1.html
Research Centre of Wales
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Le suédois en Finlande

1. Informations générales sur la communauté linguistique

1.1 Description linguistique, géographique et économique

Selon les définitions statistiques, les Suédois finlandais sont ces citoyens finnois dont la langue maternelle est le suédois. Ils comprennent aussi les habitants de la région autonome d'Åland (les Ålänningar) qui, dans les faits, peuvent être considérés juridiquement et sociologiquement comme un groupe ethnique à part. Cependant, puisqu'une importante partie de la population finnoise est bilingue, cela ne veut pas dire que seuls les Suédois finlandais parlent le suédois. Il est probable que près de 600,000 citoyens finnois utilisent le suédois dans leur vie quotidienne.

La population suécophone de Finlande a vécu d'abord le long de la côte dans quatre régions différentes: en Ostrobotnie (Österbotten/Pohjanmaa dans la province de Vaasa/Vasa), dans l'archipel ouest de Turku/Åbo et dans la ville de Turku/Åbo (dans la province de Turun ja Porin/ Åbo och Björneborg), sur la côte méridionale de la Finlande (dans la province de Uusimaa/Nyland, avec la ville de Helsinki/Helsingfors) et dans les îles d'Åland. Jusqu'au début du siècle, le territoire occupé par les Suédois finlandais était indivis mais la progression de la population et de la langue finnoises l'a divisé en deux. Il faut dire que la situation de la population suécophone de la Finlande continentale est aujourd'hui tout à fait différente de celle du territoire autonome d'Åland.

Les dialectes germano-scandinaves parlés en Finlande appartiennent au groupe des langues scandinaves nordiques et sont assez conservateurs de nature. Ils se rapprochent des dialectes parlés dans le nord de la Suède et même dans le nord de la Norvège. Ils ont conservé plusieurs archaïsmes phonétiques, morphologiques et lexicaux qu'on retrouve seulement dans les régions périphériques du domaine linguistique scandinave. Le suédois finlandais n'a pas été fortement influencé par le finnois parce qu'il a toujours joui d'un plus haut prestige et aussi parce que les deux territoires linguistiques ont été jusqu'au 20e siècle divisés par une frontière linguistique bien définie, surtout en Ostrobotnie. Le suédois parlé dans les îles d'Åland ressemble beaucoup au suédois standard. Même si en Ostrobotnie (région de Vaasa/Vasa), il est encore tout à fait usuel d'employer des formes non standards ("dialectales"), la majorité des Suédois finlandais parle une variété régionale du suédois standard (habituellement appelé le "Finlandssvenska"): seulement de 30 à 40% de la population suéco-finlandaise utilisent le suédois non standard dans leur vie quotidienne. Les différences entre le suédois de Finlande et le suédois de Suède (appelé en Finlande le "Rikssvenska") sont du même type que celles qu'on trouve dans d'autres langues nationales ayant développé des variétés régionales dans différents pays et régions (par ex. l'anglais ou l'allemand). Cependant, les Suédois de Finlande ont toujours suivi les mêmes normes orthographiques et morphosyntaxiques qu'en Suède et utilisé les mêmes dictionnaires. Le suédois de Finlande est aussi caractérisé par des archaïsmes et par quelques fennicismes.

La population suécophone de Finlande représente 5.8% de la population totale. À la fin de 1995, ils étaient au nombre de 294,664 répartis dans les provinces suivantes:

Nom suédoisNom finnoisSuécophones%
FinlandSuomi294,6645.8%
NylandUusimaa137,59510.4%
VasaVaasa100,00522.3%
Åbo och BjörneborgTurku ja Pori27,2573.9%
ÅlandAhvenmaa23,73294.2%

En fait, tous les Suédois finlandais (excluant ceux qui vivent sur le territoire d'Åland) ont une certaine connaissance du finnois (au moins passive). La majorité des Suédois finlandais vivant dans la région de Uusimma/Nyland et de Turku/Åbo sont bilingues, surtout les jeunes. Environ le tiers de la population suéco-finlandaise est bilingue. Dans les îles d'Åland, la population ne parle en général que le suédois. Le finnois y est une langue étrangère, probablement moins connue et moins utilisée que l'anglais. Les Suédois de Finlande n'ont jamais constitué plus du cinquième de la population du pays. On y a observé une diminution constante des pourcentages de la population suéco-finlandaise de même que, depuis un demi-siècle, un recul démographique en nombres absolus. Un plus faible taux de natalité chez les Suédois finlandais que chez les Finnois et l'émigration des régions rurales en particulier vers la Suède sont les principales causes de cette décroissance. L'immigration des Finnois dans des villes autrefois monolingues suécophones est aussi à l'origine d'un certain degré de changement dans les rapports linguistiques.

AnnéeSuédois Finlandais%
161070,00017.5%
174987,20016.3%
1815160,00014.6%
1880294,00014.3%
1890349,70012.9%
1920341,00011.0%
1940354,0009.5%
1960330,5007.4%
1980300,4826.3%
1996295,6305.8%

L'élite suéco-finlandaise a joué un rôle crucial dans l'histoire de la Finlande. Même encore aujourd'hui, la croyance générale veut que les Suédois finlandais se retrouvent surtout dans la classe bourgeoise. C'est probablement vrai pour Helsinki, mais pas à l'échelle du pays. En 1975, 13% des Suédois finlandais (comparé à la moyenne nationale de 8%) appartenaient au milieu socio-économique des cadres, des administrateurs et des professionnels. En 1985, la distribution des métiers et professions chez les Suédois finlandais se présentait comme suit:

Suédois finlandaisPopulation totale
Agriculture et foresterie13.2%8.4%
Manufactures20.1%24.4%
Construction5.0%7.1%
Commerce23.6%20.6%
Transport10.0%7.4%
Services27.6%27.6%
Autres0.6%4.4%
Total100%100%

Il y a des coopératives suéco-finlandaises en agriculture et en commerce de détail. Certaines banques, compagnies d'assurance et maisons d'éditions font appel surtout à la clientèle suécophone.

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1.2 Histoire générale de la région et de la langue

L'histoire des Suédois finlandais, c'est l'histoire de la Finlande, puisqu'ils vivent au cœur du pays. Nous ne savons pas exactement quand la première population de langue germanique s'est installée sur les territoires appartenant maintenant à la Finlande. Entre le 5e et le 9e siècles de l'ère chrétienne, ils habitaient déjà les îles d'Åland. Il est généralement admis que l'origine de la population germanophone actuelle de la région côtière date du 13e siècle. Depuis cette période, la population a évolué en deux groupes: la population rurale (les fermiers et les pêcheurs des villages côtiers) et l'élite urbaine (d'abord la noblesse, puis la bourgeoisie) qui a gouverné la Finlande sous l'hégémonie du Royaume de Suède, comme grand-duché de l'Empire russe et puis finalement en tant que République indépendante de Finlande (depuis 1917). Les différences sociales ont toujours été plus importantes que les différences ethnolinguistiques et, jusqu'à la fin du 19e siècle, la cloison était plutôt étanche entre la population rurale (des deux langues) et l'élite suécophone. En outre, il est important de rappeler que c'est la bourgeoisie suécophone qui a initié et mené les mouvements politiques en faveur de l'indépendance de la Finlande et de la reconnaissance de la langue finnoise (de même que plus tard le mouvement pour la fennisation complète du pays).

Jusqu'en 1863, le suédois était la seule langue officielle du territoire qui constitue aujourd'hui la Finlande. Bien qu'ayant accédé au titre de langue nationale, c'est seulement depuis l'indépendance du pays en 1917 que le finnois s'est émancipé pour être enfin considéré comme la langue majoritaire. Le suédois était malgré tout la seule langue en usage dans les milieux officiels, tandis que le finnois avait juridiquement le statut de langue minoritaire. (Le russe a eu pendant une courte période le statut de langue officielle).

Il est difficile de faire la différence entre les organisations suéco-finlandaises ethniques et les non ethniques puisque le suédois est une des langues officielles. En fait, ce qu'on peut observer, c'est la fennisation progressive des organisations en tous genres, du moins à un niveau non officiel. C'est particulièrement vrai dans le sud de la Finlande où le finnois est la langue la plus utilisée tant sur le plan organisationnel que sur le plan social.

La structure éducationnelle de la Finlande, avec ses écoles et ses centres éducatifs, peut être considérée comme une sorte d'organisation pour le groupe linguistique. C'est ce qu'on note dans le cas de trente instituts administratifs d'éducation aux adultes (medborgar-och arbetarinstitut), lesquels organisent toutes sortes de cours et d'activités culturelles reliées à l'éducation, de l'enseignement des langues étrangères (y compris le finnois) à l'enseignement des arts, de la cuisine ou du théâtre, pour la population suécophone ou pour quiconque manifesterait le désir d'apprendre par le biais du suédois comme médium linguistique. Cependant, il ne s'agit pas là d'un système particulier aux Suédois finlandais étant donné qu'on retrouve le même type de centres chez les Finlandais fennophones.

La seule organisation importante se préoccupant exclusivement des Finlandais suédois, en dehors du système d'éducation, est l'Assemblée suédoise de Finlande. C'est une assemblée consultative composée de 75 délégués représentant six différentes orientations politiques entre la gauche et la droite. L'Assemblée, qui se rencontre une fois l'an, a la tâche de protéger les droits de la population suéco-finlandaise et de servir leurs intérêts, particulièrement en ce qui touche la langue, l'éducation et l'information. Il n'y a pas d'organisation fennophone correspondante.

Les Suédois de Finlande sont représentés par le parti politique appelé Svenska Folkspartiet (le Parti populaire suédois). Ce parti, qui siège au Parlement finnois avec 12 représentants et qui est élu par la majorité des Suédois finlandais (excepté dans les îles d'Åland), pourrait aussi être considéré comme une sorte d'organisation travaillant pour le peuple suécophone.

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1.3 Statut légal et politiques officielles

L'article 14 de la Constitution finlandaise stipule que le finnois et le suédois sont les langues officielles de la République et que l'état garantit le droit de tous les citoyens à communiquer dans leur langue maternelle (le finnois ou le suédois) dans toute relation officielle avec l'état ou l'administration publique. L'état est aussi responsable de l'égalité des droits entre les deux langues officielles.

L'article 22 stipule que toutes les lois de la République doivent être publiées dans les deux langues.

L'article 75 déclare que dans l'armée, les deux langues sont officielles et que les directives militaires doivent être données dans la langue choisie par le citoyen.

La loi sur les langues (Språklag 1.6.1922/148) régit l'emploi des deux langues officielles (LL). Elle a été promulguée en 1921 et révisée en 1935, 1971 et 1975. Le finnois et le suédois devraient être utilisés par tout organisme dépendant du gouvernement en fonction de la langue du citoyen concerné (Art. 1 LL). Cela signifie, en théorie du moins, que chaque citoyen a le droit d'être servi dans sa langue. Par contre, la seule langue officielle des îles d'Åland est le suédois.

La langue officielle d'une municipalité ou de ses parties constituantes doit être la langue parlée par tous ses citoyens; les deux langues sont officielles lorsque les utilisateurs d'une d'entre elles dépassent les 8% ou le nombre de 3000 habitants. Toute unité administrative incluant plus d'une municipalité est considérée monolingue si toutes les municipalités sont monolingues dans la même langue, sinon elle doit être considérée comme bilingue. Le gouvernement détermine quelles sont les langues officielles tous les dix ans en fonction des résultats du recensement. Une population bilingue devient monolingue quand, dépendant du recensement, la langue minoritaire ne dépasse pas les 6% de la population. Cependant le bilinguisme peut être maintenu sur demande de l'administration municipale (Art. 3 et 7 LL). Il y a actuellement 26 municipalités monolingues suécophones (dont 16 sont situées dans les îles d'Åland) et 39 municipalités bilingues (22 à majorité suécophone et 17 à majorité fennophone).

Les fonctionnaires travaillant exclusivement pour une des deux communautés linguistiques devront utiliser la langue de la communauté concernée. Les membres élus des conseils et des parlements peuvent toujours utiliser leur langue maternelle dans les réunions officielles. On peut réclamer une traduction si nécessaire.

Les Suéco-finlandais enrôlés constituent une brigade monolingue dans l'armée. Cependant, le finnois est la seule langue officielle des ordres venant d'en haut lieu.

Juridiquement, le suédois en Finlande ne peut être considéré comme une langue minoritaire. L'état est officiellement bilingue mais parce que la population de langue suédoise est réduite, il arrive que des fonctionnaires, même dans les régions bilingues, soient monolingues fennophones.

La situation se reflète dans l'attitude de l'état à l'égard des deux communautés linguistiques: dans les plus hautes sphères étatiques, on semble considérer les deux communautés comme égales et favoriser les mêmes droits, mais aux niveaux inférieurs de l'administration publique, dans les régions bilingues et monolingues fennophones, une certaine idéologie antisuécophone se manifeste.

La Finlande est en fait un état très centralisé: la politique linguistique des régions est complètement réglementée par la Loi sur les langues.

Il n'y a pas d'autonomie au niveau provincial en Finlande, et les agences gouvernementales ne sont pas non plus divisées selon des principes ethnolinguistiques. La région autonome d'Åland, territoire à très grande autonomie politique, et le Conseil central de l'éducation, séparé pour répondre aux besoins de chacune des deux communautés linguistiques, constituent les seules exceptions.

D'autre part, les communautés fennophones jouissent d'une très grande autonomie. Ils perçoivent des taxes et reçoivent des subventions gouvernementales pour l'administration notamment des écoles, de la sécurité sociale et des soins de la santé.

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2. Présence et utilisation du suédois dans différents domaines

2.1 Éducation

Situation générale

Les Suédois finlandais, comme les Finnois, ont leur propre système d'éducation public, gratuit et indépendant. Ces écoles ont leurs professeurs de langue maternelle suédoise et la langue d'enseignement est le suédois. Tous les Finlandais ont le droit d'être éduqués dans leur langue maternelle (le finnois ou le suédois -- en ce qui concerne le sami, voir Glyn Williams), de la maternelle à l'université. Les parents ont le droit de choisir la langue d'éducation pour leurs enfants.

Le droit linguistique en éducation est basé sur le principe de la personne. Chaque municipalité, indépendamment de ses langues officielles, doit organiser des écoles dans la langue minoritaire (finnoise ou suédoise) quand au moins 18 élèves le réclament. Toutes les municipalités bilingues fournissent des écoles pour les deux groupes linguistiques mais il y a plusieurs écoles publiques suécophones dans des villes fennophones monolingues là où il y a assez d'élèves suéco-finlandais pour les demander. À Åland, seules les écoles suécophones sont permises.

La première université de Finlande, l'Académie Åbo à Turku/Åbo est suécophone monolingue. Il vaut la peine de remarquer qu'elle est située dans une ville, Turku/Åbo, où les Suédois finlandais ne forment qu'environ 5% de la population résidente. L'École d'économie d'Helsinki (Svenska Handelshögskolan) et le Collège de service social et d'administration publique (Svenska Social - och Kommunalhögskolan) sont aussi suécophones. L'Université d'Helsinki/ Helsingfors est officiellement bilingue (mais est de facto pratiquement monolingue fennophone, si ce n'est des chaires officielles en suédois) comme l'est l'Université de Vaasa/Vasa. D'autres universités offrent des cours en suédois. Toutes les autres universités (sur 21 en Finlande) sont de langue finnoise.

Écoles suécophonesÉcoles bilinguesÉcoles d'immersion suédoise
ÉcolesÉtudiants%ÉcolesÉtudiants%ÉcolesÉtudiants%
Maternelleca.200-----**-
École primaire33833,7355.7%17440.1%ca.14ca.3,000-
Éducation sec.336,6596.1%13550.3%---
Éd. sec. pour adultes*65102.1%------
Éd. professionnelle35*9,3444.9%8*----
Université28,7666.3%753,071*37.9%---

Notes sur le tableau (*):

Ces données viennent du Bureau central des statistiques de Finlande (1996)

Les données se rapportant aux écoles d'immersion comprennent l'éducation préscolaire et primaire

*6: 2 écoles secondaires pour adultes + 4 filières pour adultes dans les écoles secondaires normales

*9,344: comprend aussi les étudiants des classes suécophones dans les écoles bilingues

*37,9%: les données incluent tous les étudiants inscrits dans les universités officiellement bilingues mais cela ne veut pas dire qu'ils étudient, utilisent ou même parlent le suédois (en fait, ce n'est en général pas le cas)



Dans certaines villes suécophones, il est possible pour les enfants de langue finnoise de prendre part à des classes d'immersion en suédois, aux niveaux préscolaire et primaire. Il y a aussi une école d'immersion finnoise pour les enfants suécophones.

Les manuels et autre matériel didactique en suédois sont largement disponibles en Finlande. Ils sont principalement produits en Finlande mais ils sont parfois importés de Suède.

La formation des enseignants en suédois pour les écoles de langue suédoise se donne à la Faculté d'éducation de l'Académie Åbo située sur le campus Ostrobothnian à Vaasa/Vasa dans le centre de la région suécophone la plus intense et la plus concentrée de la Finlande. Aucune donnée officielle n'est disponible quant au nombre d'enseignants dans les écoles suédoises. On suppose qu'ils se chiffrent à environ 1000 dans les écoles primaires et 1000 dans les écoles secondaires.

Dans l'ensemble, l'éducation suécophone en Finlande se porte très bien. Il y a cependant des symptômes de minorisation sociale même dans le système d'éducation. Ce phénomène est dû d'abord au fait que les Finlandais suédois étudient le finnois à l'école comme langue seconde (c'est-à-dire "l'autre langue nationale"), plus que les Finnois n'étudient le suédois, et par conséquent, les Suédois parlent mieux le finnois que les Finnois ne parlent le suédois. Cela s'explique aussi par le fait que près du quart des élèves et des étudiants du système d'éducation suéco-finlandais viennent de famille fennophone. Dans certaines écoles du sud de la Finlande, les étudiants venant de familles bilingues ou monolingues finnoises, y constituent plus de 90% de la population étudiante. C'est un symptôme de la difficulté de parvenir à une connaissance approfondie du suédois par le biais du contexte social et des médias dans les régions urbaines où actuellement la langue finnoise prédomine. Mais cela signifie aussi que le suédois jouit encore d'un haut prestige surtout dans l'élite urbaine. Le fait que la Finlande fasse maintenant partie de l'UE a probablement accru le prestige du suédois comme langue de communication pour les relations internationales et interscandinaves. La situation linguistique actuelle a affecté aussi la façon d'enseigner dans plusieurs écoles de langue suédoise car dans bien des cas le suédois n'est plus naturellement la langue de l'éducation mais doit être enseigné à titre de langue seconde à plusieurs étudiants soi-disant de langue suédoise.

D'autre part, dans plusieurs villages ruraux de langue suédoise, où les enfants sont monolingues suécophones, le suédois standard doit aussi être enseigné comme une sorte de " langue étrangère " (ou comme étrangère mais "Dachsprache") parce qu'il est très différent du suédois (" dialectal ") parlé à la maison.

On s'attend à ce que le nombre d'étudiants suécophones non monolingues dans les écoles de langue suédoise augmente dans l'avenir avec les conséquences éducationnelles mentionnées précédemment. Cependant, une fennisation du système scolaire suédois en Finlande n'est absolument pas possible, au moins aussi longtemps que la Loi sur les langues restera inchangée.

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2.2 Les autorités judiciaires

Le suédois a légalement et en pratique les mêmes droits que le finnois dans l'administration judiciaire. Les procès sont en finnois aussi bien qu'en suédois, dépendant des besoins.

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2.3 Les autorités et les services publics.

Même si la loi n'admet aucune discrimination entre les deux langues et garantit à tous les citoyens le droit d'utiliser leur propre langue quand ils traitent avec l'administration et ses fonctionnaires, en réalité, cela ne se passe pas toujours de la sorte. Dans le sud de la Finlande où le bilinguisme prédomine, c'est le finnois qui est la langue majoritairement utilisée. Dans cette région, il peut être difficile sinon impossible dans certains cas d'obtenir des services en suédois. Même si les fonctionnaires des municipalités bilingues sont théoriquement tenus de connaître les deux langues nationales, leur connaissance du suédois est souvent si limitée que les Suédois finlandais préfèrent utiliser le finnois. Il semble que ce soit seulement où il y a une très grande majorité de Suéco-finlandais qu'il est toujours possible d'obtenir des services en suédois (ex. l'Ostrobotnie (région de Vasa/Vaasa)). Les fonctionnaires travaillant à Åland ne connaissent pas en principe le finnois.

Néanmoins, la Loi sur les langues est soigneusement respectée dans le domaine des textes officiels et des lois; toutes les municipalités bilingues publient toutes sortes de textes officiels dans les deux langues.

La connaissance du suédois est importante si l'on veut postuler pour un emploi public dans les régions bilingues. Bien que la loi requière une certaine connaissance du suédois pour travailler dans les services publics des régions bilingues et de l'administration centrale, plusieurs fonctionnaires, surtout dans l'administration centrale, ne maîtrisent pas la langue suffisamment pour pouvoir fournir des services en suédois aux citoyens. Dans le secteur privé, le suédois est beaucoup moins important. Inversement, le suédois est la langue principale dans la région d'Åland.

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2.4 Les médias et la technologie de l'information

La presse quotidienne

Il y a un quotidien national en suédois (Hufvudstadsbaladet) et plusieurs quotidiens locaux. Les journaux de langue suédoise représentent 5.1% de toutes les publications journalistiques en Finlande.

Journaux de langue suédoise en Finlande 1996Numéros par semaineCopiesNotes
Arbertarbladet12,998
Borgåbladet59,020
Hangötidningen - Hangon lehti32,435Bilingue
Huvudstadsbladet759,206
Jakobstads Tidning611,972
Nya Åland47,577
Pargas Kungörelser - Paraisten Kuulutuksia14,872Bilingue
Syd-Österbotten37,918
Vasabladet626,700
Västra Nyland610,823
Åbo Underrättelser56,928
Åland510,687
Österbottningen64,966
Östra Nyland34,377Année 1995
Total170,479

La radio

Une chaîne nationale et 6 chaînes locales diffusent leurs émissions en suédois. La Radio nationale suécophone de Finlande occupe les ondes environ 19 heures par jour, dont 40% consiste en musique (données 1994).

Les stations de radio locales diffusent à peu près dix mille heures de programmes par année. Bien qu'Åland ait obtenu son autonomie pour la télévision et la radio en 1993, la Société de radio et de télédiffusion de Finlande gère toujours la radio et la télévision dans les îles.

La télévision

L'unité de programmation suédoise (FST) de la Société finnoise de radio et de télédiffusion produit des émissions pour la radio et la télé. Elle transmet sur la même chaîne que la télé fennophone, partageant le temps d'antenne (excepté aux heures de haute écoute) et les fréquences. Les programmes dans les autres langues sont sous-titrés. Depuis plusieurs années, il est possible de capter des émissions de télé provenant de la Suède.

Le télétexte finnois a aussi ses propres pages en suédois.

Sur un total annuel de 845 heures de transmission en suédois, la FST produit elle-même 545 heures. En plus de ces heures, à peu près 200 heures de nouvelles sportives sont transmises annuellement comme programmes bilingues.

On discute depuis pas mal de temps de la possibilité de donner à la FST une chaîne indépendante pour ses transmissions.

Le matériel informatique et les logiciels.

La plupart des logiciels en suédois disponibles en Suède sont probablement disponibles également dans les régions suécophones de Finlande mais la langue principale de l'informatique est sans contredit l'anglais.

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2.5 Les arts

Les Suédois finlandais ont une vie culturelle active. Les institutions culturelles suédoises en Finlande se portent relativement bien sur le plan économique.

Les théâtres : Il y a quatre théâtres permanents suécophones très dynamiques en Finlande et de nombreux théâtres d'été. Les théâtres de langue suédoise se situent dans les principales villes de la région suécophone et ce sont les plus prestigieux, comme le Théâtre suédois de Helsinki/Helsingfors ou le Théâtre suédois de Turku/Åbo.

Les livres : Dans les régions suécophones, il est aussi facile de trouver des livres en suédois qu'en finnois, en particulier pour les enfants. On imprime environ 200 nouveaux livres en suédois par année en Finlande bien que la plupart des livres en suédois soient imprimés en Suède. Les maisons d'édition finnoises publient aussi des livres traduits du finnois au suédois. Sur 13,104 titres imprimés en Finlande en 1996, environ 2000 ont été traduits, 111 d'entre eux en suédois, ce qui représente environ 6% de toutes les traductions.

La musique : La musique anglo-américaine domine en anglais, ou traduite en finnois. La musique moderne de langue suédoise est sous-représentée mais elle bénéficie d'un soutien financier de l'état. Dans tous les cas, l'anglicisation de la musique moderne ne semble pas être plus grande que dans la majorité des pays de l'Europe de l'Ouest.

Commentaire : La situation culturelle des Suédois de Finlande n'est pas à envier pour une population ne dépassant pas les 6% du pays, une population qui n'est pas géographiquement concentrée.

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2.6 Le monde des affaires

On exige fréquemment la connaissance du suédois sur le marché du travail surtout dans les régions bilingues, pour les emplois internationaux et pour les services publics même si la connaissance de l'anglais est probablement aujourd'hui plus importante que celle du suédois dans le monde économique. Cependant, le finnois est la langue prédominante au travail même dans les régions suécophones (excepté Åland, où le suédois est la seule langue requise et parlée).

Les panneaux publicitaires sont principalement en finnois ou, dans quelques cas, bilingues. Dans les municipalités monolingues suécophones (les petits villages), la publicité dans les rues n'existe pas. À Åland, elle est seulement en suédois. Les commerciaux télévisés se font seulement en finnois. La publicité des journaux se fait dans la langue du journal.

Tous les produits sur le marché doivent avoir une présentation bilingue. Sur les produits finnois, les textes en finnois sont écrits en caractères beaucoup plus gros que ceux écrits en suédois. Les produits importés peuvent être étiquetés en finnois et dans une autre langue scandinave (danois, norvégien(s)) plutôt qu'en suédois. Ceci est dû à l'accord international sur l'égalité linguistique dans les pays du Conseil nordique.

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2.7 L'utilisation de la langue en contextes familial et social.

L'endogamie était auparavant assez élevée, surtout en Ostrobotnie, mais aujourd'hui elle est moins commune. On calcule qu'à notre époque, la moitié des mariages dans les régions bilingues du sud de la Finlande sont exogames. Les enfants des familles bilingues vivant dans les régions suécophones ont tendance à être bilingues. Dans les régions finnoises, ils deviennent monolingues fennophones. Durant ces dernières années pourtant, des campagnes d'information ont soulevé un plus grand intérêt pour les questions linguistiques et le nombre d'enfants bilingues dans les familles bilingues semble avoir augmenté.

Plus le statut social est élevé, plus le taux de bilinguisme augmente (ou la connaissance de l'autre langue nationale) chez les Suéco-finlandais et chez les Finnois, surtout dans la région de Helsinki/Helsingfors. Le suédois est la langue de la vie sociale partout où les Suédois sont en majorité. Dans les municipalités bilingues constituées d'un grand nombre de Finnois, le finnois est aussi utilisé dans la vie sociale. (Vaasa/Vasa par ex., où environ le quart de la population est suédoise, est socialement bilingue: les deux langues peuvent être utilisées de manière socialement neutre. L'emploi des langues n'est pas particulièrement marqué socialement même si la population identifie clairement les magasins et les lieux de rencontres suédois). Dans les municipalités bilingues à majorité fennophone, le finnois est la langue principale des interactions sociales. De toute façon, les deux communautés linguistiques cohabitent partout en Finlande. Elles se différencient clairement l'une de l'autre et chacune a une vie sociale plus ou moins indépendante (voir écoles, théâtres, centres culturels et centres d'éducation aux adultes). Le suédois est la seule langue de l'interaction sociale à Åland.

La Finlande a deux langues officielles et deux religions d'état: l'Église luthérienne de Finlande et l'Église chrétienne orthodoxe, qui a très peu d'adeptes, la plupart vivant dans des villages de la frontière russe. Les orthodoxes sont de langue finnoise et ne constituent la majorité dans aucune municipalité de la Finlande. Comme le système d'éducation, l'Église luthérienne est basée sur les origines linguistiques de sorte qu'en général, la population suécophone créée sa ou ses propre(s) paroisse(s). Toutes les paroisses de langue suédoise sont sous la juridiction d'un évêché autonome suédois. Dans le domaine des activités sportives, les organisations suéco-finlandaises semblent vivre certaines difficultés. La vie sportive, surtout dans les régions urbaines, s'est fennisée. Normalement les organisations sportives n'étaient et ne sont pas divisées sur des bases ethnolinguistiques. Cela signifie que l'emploi du suédois à l'intérieur de ces organisations a diminué proportionnellement à son emploi dans le contexte social où elles agissent.

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3. Conclusion

Certains disent que les Suédois de Finlande constituent une des minorités les plus privilégiées de l'Europe. Plusieurs membres de cette communauté ne sont pas complètement d'accord avec cette affirmation, soit parce qu'ils pensent qu'il y a des situations meilleures que la leur en Europe, ou seulement parce qu'ils croient que, même en étant une minorité des plus privilégiées, ils ne sont pas suffisamment protégés. Mais tout est probablement question de définition et le premier problème est de déterminer si les Suédois de Finlande constituent ou non une minorité. Devraient-ils être comparés à des groupes linguistiques comme les Basques en France, les Turcs en Grèce, ou même les Catalans en Espagne, ou avec les francophones et les flamands en Belgique ou les Suisses francophones et les Suisses allemands en Suisse. Il est indubitable qu'on puisse trouver dans la société suéco-finlandaise des éléments de minorisation, ne serait-ce que l'évidente exiguïté démographique des Suéco-finlandais par rapport à la population totale de la Finlande. Cet indiscutable argument s'affaiblit pourtant dans la perspective européenne où ils sont naturellement un des peuples scandinaves partageant une langue commune avec les Suédois de Suède (et jusqu'à un certain degré avec aussi les Norvégiens et les Danois). Sociologiquement, il est aussi vrai qu'il y a une pression venant des Finnois sur (ou contre) les Suédois de Finlande. Mais on peut interpréter cette pression comme un problème de frontières linguistiques plus qu'un problème de minorisation (voir par ex. le problème des frontières linguistiques en Belgique et en Suisse).

On dit aussi que la loi linguistique finnoise est la meilleure au monde. Quoi qu'il en soit, l'aspect le plus positif de la Loi sur les langues est qu'elle protège le droit des citoyens à s'exprimer dans leur langue maternelle et non le droit de la langue comme entité abstraite (comme c'est le cas par exemple en Belgique). En outre, il ne s'agit pas seulement d'une question de droits personnels ou territoriaux. Cela peut vouloir dire qu'une des deux langues, perdant son prestige ou simplement son importance démographique, pourrait se retrouver dans une situation précaire sans aucune sorte de protection.

En conclusion, on peut dire que les Suédois finlandais vivent sous une certaine (mais quand même pas trop forte) pression fennophone sur les plans linguistique et etnique, et à cause de leur faiblese démographique, la simple égalité des droits avec les fennophones ne peut leur assurer définitivement la survie. D'autre part, une protection spéciale de la minorité, une sorte de discrimination positive à l'égard des Suédois finlandais, tel que l'ont demandé plusieurs membres de la communauté, constituerait une discrimination contre les Finnois au moins dans les régions bilingues ou suécophones.

Les faits sus-mentionnés se rapportant aux Suédois finlandais, ne s'appliquent cependant pas à la province autonome d'Åland. Le suédois à Åland n'est certainement pas une langue minoritaire. C'est l'unique langue de la communauté. Cependant, d'un point de vue national, les 25,000 Ålandais représentent une infime minorité à l'intérieur de l'État finlandais, constituant 0.5% de la population totale.

Les îles d'Åland bénéficient vraiment d'un très grand degré d'autonomie défini par la constitution finlandaise. Les îles jouissent de leur autonomie notamment dans les domaines de l'éducation, de la culture, des soins de la santé, des questions sociales, de l'administration municipale, des services postaux, de la radio et de la télévision, des affaires et des industries locales. La Loi finnoise sur les langues n'est pas valide sur les îles où la seule langue officielle et la seule langue de l'éducation est le suédois. En pratique, la langue minoritaire à Åland est le finnois, parlé par environ 5% de la population (probablement bilingue) -- on a rapporté des cas d'interdiction d'utiliser le finnois à Åland. Le statut spécial d'Åland a ses antécédents historiques dans le mouvement séparatiste qui s'est développé juste après l'indépendance de la Finlande. Les Ålandais voulaient faire partie de la Suède. Le conflit a été résolu par la Société des Nations en 1921. La Finlande a obtenu sa souveraineté sur les îles mais a dû céder à Åland un très grand degré d'autonomie dans plusieurs domaines et garantir à la langue suédoise le statut d'unique langue du territoire. On peut définir Åland comme un proto-état.

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