Le Basque en France
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Institut de Sociolingüística Catalana
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Le Basque en France
  1. Introduction à la langue
  2. La langue dans le pays où elle est parlée
    1. Données générales sur la communauté linguistique
    2. Description géographique, démographique et linguistique
    3. Histoire générale de la région et du basque
    4. Statut juridique et politique officielle
  3. Présence et usage de la langue par domaines
    1. Enseignement
    2. Autorités judiciaires
    3. Autorités et services publics
    4. Masse média et technologies de l'information
    5. Production et industries culturelles
    6. Le monde des affaires
    7. Usage familial et social de la langue
    8. Echanges transfrontaliers
  4. Conclusion


1. Introduction à la langue

voir: Introduction générale à la langue basque

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2. La langue dans le pays où elle est parlée

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2.1. Données générales sur la Communauté linguistique

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2.2. Description géographique, démographique et linguistique

La langue basque est parlée en France dans le Département des Pyrénées Atlantiques. Le territoire de langue basque -connu en basque sous le nom de Iparralde, ou encore Euskal Herria Nord- est divisé en trois zones (Lapurdi, Nafarroa Beherea et Zuberoa) et occupe une superficie de 3.182 km2.

Le recensement de 1990 fait état d'une population totale de 250.161 habitants, surtout concentrée dans le district de Lapurdi. L'augmentation de la population s'est faite de manière progressive tout au long de ces trente dernières années, passant de 205.000 habitants en 1960, à 219.000 en 1970 et à 237. 000 en 1981. L'augmentation est surtout due au pourcentage élevé de retraités qui se sont installés dans la région et à l'attrait du littoral basque pour les résidences secondaires. En effet, dans les deux districts de l'arrière-pays (Nafarroa Behereaet Zuberoa), plus de 80% de la population âgée de plus de 16 ans est née dans le territoire (parents et enfants), alors qu'à Lapurdi le chiffre n'est que de 57% (35% de la population adulte étant née hors de la région).

En général, le niveau de vie de la région est similaire à la moyenne de la France, bien que dans l'arrière-pays le revenu moyen individuel des locuteurs de basque soit légèrement plus bas que celui des non-locuteurs.

En ce qui concerne la démographie linguistique, une enquête réalisée en 1991 fait état d'environ 85.300 personnes euskaldun (Euskaldun est le mot basque qui désigne les personnes ayant une bonne maîtrise -active ou passive- du basque) monolingues ou bilingues fonctionnels (soit 32,8%). La proportion de bascophones est plus elevée en Nafarroa Beherea (62%) et en Zuberoa (55%) qu'en Lapurdi (27%). Presque 59% de la population n'a aucune maîtrise du basque. Par ailleurs, 83% des personnes qui ont le basque comme langue d'origine est euskaldun fonctionnel pour seulement 4% dans le cas des personnes qui ont le français comme langue d'origine.

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2.3. Histoire générale de la région et du basque

Il semblerait que les ancêtres des Basques aient peuplé la région depuis des époques très reculées. Au cours de notre ère, la région a connu les invasions des Celtes, des Romains, des Wisigoths, des Francs, des Huns et des Musulmans. Dans le Haut Moyen Age, le Royaume de Navarre futtrès puissant et étendit son territoire des deux côtés des Pyrénées. Pris en tenaille entre ses voisins (Castille, Aragon et France), le royaume est conquis en 1512 par les rois de Castille et d'Aragon et divisé en sept provinces, bien que la Basse-Navarre conservera encore une certaine indépendance pendant quelques décennies avant d'être incorporée au Royaume de France. La division du territoire en différents états entraîna l'affaiblissement des échanges économiques traditionnels entre les deux grandes régions, surtout à partir du déplacement au XIXe siècle des douanes suite à la première guerre carliste d'Espagne.

Au nord des Pyrénées, l'usage du basque comme langue de culture écrite apparaît vers le milieu du XVIe siècle sous forme de recueils de poésie et en 1571 paraît une version basque du Nouveau Testament. Cependant, le basque n'a jamais été utilisé comme langue de l'administration dans la région.

Il semble que le déclin du basque (et sa substitution par le français) se doive principalement aux effets de l'administration et de la scolarisation générale, vu qu'il y était systématiquement mis en marge et interdit. Ce processus a été renforcé depuis la moitié du XXe siècle par rapparition des mass-médias et les mouvements migratoires vers la région.

De nombreuses associations ont entrepris au cours de ces dernières années des initiatives de promotion du basque (dans certains cas avec le soutien de la CE), bien que leurs actions n'aient eu que très peu d'effets pratiques. Par exemple: SEASKA (écoles basques); AEK (Alfabetatze Euskalduntza Koordinekundea, enseignement de la langue basque aux adultes), Euskalzaindia (Académie Royale de la Langue Basque); radios basques de la Communauté Autonome Basque (Espagne); et Euskal Herrian Euskaraz.

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2.4. Statut juridique et politique officielle

La langue basque a en France le statut de langue régionale, et est tolérée en tant que telle sans que cela n'entraîne automatiquement des mesures de promotion, bien que certains médias régionaux (Sud Ouest, France 3, Radio France, etc.) lui accordent une certaine place.

Bien que le gouvernement français considère le basque comme un élément de la richesse d'expression culturelle du pays, il semble qu'en général la population locale considère que celui-ci n'encourage guère la promotion et l'usage du basque dans la société régionale.

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3. Présence et usage du basque par domaine

3.1. Enseignement

Dans la mesure où radministration régionale n'a pas de compétence dans le domaine de l'enseignement et que celle de l'Etat ne prête guère d'attention à l'enseignement des langues régionales, ce sont les pouvoirs locaux qui sont chargés d'accorder une certaine place au basque dans le système éducatif.

En ce qui concerne le préscolaire et le primaire, seules quelques écoles utilisent le basque comme langue véhiculaire, tandis que d'autres offrent la possibilité de suivre des cours de basque comme matière. Il semble que la demande de cours de basque n'ait cessé d'augmenter au cours de ces dernières années. A ce jour, quelque 3.000 élèves suivent les cours de basque dans le cycle élémentaire, en particulier dans les écoles privées où s'exerce le plus l'influence des parents. Par ailleurs, l'association des écoles basques Seaska (fondée en 1969) contrôle un réseau de 18 écoles qui disposent de 90 professeurs et quelque 1.300 élèves (900 en Lapurdi, 300 en Nafarroa Beherea et100 en Zuberoa).

Quant au système de financement, 70% des dépenses sont couvertes par l'État, et 30% par les parents. Cette association est actuellement en train de négocier la prise en charge par l'Etat des frais de scolarisation des élèves du secondaire.

Au secondaire, seules quelques rares écoles utilisent le basque comme langue véhiculaire et seule une école l'enseigne comme matière obligatoire (basque comme langue seconde à partir de la 4ème ou langue à option à partir de la 2ème), bien qu'il semble que la tendance soit depuis quelque temps à la hausse. Malgré tout, il existe peu de matériel scolaire en dehors des cours de langue, histoire et géographie de la région.

Quant au cycle supérieur, seul l'Institut d'Etudes Basques (IEB) de Bayonne offre un programme complet d'études basques. Le basque y est la langue véhiculaire principale. Seuls quelques autres centres d'enseignement supérieur possèdent quelque matériel d'enseignement du basque. Néanmoins, la situation s'est récemment améliorée quelque peu suite à la création d'un DEUG, d'une licence, d'une maîtrise et d'un CAPES de basque à Bordeaux.

Pour ce qui est de la formation des adultes, les seules initiatives mises en place sont celles de l'association AEK, responsable de l'organisation des cours de basque pour adultes. Il semble qu'il n'existe aucune autre initiative de promotion du basque dans le secteur (organismes d'inspection des cours, recyclage de professeurs, suivi de la formation, etc.). Finalement, la Fédération des Ikastolas (écoles basques) organise chaque année une course populaire (Herri Urrats) afin d'aider à couvrir les dépenses de ces écoles.

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3.2. Autorités judiciaires

Le basque n'a aucun statut juridique dans les tribunaux de la région, bien qu'il semble que la présentation de documents rédigés en cette langue soient admise. En ce qui concerne rusage lors des procédures, il n'est pas permis aux citoyens français d'utiliser le basque, ce qui en revanche n'est pas le cas lorsqu'il s'agit de citoyens espagnols, tant comme témoins que comme accusés. A cet effet, les interprètes sont facilement disponibles.

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3.3. Autorités et services publics

En général le basque est rarement utilisé dans les rapports de l'administration de l'état et de l'administration régionale avec les citoyens. Dans l'administration locale, il semble que dans certains cas l'usage du basque soit normalement assez bien accepté.

En ce qui concerne la langue employée par les services publics et para-publics, seul le français est utilisé. Il semble que la situation soit exactement la même quant à la toponymie, l'usage officiel de noms et prénoms en basque, bien que certaines municipalités aient installé des panneaux de signalisation routière bilingues.

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3.4. Mass médias et technologies de l'information

Trois périodiques rédigés entièrement en basque sont à la vente dans la région: Egunkaria (tirage de 400 exemplaires), Herria (3.000 exemplaires); et Argia (100 exemplaires). Trois autres hebdomadaires utilisent partiellement le basque: Enbata (1.500 exemplaires); Ekaitza (1.500 exemplaires); et Har Hitza (500 exemplaires). Le quotidien régional Sud-Ouest publie un article par semaine en basque.

Dans le secteur de la radio, aucune des radios publiques de la région n'émet intégralement leurs programmes en basque, et seule Radio France-Pays Basque émet une heure en basque par jour (cinq jours par semaine), avec une audience d'environ 60.000 personnes. Trois stations de radio privées émettent 105 heures par semaine en basque: Gure Irratia(Lapurdi), IrulegikoIrratia (Nafarroa Beherea) et Iberokobotza(Zuberoa). Finalement, la station privée Lapurdi Irratia/Radio Labourg émet 5 0% de ses programmes en basque (6 heures par jour). Cependant, une enquête réalisée en 1991 fait état de pourcentages assez faibles en ce qui concerne l'audience des programmes de radio en basque: seulement 41% des bascophones affirment écouter la radio en basque au moins une heure par jour.

La chaîne de télévision publique France3-Euskal Herria émet 3 heures en basque par an, alors que de par le passé elle offrait six heures de programmes en basque par an. Il n'existe aucune chaine de télévision privée dans la région. Cependant, environ 15 à 20% de la population du territoire peut accéder aux programmes de Euskal Telebista (la chaîne de télévision du Pays basque espagnol). Ici aussi, les pourcentages d'audience sont très faibles: seulement 8% des bascophones et 3% des francophones disent regarder les programmes de télévision en basque au moins une heure par jour.

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3.5. Production et industries culturelles

Bien que nous n'ayons pas de données sur le nombre de livres publiés en basque dans la région, il semble que le chiffre soit très bas et qu'il n'existe que des manuels scolaires, des livres pour enfants, des nouvelles brèves et des ouvrages religieux.

En revanche, l'usage du basque dans la musique traditionnelle et le pop-rock est considérable vu qu'une bonne douzaine de groupes ont enregistré des disques dernièrement.

En ce qui concerne le théâtre, une troupe de comédiens professionnels, Fraganti-MaskaradaKukubiltxo, joue entièrement en basque, ainsi que cinq groupes amateurs. Le basque est totalement absent du cinéma.

Chaque année se déroulent cinq ou six festivals culturels bilingues qui ont un grand succès de public, dont: Nafarroaren Eguna, Bertsolari Xapelketa, et EuskalKantu Xapelketa. La Korrika est une course à pied qui parcourt tous les territoires de langue basque, où les participants payent une inscription selon les kilomètres qu'ils désirent parcourir afin de subvenir aux besoins des cours de basque d'AEK.

Un des principaux problèmes de la promotion du basque dans ce secteur réside dans le fait qu'il n'existe pratiquement aucune politique officielle (nationale, régionale ou locale) visant à aider l'introduction et l'usage du basque dans les industries culturelles, excepté quelques aides ponctuelles à l'lnstitut Culturel Basque.

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3.6. Le monde des affaires

La langue basque est un atout de plus pour occuper certains postes d'attention au public. Certains travailleurs utilisent parfois la langue basque sur leur lieu de travail, très spécialement dans les secteurs de l'agriculture, l'artisanat, le commerce, les banques, les médias basques et les professeurs de basque.

Quant à la publicité, les annonces sur la voie publique n'utilisent pratiquement jamais le basque. Néanmoins, la publicité dans les radios d'expression basque se fait presque toujour en basque. Dans le domaine des informations au consommateur, seules les étiquettes de quelques rares produits sont rédigées en basque (surtout les fromages et les vins du terroir).

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3.7. Usage familial et social du basque

Une enquête récente ayant trait à la transmission intergénérationnelle du basque indique que la plupart des enfants de parents euskaldun (74%) possèdent le basque comme langue d'origine. Par contre, dans les jeunes familles il semble que seule une minorité de parents particulièrement motivés et ceux qui vivent dans les zones rurales transmettent le basque à leurs enfants, phénomène qui semble augmenter depuis les années cinquante.

L'usage quotidien du basque parmi les euskaldun est plus fréquent avec les parents, au marché et à l'église que dans les autres domaines de communication, où son usage est très rare: à la banque, avec les supérieurs au travail et avec le professeur à l'école. Seulement un tiers des bascophones déclarent que tous ou la majorité de leurs amis et parents sont de langue basque.

Quant à la religion, la situation du basque est assez favorable. Entre 70-90% du clergé parle l'euskera. Environ la moitié des services religieux se déroulent en basque et la famille peut choisir librement la langue à utiliser dans les cérémonies telles que les baptêmes, les mariages, les funérailles, etc. De plus, une partie importante des locuteurs basques (entre 30 et 50%) va régulièrement à l'église, ce qui étant donné le poids traditionnel du clergé au Pays Basque, est un facteur important pour le maintien de la langue.

Néanmoins, l'avenir du basque dans la région est perçu par l'ensemble de la population comme très incertain vu le lent déclin de son usage quotidien. En effet, selon une enquête menée en 1991, si 27% de la population pense que de nos jours les gens parlent plus basque qu'il y a une dizaine d'années, en revanche, la majorité (environ 50%) pense le contraire, dans la mesure où les nouvelles générations parlent beaucoup moins le basque que leurs aîés. Ceci est confirmé par révolution historique du nombre de locuteurs de basque dans la région: au début du XIXe siècle les bascophones étaient au nombre de 100.000, alors qu'actuellement, ils ne sont plus que 80.000, bien que la langue régionale continue à fonctionner comme un des principaux symboles d'identité collective.

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3.8. Echanges transfrontaliers

De nombreux échanges transfrontaliers ont eu lieu depuis les années quatre-vingt, particulièrement dans le domaine de renseignement, de l'édition de livres et des activités culturelles visant la promotion du basque de part et d'autre des Pyrénées. Ainsi, deux initiatives importantes ont été prises dans le cadre du Fond pour la Cooperation Aquitaine-Euskadi (programme mis en place pour la promotion transfrontalière dans les domaines de l'économie, de la science, de l'éducation, etc.): en premier lieu, l'accord pour réaliser l'enquête sociolinguistique de 1991 à Iparralde, et ensuite l'accord pour que la population puisse recevoir les émissions d'Euskal Telebista.

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4. Conclusion

Dans la mesure où il semble que les différentes administrations présentes dans la région ne prêtent guère d'attention à la promotion du basque, seul le domaine de l'éducation présente des progrès réels quant à l'usage du basque.

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