Le hongrois en Autriche
29-05-1998
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Research Centre of Multilingualism
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Le hongrois en Autriche

1. Données générales sur la communauté linguistique

1.1 Description linguistique, géographique et économique

Le hongrois appartient à la famille linguistique finno-ougrienne. La minorité hongroise est représentée dans pratiquement toutes les communes du Burgenland, un land de la partie orientale de l´Autriche à côté de la frontière avec la Hongrie. Elle est particulièrement concentrée dans quatre îlots linguistiques : la région de Oberpullendorf/Felsõpulya, Oberwart/Felsõõr, Siget in der Wart/Õrisziget et Unterwart/Alsõõr. Selon un rapport de la Société de recherche du Burgenland, qui a mené une étude sur les communautés linguistiques et sur la connaissance des langues à la demande du Gouvernement régional du Burgenland, le hongrois serait maîtrisé de façon active par 14 000 personnes et de façon passive par 2 500 personnes (c´est-à-dire quelque 6 % de la population du Burgenland). Depuis 1990, environ 2 000 personnes sont immigrées de Hongrie vers le Burgenland.

Le hongrois du Burgenland se distingue de la variété standard par des régionalismes et par des phénomènes de changement linguistique attribuables à l´isolement linguistique. Tous les Hongrois du Burgenland sont bilingues hongrois-allemand.

L´exode régional et le vieillissement de la population caractérisent la situation actuelle des Hongrois du Burgenland. Les deux tiers des Hongrois du Burgenland (en comparaison avec 40 % des germanophones du Burgenland) ont déjà quitté la vie active. La proportion des Hongrois du Burgenland occupant des emplois dans le secteur des professions autonomes ou comme travailleurs spécialisés est inférieure de 50 % à celle des germanophones de la région.

La prise du pouvoir par les communistes à Budapest après la seconde Guerre mondiale a conduit au gel des relations commerciales et le Burgenland s´est retrouvé zone sinistrée sur le plan économique. Pour cette raison, plusieurs Hongrois ont pris la décision de se deplacer vers les zones industrielles de Vienne et de Graz. Par conséquent, les structures sociales dans les villages hongrois du Burgenland se sont dissoutes et la la population a connu un déclin rapide. Jusqu´aujourd´hui, les Hongrois du Burgenland n´ont pas réussi à contenir l´exode vers les grandes villes. Cette tendance devrait se maintenir du moins au cours des années qui viennent. Selon les estimations de l´Office central de la statistique d´Autriche, c´est dans le Burgenland que le déficit de la population le plus élevé est obeservé. L´une des raisons principales en est la situation désastreuse du marché de l´emploi. Depuis près de quinze ans, le Burgenland se maintient en tête de liste en ce qui concerne le taux élevé de chômage et en queue de liste en ce qui concerne les revenus moyens. Il faut remarquer que les deux tiers des Hongrois du Burgenland ont déjà renoncé au monde de travail.

1.2 Histoire générale de la région et de la langue

Après la bataille de Lechfeld en 955, qui signifia la fin de l'expansion des Hongrois sous le règne d'Otto le Grand, ceux-ci s'établirent dans le bassin des Carpates. Au XIe siècle, on a assuré la protection des frontières en plaçant des soi-disant douaniers, dont on considère que les Hongrois du Burgenland sont les descendants. Les noms de lieux du Burgenland comprenant les éléments "Schützen-" ou "Wart-" (comme dans Oberschützen, Unterwart, etc.) constituent des témoignages linguistiques de cette période historique. À la suite des guerres ottomanes, le pays, particulièrement dévasté, fut occupé par des protestants allemands fuyant les guerres de religion et par des Croates fuyant de leur côté l´oppression des Turcs. Les Hongrois appartiennent à trois religions: catholique, évangélique et réformée. Les Hongrois du Burgenland abandonnèrent au cours de ce processus historique tout contact avec leur peuple d´origine et ils vivent depuis 450 ans tout comme les Croates du Burgenland dans des îlots linguistiques. Après 1921, l´annexion de la Hongrie occidentale allemande à l´Autriche en tant que "Burgenland" modifia le statut des Hongrois du Burgenland. Auparavant, malgré leur situation d´isolement linguistique au sein de la partie hongroise de l´empire, ils appartenaient à la population majoritaire, mais suite à l´annexion à l´Autriche ils se retrouvèrent de jure et de facto une minorité parmi d´autres, avec les Croates, les Juifs, les Sinti et les Roms. L´intégration de la Hongrie occidentale en Autriche, coupée des centres économiques d´Ödenburg/Sopron, Steinamanger/Szombathely, Eisenburg/Vas, Wieselburg/Moson, plaçait les Hongrois du Burgenland devant une nouvelle situation économique, politique et scolaire. Alors qu´avant la Première guerre, la politique de la région avait été orientée vers l´est, c´est-à-dire vers les centres économiques, une rupture profonde était causée en 1921. Plusieurs Hongrois émigrèrent, surtout ceux de la classe moyenne. L´isolement par rapport à la mère patrie s´accrut. Les réfugiés de Hongrie (après 1956, puis ultérieurement) ne contribuèrent pas nécessairement à renforcer la minorité, dans la mesure où des modes de vie différents entre les Hongrois du Burgenland et les réfugiés constituèrent souvent des barrières insurmontables. Le "rideau de fer" limita, voire empêcha, tout contact avec la Hongrie. Toutefois, l´ouverture depuis 1989 et surtout les meilleures perspective de relations économiques transfrontalières rehaussèrent le prestige du hongrois et améliorèrent sensiblement les chances de survie de la minorité hongroise du Burgenland.

1.3 Statut légal politique officielle

L´article 7 du Traité autrichien de 1955, concernant la protection des minorités, ne s´applique pas à la minorité hongroise du Burgenland. Il n´existe pas non plus de dispositions législatives en vertu desquelles la langue hongroise serait permise dans les administrations gouvernementales. La Loi sur les groupes ethniques de 1976 subordonne la promotion des groupes ethniques à leur poids démographique, ce qui a pour résultat paradoxal, que ce sont les groupes les plus puissants (dans une région ou dans une localité en particulier) qui profitent du meilleur soutien. Les Hongrois et les Croates du Burgenland, de même que les Slovènes de la Carinthie, réclament une révision de cette loi parce qu´elle n‘octroie pas vraiment d‘avantages pour les proupes ethniques. Les Hongrois du Burgenland sont représentés au Comité consultatif des groupes ethniques, où ils disposent d´un siège et d´un droit de vote.

2. Présence et usage du hongrois par domaines

2.1 Éducation

Jusqu´en 1921, c´est le droit scolaire hongrois qui prévalait en Hongrie occidentale allemande/Burgenland, le hongrois étant obligatoire. À partir de 1921, le hongrois ne fut plus enseigné que dans les villages hongrois du Burgenland. Dans l´entre-deux-guerres, il y avait 10 écoles hongroises confessionnelles. Avec la réforme de l´éducation après 1945, le hongrois perdit davantage de prestige à la suite de la mise en place du rideau de fer. Ce n´est qu´en 1989 qu´un tournant a été marqué, alors que la demande pour le hongrois augmentait, bien que ce nouveau désir d´obtenir d´avantage de cours de hongrois ne pouvait pas toujours être satisfait, en raison d´une pénurie d´enseignants, la formation professionnelle des enseignants ayant été négligée pendant plusieurs décennies.

L´éducation pré-scolaire: La situation actuelle dans le domaine de l´éducation : Il y a trois jardins d´enfants avec trois puéricultrices, où l´on emploie le hongrois en plus de l´allemand comme une des langues d´enseignement dans les localités de Oberpullendorf/Felsõpulya, Unterwart/Alsõõr, Siget in der Wart/Õrisziget. Dans ces jardins d´enfants on emploie le hongrois au moins six heures par semaine. De 120 à 130 enfants fréquentent les jardins d´enfants. La formation des puéricultrices est assurée par l´Agence fédérale d´éducation pour la puériculture à Oberwart/Felsõõr, où le hongrois est offert comme matière facultative.

Les écoles primaires: Dans le Burgenland, il n´existe aucune école primaire ayant le hongrois comme médium d´instruction, mais seulement deux écoles bilingues avec 10 à 12 enseignants où la totalité des 300 enfants peuvent apprendre le hongrois trois heures par semaine. Celles-ci sont situées à Unterwart/Alsõõr et à Siget in der Wart/Õrisziget. Il y a quelques autres écoles où le hongrois est offert comme matière facultative. L´enseignement du hongrois dans quelque 20 écoles rejoint environ 300 élèves dont seulement 27 de langue maternelle hongroise).

Le domaine secondaire: Dans les écoles intermédiaires d´Oberwart/Felsõõr et d´Oberpullendorf/ Felsõpulya, le hongrois est offert comme matière optionnelle. Depuis 1987/1988, le hongrois est offert au soi-disant Lycée pannonien à Oberwart/Felsõõr comme matière obligatoire avec option jusqu´au baccalauréat. Dans les écoles du cycles supérieur à Oberwart/Felsõõr et à Oberschützen/Felsõlövõ, le hongrois est offert comme matière obligatoire avec option, et à l´Académie du commerce à Oberwart/Felsõõr, on a introduit l´étude obligatoire du hongrois depuis 1991/1992. En 1992/1993, on a ouvert un nouveau lycée bilingue à Oberwart/Felsõõr, avec des classes croate-allemand et hongrois-allemand. L´école est fréquentée aussi bien par des membres des groupes ethniques que par des élèves germanophones (en 1992, il y avait 21 élèves dans la classe hongrois-allemand). Au total, le nombre d´élèves du niveau secondaire s´élèverait entre 500 et 550 et celui des enseignants à 30.

La formation professionelle: Le nombre d´élèves d´hongrois s´élève à 15-20 et il y a un enseignant.

La formation des enseignants: Il n´existe pour le moment aucune possibilité de formation pour les enseignants bilingues hongrois-allemand dans les académies pédagogiques du Burgenland (destinées à l´enseignement primaire et secondaire). Les personnes intéressées peuvent obtenir un diplôme d´enseignement de la langue hongroise à Steinamanger/Szombathely.

Dans les universités, il est possible de poursuivre des études menant au diplôme d´études générales, au brevet d´enseignement ou encore au diplôme d´interprète.

L´éducation permanente: Dans le domaine de l´éducation permanente, on offre de nombreux cours d‘hongrois comme langue étrangère et la demande pour ces cours est très élevée auprès des Autrichiens.

2.2 Autorités judiciares / 2.3 Autorités et services publics

L´emploi du hongrois n´est pas prévu auprès de l´administration et des services publics.

2.4 Mass-médias et technologies d‘information

La presse

Örség : Ce bulletin d´information, publié par l´Alliance culturelle hongroise du Burgenland (Burgenländisch-Ungarischen Kulturverein/ Burgenlandi Magyar Kultúregyesület) paraît 12 fois par année.

Bécsi napló/Wiener Tagebuch : Le Journal viennois paraît six fois par an et est publié par le Regroupement central des associations hongroises (Zentralverband ungarischer Vereine/Ausztriai Magyar Egyesületek és Szervezetek Központi Szövetsége).

Örvideki hirek : Ce feuillet d´information (1.000 exemplaires) est envoyé à intervalle régulier aux membres du groupe ethnique.

La radio

Tous les dimanches, la radio régionale (studio du Burgenland) de la chaîne de radio et de télévision autrichienne ORF diffuse une émission de 25 minutes. La réception de programmes de radio de la Hongrie est également possible sans problème mais comme les sujets traités concernent les réalités propres à la Hongrie, ces programmes n´intéressent pas toujours l´auditoire autrichien.. On estime une audience de 60-80% pour les hongrois du Burgenland.

La télévision

Quatre fois par année seulement, une émission de 25 minutes portant sur des sujets folkloriques et locaux est produite et diffusée à l´intention des Hongrois du Burgenland. Au studio régional du Burgenland de l´ORF, il n´y a pas d´équipe de production hongroise autonome. La réception de programmes de télévision de la Hongrie par voie de transmission terrestre est cependant possible sans problème par 60% des hongrois.

Équipement informatique et logiciels

Le Hongrois peut être écrit en se servant des nouveaux systèmes d´exploitation Windows95, Windows NT et MacOS qui sont vendus au Burgenland.

2.5 Production et industrie culturelles

Dans l´entre-deux-guerres, ce sont surtout les communautés religieuses qui faisaient la promotion des activités culturelles parmi les Hongrois du Burgenland. Il y avait plusieurs troupes de théâtre, des chorales et des orchestres. Quelques bibliothèques hongroises étaient également au service du public. Lors de la Seconde guerre, la culture hongroise fut opprimée. La création de l´Alliance culturelle hongroise du Burgenland (Burgenländisch-Ungarische Kulturverein/Burgenlandi Magyar Kultúregyesület) en 1968 a marqué un renouveau et a redynamisé les activités culturelles en même temps qu´un retour aux traditions. Parmi les groupes culturels membres de cette alliance, on compte : la troupe de danse folklorique et la troupe Schlagzithergruppe à Unterwart/Alsõõr, la troupe de danse féminine et la troupe de théâtre amateur d´Oberpullendorf/Felsõpulya. Dans le cadre des organisations ecclésiastiques, les groupes culturels suivants sont également actifs : la troupe de danse folklorique et la troupe de théâtre d´Oberwart/Felsõõr, le Choeur des femmes à Unterwart/Alsõõr, le Choeur mixte à Siget in der Wart/Õrisziget. En outre, il existe des groupes culturels autonomes, comme la chorale masculine (Männergesangsverein) et une association théâtrale à Unterwart/Alsõõr.

À Unterwart/Alsõõr, il existe dans un foyer, une association muséologique qui gère une bibliothèque de quelque 20 000 volumes.

En général il n´existe pas d‘édition de livres en hongrois qui soit importante das le Burgenland.

Le monde associatif :

En 1968, on a fondé l´Alliance culturelle hongroise du Burgenland (Burgenländisch-Ungarische Kulturverein/Burgenlandi Magyar Kultúregyesület), qui s´est constituée comme organisme parapluie des associations hongroises au Burgenland.

L´organisme parapluie des associations hongroises d´Autriche (Ungarischen Vereine in Österreich/Ausztriai Független Magyar Kultúregyesületek Csúcsszervezete), fondé en 1983, a son siège a Vienne. Il défend les intérêts des associations hongroises à l´extérieur du Burgenland.

L´Union centrale des associations et organisations hongroises en Autriche (Zentralverband Ungarischer Vereine und Organisationen in Österreich/Ausztriai Magyar Egyesületek és Szervezetek Központi Szövetsége), fondé en 1980 et ayant son siège à Vienne, défend les intérêts des Hongrois réfugiés en Autriche depuis 1945.

2.6 Le monde des affaires

Les Hongrois du Burgenland ne disposent d´aucunes infrastructures ou d´aucuns organsimes économiques, qui leur soit propres.

La langue hongroise commence à jouer un rôle croissant dans la vie économique transfrontalière avec la Hongrie (en particulier dans les secteurs du tourisme, du commerce et des services). À l´extérieur des entreprises familiales, la langue hongroise n´a pas vraiment d´importance comme langue de communication. Pour les personnes à la recherche d´un emploi et pour les travailleurs autonomes, la connaissance du hongrois peut cependant représenter un atout.

2.7 Usage social et familial de la langue

L´endogamie est tout à fait inhabituelle sauf lorsqu´elle est motivée par des raisons économiques (comme dans le cas de la proprieté agricole). D´une part, l´usage de la langue se concentre chez la génération la plus âgée et d´autre part, l´ouverture des frontières et les contacts parentaux qui s‘en trouvent facilités avec la Hongrie, ont suscité un intérêt renouvelé pour la langue. Un petit noyau de représentants de la minorité conscientieux sur le plan linguistique et culturel s´efforce de maintenir et de transmettre la langue et les traditions culturelles au sein de la famille aussi que dans les établissements et les bars.

La plus grande partie des Hongrois du Burgenland sont de confession catholique, un plus petit groupe de confession évangélique (Augsbourgeoise) et de l´église réformée (helvétique). Dans chacune de ces trois confessions, les messes sont chantées en hongrois.

Un problème crucial pour les Hongrois du Burgenland est celui du vieillissement de la population, un problème plus marqué encore chez cette minorité que chez les autres groupes ethniques du Burgenland. Dans plusieurs associations, mais aussi dans les écoles, la relève se fait rare. Avec l´ouverture des frontières, la mobilité géographique de la Hongrie vers le Burgenland s´est accrue, ce qui a ainsi contribué à accroître les contacts avec la mère patrie.

Le hongrois n´évoque pas de connotations péjoratives, et on n´observe aucune différence dans les pratiques langagières entre les hommes et les femmes.

2.8 Échanges transnationaux

Plusieurs Hongrois du Burgenland soucieux de leur identité avaient restreint leurs rapports culturels avec la Hongrie pendant l´époque communiste, mais depuis 1989 les possibilités d´échanges transfrontaliers sont davantage exploitées. Parmi de tels échanges, les séjours linguistiques en Hongrie pour les enfants du Burgenland sont particulièrement populaires. De part et d´autre de la frontière, l´intérêt s´accroît pour les échanges avec la minorité du Burgenland.

Les relations économiques qui vont en s´intensifiant suscitent un intérêt croissant pour la langue hongroise dans la région.

3. Conclusion

Le groupe ethnique des Hongrois du Burgenland est un groupe menacé. À l´opposé des Croates, le système d´éducation ne peut pas tellement assumer une fonction de stabilisation, ce qui est attribuable en grande partie à l´absence d´un personnel enseignant compétent de langue hongroise. Il y a également d´énormes lacunes en ce qui concerne le statut juridique et la présence du hongrois du Burgenland dans les médias électroniques de la région, en comparaison du croate.

Comparativement au croate, un espoir réside cependant dans l´importance croissante du hongrois comme langue des affaires dans les régions frontalières. Un concept, qui serait susceptible d´améliorer la situation, serait le concept Euregios, qui transcende les frontières nationales. En général, l´ouverture des frontières et le développement de nouvelles relations culturelles et économiques avec la Hongrie peuvent contribuer à ralentir le déclin. On devra donc à l´avenir suivre de près dans quelle mesure le développement des groupes ethniques croate et hongrois se concrétisera, compte tenu de leurs conditions de départ différentes lors de l´adhésion de l´Autriche à l´Union européenne. Suite à l´examen des deux secteurs vitaux que sont l´éducation et l´économie, on peut envisager une coopération plus étroite entre eux, ce qui bénéficierait, sûrement, à la minorité hongroise autochtone d‘Autriche.

©Euromosaic