Le Basque en Navarre
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Institut de Sociolingüística Catalana
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Le Basque en Navarre
  1. Introduction à la langue
  2. La langue dans le pays où elle est parlée
    1. Données générales sur la communauté linguistique
    2. Description géographique, démographique et linguistique
    3. Histoire générale de la région et de la langue
    4. Statut juridique et politique officielle
  3. Présence et usage de la langue par domaines
    1. Enseignement
    2. Autorités judiciaires
    3. Autorités et services publics
    4. Masse média et technologies de l'information
    5. Production et industries culturelles
    6. Le monde des affaires
    7. Usage familial et social de la langue
    8. Echanges transfrontaliers
  4. Conclusion


1. Introduction à la langue

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2. La langue dans le pays où elle est parlée

voir: Introduction générale à la langue basque

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2.1. Données générales sur la Communauté linguistique

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2.2. Description géographique, démographique et linguistique

La Navarre est un territoire peu peuplé (50 habitants/km2) par rapport au reste de l'Espagne, bien que la région connut un fort croissement démographique lors des années soixante suite au développement industriel. Le dynamisme économique de la région eut pour conséquence: a) un exode rural très important vers la capitale; b) une concentration démographique importante à Pamplona (Iruñea) où vit actuellement près de 37% de la population de la Navarre; et c) une croissance importante de l'activité du secteur tertiaire qui employait 47% de la population active en 1991.

Les caractéristiques sociolinguistiques du territoire doivent se mesurer selon les trois zones linguistiques établies par la Ley Foral del Euskera de 1986:

a. La zone bascophone, où la langue basque est officielle à côté du castillan, est intégrée par 61 petites communes, toutes en-dessous des 10 000 habitants, où se concentre 11% de la population totale de la Navarre. Sur le plan linguistique, près de la moitié des personnes qui parlent basque en Navarre vivent dans cette région, ce qui représente 61% de la population de la zone.

b. La zone mixte regroupe les centres urbains industriels et la capitale, Iruñea. Dans cette région se concentre près de 54% de la population navarraise. Sur le plan légal, le basque peut y être enseigné dans tous les niveaux scolaires, excepté à l'université. Quant à la connaissance du basque, seulement 14% de la population est euskaldun , bien que 47% en ait une certaine compétence. Dans la mesure où 93% de la population de cette zone a eu l'espagnol comme première langue dans l'enfance, ces données sur la connaissance du basque montrent un progrès notable par rapport au passé.

c. La zone non-bascophone connait un gran déclin démographique depuis le début des années nonante vu qu'actuellement y vit 36% de la population navarraise contre près de 50% en 1990. Seulement 2·7% de la population est euskaldun et, sur le plan juridique, il existe le droit personnel à apprendre le basque comme matière aux niveaux non universitaires.

En général, il semble que le processus de perte de l'usage du basque aie été enraillé et qu'il soit en train de se produire une légère récupération de la connaissance de la langue (5 803 personnes entre 1986 et 1991) suite à l'introduction du basque dans le système scolaire. Cette récupération est surtout évidente dans la zone mixte.

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2.3. Histoire générale de la région et de la langue

La Navarre, qui existe déjà comme royaume au IXe siècle, est restée autonome tout au long des sept siècles suivants grâce à la forte implantation sociale des institutions autochtones. En 1512, la Navarre perdit son indépendance suite à son annexion à la Couronne de Castille. Cependant, elle conserva une forte personalité collective de même qu'un ensemble de normes juridiques propres, les Fueros de Navarra (Privilèges) de 1841, similaires à celles existant au Pays Basque. Ces privilèges la dotèrent d'une certaine autonomie administrative, un droit civil propre, ce qui lui permit de conserver sa personalité historique forgée tout au long du Moyen Âge.

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2.4. Statut juridique et politique officielle

La Loi Organique de Reintégration et Amélioration du Régime Foral de Navarre (LORAFNA) 13/1982, équivalente aux statuts d'autonomie des autres communautés autonomes, établit l'officialité de l'espagnol sur tout le territoire de Navarre et celle de la langue basque dans la zone bascophone, aux côtés de l'espagnol.

La Loi Forale 18/86 du Basque régle l'usage normal et officiel du basque dans le domaine des relations sociales et dans le système éducatif. A cet effet, l'article établit la division de la Navarre en trois zones linguistiques, chacune ayant ses propres niveaux d'officialité et de droits linguistiques.

a. Dans la zone bascophone, le basque et l'espagnol sont co-officiels. L'article 15.2 de la Loi Forale du basque établit que chaque administration, dans le cadre de ses compétences, spécifiera quels emplois exigent la connaissance de la langue basque et pour quels autres emplois la maîtrise du basque sera un mérite dans le processus de sélection. Quant à l'enseignement, les citoyens peuvent choisir comme langue d'instruction quelconque des deux langues officielles. Les centres scolaires de cette zone accueillent 11% des élèves de la Navarre.

b. Dans la zone mixte, le basque est reconnu comme langue propre du patrimoine culturel de la Navarre. Les citoyens peuvent s'adresser en basque aux organismes de l'Administration. L'enseignement du basque est facultatif et 55% des élèves étudient dans cette zone.

c. Dans la zone non-bascophone, la situation est similaire à l'antérieure. L'enseignement du basque est promu et financé partiellement ou totalement par les pouvoirs publics selon les critères de promotion et de développement de la langue d'accord avec la demande existante. Cette zone regroupe 33% des élèves.

La Loi du Basque prévoit que l'Académie de la Langue Basque soit l'institution de consultation pour tout ce qui a trait aux normes linguistiques. Le Décret Foral 159/89 développe la loi précédente et établit trois modèles linguistiques moyennant lesquels s'articule la présence du basque dans l'enseignement. Finalement, en 1990 le gouvernement autonome de la Navarre assuma toutes les compétences en matière d'enseignement.

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3. Présence et usage du basque par domaine

3.1. Enseignement

Le cadre juridique qui régit l'enseignement de la langue basque est issu du Décret Foral 159/89 cité ci-avant et qui établit trois modèles linguistiques: le modèle A (espagnol comme langue d'instruction et basque comme matière) prévoit la possibilité d'avoir accès à l'enseignement en basque dans une ou deux matières aux niveaux primaire et secondaire, et dans une au niveau supérieur; le modèle B prévoit l'enseignement en basque et l'espagnol comme matière, et langue vehiculaire dans une matière aux niveaux pré-scolaire et primaire, et une ou deux matières aux niveaux secondaire et supérieur; le modèle D (enseignement en basque et le castillan comme matière); et le modèle G (enseignement exclusivement en espagnol). Les modèles A, B et D sont disponibles dans la zone bascophone; les modèles A, B, D et G dans la zone mixte; et les modèles A et G dans la zone non-bascophone.

Outre ces modèles linguistiques, certains centres scolaires offrent depuis 1965 l'enseignement du basque, c'est-à-dire avant la mise en place du système législatif actuel. Il s'agit des Ikastolas, centres scolaires issus des initiatives populaires, organisés par les parents d'élèves selon un système coopératif. Actuellement, tant les ikastolas municipales comme les centres publics bilingues dépendent du gouvernement autonome de Navarre.

Quant au chiffres des élèves recevant l'enseignement suivant les modèles établis précédemment, la situation est la suivante: 23% des élèves du niveau préscolaire et 16% des élèves du niveau primaire reçoivent la plupart des matières en basque, tandis que 14% des élèves du niveau préscolaire et 10% du niveau primaire suivent des cours de basque. Le nombre d'élèves qui suivent les modèles A et D est en hausse sur l'ensemble du territoire. Ce développement dépend des zones linguistiques de telle façon que dans la zone bascophone, la grande majorité des élèves du pré-scolaire (79%) suivent l'enseignement en basque, alors que dans la zone mixte, 23·5% suivent les modèles A et D. Par contre, dans la zone non- bascophone, seulement 5% des élèves du pré-scolaire suivent l'enseignement en basque. Par ailleurs, presque tous les élèves qui suivent un modèle précis dans le pré-scolaire continuent leurs études avec le même modèle, ce qui entraîne au fur et à mesure une augmentation de la demande d'enseignement en basque dans les niveaux primaire et secondaire.

En ce qui concerne le secondaire, environ 10% des élèves reçoivent la plupart des matières en basque et presque 4% suivent des cours de basque. L'évolution récente souligne une augmentation progressive de la présence du basque à ce niveau, bien que le nombre d'élèves soit encore très restreint. Les taux de scolarisation en basque au niveau secondaire sont plus bas que dans les autres niveaux éducatifs parce que l'incorporation des élèves aux filières d'enseignement en basque à l'école primaire ne commencèrent qu'au début des années 80, ce qui entraîne que la plupart des élèves n'ait pas encore commencé les études secondaires.

Quant à l'enseignement technique, le basque est la langue principale d'enseignement seulement dans quelques établissements (environ 4% des élèves) étant donné qu'il faut un minimum de 25 demandes pour que les centres puissent offrir les modèles qui prévoient l'enseignement obligatoire ou facultatif du basque.

Actuellement, les uniques études qui se font en basque dans l'enseignement supérieur sont celles qui ont trait à la formation des enseignants (spécialité d'enseignement pré-scolaire à l'université), tandis que l'enseignement du basque comme langue moderne est volontaire et non-officiel. Les pourcentages d'enseignement en basque sont insignifiants (à peine 1%), malgré un certain intérêt parmi les étudiants et certaines organisations sociales.

L'enseignement du basque aux adultes n'est pas pris en considération dans le Programme de Formation Permanent d'Adultes, mais est inclu dans l'enseignement non-réglé. A partir de 1960 furent créés les Euskaltegis, centres non-réglés, visant l'alphabétisation et l'apprentissage du basque pour les adultes. Actuellement, le nombre d'élèves est à peu près de 5.000. En outre, il existe également des centres officiels d'enseignement du basque aux adultes, de recyclage d'enseignants et de fonctionnaires, qui dépendent du Service du Basque du Ministère d'Éducation et de la Culture du gouvernement autonome de la Navarre.

Le Gouvernement de Navarre a mis en place deux organismes d'inspection en matière d'enseignement: la Commission sur le Bilinguisme, chargée de planifier l'implantation de nouveaux modèles linguistiques et le Service du Basque, chargé de l'évaluation des résultats des modèles linguistiques et du soutien à l'enseignement en et du basque, d'études de recherches linguistiques et de la mise à jour de statistiques sur l'usage du basque dans l'enseignement.

Finalement, il existe de nombreuses associations de militants linguistiques qui aident à promouvoir une politique de consensus pour le développement de la normalisation linguistique dans l'enseignement et dans l'ensemble de la vie quotidienne (Euskal Herrian Euskaraz, Oinarriak, Féderation des Ikastolas, Sortzen).

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3.2. Autorités judiciaires

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3.3. Autorités et services publics

L'espagnol est la seule langue employée par l'administration de l'Etat et par l'Administration de Justice. En Navarre, il n'existe pas encore un réglement qui établisse les normes d'usage du basque dans les administrations régionale et locale, à l'exception du Ministère de l'Enseignement et de la Culture du gouvernement de Navarre qui a développé la Loi Forale du Basque citée ci-avant.

Dans la zone bascophone, l'usage de la langue dans l'administration locale est de 38%, tandis que pour l'ensemble de l'administration régionale, 27% du personnel a une certaine connaissance de l'euskera. Par ailleurs, il semble que l'intérêt envers la maîtrise du basque ait augmenté au cours de ces dernières années (environ 43% considère qu'elle devrait être obligatoire pour pouvoir accéder à la fonction publique régionale).

En ce qui concerne les services au public, ils utilisent normalement la formule bilingue, bien qu'ils utilisent presqu'exclusivement l'espagnol dans la zone non-bascophone. Les contacts avec les organismes publics et para-publics se font presque toujours en espagnol. Quant à la toponymie et à la signalisation routière, la situation est encore très confuse (bilinguisme, unilinguisme basque ou espagnol selon les endroits).

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3.4. Mass médias et technologies de l'information

Les mass-média en basque reçoivent depuis 1990 une aide officielle moyennant une convocation annuelle de subsides attribués par le gouvernement autonome de Navarre quoique leur développement soit encore au stade embryonnaire. Sur le plan linguistique, il existe encore des problèmes d'adaptation et de compréhension de la langue basque employée par les mass-médias audiovisuels.

En ce qui concerne la presse quotidienne, il n'existe qu'un seul journal -Egunkaria- entièrement rédigé en basque (3.000 lecteurs). Deux hebdomadaires sont écrits entièrement en basque (avec un tirage de 600 exemplaires chacun), et il existe un développement considérable d' hebdomadaires et mensuels locaux.

Quant aux émissions de radio, la seule station publique en basque que l'on peut écouter en Navarre a son siège à la Communauté Autonome Basque. Par ailleurs, cinq stations constituent le réseau de diffusion (bilingue) de la radio privée, où Xorroxin Irrati émet entièrement en basque (quoique son audience soit très restreinte).

Toutes les chaînes nationales émettent exclusivement en espagnol. Les émissions exclusivement en basque de la première chaîne d'Euskal Telebista (la télévision de la CAV) sont disponibles en Navarre (la deuxième chaîne d'ETB émet en espagnol). Le réseau régional de TVE (télévision espagnole) émet depuis 1992 un programme hebdomadaire en basque.

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3.5. Production et industries culturelles

Il n'existe pratiquement pas d'industries culturelle et discographique en basque, malgré les efforts importants entrepris par le gouvernement de Navarre moyennant les aides économiques et autres subsides.

Dans le monde du théâtre, il existe sept groupes semi-professionnels très actifs et populaires. Les compagnies théâtrales reçoivent des subventions de l'Institución Principe de Viana, et du Service de Basque de la Direction Générale d'Enseignement. Par contre, il n'existe pas une industrie cinématographique en langue basque. Parmi les festivaux, l'un de plus traditionnels est la Bertsolaritza (concours de poésie orale très populaire sur l'ensemble des territoires de langue basque).

Le gouvernement régional a développé toute sorte d'activités en matière culturelle: traductions, assistance linguistique, organisation de campagnes de sensibilisation et de promotion du basque. Par ailleurs, l'Institución Principe de Viana, organise annuellement des programmes de soutien au basque dans les activités artistiques et culturelles, et cherche à étendre le réseau de bibliothèques de Navarre.

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3.6. Le monde des affaires

La connaissance de l'euskera est un avantage pour l'accès à de nombreux emplois dans la zone bascophone, tandis que sa maîtrise n'est requise obligatoirement que pour quelques emplois dans la fonction publique et pour les professeurs de centres scolaires bilingues.

Le marché publicitaire en basque est garanti par les programmes d'Euskaltelebista, ce qui représente une nette amélioration par rapport au passé.

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3.7. Usage familial et social de la langue

La transmission intergénerationnelle de la langue basque a joué un rôle très important dans l'histoire de la Navarre, bien qu'actuellement elle soit en fort déclin (à l'exception de la zone bascophone) et ne semble pouvoir être assurée que par la mise en place d'une politique très active de normalisation linguistique à travers l'enseignement. De plus, l'usage de la langue basque en Navarre a de fortes connotation politiques vu que les locuteurs sont perçus comme proches au nationalisme basque radical. En outre, il est clair que la très grande religiosité des bascophones a attribué à l'Eglise un rôle historique très important dans la défense de la langue basque.

Ainsi donc, la vitalité de l'euskera ne semble pas optimale, si l'on considère que beaucoup de Navarrais ont de sérieux doutes quant à l'avenir de leur langue, bien que l'on détecte un regain d'intérêt parmi les jeunes, de même qu'une notable augmentation de la connaissance du basque. Dans ce sens, le développement des modèles éducatifs en basque pourrait contribuer à renforcer cette tendance dans le futur.

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3.8. Echanges transfrontaliers

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4. Conclusion

Les données les plus récentes sur la connaissance de la langue basque révèlent un déséquilibre accusé selon la zone linguistique, ce qui entraîne que les besoins de la politique de normalisation linguistique soient différents dans chaque cas. En effet, la plupart des Navarrais (83%) n'ont aucune connaissance du basque: 86% dans la zone mixte et 97% dans la zone non-bascophone, tandis que la zone bascophone (où le pourcentage d'euskalduns est de 61%) ne concentre que 11% de la population navarraise.

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