Le Pomak (Bulgare) (pomatski, pomaski) en Grèce
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Research Centre of Multilingualism
Le Pomak (Bulgare, pomatski, pomaski) en Grèce
  1. Introduction à la langue
  2. La langue dans le pays où elle est parlée
    1. Données générales sur la communauté linguistique
    2. Description géographique, démographique et linguistique
    3. Histoire générale de la région et de la langue
    4. Statut juridique et politique officielle
  3. Présence et usage de la langue par domaines
    1. Enseignement
    2. Autorités judiciaires
    3. Autorités et services publics
    4. Masse média et technologies de l'information
    5. Production et industries culturelles
    6. Le monde des affaires
    7. Usage familial et social de la langue
    8. Echanges transfrontaliers
  4. Conclusion


1. Introduction à la langue

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2. La langue dans le pays où elle est parlée

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2.1. Données générales sur la Communauté linguistique

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2.2. Description géographique, démographique et linguistique

Les installations historiques de Pomaks en Grèce se trouvent dans les départements de Xanthi et du Rhodope. Celles du département de l'Evros sont postérieures. Dans le département de Xanthi, la plupart des villages que l'on rencontrait au début du siècle sont habités. Pratiquement toute la région située au nord de la ville de Xanthi et, à l'ouest, jusqu'aux villages de Théotokos et de Stamatio est aujourd'hui encore exclusivement peuplée de Pomaks. Toutefois, bon nombre d'entre eux sont aujourd'hui installés dans la ville de Xanthi et dans des villages le plus souvent avoisinants. Jadis, ils s'étaient déplacés massivement de la zone orientale montagneuse du département vers les plaines de l'est. Dans le département du Rhodope, quantité de villages qui, il y a encore une ou deux décennies, constituaient des lieux d'implantation de Pomaks, sont aujourd'hui inhabités de fait ou officiellement, un phénomène qui est particulièrement marqué dans l'ouest du département. Historiquement, les Pomaks occupaient la zone qui s'étendait au nord, depuis le pied de la chaîne du Rhodope, avec toutefois deux zones turcophones importantes, au centre et à l'ouest du département. La majorité des migrants s'est installée -comme cela avait déjà été le cas à une époque antérieure- à Komotini et dans les villages turcs, à l'orée de la plaine. Les Pomaks peu nombreux du département de l'Evros sont concentrés à l'extrémité sud-ouest de la sous-préfecture de Didymotiho et sont issus de migrations des habitants de la région s'étendant autour des villages de la région de Kehros.

Un nombre relativement restreint de Pomaks est installé dans le bassin de l'Attique, ainsi que dans deux ou trois villes de Grèce méridionale, où ils conservent leur langue.

Le pomak -autrement dit, les variétés dialectales du bulgare méridional- qui est parlé aujourd'hui en Grèce évolue indépendamment de tout contact avec la langue bulgare officielle. Ces quarante dernières années, la langue a été soumise, du point de vue mophologique, à l'influence du turc et à un moindre degré du grec. Toutefois, ce sont les nombreux mots turcs de la variété dialectale parlée dans le département du Rhodope qui génèrent un certain nombre de difficultés de compréhension mutuelle, du fait que ses locuteurs ignorent les termes bulgares correspondants. Une série d'emprunts lexicaux au grec et au turc ont pénétré les idiomes de toutes les régions. Aucune étude n'a été réalisée en Grèce sur les variétés dialectales et les parlers locaux de Thrace. Il existe bien entendu des travaux plus anciens qui sont l'oeuvre de spécialistes bulgares. (cf également: le macédonien/ bulgare en Grèce).

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2.3. Histoire générale de la région et de la langue

Au début du siècle, les populations musulmanes slavophones du sud de la péninsule balkanique constituaient une fraction importante de sa population. Sur le territoire de l'actuel Etat grec, la frange de population musulmane parlant des idiomes relevant du sous-groupe oriental des langues slaves méridionales était numériquement importante et s'étendait depuis le département de Kastoria jusqu'à celui de l'Evros. Toutes ces populations se sont installées en Turquie, sur la base de l'échange obligatoire de populations entre la Grèce et la Turquie, à l'exception de la population musulmane de Thrace occidentale qui échappa à cet échange et demeura en Grèce. Les slavophones-bulgarophones de cette population s'appellent eux-mêmes "Pomaks".

Aujourd'hui, le terme de Pomak se réfère le plus souvent aux habitants musulmans slavophones de la région du mont Rhodope, qui résident essentiellement en Bulgarie et, secondairement, en Grèce. Tantôt également, cette appellation englobe toute la population musulmane slavophone de Bulgarie. Tantôt enfin, elle se réfère à toutes les populations musulmanes slavophones du sud des Balkans.

L'installation de Slaves dans la chaîne du Rhodope est attestée dès le VIIIe siècle ap. J.-C. Par la suite, une série d'autres ethnies s'installe dans la région. Vers le milieu du XIVe siècle, apparaissent les Ottomans qui progressivement vont annexer toute la région.

C'est, selon toute vraisemblance, au XVIIe siècle que l'islamisation des habitants slavophones du Rhodope revêt un caractère massif. Dès le milieu du XVIe siècle, nous avons de nombreux indices d'une présence de musulmans slavophones dans la région. Mais même après le XVIIe siècle, nous trouvons encore des communautés qui adhèrent à l'Islam. La majeure partie de ces conversions avaient un caractère volontaire.

Le différend entre les Pomaks et les Bulgares chrétiens de la région remonte au milieu du siècle dernier, si ce n'est à une époque antérieure: ceux-ci se trouvèrent en effet confrontés maintes fois, du fait que les Pomaks n'étaient pas impliqués dans le processus de l'ethnogénèse bulgare.

Les baptêmes collectifs, les saccages de mosquées et autres actes analogues qui constituèrent la politique concertée des Bulgares face aux musulmans slavophones, pendant la Première Guerre Mondiale, n'eurent que peu d'impact sur les Pomaks qui résident aujourd'hui en Grèce. Toutefois, ceux-ci se virent imposer l'obligation de changer de nom et d'inscrire leurs enfants dans des écoles bulgares. Le conflit avec l'administration bulgare de Thrace fut de nouveau à l'ordre du jour pendant la Seconde Guerre Mondiale. A cette époque, et immédiatement après, un tournant décisif se dessine au sein d'une grande partie de la population qui, dès lors, se forge progressivement une conscience nationale turque.

Les Pomaks de Grèce avaient des relations développées avec l'Hinterland qui appartient aujourd'hui à la Bulgarie et la fermeture des frontières en 1920 porta un rude coup à leur mode d'organisation sociale et économique. A la fin de la guerre civile en Grèce, en 1949, puis dans les années 1950, on enregistre une forte migration vers les villages de la plaine et les villes. C'est également à cette époque que l'on voit apparaître à l'échelle des villages les premières tendances massives à l'abandon de la langue.

L'histoire des populations slavophones des Balkans présente des disparités considérables selon les régions. Avant d'aller plus avant dans notre exposé, il convient de noter que dans la chaîne du Rhodope habitaient et habitent encore des populations musulmanes turcophones. Dans la partie grecque, les contacts entre les deux communautés étaient, à notre connaissance, assez fréquents et les mariages entre villages voisins n'étaient pas particulièrement rares.

Au sein du groupe des Pomaks, on ne vit pas se constituer d'élite revendiquant une identité nationale ou culturelle autonome. Néanmoins, en 1878, dans la région de Drama, 21 villages de Pomaks forment une République autonome de courte durée. Ce qui n'empêche que, dès le début du siècle, les élites de Pomaks se ralliaient à celles de la population musulmane turcophone.

Les Pomaks sont une population dont l'origine est revendiquée par trois Etats. La Bulgarie, la Grèce et la Turquie se sont depuis des décennies engagées dans une bataille, dont l'enjeu est de s'arroger l'origine des Pomaks, de faire la preuve de leur parenté avec l'une des trois nations, ou, à tout le moins, d'exclure les deux autres de la partie. Pour les Bulgares, la tâche est nettement plus facile, notamment du fait de la parenté linguistique, ce qui leur évite de recourir à des théories échafaudées de toutes pièces, dont la vérité historique est plus que contestable.

La partie turque se réfère à des descendants de tribus turques (de Turquie) qui se seraient installées dans la région avant la domination ottomane. Une thèse qui l'amène à conclure que les Pomaks font partie au premier chef des Turcs "pur sang". Les Pomaks de Grèce adhèrent à cette "version" concernant leur origine, dans la mesure où elle concorde bien avec l'identité nationale turque que, dans leur majorité, ils ont désormais acquise.

La partie grecque allègue quant à elle que les Pomaks seraient des descendants d'antiques tribus thraces, et les rattache à Alexandre le Grand ou avance d'autres théories du même ordre. Aujourd'hui encore, des études anthropologiques et biologiques et des traces de grec ancien "découvertes" dans leur langue sont utilisées à l'appui de ces thèses.

De leur côté, les Bulgares n'échappent pas eux non plus à des approches fort peu scientifiques de la question.

Nous pouvons affirmer avec certitude que les Pomaks parlent depuis plusieurs siècles des idiomes bulgares, tout comme leurs voisins chrétiens. En dépit de l'impact déterminant qu'a pu avoir l'Islam sur toute leur culture, celle-ci n'en conserve pas moins sa dimension slave.

En Grèce, la culture populaire des Pomaks se trouve dans une situation difficile et perd peu à peu du terrain, au profit du modèle turc qui s'est imposé dans toute la minorité.

La pauvreté mais aussi le banditisme ont mis à mal les zones d'implantation de Pomaks en Thrace occidentale, et ce jusqu'à la fin de la guerre civile en Grèce. Jusqu'en novembre 1995, tous les villages de Pomaks se trouvaient dans une "zone surveillée", s'étendant dans un rayon de 30 kilomètres à partir des frontières gréco-bulgares. Ce qui se traduisait pour les intéressés, par un contrôle des déplacements et pour les non-résidents, par une stricte limitation des entrées. Bien que les contrôles se soient assouplis ces dernières années, la législation alors en vigueur a joué un rôle déterminant dans le déclin des communautés.

Aujourd'hui, les Pomaks constituent le groupe musulman le plus attaché à la religion musulmane.

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2.4. Statut juridique et politique officielle

Le statut global qui régit la minorité, et notamment l'enseignement, s'applique également aux Pomaks.

La langue figure sous la rubrique pomak dans le recensement de 1951, encore que le nombre de ses locuteurs soit passablement sous-estimé.

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3. Présence et usage de la langue par domaine

3.1. Enseignement

Les Pomaks vivent la situation paradoxale d'être intégrés dans une minorité officiellement qualifiée de religieuse, mais de recevoir un enseignement dans une autre langue, qui se trouve être celle d'un autre groupe minoritaire -le turc en l'occurrence. Depuis une vingtaine d'années, le gouvernement grec réfléchit à des moyens susceptibles d'éloigner les Pomaks de l'idéal linguistique turc, pensant infléchir ainsi les prises de position des Pomaks vis- à-vis de la Turquie en général. Toutefois, c'est seulement au cours des dix dernières années, qu'il a ouvert cinq collèges non réservés à la minorité dans des zones uniformément pomaques, quatre d'entre eux étant implantés dans le département de Xanthi. Dans ces établissements, le turc n'est pas enseigné. Bien que les membres de la minorité du département de Xanthi présentent une nette tendance à s'orienter vers l'enseignement non minoritaire, ces établissements scolaires n'en regroupent pas moins un faible nombre d'élèves.

Ce type de politique n'a, semble-t-il, pas eu d'impact positif sur le maintien de la langue pas plus qu'elle n'a modifié le statut idélogique du turc.

Dans la plupart des écoles primaires, les instituteurs musulmans -souvent des Pomaks eux-mêmes- recommandent aux élèves de ne pas parler le pomak entre eux.

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3.2. Autorités judiciaires

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3.3. Autorités et services publics

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3.4. Mass médias et technologies de l'information

Aucune émission de radio ou de télévision n'a jamais été réalisée. Si, dans la plupart des régions où résident des locuteurs, il est possible de capter des stations de radio de Bulgarie, le nombre de Pomaks du département de Xanthi qui les suivent est infime.

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3.5. Production et industries culturelles

De très rares échantillons de la culture populaire des Pomaks font leur apparition dans la région. Ces deux ou trois dernières années, on assiste à un effort de la part d'acteurs officiels ou semi-officiels pour valoriser tel ou tel d'entre eux. Mais il est clair que l'orientation consiste à diviser les groupes de population de la minorité.

Dans le département de Xanthi, il est rare désormais d'entendre des chansons et dans le département du Rhodope, prennent place des rituels populaires en pomak qui risquent fort d'être les derniers spécimens du genre. Quant aux fêtes populaires à caractère religieux des Pomaks Bektasi-Kizilbas, qui sont organisées dans les zones frontalières des départements du Rhodope et de l'Evros, elles n'ont que peu de rapport avec le maintien de la langue.

Ni disques ni cassettes de chansons en pomak ne sont disponibles dans le commerce. Deux livres ayant trait aux Pomaks comportaient quelques rudiments linguistiques et quelques dialogues.

Ces deux dernières années, ont été publiés en Grèce un lexique pomak-grec et grec-pomak, ainsi qu'une grammaire, établis d'après l'idiome parlé dans le département de Xanthi. Cette tentative non-scientifique, qui s'est accompagnée d'une entreprise analogue sous le label de l'armée grecque, ainsi que le climat qui prévaut plus généralement, augurent plutôt mal de l'éventualité d'un enseignement de la langue des Pomaks en Grèce. Ces tentatives ont suscité une vive opposition dans les milieux influents de la minorité et chez les Pomaks. Notons qu'il ont également déclenché la réaction de la Bulgarie.

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3.6. Le monde des affaires

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3.7. Usage familial et social de la langue

A l'école, c'est le turc et le grec qui sont enseignés aux locuteurs de la langue pomaque. L'identité nationale de la communauté, de sa plus grande partie du moins, est l'identité turque. Ce qui induit le comportement des locuteurs vis- à- vis de leur langue, mais également du grec.

Habituellement, on avance à propos des Pomaks le chiffre de trente mille, chiffre qui semble s'appliquer également aux locuteurs. Il serait hasardeux de prétendre procéder à une estimation, du moins en ce qui concerne le nombre de locuteurs -compétents et terminaux- du pomak. Peut-être une étude plus approfondie ferait-elle apparaître que la majorité d'entre eux réside désormais en dehors des installations historiques.

Aujourd'hui, le pomak est la langue du cercle familial dans les villages du département de Xanthi. Les enfants apprennent le turc davantage par l'école et par la télévision qu'à la maison. Depuis quelques années cependant, on a vu s'imposer l'usage du turc pour s'adresser aux enfants dans la bourgade d'Ehinos, une pratique qui s'étend progressivement. L'approche de chaque famille, qui est fonction de son degré d'intégration à la nation turque et de son statut socio-économique, détermine le choix de la langue qui sera parlée aux enfants, ou plus généralement à la maison. Dans nombre de villages de la plaine où la présence des Pomaks est numériquement faible, la langue reste celle du milieu familial, y compris dans les foyers qui y ont émigré plusieurs décennies auparavant. La même constatation s'applique grosso modo à la ville de Xanthi, encore que, ces dernières années, on assiste à un net recul du pomak au bénéfice du turc. La plupart des enfants dont les parents sont nés dans les villages de montagne sont à même, après avoir atteint l'âge de vingt ans, d'utiliser la langue. Les denses populations pomaques installées dans le département ont eu un impact positif sur la langue. La langue est parlée en public, y compris dans la ville de Xanthi, et la plupart du temps, le locuteur n'en a pas "honte".

Dans le département du Rhodope, les choses sont radicalement différentes. En dehors des agglomérations du Kehros, quelque 11 à 12 villages situés dans la partie la plus orientale du département conservent un tout petit nombre habitants. Mais ici, le turc avait "pénétré", nettement plus tôt. Ainsi par exemple, dans le village de Kato Vyrsini, on ne dénombre qu'un faible nombre de locuteurs compétents dans la tranche d'âge des moins de 35 ans. D'une façon générale, nous pourrions dire qu'à Komotini et dans les villages qui accueillent traditionnellement des Pomaks, la première génération après la migration est essentiellement constituée de locuteurs terminaux. L'abandon de la langue dans le département du Rhodope est beaucoup plus rapide, étant donné d'une part que l'attitude des locuteurs est régie par le sentiment d'auto-dépréciation nourri à l'égard de leur langue et d'autre part, que celle-ci fait l'objet d'un régime d'interdiction peu banal, puisque les parents et les enseignants musulmans n'hésitent pas à châtier les enfants lorsqu'ils la pratiquent. N'oublions pas non plus la très forte présence turcophone dans le département.

Dans le département de l'Evros, les locuteurs compétents que l'on rencontre dans le nombre très limité de villages sont généralement âgés de plus de 35 ans.

Dans le département du Rhodope, la langue est parlée seulement au village et pratiquement jamais entre locuteurs de villages différents. En revanche, dans le département de Xanthi, le pomak est parlé dans les cas où les locuteurs proviennent de différents villages, fussent-ils éloignés les uns des autres.

La plupart des slavophones âgés de plus de quarante ans du département de Xanthi ne sont pas des locuteurs compétents du turc, surtout dans le cas des femmes. En revanche, dans le département du Rhodope, la grande majorité de la population de tous âges connaît le turc. C'est exactement le contraire qui se produit avec le grec dans l'un et l'autre de ces départements. On rencontre un assez grand nombre de femmes monolingues dans le département de Xanthi et quelques rares cas dans le département du Rhodope.

Les cercles influents de la minorité dissuadent les locuteurs de faire usage de leur langue, en affirmant que, puisqu'ils sont Turcs, ils doivent parler le turc afin de ne pas briser l'image sans faille de la minorité. L'administration grecque n'a pas exercé d'action dissuasive quant à l'usage de la langue. Elle s'est néanmoins employée à dissocier le pomak et le bulgare, car elle redoutait précisément de voir s'établir une quelconque corrélation entre les Pomaks et la Bulgarie. Elle a soutenu qu'il s'agissait de langues différentes et, bien entendu, que le pomak ne s'écrit pas. La partie turque soutenant une thèse rigoureusement identique, même les Pomaks cultivés en ont désormais l'intime conviction. La compréhension mutuelle avec un interlocuteur bulgare présente certaines difficultés. Il n'est pas impossible que la scolarisation des Pomaks dans les écoles de la minorité où l'on enseigne le turc, obligatoire dès le milieu des années 50, ait visé entre autres à détourner ceux-ci d'une conscience bulgarophile.

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3.8. Echanges transfrontaliers

L'administration grecque a fait preuve de parcimonie dans les échanges culturels avec la Bulgarie. Du reste, les slavophones eux-mêmes n'ont jamais recherché ce type d'échanges. Bien que nombre de Pomaks aient eu -et ont encore- de la famille en Bulgarie, autrement dit dans des villages jadis relativement proches, les relations difficiles de la Grèce et de la Bulgarie dans le passé, la politique de la Bulgarie face aux Pomaks et les difficultés inhérentes à un tel voyage ont réduit au minimum les relations entre les deux communautés. Aujourd'hui, les Pomaks de Grèce répugnent à se faire appeler Pomaks, et à plus forte raison Bulgares, et ils se sentent plus ou moins Turcs. Quant aux Pomaks de Bulgarie, ils répugnent pour la plupart à cette appellation et ils se sentent plus ou moins Bulgares. Ce qui est un indice assez éloquent en soi de la difficulté de contact entre les deux communautés.

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4. Conclusion

La connotation négative qui s'attache à l'appellation de "Pomak" -synonyme de rustaud et dépourvu d'intelligence-, au sein comme à l'extérieur de la minorité, continue à coller aux locuteurs. Mais les efforts désespérés déployés par la communauté pour n'être en rien "différente" des Turcs jouent en l'occurrence un rôle plus fondamental encore. Nous nous trouvons face à un exemple classique d'absorption d'une minorité minoritaire par une majorité minoritaire. A vrai dire, nous ne sommes pas en mesure d'affirmer avec certitude dans quelle proportion et à quel degré les Pomaks aspirent au maintien de leur langue. Et cela, parce que leurs déclarations sur ce chapitre sont tantôt induites par le désir de conserver de bonnes relations avec l'administration grecque, tantôt par la crainte de se voir opposer une attitude négative du côté de la communauté ou de l'appareil d'Etat turc. En mai 1996, un journal turcophone de Komotini a publié pour la première fois le point de consistant à soutenir que le pomak fait "partie de l'héritage de la minorité turque", et que, comme "les Grecs parlent aussi albanais, macédonien etc., les Turcs peuvent -il n'y a pas de mal à cela- parler le pomak."

Il semblerait que la nouvelle politique de l'Etat grec face à la langue ait des conséquences plutôt négatives sur le maintien de celle-ci, dans la mesure où elle enclenche des réflexes qui vont dans le sens d'un abandon le plus rapide possible.

En tout état de cause, il semble qu'à l'exception de quelques cas, localisés dans leur grande majorité dans le département de Xanthi, la communauté voie d'un mauvais oeil les initiatives en faveur du maintien de la langue. Une éventuelle tentative d'en introduire l'enseignement aujourd'hui, ne serait-ce qu'à titre d'option, risquerait fort de générer des problèmes dans les relations de l'Etat avec la communauté.

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